LES CAMPS PARACHUTISTES

Les généraux Challe et Zeller se sont livrés au lendemain du putsch,

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Les généraux Challe et Zeller se sont livrés au lendemain du putsch,

Message par Invité le Mer 18 Jan 2012 - 15:43


Le 15 juin 1968, l’ex-général Raoul Salan, l’ex-colonel Antoine Argoud, l’ex-capitaine Jean-Marie Curutchet, l’ex-lieutenant Alain Bougrenet de la Tocnaye et quelques autres quittent leur cellules pour retrouver la liberté.
Bientôt, des condamnés par contumace rentrent d’exil. Quinze jours plus tôt, dans l’immense foule qui a remonté les Champs Elysées en brandissant des drapeaux tricolores, des partisans de l’Algérie française, convaincus d’avoir à soutenir de Gaulle contre la « chienlit », ont jeté leur rancune à la rivière.
De Gaulle, lui, en libérant les derniers détenus de l’OAS, accepte, presque contraint et forcé, de tourner enfin les pages sombres d’un épisode commencé voici dix ans à Alger, avec certains d’entre eux.
Son ministre de la justice, René Capitant, peut annoncer, le 23 juillet devant l’assemblée nationale que « l’apaisement est venu ».

La tragédie algérienne a plongé les français dans une véritable guerre civile. Le temps a estompé le souvenir de ce sanglant et douloureux épisode.
L’histoire doit cependant retenir l’ampleur du traumatisme et la vigueur de la répression : près de quatre mille condamnations prononcées et plus de onze mille arrestations non suivies de condamnation. A ce bilan, il convient d’ajouter les mutations et révocations de plusieurs centaines d’officiers et de fonctionnaires

Il y avait une petite blague à l’époque qui disait à peu près ceci,
Kroutchev se vantait de son armée de fer…
Kennedy lui répondait que la sienne était en acier…
Et de Gaulle tout fier, « la mienne est en taule… »

Une énergie que l’on n’avait pas montrée contre le FLN

Face aux adversaires de sa politique algérienne, le pouvoir a déployé une grande énergie. Jacques Soustelle dira qu’elle fut supérieure à celle opposée au FLN et à ses partisans . An nom de la raison d’état, le pouvoir n’a pas craint de recruter des polices parallèles, d’utiliser des truands pour des basses besognes, d’ouvrir des tribunaux d’exception, de remplir prétoires et prisons, de faire prononcer quarante quatre condamnations à mort dont quatre ont été exécutées
Pressé d’en finir avec la guerre d’Algérie, le pouvoir s’est autorisé à considérer l’opinion comme un délit et à faire fi du droit des personnes. Les gardes à vue de quinze jours peuvent être prolongées, privant les « suspects » de l’assistance d’un défenseur. L’internement administratif peut durer des semaines, voire des mois.
Arbitraire, il échappe à tout contrôle judiciaire. Certains ont à le subir, alors même que les juges ont décidé de leur remise en liberté.

Au lendemain du putsch d’Alger, l’état d’urgence est institué par le chef de l’état. Il sera prolongé jusqu’au 31 mars 1964. Le 28 avril 1961, soit quelques jours après l’échec du putsch, six cents personnes sont appréhendées sur le territoire métropolitain. En janvier 1962, la police lance plusieurs opérations d’envergure contre les sympathisants et les membres présumés de l’OAS. Entre le 22 et le 25 janvier, près de cinq cents perquisitions sont opérés sur le territoire de l’Hexagone

La lutte anti-OAS, conduite par Alexandre Sanguinetti, prend des allures de guerre. Dès le 22 janvier, les policiers ont reçu instruction de faire usage de leurs armes. La création du Bureau de Liaison (BDL) assure la coordination de services généralement rivaux, comme la sécurité du territoire, les renseignements généraux et la police judiciaire. Épaulés par les officiers de la sécurité militaire et la gendarmerie, les policiers ont une efficacité décuplée. Les arrestations se multiplient et, à chaque manifestation de l’OAS, les dispositifs quadrillent les centres urbains. Le 9 septembre 1962, le ministère de l’intérieur peut annoncer qu’un million de personnes ont été contrôlées depuis l’attentat du Petit-Clamart, perpétré le 22 août.
Dans ce climat étrange qui voit les partisans de l’Algérie française se poser en héritiers de la résistance, le pouvoir va se défier des jurés populaires qui répugnent à siéger ou à condamner. Soucieux d’une procédure expéditive, il bouscule les règles du droit et renoue avec les tribunaux d’exception.

Le procès des « Barricades »

Le premier procès, celui des Barricades, a tourné au désavantage du pouvoir et contribué au basculement de l’armée. Ouvert le 4 novembre 1960, après 8 mois d’instruction, il s’achève le 3 mars 1961, quelques semaines avant le putsch. Traduits devant le tribunal militaire, les accusés ont à répondre de la fusillade du 24 janvier 1960. Ils se défendent d’avoir eu l’intention d’attenter à la sûreté de l’État. Leur seul objectif était d’amener le gouvernement à réviser sa politique algérienne.

Dans le box des accusés : le député Pierre Lagaillarde, Alain de Sérigny, directeur de l’Écho d’Alger, Auguste Arnould, président du comité des anciens combattants, le docteur Lefèvre, théoricien du corporatisme, l’ancien député poujadiste Jean-Maurice Demarquet, Jean-Jacques Susini, le chef de file des étudiants d’Alger, Victor Sapin-Lignières, responsable de la fédération de unités territoriales.
Un seul militaire, le colonel Gardes. Pourtant le procès fait défiler à la barre des témoins de nombreux militaires : les généraux Challe, Crépin, et Massu, les colonels Argoud, Broizat, Dufour, Godard. IL met en évidence le malaise de l’armée né des ambiguïtés de la politique gouvernementale en Algérie.

Au fil des audiences, les avocats de la défense, Jean-Louis Tixier-Vignancourt et Jacques Isorni, portent des coups sévères à l’accusation par le simple rappel des circonstances du 13 mai 1958. Le procès prend l’allure d’un réquisitoire contre le pouvoir et sa politique. Finalement les accusés présents sont tous acquittés. Un camouflet à double détente pour le pouvoir : les accusés et les témoins de la défense seront pour la plupart , les protagonistes du putsch d’avril.


Une juridiction sur mesure.

Lorsqu’il s’agit de juger les généraux Challe et Zeller qui se sont livrés au lendemain du putsch, de Gaulle se garde d’oublier la leçon. En vertu de l’article 16 de la constitution et par simple « décision » du 27 avril, il institue un haut tribunal militaire dont les règles dérogent singulièrement aux principes judiciaires.

L’article 1 précise que les auteurs et complices de crimes et délits contre la sûreté de l’État et contre la discipline des armées ainsi que des infractions connexes commises en relation avec les évènements d’Algérie peuvent être déférés par décret à cette juridiction d’exception, lorsque ces crimes et délits auront été commis avant la fin de la période d’exercice des pouvoirs exceptionnels.
Les articles 5 et 8 limitent les recours. Ainsi le procureur général peut-il signer des mandats d’arrêt et disposer du droit de mettre sous dépôt toute personne après l’avoir arrêtée, sans que ces décisions soient susceptibles d’un recours. De même aucun recours ne peut être reçu contre une décision quelconque du haut tribunal militaire. La formation même d’un recours en grâce est exclue.
Le pouvoir républicain a redonné vie à la « chambre ardente » de l’ancien régime.
Historien des tribunaux d’exception, Me Jaffré observe: « Les ordonnances si critiquées de la libération créant la haute cour de justice chargée de juger les hauts dignitaires du gouvernement de Vichy n’avaient pas été jusque là. »

Challe et Zeller au banc des accusés.

Le 29 mai 1961, s’ouvre le procès des généraux Challe et Zeller. Les accusés se présentent en costume civil. Ils ont à répondre de la prise illégitime d’un commandement et de l’organisation d’un mouvement insurrectionnel, crimes passibles de la peine capitale. En dépit des pressions du pouvoir, le procureur général ne réclame pas la mort. Le jugement marque une certaine indulgence : quinze ans de détention criminelle.

Pacifier l’Algérie en quelques semaines : Maurice Challe explique que tel a été son but, en précisant qu’il n’a jamais songé à agir en métropole. Surpris de rencontrer autant de « tièdes », il a préféré renoncer à leur faire la guerre. Le bâtonnier Arrighi qui a accepté de défendre l’ancien commandant en chef en Algérie, à la condition expresse que le chef de l’État ne soit pas mis en cause, plaide les circonstances atténuantes.

André Zeller plus âgé, paraît brisé par l’émotion. Le bâtonnier Madelin rappelle la belle carrière de l’ancien chef d’état major de l’armée de terre et souligne que son client s’est livré de son plein gré. Le bâtonnier Toulouse évoque les liens entre les Zeller, d’origine alsacienne, et l’Algérie. Une autre façon de plaider les circonstances atténuantes.

Le dilemme de la discipline et de l’honneur.

Le procès des autres généraux du putsch confirme les impressions laissées par le précédent. Au travers de flottements, d’hésitation et de candeurs, il met en lumière le trouble des consciences militaires confrontées aux secrets cheminements de « l’homme du 13 mai » Il traduit le dilemme entre les exigences de la servitude militaire et l’obligation d’apprécier un ordre posé par le précédent du 18 juin 1940. Surtout il montre que franchir le rubicon condamne à réussir.
Déférés devant le haut tribunal militaire, comparaissent tour à tour, durant le mois de juin 1961 et dans les premiers jours de juillet, les généraux Bigot, Petit, Nicot, Gouraud et Mentré. Les peines infligées s’étalent de cinq à quinze ans de détention criminelle.


Le Haut tribunal militaire a également à connaître d’officiers supérieurs, comme les commandants Denoix de Saint Marc, Robin, Cabiro, et les colonels Bréchignac, de la Chapelle, Masselot, Leconte et Ceccaldi.
Les accusés comparaissent en tenue, décorations pendantes. Attitudes dignes et paroles coupantes. Le mot « honneur » revient fréquemment.

Premier à comparaître : le commandant Denoix de Saint Marc qui a rallié au putsch le 1er REP, lequel a marché sous ses ordres à Alger. Cet ancien résistant, qui fut déporté à Buchenwald, ne se dérobe pas à sa responsabilité. Il la justifie par son refus de voir se répéter en Algérie le drame vécu en Indochine par l’armée française qui dut abandonner à leurs sorts les Vietnamiens qui s’étaient placés sous sa protection.
L’avocat général Reliquet reconnaît la valeur exemplaire de l’officier : « on a pu dire qu’il était le meilleur parmi les meilleurs. » Il ne requiert qu’une peine entre cinq et dix ans de détention criminelle.
Aussi est-ce avec stupeur que la salle entend le jugement qui condamne Denoix de Saint Marc à dix ans. A la sortie du prétoire, les juges regagnent leurs voitures sous les huées. Le lendemain, le général Ingold, grand chancelier de l’ordre de la libération, ne siège plus parmi les juges.

Le tribunal militaire spécial;

Parallèlement au haut tribunal militaire réservé aux chefs de file de l’insurrection, le pouvoir a institué, le 3 mai 1961, une autre juridiction d’exception : le tribunal militaire spécial que la presse va désigner sous le nom de « petit tribunal militaire »
Le gouvernement peut y déférer « les auteurs et complices des crimes et délits contre la sûreté de l’état, et contre la discipline des armées, ainsi que des infractions connexes, commis en relation avec les évènements d’Algérie s’ils ne sont pas déférés au haut tribunal militaire.
C’est devant cette juridiction que sont déférés tous les autres militaires protagonistes du putsch et, par la suite, les partisans civils et militaires de l’OAS. Le tribunal militaire n’échappe pas à la loi du décret, laquelle préside à la nomination des membres de la juridiction d’exception, de même qu’au renvois des accusés privés de tout recours contre cette décision.


Inculpé dans l’affaire dite du « complot de Paris », le général Faure s’en insurge. Dans une déclaration liminaire, il conteste la composition du tribunal qui prétend le juger, refuse de comparaître devant les juges de la cour de sûreté ; le lieutenant Pierre Delhomme adoptera une attitude plus intransigeante encore : il refusera de quitter sa cellule.
Défilent alors des officiers parmi les meilleurs de l’armée française, au profil de médaille comme le lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume qui a inspiré le personnage du Crabe Tambour. Passent aussi des petits et des sans-grade dont certains cultivent le vertu d’insolence. Du 25 au 30 mars 1962, c’est à dire au lendemain de la fusillade de la rue d’Isly à Alger, le tribunal spécial se saisit de l’exécution du commissaire Gavoury, ordonnée pour ses menées anti-OAS.
Six accusés sont présents dans le box. Trois légionnaires du 1er REP : Albert Dovecar, Claude Tenne et Herbert Pétri. Trois civils : Jacques Malmassari, Paul Frapolli et Claude Piegts. Ils ont agi sur ordre du lieutenant Roger Degueldre, chef des commandos delta. Lorsque tombe le verdict qui condamne à la mort deux d’entre eux, les trois légionnaires arrachent leurs médailles et les jettent vers la cour. Les juges, civils et militaires, courbent l’échine et s’éclipsent.
Le 7 juin 1962 à 4h10, au fort du trou d’Enfer, le sergent Dovecar et Claude Piegts, tombent courageusement sous les balles du peloton d’exécution.


Pourquoi de Gaulle a t-il refusé la grâce à ces deux hommes, alors même que les chefs de l’OAS, arrêtes au printemps ont été jugés ? La réponse réside dans la sentence prononcée à l’encontre du général Salan, à la veille même de l’exécution de Dovecar et Piegts. Défendu par Me Tixier-Vignancourt , le chef de l’OAS qui à refusé de répondre à ses juges, a sauvé sa tête devant le haut tribunal militaire.
Ce jugement met de Gaulle dans une rage folle. Il prétend faire rejuger Salan et pour se passer les nerfs, il ordonne de fusiller immédiatement Jouhaud. Il s’en est fallu de peu!
Grâce à une partie du gouvernement, Georges Pompidou en tête, ignorant la crise de nerf du « plus illustre des Français », s’est opposée à ce que l’arrêt condamnant à mort le général Jouhaud soit exécuté.

Pour avoir laissé la vie sauve à Salan et obligé de Gaulle à surseoir à l’exécution de Jouhaud, le haut tribunal militaire est dissous le 27 mai 1962. Dès le 31, une cour militaire de justice le remplace. Rattachée directement au ministère des armées, cette nouvelle juridiction d’exception se compose de cinq membres : un général président et quatre officiers ou sous-officiers. Exit la magistrature civile. Toute la machine judiciaire a beau protester, de Gaulle demeure inflexible.
Mitterrand ironise à peu de frais « la séparation des pouvoirs, comme la marine à voile, est désormais une notion dépassée ».

La cour militaire de justice pour le lieutenant Degueldre.

Le premier à comparaître est le lieutenant Roger Degueldre, arrête le 5 avril 1962 sur dénonciation. Son procès s’ouvre le 27 mai. Tixier-Vignancourt et Denise Macagne assurent la défense de l’officier qui a donné tant de fil à retordre aux barbouzes dépêchées secrètement en Algérie, par de Gaulle, pour lutter contre l’OAS. Leur requête en suspicion légitime contre les juges ayant été rejetée, les défenseurs renoncent à plaider et se présentent à la barre en civil « en tant qu’homme et non en tant qu’avocat », dit Tixier-Vignancourt.
Le 6 juillet, au fort d’Ivry, « Delta » dont le regard a impressionné les juges, voit la mort en face pour la dernière fois. A ceux qui vont le mettre en joue, il a l’audace de lancer : « Par ce temps, il fait beau mourir ». Mais ceux qui doivent tirer tremblent lorsqu’ils l’entendent crier: »Vive la France, Messieurs! ». L’exécution devient un assassinat.

L’Algérie est indépendante depuis cinq jours. Enfermé dans sa logique de Gaulle n’a pas voulu gracier l’officier légionnaire qui avait fait ses premières armes dans le résistance. Il est vrai que ce procès a, une fois de plus, montré le trouble des consciences. Le général de Larminat, un des plus fidèles compagnons de la résistance londonienne, s’étant vu obligé par de Gaulle d’accepter la présidence de la cour militaire de justice, a trouvé le moyen de se dérober en se tirant une balle dans la bouche, chez lui, le 1er juillet.

Il est vrai aussi que l’OAS continue à défier le pouvoir sur le territoire de l’hexagone. Elle prend de Gaulle pour cible. Le 22 août 1962 de Gaulle échappe de justesse à l’attentat du Petit-Clamart. L’arrestation des membres du commando et les aveux spontanés de deux d’entre eux permettent de remonter jusqu’au chef de la conjuration. Celui-ci n’a pas voulu se préserver, convaincu d’avoir non à répondre de ses actes, mais à les justifier en criant sa vérité.

Jean-Marie Bastien-Thiry assume son rôle de chef

Le lieutenant-colonel Bastien-Thiry n’a, en apparence, rien de commun avec les colonels-baroudeurs. Le polytechnicien de trente cinq ans n’a connu ni les rizières ni les djebels. Aviateur et brillant ingénieur, il appartient au Centre technique aéronautique ou se forgent les armes de la guerre moderne. Issu d’une famille lorraine, il a été élevé dans la religion catholique et le culte de la France. Comme la plupart des Lorrains, il a longtemps admiré de Gaulle, le « libérateur ».
Dans une salle sans fenêtres du Fort Neuf de Vincennes, aménagée à la hâte, le procès s’ouvre le 28 janvier 1963. Le tribunal, que préside le général Gardet, a devant lui neuf accusés. D’emblée, l’accusé principal, frêle silhouette sanglée dans l’uniforme bleu sombre sur lequel se détache le ruban rouge d’une Légion d’honneur, assume pleinement son rôle e chef : « L’action dont nous répondons aujourd’hui devant vous présente un caractère exceptionnel et nous vous demandons de croire que seuls des motifs, égalements exceptionnels, ont pu nous déterminer à l’entreprendre. »

Le procès de de Gaulle

Le Lorrain pour qui les accords d’Evian sont un autre Munich, ajoute : « Nos motifs d’action sont liés aussi au danger que court actuellement ce pays, par suite des conditions dans lesquelles a été obtenu ce qu’on osé appeler le règlement du problème algérien; des principes et des lois qui sont, ou qui devraient être, à la base de la vie nationale ont été mis en question…Le danger que court le pays ne vient pas d’un risque de destruction physique ou matériel : il est plus subtil et plus profond car il peut aboutir à la destruction des valeurs humaines, morales et spirituelles qui constituent le patrimoine français. »
A l’évidence, Bastien Thiry entend faire le procès de de Gaulle. Il évoque les malheurs qui viennent de frapper la population française d’Algérie et dénonce « des centaines d’assassinats, de lynchages, de viols », pour constater que le pouvoir « n’a pas agi pour épargner ou limiter ces souffrances ou ces crimes ».
Le pouvoir peut nous condamner, mais il n’en a pas le droit…

Se réclamant de saint Thomas d’Aquin qui a justifié le tyrannicide, mais aussi des officiers allemands qui ont tenté de tuer Hitler pour sauver l’Allemagne, Bastien-Thiry invoque le droit à la résistance à l’oppression et le droit d’insurrection pour les minorités, car il accuse de Gaulle de « génocide » de la population française d’Algérie.
L’accusé se donne tout entier à sa cause et développe la logique limpide qu’il a fait sienne et qui l’a conduit à contester la légitimité même du chef de l’État, pour reconnaître celle du Conseil National de la résistance (CNR) : « Nous n’avons pas transgressé les lois morales ni les lois constitutionnelles, en agissant contre un homme qui s’est placé lui même hors de toutes les lois. »
Jamais encore les juges commis par la république gaulienne n’avaient vu se manifester une telle audace et entendu un accusé trouver les accents de la tragédie antique pour déclarer : « Le pouvoir de fait a la possibilité de nous faire condamner, mais il n’en a pas le droit. Les millions d’hommes et de femmes qui ont souffert dans leurs chairs, dans leurs cœurs, et dans leur vie, de la politique abominable et souverainement injuste qui a été menée, sont avec nous dans ce prétoire pour dire que nous n’avons fait que notre devoir de Français. Devant l’histoire, devant nos concitoyens, devant nos enfants, nous proclamons notre innocence car nous n’avons fait que mettre en pratique la grande et éternelle loi de la solidarité entre les hommes. »

Sur la question de l’illégitimité du chef de l’État , Me Tixier-Vignancourt, Richard-Dupuy et le Coroller avaient tenté de fléchir Bastien-Thiry. En vain. Le lieutenant colonel voulait aller jusqu’au bout de sa vérité. Ses défenseurs tenteront de gagner du temps, dans l’espoir d’obtenir le renvoi du procès devant une autre juridiction. Habités par cet espoir, ils multiplieront les incidents de procédure en vue de retarder le jugement. Sans succès.

Le 20 février, la chambre défère au désir du pouvoir. Pour la seconde fois, elle proroge un tribunal dont les juges ont été nommés par l’exécutif lui-meme. A Vincennes, les neuf accusés se savent désormais à la merci du pouvoir et personne ne s’étonne d’entendre l’avocat général demander trois tentes.
Le 4 mars, les cinq juges rendent leur verdict : la peine de mort, la dégradation et la radiation de la Légion d’honneur pour Bastien Thiry, la peine de mort et la dégradation pour Bougrenet de la Tocnaye, la peine de mort pour Prévot.
De gaulle refusera sa grâce à Bastien-Thiry.
Au petit matin du lundi 11 mars, le condamné est passé par les armes au fort d’Ivry, par un détachement de l’armée de l’air dont un lieutenant-colonel a refusé de prendre le commandement.

Jamais les juges d’exception ne retrouveront en face d’eux une figure semblable à celle de Bastien-Thiry. L’histoire retiendra la tragédie shakespearienne qui a scellé le destin d’un homme de trente neuf ans porteur de l’étoile du courage et soucieux des serments. Car au delà de la cause, il y a la grandeur de celui qui la porte.




Pour la petite histoire....

Par le soutien moral et matériel qu’elles apportèrent aux « embastillés » de tout ces procès, les maréchales de Lattre et Leclerc montrèrent ou allait leur sympathie. La protestation des deux grandes dames irrita de Gaulle qui fit exercer sur elles, sans succès, des pressions afin de les contraindre à plus de discrétion.

Tout comme Gaby, elles étaient des femmes discrètes, mais que l'on ne menait pas à la baguette !
Derrière un grand homme se cache toujours une femme, parait-il ! Les Maréchaux Leclerc et de Lattre n'ont pas fait pas mentir le proverbe ....



Un policier qui conduisit Bastien-Thiry au peloton raconte : « Il semblait enveloppé d’une auréole »
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