LES CAMPS PARACHUTISTES

DIEN BIEN PHU - 56 ANS APRES

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DIEN BIEN PHU - 56 ANS APRES

Message par KAOLA le Mer 25 Jan 2012 - 14:54

DIEN BIEN PHU - 56 ANS APRES

Récit du Lieutenant-Colonel FIOR René

16 mars 1954, pour la seconde fois je me trouve dans un avion C47 DAKOTA au-dessus de
DIEN BIEN PHU. Le Lieutenant BARTHELEMY est notre commandant de bord. Le calme règne, mais les
esprits sont tendus. Pour beaucoup c’est notre cinquième saut opérationnel au sein du 6ème BPC du
Commandant BIGEARD. Le Lieutenant TRAPP commande la 12ème Compagnie à laquelle j’appartiens ; il a
pour adjoint le Lieutenant CORBINEAU. (La 2eme Companie avait pris le nom de 12éme compagnie lorsque
nous étions en opération d’acclimatation dans le DELTA). Cette compagnie avait été formée à SAINT BRIEUC
par le Lieutenant LEBOUDEC Lucien auquel nous étions très attachés.
En six mois il nous avait appris toutes les bases de combat et le reste !.... Grand, élancé, fin visage d’intellectuel à lunettes, ferme, bienveillant, calme et serein. Il avait pris le Commandant de la “12” au départ du Captaine Meret, Ancien
S.A.S très décoré, au cours de cette opération. Malheureusement et à notre grand regret, il devait nous quitter
pour Commander la 6° CIP (à base de vietnamiens) Les blagues habituelles laissent la place au silence.
Seul le ronronnement des moteurs tend à nous assoupir avec nos équipements plutôt chargés. Je suis tireur
FM, ce n’est pas facile avec tout ce barda. Le temps est clair cet après-midi là, avec quelques turbulences.
Après deux heures cinquante de vol, nous débouchons sur la cuvette. Nos chefs nous ont averti que l’affaire
ne serait pas facile.
Debout ! Accroché ! Feu vert : me voilà dehors avec mes camarades à 150 mètres au -dessus
de la zone de saut SIMONE au Sud-est de DIEN BIEN PHU. Rapidement, nous nous rendons compte que le
VIETMINH harcèle la zone de saut. Nous faisons connaissance avec l’artillerie !... ce n’est pas très agréable !
Déjà la première fois où nous avions pris DIEN BIEN PHU, le 20 novembre 1953, nous étions tombés sur une
compagnie VIET à fort effectif qui manoeuvrait sur la ZS NATACHA (une centaine de morts “comptés” chez
eux, une quinzaine dans nos rangs (6° BPC Commandant BIGEARD ; 2/1 RCP Commandant BRECHIGNAC,
1er BPC Commandant SOUQUET et PC EDAP Commandant FOURCADE), sans être trop facile, puisque
cela a duré toute la journée. Mais là c’est autre chose ! Nous n’étions pas habitués à l’artillerie. Il y a des
blessés, le Caporal Chef HAMEL des armes lourdes du bataillon, a un bras araché. Il chantonne pour couvrir
sa douleur (dixit photo qui a été diffusée dans le monde entier avec au recto la prière du para du Lieutenant
André ZIRNHELD). Du courage, une force exceptionnelle. Le Commandant BIGEARD s’est foulé une cheville.
Comme toujours, il fait face. Il y a des blessés, mais pas de pertes graves.
Après le regroupement, exfiltration. La douzième compagnie commandée par le Lieutenant
TRAPP (une figure : grand, sec, ferme, très calme, toujours un petit sourire sous ses fines moustaches) rejoint
ses emplacements, c’est-à-dire au pied des Elianes. Il a pour adjoint le Lieutenant CORBINEAU, très brun de
cheveux, jeune plein de fougue, de foi et d’allant, fin et intelligent, d’une très grande sensibilité. Nous l’aimons
beaucoup. Pas de poste de combat, mais un axe de protection : les Elianes. A gauche, un bataillon Taï,
devant sur Eliane 1, un bataillon qui n’offre pas toutes les garanties que l’on serait en droit d’espérer dans
une pareille situation. A droite, rien ! Pas de BLOCKHAUS. Les petites pelles de type US dépliables
fonctionnent à plein rendement. Pas un morceau de bois ou même de bambous pour faire un semblant de toit
que l’on pourrait recouvrir de terre. De plus, deux mortiers de 120 sont venus s’installer en contrebas des
Elianes. Vite repérés, qu’est ce qu’ils prennent, nous aussi avec nos abris de fortune. Néanmoins, nos
artilleurs ont le moral, comme toujours et il en faut.
Le 8ème Choc a sauté le 21 novembre 1953, depuis il est là ! Omniprésent, il a fait toutes les
opérations ou reconnaissances, maintenu le moral dans un contexte opérationnel. Le Commandant
TOURRET est une figure légendaire chez les parachtistes. Il était très apprécié lorsqu’il était au 6ème BPC
l’adjoint du Commandant BIGEARD, en particulier, lors du repli dramatique de TULE dans le pays taï.
Voici le portrait que j’ai fait sur cet homme sortant du commun rapporté par le Commandant
André GALABRU dans le livre qu’il a écrit sur l’officier, à tous points remarquables,” Capitaine TOURRET,
commandant le 8ème Choc à DIEN BIEN PHU”.
Voir en annexe la photo parue sur le livre d’André GALABRU ainsi que le texte.
La semaine qui suit, ma section commandée par le Sergent Chef BALISTE tente une
reconnaissance derrière les “Elianes”. Nous constatons que les Viets ont creusé des tranchées. Une vraie
toile d’araignée. Ils nous laissent nous engager avant de déclencher le feu. Ca tire de partout, nous faisons
face et nous nous replions tant bien que mal sur notre position. L’Adjudant PRIGENT a fait un tir de barrage
efficace avec une 12,7. Je constate qu’une balle a traversé la crosse de mon F.M. Il faut reconnaître que ce
jour là nous avons eu une sacrée chance.
Le 28 mars, une intervention est lancée vers l’ouest visant les batteries anti-aériennes installées
de Bang Ong Pet à Ban-PC. C’est un succès (éléments d’attaque : 6ème BPC, 8ème Choc, éléments d’appui :
2
1er BEP, les chars d’Isabelle ; élément de recueil : 1/2 R.E.I). L’ennemi perd 400 tués, vingt prisonniers, et
plusieurs mitrailleuses et canons. Nous, nous déplorons 13 morts parmi lesquels mon camarade BROTONS.
Le 30 mars, bien que le Colonel LANGLAIS soit venu lui-même avec le Commandant BIGEARD
réorganiser les défenses des points d’appuis des “Eliane” et des “Dominique”, les Viets montent à l’assaut à
18 h 45 après un violent tir d’artillerie. Ils occupent sans coup férir “Eliane 1” et”Dominique 2”. Avec mon FM,
je suis près du Lieutenant CORBINEAU et une partie de la compagnie. Nous faisons un tir de barrage à partir
de nos positions de fortune et tirons sur tout ce qui descend. Les VIets sont stoppés net. Eliane 1 n’a pas
tenu plus de 3 heures.
A présent, il faut reprendre cette position qui débouche à zéro sur le reste des défenses de DIEN
BIEN PHU. Après plusieurs tentatives infructueuses, nous creusons une tranchée à mi-pente d’Eliane 1”.
L’assaut est prévu le 10 avril. Après un tir d’artillerie déclenché vers quatre heures du matin. La
veille, deux chasseurs de type Hellcats de l’Arromanche ont largué des bombes de 250 Kgs. L’un des
chasseurs est coupé en deux par un coup au but, le pilote réussit à s’éjecter mais tombe chez les Viets. Le 10
avril, vers six heures du matin, nous nous engageons dans notre petite tranchée. Le Caporal GARANGER (il
mourra dans l’ambulance qui le ramenait, blessé par un obus de plein fouet) est en tête, je suis second, le
reste suit. Nous arrivons sur la cîme. Je ne suis pas fier, les autres non plus, compte tenu du pilonnage
d’artillerie, nous pensons que l’affaire est dans la sac. De plus, nous avons avec nous un D.L.O. qui fait
ajuster les tirs au ras de nos moustaches. Brusquement, une pluie de grenades à manche nous tombe
dessus, enfin un peu plus bas, compte tenu de la pente, sauf une qui explose à un mètre : huit éclats
(heureusement que ces grenades ne sont pas très efficaces). Vers midi, le Sergent MIOSSEC et moi
abordons la position la plus haute d’”Eliane 1 “ et sautons dans un trou où nous attend un bo-doï qui tire une
rafale, je prends une balle dans le bras droit et je lâche mon FM. Il va remettre ça mais MIOSSEC est là. Il l’a
du premier coup avec sa carabine US.
Nous ne tenons que la moitié de la position mais à quel prix ! L’adjudant PRIGENT, le Sergent-
Chef BALISTE et le Caporal FAUBEL et bien d’autres sont tués ou gravement blessés. La moitié des effectifs
de la douzième compagnie est rayée des contrôles. La compagnie du Lieutenant LEPAGE a aussi
sérieusement dégusté. Avec l’aide de deux lance-flammes la colline est occupée. Au soir, le 2/1 R.C.P. prend
la relève avec l’aide de deux compagnies du B.E.P et deux compagnies du 5ième B.P.V.N. C’est ainsi
qu’”Eliane 1” tiendra presque jusqu’à la fin.
Nous réorganisons nos effectifs avec des éléments épars de la 12ème compagnie créée à
SAINT BRIEUC, je retrouve le Lieutenant TRAPP qui a perdu deux radios, le Sergent MIOSSEC qui a été
blessé au pied, le Première Classe REIMANN. Les autres sont blessés, morts ou affectés ailleurs : il y a
tellement à faire pour contenir l’avancée des Viets. Le 15 avril, le Commandant TOURRET crée le point
d’appui “Opéra” sur le drain avec son 8ème B.P.C., en protection de la piste d’aviation.
Après différentes interventions sur les “Elianes”, sur le drain, je me retrouve sur “Eliane 10”. On
voit arriver un sergent qu’on ne connaît pas. Le lendemain, le sergent disparaît, je ne sais pas ce qu’il est
devenu !....Je rends compte au Lieutenant TRAPP ; il me demande de former un groupe : voltige et pièce FM.
Ce que je fais avec le Première Classe MATHIEU, deux jeunes qui viennent de sauter et deux vietnamiens.
Moi, je commande la pièce FM avec un tireur et un chargeur vietnamien. Ma mission est simple : je dois
flanquer un glacis en protection du blockhaus du Commandant THOMAS qui commande à présent le 6ème
B.P.C.. Vaste programme... Je suis néanmoins encouragé par le Lieutenant TRAPP qui se trouve un peu plus
haut, toujours debout portant lui-même le poste radio sur le dos car son dernier radio s’est fait tuer. Je réalise
que cette mission est suicidaire, c’est le moins que l’on puisse dire. Enfin, j’ai confiance, je n’imagine pas la
chute de DIEN BIEN PHU.
Comme prévu, le 6 mai vers 5 heures, les tirs de harcèlement font place au matraquage. Tout y
est : 105, mortier, orgues de Staline. Je vois disparaître le Lieutenant TRAPP sous une déflagration d’obus. Je
me précipite, soulève la poutre et le voici qui réapparaît couvert de poussière. Il me dit : “Ca va FIOR, ce n’est
pas pour cette fois”. Il a toujours son petit sourire en coin et son poste radio sur le dos... Je lui explique ma
situation, il me dit de faire pour le mieux.
Je rejoins mon groupe, mon tireur FM me dit : “Chep, c’est équipe MATHIEU tous chêt (morts)”.
Je vais voir : hélas, ils n’ont pas eu la chance du Lieutenant TRAPP un obus les a broyés. Nous voilà donc
réduits à trois pour protéger le PC du Commandant THOMAS ! Mes camarades sont occupés à d’autres
tâches. Il faut être partout. Il n’empêche que je me sens bien seul. J’assume la mission : continuer à flanquer
avec mon tireur FM (qui ne faiblit pas) le blockhaus du Commandant THOMAS. Le Lieutenant TRAPP
cherche ses troupes, ce ne doit pas être facile. Le matin, j’apprends que le Lieutenant CORBINEAU a été tué.
Je l’aimais bien et j’ai beaucoup de peine. Mon chargeur FM est tué à son tour ; nous ne sommes plus que
deux et nous tirons, tirons....sur tout ce qui bouge, et ça bouge ! L’artillerie vietminh continue de plus belle.
Quel spectacle ! Elle baisse d’intensité vers 2 heures du matin, le 7 malheureusement, un obus au phosphore
tombe à un mètre de moi, une belle gerbe m’enveloppe. Le casque me protège bien mais ma veste
camouflée est recouverte de petites boules phosphorescentes ; je l’enlève précipitamment mais j’ai du
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phosphore sur les genoux qui pénètre dans ma chair comme des pierres dans l’eau. C’est impressionnant de
voir ces petites bulles briller à l’intérieur. Aveuglé par l’explosion, je ne réalise cela qu’un bon moment après et
je vois des viets, ceux des premières vagues, qui me passent par-dessus la tête, sautant de tranchée en
tranchée. La première surprise passée, je réalise qu’ils se regroupent au centre d’”Eliane 10” pour faire un
nettoyage progressif partant en étoile vers l’extérieur.
Il doit être 3 heures du matin ce 7 mai. Je décide de rejoindre la position du Commandant
THOMAS.
Je récupère le FM et pénètre dans le blockhaus. Je fais connaissance avec le Commandant
THOMAS qui me demande quelques précisions sur la situation extérieure. Je lui explique que les Viets se
regroupent au centre du point d’appui. Il y a là une dizaine de personnes dont le Lieutenant SAMALENS. Par
radio, on demande ce qu’il est possible de faire contre le phosphore qui me ronge les genoux. Un médecin me
répond qu’il faut faire un plâtrage de boue. Ce que je fais et j’ai alors au moins la satisfaction de ne plus voir
ces sacrés petits points jaunes. Je me retrouve donc torse nu, le casque lourd sur la tête, les deux jambes du
pantalon déchirées avec mes bottes de saut aux pieds. Ca pourrait prêter à rire mais on n’en a pas envie.
J’aperçois, allongé sur un bat-flanc, le Capitaine BAILLY du “8” que je connais de réputation. Il a
une sale blessure à la jambe droite : on lui a fait un garrot mais les os du tibia et du péroné émergent de sa
chair meurtrie. Sa botte de saut ne lui a pas été enlevée et une attelle fixe le tout, Il souffre beaucoup mais ne
se plaint pas. Il fait preuve d’une dignité impressionnante. Je reste un peu avec lui. Je ne souffre pas trop,
bien que la balle reçue le 10 avril dans le bras droit sur “Eliane 1” suppure encore et qu’un abcès se soit
formé. Mes pensées vont plutôt vers ce jeune Capitaine qui, malgré tout, cherche à savoir ce qui se passe audessus
de lui. Il reste calme et serein avec un sang-froid remarquable. Néanmoins, il ne se fait aucune illusion
sur l’issue de la bataille et me dit avec insistance qu’il ne pourra pas sortir du blockhaus en cas de reddition,
ce qui ne saurait tarder. Je lui dis que je ferai du mieux que je peux pour l’aider. Vaine promesse !...
Vers quatre heures du matin, le Sergent-Chef MENAGE, en liaison avec le Commandant
BIGEARD, détruit son poste radio et tente une sortie seul en vue de rejoindre le PC central. Plus tard,
j’apprendrai qu’il a été blessé gravement. Les Viets tirent sur tout ce qui bouge. A l’intérieur du blockhaus,
l’ambiance est maussade. L’Etat Major du Commandant THOMAS ne sait que faire, les ordres ne passent
plus mais nous savons que si nous devons nous rendre, il sera hors de question de hisser un drapeau blanc.
Nous tenons les deux entrées du mieux qu’il est possible de le faire. Les Viets jettent deux grenades par les
orifices de ventilation. Heureusement que leurs grenades sont de mauvaise qualité et que le blockhauss est
fait de telle sorte qu’il y a des caches mais le souffle nous ébranle. La position devient intenable.
Le 7 mai, vers 6 heures du matin, les Viets réussissent à glisser par les deux entrées, des pains
de bengalore fixés à des perches de bambou. Le Commandant THOMAS fait dire par un vietnamien que
nous nous rendons, pas de drapeau blanc ! Les Viets nous précisent que nous devons sortir sans arme, les
mains en l’air. Ce que nous faisons sans ordre hiérarchique. Au passage, je salue le Capitaine BAILLY qui me
recommande de leur dire qu’il est blessé et ne peut se déplacer. Je le réconforte et le lui promets. Je quitte le
blochauss à la naissance du jour. Il y a du Viet partout. Je tente d’expliquer vraisemblablement à un cadre qui
brandit un pistolet automatique, qu’à l’intérieur, il y a un officier gravement blessé. Pour toute réponse, il me
colle son pistolet sur la tempe en m’invectivant. Je ne demande pas mon reste. J’ai bien cru qu’il allait tirer.
J’ai toujours son regard en mémoire !...
Quel spectacle, nos tranchées sont remplies de cadavres des deux camps. Certains bougent
encore. Les Viets ne nous ménagent pas ! Nous contournons “Eliane 10” pour nous approcher le plus près
possible de la tranchée qu’ils ont creusé. Il y a trente mètres à franchir à découvert pour la rejoindre. Notre
mitrailleuse quadruplée tire sur cet axe de passage. Les bo-doï nous ordonnent de passer par petits groupes.
Le lieutenant SAMALENS est tué devant moi. Je pense que les Viets l’ont fait en toute connaissance de cause
parce qu’aucun d’eux n’est passé par là. Ils nous ont dit “Vous voyez les Français Capitalistes vous tirent
dessus...”. L’artillerie tire toujours tous azimuts. Leurs tranchées sont comme les nôtres, pleines de boue,
c’est la saison des pluies. Le Commandant THOMAS est devant moi. Nous arrivons derrière les “Eliane”. Un
Viet nous arrête, les deux jambes à cheval sur la tranchée, arme pointée dans notre direction. Il nous
demande dans un excellent français : “Y a t-il un officier parmi vous ?”. Le Commandant THOMAS lève le
bras, il n’a pas le choix. Immédiatement, il est emmené sur les “Eliane” sans même avoir le temps de nous
dire au revoir. Il est clair que le commandement Viet veut des renseignements de première main sur les
quelques positions qui tiennent encore.
Mes pieds se sont enfoncés dans la boue des tranchées, je devrais dire qu’ils ont été aspirés.
Un bo-doï nous ordonne de repartir. Désespérément, je tente d’extraire mes pieds de cette boue gluante. Sa
mitraillette pointée dans ma direction, le Viet me dit dans sa langue de partir, sinon il tire. Pas besoin de
traduire. Mes efforts viennent à bout de cette succion mais, en partie seulement, car j’y laisse une botte de
saut. Je veux la récupérer mis le bo-doï pointe son arme sur moi et je change vite d’avis ! Me voici à clochepied,
torse nu, pantalon déchiré, une botte au pied, le casque sur la tête. J’enlève la botte pour mieux me
déplacer. C’est une expérience, pour un européen, de marcher pieds nus... Au soir, nous arrivons à une
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vingtaine de kilomètres à l’ouest de DIEN BIEN PHU. Nous passons près de fausses positions d’artillerie viet
qui avaient pour but de leurrer notre aviation. Nous sommes au pied de montagnes d’où les armes lourdes
vietminh tiraient en toute sécurité.
Là, se tient un groupe d’une vingtaine d’hommes (sous-officiers, et hommes de troupe de race
blanche). Certains ont pu emporter des musettes avec des boites de ration. Personne ne partage, moi je n’ai
rien à partager. On ne nous donne rien à manger. Cela durera trois à quatre jours. Vers le 10 mai, un
commissaire politique nous dit que DIEN BIEN PHU est tombé. Nous n’y croyons pas ! Il faut pourtant se
rendre à l’évidence. Le moral n’est pas au beau fixe... Il nous dit que nous allons rejoindre la colonne de
prisonniers. Une maigre distribution de riz est faite. Certains ont quelques vivres sur eux ; je suis surpris de
voir que les Viets ne les leur ont pas confisqués. Moi je ne m’inquiète pas car je n’ai rien à perdre, sinon ma
jeunesse : je n’ai pas enore vingt et un ans.
Dans le groupe, je repère un Adjudant-Chef petit et trapu, du genre montagnard basque. Il est
pieds nus avec une paire de bottes de sauts en sautoir sur l’épaule. Il s’appelle PAPALIA ; il est du 8ème
Choc. Je lui demande pourquoi il ne porte pas ses chaussures ; il m’explique qu’il les a prises au hasard
lorsqu’il a été fait prisonnier mais qu’elles ne lui vont pas. Je n’ai pas d’échange à faire mais il me propose
avec gentillesse de les essayer. Quelle joie, elles sont exactement à ma pointure ! Il me les donne. Je suis
éperdu de reconnaissance. Devant ma détresse, un autre m’offre un dessus de survêtement bleu. J’en coupe
les manches pour en faire des chaussettes. Avec le reste, je me recouvre la poitrine. J’ai toujours mon casque
et mon pantalon brûlé, déchiré mais j’ai le minimum pour pouvoir faire face à ce qui nous attend. PAPALIA a
trente-sept ans, il habite dans le pays basque ; il est marié mais il ne parle pas de sa vie privée. Je pense qu’il
est d’orignine grecque. Le lieu, la différence d’âge ne prêtent pas aux confidences. Il n’empêche que nous
devenons très amis.
Le Commissaire politique nous loue la grande clémence du Président HO CHI MINH qui va nous
permettre de rejoindre nos camarades prisonniers victimes du capitalisme américain. “Ensemble”, ajoute t-il,
“Nous pourrons suivre une rééducation appropriée à notre cas qui est très grave”.
Encadré par de jeunes soldats, notre groupe se met en route pour rejoindre la colonne de
prisonniers, trois ou quatre jours plus tard. Là, je reste pantois, moi qui me croyais tout seul devant le
blockhaus du Commandant THOMAS : la colonne s’étend à perte de vue sur la piste serpentée qui s’enfonce
vers le Col des Nuages. Les autochtones ont été séparés des blancs. Je dis à PAPALIA qu’il fasse attention
avec son type méditerranéen..... Il n’apprécie pas ma plaisanterie qui, en fait, n’est pas très bonne. Au dixième
jour de marche forcée en pays thaï, nous voyons un officier français décontracté, se détacher d’un groupe qui
vient de descendre d’un camion “Molotova”, s’approcher de nous. C’est le Commandant TOURRET qui a
reconnu les paras. Il nous parle, nous dit qu’il ne faut pas perdre courage et que nous ne devons pas
désespérer. : “Dieu est avec nous”. Il ignore les bo-doïs menaçants qui veulent l’en empêcher. Ces quelques
paroles nous font chaud au coeur. Elles nous seront bien utiles pendant les trente jours de marche qu’il nous
reste à faire. Elégant, il repart. Aujourd’hui encore, je revois sa silhouette se découper dans la transparence
bigarrée de la végétation.... Je ne pourrai jamais oublier ce moment qui reste fixé dans ma mémoire. Là, on
nous divise par groupes de cent hommes. Je réussis à rester avec mon ami PAPALIA qui commence à
souffrir des pieds. Il glisse, je l’aide du mieux que je peux. Pour l’instant, je suis à peu près en forme grâce à
l’entraînement que j’ai eu et à ma jeunesse. Il nous a été distribué quatre jours de riz dans des boudins. J’ai
récupéré une boîte de ration vide qui me sert d’écuelle. Je fais cuire mon riz et celui de PAPALIA dans mon
casque. La colonne s’ébranle, la longue marche commence dans un pays de pleine montagne rendu difficile à
la saison des pluies. Notre ration se réduit à du simple riz. La longueur des étapes varie de vingt à quarante
kilomètres selon l’humeur du chef de convoi ou bien en fonction des points de ravitaillement qui ne se trouvent
pas nécessairement au lieu de bivouac. Il faut, tous les trois ou quatre jours, reconstituer les vivres pour
l’ensemble du groupe. Les plus solides sont “volontaires” d’office. Je n’y coupe pas et je prends, en plus de
la charge qui m’est imposée, celle de PAPALIA. Il est rare que les stocks de vivres soient proches ; bien
souvent, ils sont situés à cinq ou dix kilomètres. Parfois, il faut revenir avec plus de trente kilos de riz sur le
dos ; alors, ce jour-là, on a droit à une journée de repos. Je remarque que les bo-doïs portent leur propre
charge sur des bicyclettes Peugeot. Néanmoins, je trouve avantage à faire ces corvées car je parviens
quelquefois à subtiliser des produits de première nécessité comme du sucre, du poisson séché, etc.... que je
dévore sur place. C’est risqué car il nous a bien été dit que nous serions “fusillés sévèrement” si nous étions
pris à voler le bien du peuple laborieux.
Mon pauvre PAPALIA souffre beaucoup : il a les pieds en sang mais il résiste. A trente-sept ans,
il a du mérite. Parfois, je le vois glisser dans la boue. Il pleut sans cesse. Deux pas de gagner, un pas en
arrière et ça recommence. Les pentes sont raides en pays thaï. Il lui arrive de perdre courage. Un jour il refuse
de repartir. Je le bouscule et lui dis que nous n’avons jamais revu ceux qui se sont arrêtés et il y en a eu !... Je
lui prends son boudin de riz, il repart, je le pousse, “la machine humaine” se remet en route. Nous
traversons les villages thaïs, vides d’habitants. Les Viets nous disent qu’ils ne peuvent pas nous y mettre à
l’abri car les paysans nous vouent une telle haine qu’ils seraient capables de nous tuer. Ce qui est faux ! Mais,
pour nous le prouver, ils organisent ce que l’on pourrait appeler “le lancer de pierres obligatoires” :
quelques paysans sont alignés sur notre passage et, sans grande conviction, nous lancent quelques pierres...
Pas d’invectives, ils ne disent rien et baissent la tête (c’est la seule fois que j’ai vu pareil spectacle, personne
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n’a par ailleurs été blessé). Bref, toutes les nuits que le Bon Dieu fait, nous couchons à même le sol, sous la
pluie... et elle tombe !.
A nos questions : ? “Où allons-nous ? Combien de kilomètres à faire “. Toujours la même
réponse ! “Encore cent kilomètres” !. Je commence à reconnaître la région où nous sommes passés au
retour de l’opération de TULE : voici SON LA, NASAM, le Col de Conoï ; nous prenons la direction des
calcaires. Nous comprenons que notre destination se trouve dans le Delta. Le terrain y sera plus facile.
PAPALIA est toujours là, il semble aller mieux. Ses pieds se sont endurcis. Après bien des difficultés, nous
arrivons le 18 juin 1954 au Camp 70. Nous sommes cent quatre vingt deux. PAPALIA reste avec moi. Les
autres ont été dispersés dans d’autres camps.
Le Camp 70 est un petit village abandonné, en terre de bambou avec un toit en paille de riz.
Nous y sommes au moins à l’abri mais dans le Delta nous retrouvons les moustiques. L’eau n’y est pas
limpide comme dans les montagnes. Les corvées reprennent tous les jours. Pour aller chercher un fagot ou du
riz, il faut faire cinq à dix kilomètres, quelquefois davantage ; aller et retour, ça fait le double ! Je suis toujours
volontaire car il y a toujours quelque chose à grapiller. PAPALIA, dont les pieds sont comme ceux des Méos,
est volontaire également. Un jour sur deux, il y a des cours d’éducation politique. Pendant la longue marche,
les Viets s’y étaient déjà essayés sans succès aucun. Mais là, c’est autre chose car il faut participer, faire son
autocritique, sinon pas de riz ! Je me rends compte à quel point nous sommes maigres, sales et barbus. Les
Viets ont bien du mal à nous faire reconnaître les bienfaits du Président HO.
Les premiers prisonniers succombent au désespoir. Ils se couchent à l’ombre et ne se réveillent
plus. Chaque jour, il y en a un ou deux. Une case en bambou a été montée à l’écart du village que les Viets
ont appelé “infirmerie”. Nous, nous avons vite fait de le baptiser “mouroir”. Les morts sont enterrés à même
la terre, à côté de “l’infirmerie” et des feuillées que nous avons creusées.
Deux français déserteurs viennent nous porter la bonne parole de l’oncle HO. Nous avons le
coeur serré. Nous ne comprenons pas leurs propos où ils nous accusent de tous les péchés de la terre. Nous
sommes tellement fatigués que leurs diatribes nous passent par-dessus la tête. De toutes façons, les
conditions dans lesquelles nous vivons ne nous incitent pas à applaudir à tout rompre. On nous rappelle qu’un
pays révolutionnaire comme la France n’aurait jamais dû faire la guerre au service du grand capitalisme
américain. Le Chef du camp nous annonce qu’à l’occasion du 14 juillet 1954, il y aura une “Grande Fête”,
avec un bon repas (Il a dit un repas spacieux,) nous rigolons dans notre barbe) ; nous pourrons écrire à nos
parents, nous chanterons mais, pour cela, nous devons apprendre l’Internationale. Nous rétorquons que la
Marseillaise est un chant né de la révolution française. Après bien des palabres, le “Chef” accepte que la
Marseillaise soit chantée mais après l’internationale.
Le 14 juillet arrive. Debout vers sept heures, cours politique jusqu’à midi. On nous distribue une
feuille de parchemin à chacun (c’est pour la lettre) et l’on nous donne un encrier et un porte-plume pour
l’ensemble des prisonniers (on doit être encore plus de cent vingt en vie) Le premier commence à écrire, mon
tour ne viendra, avec celui de PAPALIA, que vers vingt et une heures. Vient l’Internationale, il n’y a pas
beaucoup d’enthousiasme. Du coup, le chef de camp nous interdit de chanter la Marseillaise. Le repas
consiste en deux poulets cuits pour les cent vingt prisonniers ; ils sont servis à même le riz avec quelques
légumes verts, un demi-sucre de canne, une demi-banane. Voilà le repas tant attendu du 14 juillet. Nous ne
rions plus....
Mes parents n’ont jamais reçu ma lettre bien que j’aie suivi les consignes de préciser que : “Grâce à la
clémence du grand Président HO CHI MINH, nous sommes très bien soignés, nous ne manquons de
rien ! etc, etc....”.
Le lendemain, corvée de fagots à dix kilomètres du camp. Je me souviens d’avoir pu voler
quelques fruits. Au retour, je sens mes jambes qui flageolent, la fièvre vient, j’ai la diarrhée... J’ai du mal à
marcher et à porter mon fagot. PAPALIA me le prend. J’arrive au camp péniblement. Illico, je suis mis à
l’infirmerie mais sans y recevoir de soins car il n’y en a jamais. Je comprends que la dysenterie commence à
me ronger, le paludisme s’en mêle. Je ne veux plus manger, mais je veux boire, boire, PAPALIA est là qui
vient me voir deux à trois fois par jour. Il me réconforte, m’engueule, me soigne du mieux qu’il peut. Il me fait
bouillir mon eau, m’apporte des petites choses qu’il chaparde au cours des corvées. Les gardiens viennent
nous voir avec des masques en tissu sur le visage. Tous les jours, il y a des morts qu’on enterre à même la
terre. Je reste indifférent à tout cela. Je suis hors du temps. PAPALIA me dit qu’il y a une conférence à
Genève menée par MENDES FRANCE. Quelques jours plus tard, un gardien tout excité arrive en courant
pour nous dire en criant : “La guerre est finie ! La guerre est finie ! Vous allez être libérés !” . Cette
nouvelle me réveille. Je me rappelle que ma mère nous donnait des granulés de charbon lorsque nous avions
mal au ventre. Je demande à Papalia de m’apporter du charbon écrasé, Il me dit que je suis fou mais il me
l’apporte. Je mange mon charbon, il n’est pas facile à avaler mais il enraye la dysenterie. Je mange tout ce
que peut m’apporter l’ami PAPALIA. Je pense qu’il se prive pour moi. Il m’oblige à marcher un peu. Les
réflexes reviennent. A présent, la libératon se concrétise. Nous devons rejoindre SAM SON. Pour s’y rendre, il
faut marcher une trentaine de kilomètres, le reste se faisant en sampan. Les mieux portants, dont PAPALIA,
m’aident et nous arrivons à SAM SON, cahin caha. Là, les Viets nous rasent, nous donnent une tenue de toile
: une veste, un casque fait de fibres végétales, une paire de tong et un éventail. Tout ça, pour la Commission
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d’Armistice et de Libération. Personne n’est dupe, il faut voir dans quel état nous sommes ! Les Viets ne
réussissent pas à nous faire défiler devant les caméras soviétiques. On m’a allongé sur une natte avec
d’autres camarades. Un médecin commandant français me pose quelques questions. Il prend des notes sur
une fiche en papyrus remise par le VIET MINH. “URGENT : dysenterie, paludisme, béribéri, importante
anémie”. J’ai toujours cette fiche.
Le soir, nous sommes à bord du LCT à destination de HAÎPHONG. On nous donne du lait à
volonté. A HAÎPHONG, deux infirmiers me saisissent, l’un par la tête, l’autre par les pieds et me pèsent : je
fais quarante-huit kilos. Ils me mettent dans un lit : deux médecins et deux infirmières sont autour de moi.
Les ordres fusent : piqûres, transfusions, etc... Mon coeur s’emballe à 160. Un infirmier me veille toute une
nuit. Quelle disponibilité que celle du corps médical ! Je suis sale, on me lave sur le lit avec un gant. Trois
infirmières viennent me porter sous une douche mais, compte tenu de mon état, seulement 2 à 3 jours après
mon arrivée. Elles me décrassent à fond tout en racontant des blagues. PAPALIA n’est resté que quelques
jours, il est rapatrié rapidement. Le médecin me prescrit de rester à l’hôpital Saint Dominique pour me retaper
un peu. Libéré le 29 août 1954, je suis évacué le 13 septembre à l’Hôpital militaire de KIEN AN. Le 29
septembre, je suis dirigé sur l’Hôpital CATROUX à DALAT. Vient ensuite l’embarquement sur le s/s
PASTEUR le 28 octobre. Nous débarquons à Marseille le 13 novembre 1954. Il m’aura donc fallu deux mois
et demi après ma libération pour retrouver la France. Mais il faut que l’on soit présentable !... Rapidement, on
nous fait descendre de la passerelle. Un coup de Marseillaise, un repas hâtif sous une tente ; pas de discours
d’accueil. Trois heures après, je suis dans le train, billet payé mais sans argent de poche. Le “Livret 300” (1)
nous l’aurons plus tard !... Je n’ai pas perçu de solde depuis le mois de février 1954. Les Officiers ont l’air
gêné mais ils ne font rien pour nous aider moralement ou matériellement. Nous pensions que l’accueil serait
plus chaleureux. On nous dit que nous devons rejoindre rapidement nos trains car les communistes (encore
eux) ont craché sur des cercueils et frappé des blessés. Que fait donc le Commandant de la Place et l’Etat ?...
J’en conserverai toujours beaucoup d’amertume. Je n’ai pourtant pas eu le sentiment de faire une guerre
coloniale de conquêtes. L’Indochine, comme l’Afrique, nos Territoires Outre-Mer, .... faisaient partie de
l’Empire français. Les cartes de ces pays étaient fixées aux murs de nos écoles. J’aimais bien les regarder,
elles étaient belles, elles nous faisaient rêver d’aventures lointaines. A Marseille, nous avons compris que bien
des français regardaient l’Indochine par le gros bout de la lorgnette. Certains l’ont découverte le jour de la
chute de DIEN BIEN PHU. Comme, avant d’être rapatrié, on m’avait retapé à coup de piqûres et de nourriture
riche et abondante, trois mois plus tard, je pèse cinquante-huit kilos, les gens me disent : “Mais tu n’as pas
si mauvaise mine que ça” ! Les Viets n’étaient pas aussi terribles que vous le dites !”. Que voulez-vous
répondre à de pareilles réflexions ?.
Dans ce récit un peu long, j’ai voulu remettre dans le contexte les liens qui unissaient toutes les
unités de combat : DIEN BIEN PHU, marche, hôpital et le retour en France. J’ai occulté certains faits ou actes
de courage. D’autres l’on fait. Le fil directeur étant le Capitaine BAILLY et l’Adjudant-Chef PAPALIA, que je
n’aurais jamais rencontrés dans d’autres circonstances. Une dernière anecdode, au cours d’un diner
d’Anciens de DIEN BIEN PHU j’étais à côté du Colonel HERRAUD Jean (6ème B.P.C.). Au cours de la
duscussion, il me dit qu’il était au Camp 70. Là, surprise, j’avais complétement effacé ce souvenir de ma
mémoire. Après le rappel de points communs, tout s’est remis en place dans mon esprit. Il était Sous-
Lieutenant à la 11ème Compagnie, un magnifique combattant. Nous étions heureux comme des gosses !....
J’ai appris, plus tard, que le Capitaine BAILLY avait été libéré sanitaire et qu’il était décédé le 21
août 1992. J’ai retrouvé l’Adjudant-Chef PAPALIA à la caserne de Château-Neuf à BAYONNE en 1955. Il m’a
dit qu’il prenait sa retraite et je ne l’ai plus jamais revu. Ce jour-là, j’ai bien vu qu’il n’avait pas envie de parler
de tout cela. La page est tournée, je suis parti sous d’autres cieux. DIEN BIEN PHU nous aura marqué à
jamais. Nous sommes arrivés au Camp 70 le 18 juin 1954 à cent quatre vingt-deux. A la libération, le 29 août
1954, nous n’étions plus que quatre dingt-dix en très mauvaise santé. Mon ami Damongeot est mort le jour de
sa libération le 29 août 1954. L’histoire jugera.
(1) Note sur le livret 300 : ce compte à intérêts avait été ouvert pour le versement des soldes des militaires du rang
lorsqu’ils étaient en opération. je ne l’ai récupéré que deux ans après et j’ai eu la surprise de constater que l’on avait retiré le “prêtfranc”,
c’est à dire le montant de l’alimentation reversée au Viet-Minh par la Croix Rouge pendant la période de captivité. J’ai été
débouté en Conseil d’Etat.
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KAOLA
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