les comores et Bob DENARD

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09012012

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les comores et Bob DENARD




1995

Robert Bourgeaud, alias Bob Denard, est un « affreux », pas un bavard.

Les enquêteurs qui ont procédé aux interrogatoires, de lui-même et de sa vingtaine d'acolytes ayant participé à l'équipée des Comores, le 28 septembre dernier, ont eu l'occasion de constater que le silence demeure l'un des piliers du fonds de commerce du vieux baroudeur. Car Denard s'est bien gardé de livrer l'essentiel, à savoir l'identité de ses commanditaires ; il a simplement signalé que les alliés de plusieurs personnalités comoriennes - les fils emprisonnés du président Ahmed Abdallah, assassiné en novembre 1989, l'ancien ministre de l'Intérieur Omar Tamou, l'ancien ambassadeur à Paris Saïd Ali Kemal et Mohamed Abdoulkarim Taki - cherchaient depuis plusieurs mois à renverser le président octogénaire et corrompu Saïd Mohamed Djohar.

Leurs tentatives précédentes ayant échoué, les opposants comoriens ne se sont tournés vers Bob Denard qu'après l'arrivée de Jacques Chirac à l'Elysée. Par cette opération qui aura coûté au total entre 8 et 9 millions de francs (guère plus que le prix d'un petit hôtel), dont 500 000 francs investis par Denard lui-même, ses généreux « amis » inconnus souhaitaient créer sur le territoire comorien une enclave autonome, qui aurait été régie par une Constitution calquée sur celle de Hongkong. Toutes les activités imaginables sur un tel territoire - à une heure et demie d'avion de l'Afrique du Sud - auraient alors été envisageables, avec leur cortège de duty-free shops, de zones franches, de commerces illicites, de paradis fiscaux, etc. Une sorte de Cuba d'avant Castro, mâtiné d'actuel Liechtenstein.

Denard a personnellement recruté tous ses hommes au début de l'été dernier. Certains étaient de vieilles connaissances, issues de l'ancienne garde présidentielle qu'il avait mise en place aux Comores, avant que le président Abdallah, qui l'avait fait venir, soit assassiné et que les Français fassent partir manu militari tout ce petit monde pour l'Afrique du Sud, en décembre 1989. Le réseau est demeuré très actif et se retrouve chaque année pour célébrer les exploits du « Colonel », le 13 mai. La date ne doit rien au hasard et rien non plus au soulèvement algérois qui avait ramené Charles de Gaulle au pouvoir en 1958. Vingt ans plus tard, jour pour jour, un premier coup de force avait amené Denard et ses mercenaires au pouvoir à Moroni.

Cette fois-ci, les soldats perdus n'étaient pas en nombre suffisant. Bob Denard en a donc trouvé de nouveaux, sans grande difficulté. Chacun de ces contacts a été très surpris par le fait que le « monsieur Martin » (alias Denard) qui les appela un jour au téléphone connaissait tout d'eux. Comme s'il possédait une fiche de renseignements très précise. L'un de ses viviers n'a été autre que l'Union nationale parachutiste (UNP), une amicale d'anciens « bérets rouges » connus pour leurs méchouis annuels, leur nostalgie des épopées coloniales et leur penchant pour l'extrémisme politique.

Sauf pour ceux qu'il connaissait depuis longtemps, comme François-Xavier Sidos, cadre du Front national et proche de Jean-Marie Le Pen, Denard n'a recruté que des candidats qui avaient servi dans les unités françaises les plus prestigieuses à ses yeux, à savoir les troupes aéroportées. Ses hommes sont donc tous passés dans de fameux régiments de l'infanterie de marine (2e et 4e Rima, 6e Rpima), au 9e régiment de chasseurs parachutistes, au 35e régiment d'artillerie parachutiste. Olivier Fr., médecin de l'expédition, spécialiste des urgences d'un hôpital de la région parisienne, avait naguère été affecté au 3e régiment d'infanterie de la Légion étrangère à Kourou (Guyane). Plus significatif : deux au moins de ses hommes (François R. et Olivier Fe.) sont de jeunes « anciens » du 11e régiment parachutiste de choc, l'unité d'élite du service Action de la DGSE, dissoute après la guerre d'Algérie mais recréée par les socialistes, à la fin de 1985.

Deux autres (Gérard T. et Gilles R., qui a accueilli les putschistes lors de leur débarquement) ont servi au 1er régiment parachutiste d'infanterie de marine ; cette unité, affectée au commandement des opérations spéciales (COS), se consacre entre autres à la formation des gardes rapprochées des chefs d'Etat africains, et prête de longue date la main à la DGSE.

C'est aussi le général Paul Aussaresses, ancien parachutiste SAS et che-ville ouvrière de l'association Bagheera, regroupant les anciens des services spéciaux, qui a mis Denard en relation avec l'un des soldats.

Michel G. et Dany F. avaient, quant à eux, participé à l'expédition des mercenaires envoyés clandestinement par la DGSE au Tchad en 1983, avant le déclenchement de l'opération Manta.

L'opération des Comores possède assurément toutes les allures d'un coup tordu. Elle ressemble même furieusement à la première étape d'un plan qui aurait servi à faire partir « proprement » le président Djohar de Moroni, pour cause de corruption indécente et de liens trop étroits avec les intégristes de Téhéran. La seconde étape ayant été l'intervention des forces spéciales envoyées par Paris. Un exemple ? Lorsque les hommes de Denard attaquent la résidence du président Djohar, ils entrent par le domicile du « capitaine Rubis », le Français qui dirige une garde présidentielle de quarante soldats comoriens ; or ceux-ci, surarmés (pistolets-mitrailleurs Beretta et Uzi, revolvers 357 magnum et fusils lance-grenades), ne réagissent pas, alors que les mercenaires ne possèdent pas d'armes autres que fusils à pompe et vieux kalachnikovs ou M-16 dits « de collection », achetés démilitarisés puis modifiés par leurs soins. Mieux : quelques heures plus tard, le « capitaine Rubis », en réalité l'adjudant Ruby, du 11e choc, détaché à Moroni, tombe dans les bras des deux mercenaires qui servaient sous ses ordres quelques mois plus tôt...

« Vous allez payer... »

Mais il y a plus étonnant encore, et le juge d'instruction Chantal Perdrix, en charge de cette affaire, s'intéresse de près à cet aspect du dossier : depuis 1989 et le départ de Bob Denard, le BSR (Bureau sécurité renseignement) comorien et les postes de conseillers militaires français sont en réalité tenus par des cadres de la DGSE. Et leur responsable, en poste lors du coup d'Etat, souvent désigné comme le « colonel Kissler », a tenu des propos étonnants à plusieurs des hommes de Denard, qui les ont rapportés séparément lors de leurs interrogatoires ultérieurs par la gendarmerie française : « Nous travaillons pour le même patron, mais vous sans filet. Alors, vous allez payer... » Propos qui prennent un certain relief quand on sait qu'ils sont corroborés à Paris par d'autres officiers de la DGSE ! Détail : le « colonel Kissler » pourrait bien n'être autre que l'ancien nageur de combat, alors capitaine, Jean-Luc Kister, qui plastiqua nuitamment la coque du « Rainbow Warrior » dans le port d'Auckland, le 12 juillet 1985. Le monde est décidément bien petit !

Finalement, l'affaire s'est déroulée comme à la parade. Denard n'a accepté de négocier sa reddition qu'avec un officier général - le général Raymond Germanos, ancien patron de la 11e division parachutiste et chef du cabinet militaire de Charles Millon - et ne demeure en prison que pour n'avoir pas respecté les conditions de son contrôle judiciaire, qui lui interdisait de quitter la France. Saïd Mohamed Djohar ne parvient toujours pas à quitter l'île de la Réunion, où l'ont conduit les forces spéciales françaises qui ont chassé les mercenaires. Quant à l'homme qui a pris les commandes du pays à l'occasion du putsch, Cambi el Yachourtu, il a la bénédiction des autorités françaises. Cherchez l'erreur

L'équipée Denard

C'est le 28 septembre dernier que Denard faisait sa énième entrée fracassante sur la scène africaine, en débarquant aux Comores - indépendantes depuis 1975 - après un mois et demi de navigation sur un vieux cargo acheté en Norvège, le « Vulcain »...

Prenant sans coup férir la capitale, Moroni, la vingtaine de mercenaires qu'il commande se saisit du président Djohar avec une déconcertante facilité et l'emmène au camp Kandani, non sans libérer ses principaux opposants. Après quelques heures de flottement apparent, qui voient Alain Juppé annoncer : « Il n'est pas question d'intervenir », les forces spéciales françaises déclenchent l'opération Azalée sur ordre de l'Elysée. Le 3 octobre dans la nuit, les commandos de marine investissent les aéroports d'Hahaya et d'Iconi, puis des rotations de Transall et de Super-Puma amènent des légionnaires, des gendarmes du GIGN, des parachutistes des troupes de marine. Denard annonce très vite qu'il ne résistera pas, obtient que les autorités comoriennes ne le poursuivront ni lui, ni ses mercenaires, ni les quelques centaines de soldats comoriens qui les ont suivis.

Le 5 octobre, tout est fini.

La tentative avortée

La folle expédition de Denard aux Comores avait été précédée par une autre tentative, décelée par la DGSE et avortée, organisée à partir de Split (Croatie) par un ancien lieutenant de Bob Denard, Patrick Olivier, qui a désormais rompu avec le « Colonel ». Olivier avait avancé dans sa tentative, au point d'avoir envoyé trois de ses hommes sur place pour effectuer les repérages nécessaires au débarquement. Mais il a finalement renoncé à son putsch avant le second tour de la présidentielle française, non sans avoir recruté en métropole une dizaine de mercenaires, auxquels se seraient joints une cinquantaine de Croates.

La Croatie fut, ces dernières années, une vraie terre promise pour les mercenaires de tous horizons, qui ont fait des émules chez les locaux... Le lien entre les opposants du président Djohar et Patrick Olivier était assuré par deux vieilles connaissances des services secrets français et des réseaux africains de la Ve République : l'éternel opposant Abba Youssouf et Saïd Hillali, installé à Paris.

Ce n'est que lorsqu'il apparut aux organisateurs de cette première expédition qu'ils ne réuniraient pas les fonds nécessaires pour la mener à son terme qu'ils décidèrent de se tourner vers une solution plus « classique », à savoir Bob Denard. Qui pourrait avoir bénéficié de forts appuis du côté de Taïwan et de Hongkong, car certains hommes d'affaires de l'enclave britannique en Chine, refusant la perspective de son rattachement prochain à l'Empire du Milieu, cherchent un point de chute accueillant, et une nouvelle nationalité. Denard a d'ailleurs rencontré Youssouf et d'autres intermédiaires avant de poursuivre sa route et d'organiser son équipée avec ses propres moyens.

"Paul Guéret"

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les comores et Bob DENARD :: Commentaires

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Message le Lun 9 Jan 2012 - 13:43 par DGSE

Le Coup d’État :

Objectif : faire appliquer la destitution du président Djohar prononcée par la cour suprême en 1991 et organiser des élections libres.


Acteurs : - la grande majorité de la classe politique et du peuple comorien lassée par la dérive autoritaire et
affairiste du régime Djohar.
- les services secrets français et la cellule africaine de l'Elysée.
- Robert Denard (de nationalité franco-comorienne).

Déclencheur : le débarquement du 28 septembre de l'équipe du colonel Denard.
La mission de cette équipe : coordonner l'action des différents intervenants comoriens, éviter les débordements, garantir la sécurité du Président Djohar et accessoirement, on ne le découvrira que plus tard, porter le chapeau.



Résultat : le président Djohar est destitué en douceur par les hommes du commando Denard et par les Forces Comoriennes de Défense qui rallient intégralement le putsch. Le processus démocratique est enclenché.
L’intervention de l’armée française, après quelques gesticulations médiatiques, entérine la destitution de Djohar qui est transporté sur l’ile de la Réunion « pour raison de santé ».

Après quelques jours comprenant qu’il a été définitivement écarté du pouvoir, il déclare aux journalistes : "je suis en bonne santé. Rien ne cloche. Mon retour dépend de ceux qui m'ont amené ici (...) Je ne sais pas si je suis en exil ou si je suis déporté. Il y a eu une mise en scène, un jeu que je n'arrive pas à comprendre.")

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