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Décès de BOB MALOUBIER LE LUNDI 20 AVRIL 2015

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Décès de BOB MALOUBIER LE LUNDI 20 AVRIL 2015

Message  opex le Sam 28 Jan 2012 - 3:30

EN 2012 L'Express publiait  en exclusivité des extraits du récit de Bob Maloubier, ancien membre du SOE. Il s'agit du service secret créé par Winston Churchill pour opérer au sein de la résistance française. Une facette méconnue de la seconde guerre mondiale.

[Rouen, 20 décembre 1943. Bob Maloubier doit réceptionner un émetteur dernier cri parachuté dans la nuit par un Halifax. Mais Pierrot, le jeune chauffeur du camion Citroën P45 muni d'un laissez-passer, n'est pas au rendez-vous. Seule solution : emprunter l'Oiseau bleu, une pétrolette de 125 CC bleu turquoise réservée aux urgences.]

Le pinceau blême du phare de l'Oiseau bleu badigeonné au bleu Défense passive tressaute sur les pavés défoncés de la route d'Elbeuf parcourue de rails de tramways gelés que je m'applique à éviter. [...] Le vent transperce les couches de journaux, de tricots, de chandails et la peau de mouton dont je suis cuirassé. Des larmes givrent au coin de mes yeux. En revanche, chaud au dos : le gratte-papier [NDLR : Maloubier a reçu l'ordre d'accompagner un jeune secrétaire de mairie à un parachutage nocturne] est collé à moi comme une arapède. Les ordres du "chef" faisant loi, je lui ai accordé priorité. [...] Soudain, un ronronnement dans mon dos. Je serre l'accotement pour lui faire place. Une grosse automobile me double, puis, subitement, se rabat et stoppe brutalement devant moi. Je manque m'écraser contre sa plaque d'immatriculation frappée d'un WH noir sur fond blanc, le "Double Vache" de la Wehrmacht ! A peine ai-je le temps de reprendre mes esprits, un Feldgendarme "kolossal" descend de la voiture.  

- Monzieur, me lance-t-il, un mauvais sourire aux lèvres. Feu rouche, nicht gut ! [...]  

- Et votre Kamerad, Weg ? Parti ? Pourquoi ?  

Je me retourne. Mon passager s'est volatilisé sans que je m'en rende compte ! Je demeure désemparé quelques secondes, puis, reprenant mes esprits, je réplique :  

- Pas camarade ! Inconnu rencontré sur la route. Moto-stop !  

Apparaît un second Allemand, filiforme, binoclard, coiffé d'un calot planté bien droit, qui me lance dans un français châtié :  

- Vous recueillez souvent en pleine nuit des inconnus qui ont tant à se reprocher qu'ils s'enfuient à notre vue ? Vous expliquerez cela à la Kommandantur. Montez ! [...]  

Machinalement, je m'écrie :  

- Et ma moto ?  

- Nous nous en chargeons, répond "Laurel" avec suffisance.  

Le poussah a déjà enfourché l'Oiseau bleu et s'acharne sur le kick sans parvenir à faire bidouiller le moteur. [...]  

- Allez l'aider, m'intime "Laurel". [...]  

En faisant mine de renouer un lacet, je débloque le robinet du bout du doigt, puis actionnant le kick à coups redoublés je fais délibérément bafouiller le moteur à plusieurs reprises... Lorsqu'il démarre enfin, je crie dans la pétarade :  

- Si je l'arrête, elle ne repartira plus ! Allez-y, je vous suis !  

Tout est clair dans ma tête : au premier carrefour, dérapage contrôlé, culbute, et je m'évanouis dans la nature ! [...]  

Hélas, la Mercedes ne s'ébranle pas devant moi, mais derrière ! Le pinceau de ses phares lèche mon équipage et des petites pressions de pistolet me rappellent à l'ordre lorsque j'accélère trop. A droite comme à gauche, des champs plats et tout nus, sans couvert. [...]  

Mon espérance de vie se limite à quelques secondes, car je suis bien décidé à tenter le tout pour le tout : m'envoler de ma selle tout en freinant brutalement... Et si l'auto ne m'écrase pas, si une balle ne me fait pas sauter la cervelle, si les Feldgendarmes lancés à ma poursuite me ratent... je survivrai.  

Que de "si" et combien je regrette d'avoir jeté dans le premier cabinet venu - par gloriole, parce qu'à vingt ans on se croit maître du monde - ma capsule de cyanure, "l'assurance contre la torture" dont on nous dote avant le grand saut dans l'inconnu ! Le major Morel, le chef des Opérations, me l'avait remise en mains propres en juin dernier dans l'élégant hôtel particulier d'Orchard Court, au coeur chic de Londres, siège de la Section française du Special Operations Executive (SOE), un service à part pratiquant sabotage, guérilla et exécutions en tous genres. [...]  

Tandis que la Mercedes amorce un virage pour se ranger devant l'immeuble, je poursuis droit sans ralentir.  

- Rechts ! grommelle mon amazone en piquant le canon de son arme dans mon cou.  

En faisant mine de m'escrimer sur le guidon, de ne pas maîtriser ma moto, je m'écrie :  

- Je ne peux pas tourner, je vais trop vite ! Bremsen, les freins, nicht gut.  

Mon cerbère semble y croire.  

Lorsque nous nous immobilisons enfin, la Mercedes a fait halte sous l'oriflamme à croix gammée... à trente bons mètres de nous ! [...]  

Je me ramasse, je rassemble mes forces, je bande mes muscles et j'arrache du sol jusqu'à hauteur d'épaule les cinquante kilos de l'Oiseau bleu, puis je les catapulte avec un hurlement sauvage dans les reins de l'Allemand. Il s'abat en poussant un couinement de porc égorgé. Je m'élance comme une flèche vers une rue qui débouche à l'angle de la place. [...] Je redouble de vitesse lorsque la fusillade à laquelle je m'attendais éclate. Soudain, un soldat casqué, l'arme au pied, se dresse devant moi !  

D'un bond, je l'évite, ainsi qu'une chaîne traîtreusement tendue entre des obus fichés dans le sol. Heureusement, ce n'est pas un ennemi, mais le poilu en pierre du monument aux morts dressé au beau milieu de la place ! J'en souris presque lorsqu'un fulgurant coup de fouet me cingle les reins, me casse en deux, me projette en avant. La balle m'a frappé au niveau de la ceinture et a sûrement transpercé le poumon, le foie et l'intestin. Je trébuche, je me rétablis je ne sais comment, je poursuis ma course. [...]  

A droite, une rue. Je m'y jette. Hélas, c'est un cul-de-sac. Au fond, un mur, tout noir ! C'est la fin... Alors que je m'attends à y être cloué par une rafale, un demi-cercle blafard s'ouvre devant moi : un tunnel ! [...] Je débouche sur un chemin de terre qui se perd dans la campagne. Au tintamarre succède un silence irréel. [...] Je suis à bout, asphyxié. La fièvre bat mes tempes ; douleur aiguë de la ceinture à l'épaule. Je m'arrête pour souffler. A cet instant, des aboiements rageurs me rappellent à la réalité. [...] Un kilomètre plus loin, mon sentier se jette dans la Seine. [...] Les cris des chiens s'amplifient ; des hommes les excitent. Plus question d'abri ! Mon odeur, il faut que je la noie. Je me laisse glisser dans l'eau glaciale, je tiens bon. Enfin, je touche à la rive opposée, m'agrippant à la terre boueuse, où je m'échoue. Devant mes yeux s'étend un pré, plat, couvert de givre. Je rampe jusqu'à son centre, je m'y incruste, contre toute raison. [...] Soudain des sirènes d'alerte hululent. Aussitôt, les projecteurs s'éteignent, et avec eux, les glapissements des haut-parleurs, le teuf-teuf des machines, les tamponnements... Et les grognements des chiens ! Tout se tait, sauf le grondement des quatre moteurs de mon Halifax qui vient de semer la panique ! J'ai pour son captain une pensée émue : il va rentrer bredouille, certes, mais il n'est pas venu pour rien ! [...] Voile noir. Adieu Ann... Adieu Maguy.  
À lire également: la critique d'Agent secret de Churchill

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décès de Bob MALOUBIER

Message  BIDASSOA le Mar 21 Avr 2015 - 21:15

Bob Maloubier, héros de guerre et légende des services secrets, est mort.

Le fondateur de l'unité des nageurs de combat français est décédé lundi soir 20 avril 2015.


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Disparition de Bob Maloubier ce 20 avril 2015

Message  Lothy le Mar 21 Avr 2015 - 23:21

Disparition de Bob Maloubier ce 20 avril 2015


Ancien membre du Special Operations Executive (SOE) lors de la Seconde Guerre Mondiale, Robert Maloubier, dit « Bob », s’est éteint le 20 avril à l’âge 92 ans dans un hôpital parisien.

Parti en Angleterre, en juin 1940, avec l’intention de devenir pilote de chasse, avant de devenir un « agent secret de Churchill », comme il se plaisait à le dire, Bob Maloubier avait rejoint, après-guerre, les rangs du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE, l’actuelle DGSE) au moment de sa création, avant de participer à la création de la première unité de nageurs de combat aux côtés de Claude Riffaud.

Dans les années 1960, il avait ensuite entamé une carrière dans l’industrie pétrolière au sein groupe ELF (et des réseaux de Jacques Foccart) en Afrique. Puis, le temps de la retaite venu, il s’était lancé dans l’écriture pour raconter ses nombreux faits d’armes, assortis d’anecdotes croustillantes.

Lors des cérémonies marquant le 70e anniversaire du Débarquement en Normandie, Bob Maloubier avait été distingué dans l’ordre de l’Empire britannique par Elisabeth II. À cette occasion, Zone Militaire avait fait son portrait.

Chevalier de la Légion d’honneur et titulaire de la Croix de guerre 1939-1945 avec trois citations, Bob Maloubier était l’un des derniers français survivants à avoir reçu, en 1945, le Distinguished Service Order (DSO), qui, outre-Manche, est la seconde récompense militaire la plus prestigieuse, après Victoria Cross.


Source : www.opex360.com

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Re: Décès de BOB MALOUBIER LE LUNDI 20 AVRIL 2015

Message  Lothy le Mar 21 Avr 2015 - 23:41


Robert "Bob" Maloubier était né le 2 février 1923 à Neuilly-sur-Seine.
Second fils d'Eugène Maloubier, natif de Paris, engagé en 1914 et affecté à l'état-major du général Haig comme interprète, et de Henriette, une Franc-Comtoise, née en 1880. Tous deux professeurs ils exercent aux États-Unis, quittent ce pays en 1920 et débarquent au Havre.
Son frère aîné : Jacques était né en 1920.

Il fait ses études au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine. Sportif, il est notamment membre de l'équipe de natation du Racing Club de France.

En mai 1940, alors qu'il prépare son bac, les épreuves "sont reportées à une date ultérieure". Il décide de quitter Paris avant l’arrivée des Allemands, et de rejoindre le général de Gaulle dont il a entendu l'appel. Ses essais par Bordeaux, par Saint-Jean-de-Luz, par Marseille, sont des échecs. Il retourne à Paris embrasser ses parents une dernière fois en décembre, puis retourne vers Marseille.  
Il rencontre le colonel Émile Bonotaux, qui, se méfiant du général de Gaulle, lui conseille d’aller en Afrique plutôt qu'en Angleterre.
En janvier 1941, il s’enrôle dans l’aviation de l’armée d’armistice, résolu, dès son premier lâcher seul aux commandes d’un avion, à mettre le cap sur Gibraltar ou Malte.

Mais comme il y a déjà trop de pilotes, il est affecté à la garde de la base aérienne de Bizerte. Il lui faudra attendre l'encerclement de la base par les Allemands en novembre 42, suivi de l'assassinat de Darlan (24 décembre 1942) pour que Jacques Vaillant de Guélis le recrute comme agent secret du SOE.

Le 10 Janvier 1943 il quitte Alger pour Londres, via Gibraltar.

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Re: Décès de BOB MALOUBIER LE LUNDI 20 AVRIL 2015

Message  Béghin Bernard le Mer 22 Avr 2015 - 15:23

Hommage à ce parachutiste au parcours intense dont j'ai découvert le nom seulement il y a deux jours, suite à une nouvelle inscription, d'un ancien de mon régiment, que je ne connais pas, bien sûr.
Mais j'ai vu le visage de Bob Maloubier, hier soir dans une émission de la chaîne Arte, traitant de la "méchante" Division Das Reich, où l'on parle également d'une femme exceptionnelle (parachutiste) qui, le 8 août 1944, a sauté en compagnie de Bob, près de Sussac (Haute Vienne) malheureusement, a été prise et déportée à Ravensbrück et assassinée par ses tortionnaires.  Elle avait 23 ans et s' appelait Violette Sazbo, mariée à un lieutenant de la 13è DBLE, et maman d'une petite fille. Voir ICI

Ceci dit, Robert Maloubier restera une grand figure du parachutisme d'excellence français.

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Décès de Bob Maloubier

Message  Roman V le Sam 25 Avr 2015 - 19:04

Cette grande figure du SOE, 11° Choc et des nageurs de combat est décédé le 20 Avril 2015.

http://www.lopinion.fr/blog/secret-defense/dernier-coup-palme-bob-maloubier-23525

Ses obsèques auront lieu le mercredi 29 avril à 11h30 en la Cathédrale Saint-Louis des Invalides.

RIP

Roman V

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Re: Décès de BOB MALOUBIER LE LUNDI 20 AVRIL 2015

Message  charly71 le Dim 26 Avr 2015 - 9:06

Ne fut-il pas aussi barbouze gaulliènne ? relevé sur un autre forum:

Quant à Robert Maloubier, je rappel que dans les années 50/60 il a recrutés pour des contrats de " liquidation " deux sinistres truands du gang des Tractions de Pierrot le FOU: JO ATTIA et GEORGES BOUCHESEICHE, ( deux anciens collaborateurs de la GESTAPO en 43 )... Que, ces deux LASCARS firent parti des 300 BARBOUZES à de gaulle, dont le travail était de liquider les Patriotes de L'OAS ...

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Re: Décès de BOB MALOUBIER LE LUNDI 20 AVRIL 2015

Message  Roman V le Dim 26 Avr 2015 - 14:29

Manifestement c'est une erreur commise par l'auteur du post en question, il y a deux réponses à ce sujet :

1 ° / ........ pris note de tes objections réitérées sur Bob Maloubier, j'ai toutefois peine à croire que si le personnage avait été aussi suspect et infréquentable que tu le suggères avec insistance, le colonel Pierre Chateau-Jobert (qui bien que fervent patriote et Compagnon de la Libération, fut condamné à mort par contumace pour ses activités au sein de l'OAS), aurait accepté de poser à ses côtés pour une photo. D'autant que les recrutements de personnages douteux que tu lui reproches sont bien antérieurs à la création de l'OAS puisque :

Citation :" Il crée une des premières unités de nageurs de combat, mais en 1960, doit quitter le SDECE pour avoir engagé Jo Attia sur quelques contrats.."

http://www.lepoint.fr/societe/l-agent-secret-bob-maloubier-est-decede-21-04-2015-1923125_23.php


2 ° / ..... tu commet une erreur, non pas sur les sinistres JO ATTIA et GEORGES BOUCHESEICHE et leurs "oeuvres", mais sur leurs recrutements successifs. Bob Maloubier les recruta bien pour le compte du SDECE en 1955, mais c'était pour exécuter des leaders FLN, afin que des officiers Français ne risquent pas d'être pris. Ils échouèrent d'ailleurs lamentablement dans les quelques missions que leurs furent confiés, cet emploi de truands pour ce type d'opérations fut rapidement abandonnés et celles-ci seront alors conduites par le service action du SDECE ( nombre d'ailleurs venaient des cadres du 11° Choc ).

Bob Maloubier ayant quitté le SDECE en 1960 ( du moins officiellement  ), il ne fut pas mêlé au recrutement de ces truands comme barbouzes et le SEDECE de même : son patron d'alors le général Grossin refusa de l'engager dans la "lutte " contre les partisans de l'Algérie Française.

Ces sinistres individus furent alors recrutés comme " barbouzes " par l'avocat Lemarchand, Foccard et Sanguinetti, et il ne furent pas les seuls truands dans ce cas  ( Attia et Boucheseiche ne sont que les plus connus ). ~ 2 / 3 des "barbouzes " étaient des grands ou petits malfrats, qu'on retrouvera dans les années 60  entre autre dans l'affaire Ben Barka. Mais aussi au SAC et continuant en parallèle  leurs " affaires " lucratives, en quasi impunité, jusqu'au milieu des années 70.

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Re: Décès de BOB MALOUBIER LE LUNDI 20 AVRIL 2015

Message  Lothy le Dim 26 Avr 2015 - 16:16

Les sujets ouverts sans prendre garde à l'existence d'un précédent déjà existant, sont très nombreux ! Il n'est pas toujours possible de les fusionner....

Ce qui est regrettable et gênant par la suite pour ceux qui veulent lire les récits concernant une seule et même personne....

Rappelons que ses obsèques se dérouleront le mercredi 29 avril à 11h30 en la Cathédrale Saint-Louis des Invalides.

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Re: Décès de BOB MALOUBIER LE LUNDI 20 AVRIL 2015

Message  Roman V le Mer 29 Avr 2015 - 1:58

Une excellente vidéo ou il retrace une partie de sa carrière, avec son humour et sa modestie habituelle.

http://www.dailymotion.com/video/xx4nug_l-espion-vous-salue-bien_webcam

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ÉLOGE FUNÈBRE à Bob MALOUBIER

Message  Cerbère le Lun 25 Mai 2015 - 18:43

C'est vrai, il y a déjà quelque temps que ce Grand Soldat a été rappelé par Saint-Michel.

Cependant, il n'est pas trop tard pour publier l'éloge funèbre prononcé par M. Bernard Bajolet, directeur général de la sécurité extérieure, le 29 avril 2015 aux Invalides (crédit photo non connu).

Sans doute une des dernières photographies de Bob MALOUBIER


Monsieur le Sénateur,

Mesdames et Messieurs les officiers, sous-officiers, officiers mariniers et militaires du rang,

Mesdames, Messieurs,

C’est avec une vive émotion que je prends la parole devant vous, à l’ombre des gloires de notre pays, pour rendre au nom de la DGSE, mais plus largement encore au nom de notre pays, un dernier hommage à un homme qui croyait à la France, qui a contribué à lui redonner l’honneur qu’elle avait perdu en juin 1940 et qui a pris part à sa reconstruction.

Car c’est bien la France et l’idée qu’il s’en faisait qui ont guidé les pas de Bob Maloubier dans tous ses combats… Il les a menés avec éclat, avec une force physique et de caractère hors du commun.

Aujourd’hui, la DGSE est en deuil, elle pleure  Robert  Maloubier, celui que nous appelions tous affectueusement «Bob».

Bob, de là où vous êtes, vous devez nous observer avec votre inimitable regard amusé. En ce moment même, nous vous imaginons décrire ce que vous voyez sous vos yeux avec votre fine ironie, qui doit plaire aux camarades qui vous entourent.

J’ai eu le plaisir de vous recevoir une dernière fois, dans nos locaux, boulevard Mortier, à l’occasion de l’inauguration d’une exposition consacrée au SDECE en Indochine. C’était le 27 mars 2014. Vous aviez 91 ans.

Vous étiez venu au volant de votre propre voiture. Vous aviez cette prestance, cette élégance, cette vivacité d’esprit qui vous caractérisaient tant ! Je vois encore votre œil friser et vos 2 moustaches frémir à chaque trait d’humour que vous décochiez au cours de cette manifestation.

Il faut dire que vous étiez surpris et presque embarrassé. Vous ne vous attendiez pas à être reçu en invité d’honneur, entouré de l’admiration et de l’affection de vos successeurs à la DGSE. Avec votre talent habituel de conteur, vous avez su improviser un discours formidable, extrêmement bien charpenté, vivant, agrémenté d’humour de bon aloi, d’émotion et de souvenirs d’un ancien du SDECE en Asie du Sud-Est. En quelques secondes, nous étions avec vous, transportés sur les plateaux du Laos!

Bob Maloubier, votre vie est digne d’un roman d’aventure. C’est la vie d’un homme qui a trompé la mort à de multiples reprises –et vous avez su la tromper jusqu’à la semaine dernière.

Votre parcours est exceptionnel, votre destin est hors du commun.

Vous vous êtes mis en danger à de multiples reprises. Combien de fois avez-vous été blessé, recousu, réparé! Certains y verront une bonne fée, de la chance et surtout une condition physique exceptionnelle. Car dès le plus jeune âge, vous pratiquez le sport à haute dose.

Adolescent, vous vous rêviez pilote de chasse, certainement pas agent secret.

Pourtant vous en aviez déjà toutes les qualités: résistant, espiègle, ouvert au monde, patriote et polyglotte. Chez vous, l’on parlait six langues, dont l’anglais à la perfection.

Votre rêve de rejoindre l’armée de l’air se fracasse malheureusement en juin 1940. Comme Ulysse, votre odyssée connaît alors de nombreux rebondissements.

Vous rejoignez Bordeaux à bicyclette, où votre famille s’est repliée. Sous les bombardements des Stukas, vous assistez impuissant à la débâcle. Mais l’espoir renaît vite car vous entendez la voix du général de Gaulle qui appelle à continuer le combat depuis l’Angleterre.

C’est donc vers Londres que  se tournent vos yeux!

Dans une France occupée, le jeune lycéen que vous êtes cherche par tous les moyens à rejoindre les rangs de la France Libre. A Saint-Jean-de-Luz, vous tentez d’embarquer sous l’uniforme d’un soldat polonais. Un camarade, déguisé comme vous, le remarque et trahit votre identité. Vous voyez partir, depuis le quai, votre dernier espoir de gagner l’Angleterre, et décidez de rejoindre Marseille. Vous accumulez alors les déceptions, les échecs et les passages en prison, pour avoir traversé une fois de trop la ligne de démarcation.

En 1942, le gouvernement de Vichy forme l’armée d’armistice. Vous vous engagez dans l’aviation. Vous espérez pouvoir filer vers Malte ou Gibraltar dès votre premier vol. Mais cette armée d’armistice est sans avion et vous êtes affecté à la garde de l’aérodrome de Bizerte en Tunisie.

Vous espérerez le débarquement allié sur les côtes tunisiennes, et pourtant c’est à Alger, le 8 novembre, que les Alliés débarquent, tandis que l’Afrika Korps encercle la base de Bizerte.

Après avoir dérobé le vélo du colonel commandant la base, vous prenez la direction d’Alger. La fortune vous met rapidement au contact des services secrets britanniques. Vous êtes recruté par Jaques Vaillant de Guélisle dans le Special Detachment du SOE, à la section F. Vous y retrouvez un ami d’enfance, Fernand Bonnier de la Chapelle. Lorsque ce dernier assassine l’amiral Darlan, le 24 décembre 1942, les membres de la section F sont traqués. Vous quittez Alger et rejoignez Londres.

Au mois de janvier 1943, vous êtes détaché comme sous-lieutenant de l’armée britannique. Pendant huit mois, vous apprenez le métier d’agent au sein des nombreuses écoles du SOE. De l’école de démolition de Wanborough Manor, à celle de filature à New Forest, vous développez un savoir-faire remarquable: vous êtes formé au parachutisme, à la clandestinité et à toutes les techniques de sabotage. Vous êtes entraîné à la manipulation des armes, des explosifs et de la radio, au codage et à l’empoisonnement, aucune technique ne vous est étrangère.

Londres prépare le débarquement. Les agents du SOE ont pour mission d’affaiblir l’industrie de guerre de l’occupant et les fortifications du mur de l’Atlantique. Dans la nuit du 15 au 16 août 1943, vous êtes parachuté pour la première fois comme saboteur au sein du réseau Salesman.

Du Havre jusqu’à Fécamp, vous formez et menez une équipe de volontaires avec laquelle vous réalisez les plus grands coups du réseau. Vous participez au sabotage d’un ravitailleur de sous-marins allemand à Rouen. Vous détruisez l’usine Française des Métaux de Déville, fabriquant les trains d’atterrissage des chasseurs allemands, et mettez hors service la centrale électrique de Dieppedalle, privant de courant une bonne partie des industries rouennaises.

Vous avez à peine vingt ans, votre courage et votre détermination forcent déjà l’admiration.

En décembre 1943, filant dans la nuit sur l’Oiseau Bleu, la moto d’urgence du SOE, pour réceptionner un parachutage près d’Elbeuf, vous êtes arrêté par des Feldgendarmes mais vous parvenez à tromper la vigilance des Allemands et vous vous échappez. Les balles sifflent. Vous êtes touché. Traqué, dans un froid glacial, vous traversez un canal à la nage et parvenez à vous cacher. Au petit matin, enveloppé de givre, vous regagnez Rouen.

Récupéré par le SOE, qui voit en vous un agent d’exception, vous êtes à nouveau parachuté en France, au lendemain même du débarquement en Normandie.

L’Halifax, bombardier de la Royal Air Force qui vous transporte, survole le sillage des 7 000 navires alliés de l’opération Overlord.

Votre groupe doit fédérer la résistance du Limousin et l’armer pour ralentir la progression de la division Das Reich vers la Normandie. Les hommes de Georges Guingouin manquent d’armes. Le 25 juin 1944, vous coordonnez à Sussac, le plus important parachutage d’armes effectué en France. Le 21 août 1944, Limoges est libéré, la guerre se termine. Vous n’avez que 21 ans.

Vous rejoignez alors le BCRA à Londres au mois d’octobre 1944. Dès 1945, vous êtes affecté d’office à la DGER (direction générale des études et de la recherche), comme «capitaine, chargé de mission de 1ère classe».

En Extrême-Orient pourtant, la guerre se poursuit. Vous êtes naturellement volontaire et reprenez les armes. Vous intégrez la Force 136 du SOE. Et en parallèle, la France vous nomme gouverneur provisoire de la province de Trans Hoa dans le sud du Tonkin. Parachuté au Laos comme chef de mission, commandant de région et de compagnies de guérillas, vous êtes blessé et fait prisonnier par les Japonais. Lorsque le Japon capitule, la Force 136 est dissoute, la guerre d’Indochine commence.

Pour vous et vos hommes, c’est le début d’une lutte éprouvante et d’une longue errance. Encore une fois, vous échappez à la mort.

A votre retour à Saigon, vous êtes cité le 12 février 1946 à l’ordre du corps d’armée pour votre conduite exemplaire au cours des missions de renseignement périlleuses que vous avez effectuées.

Vous quittez alors l’armée britannique décoré du prestigieux Distinguish Service Order, avec le grade de capitaine. Par ailleurs, le 23 août 1947, vous êtes élevé par décret au grade de chevalier de la Légion d’honneur pour votre sang froid et votre remarquable dynamisme au Laos, où, bien que blessé, vous avez continué le combat.

Au terme de votre mandat dans la péninsule indochinoise, vous revenez en France le 18 août 1946.

Les conditions de votre retour sont bien différentes de celles qui vous avaient amenées en Extrême-Orient.  Vous montez à bord d’un confortable DC4 d’Air France qui relie alors Saigon à l’aéroport du Bourget en moins de trois jours, en passant par Rangoon, Karachi, Bassorah, Le Caire et Tunis…

Le SDECE qui succède à la DGER vous apparaît également très confortable. Et pour cause, puisqu’il occupe à cette époque un somptueux ensemble d’immeubles au carrefour de la Muette, et dont les façades sont encore couvertes de peinture marron, verte et noire, un camouflage choisi par la Kriegsmarine qui occupait ces bâtiments pendant l’occupation.

Jacques Morlane, créateur du service action du SDECE vous recrute immédiatement. Avec votre expérience incomparable, vous aurez pour mission de former les nouvelles recrues destinées à constituer le 11ème bataillon parachutiste de choc.

A Arzew en Algérie, aux côtés de Claude Riffaud, vous créez l’école des nageurs de combat. Pendant plusieurs années, vous travaillez au développement de cette section et vous vous attachez à la doter des capacités les plus modernes et les plus discrètes.

En 1953, l’école est transférée à Saint-Mandrier. En 1954, vous créez le groupement autonome des nageurs de combat du SDECE à Aspretto. Après bien des aventures – vous êtes à l’origine d’opérations secrètes de premier plan et la Nation ignore encore aujourd’hui ce que vos nageurs ont fait pour elle – vous quittez le SDECE en 1960.

Les nageurs, partis de rien disposent alors d’équipements de pointe allant du scaphandre de grande autonomie, aux propulseurs sous-marins ou encore à la mythique Fifty Fathoms, montre étanche que vous avez-vous-même dessinée, construite spécialement par l’horloger Blancpain et adoptée par les Navy Seals américains.

Vous devenez forestier au Gabon, où vous formez la garde personnelle du président Léon M’Ba, tout en travaillant auprès de Jacques Foccart, conseiller aux affaires africaines du général de Gaulle. Vous êtes ensuite recruté par la Shell puis par Elf  pour prospecter au Nigéria. Vous assistez alors à la rébellion du Biafra. Vous achevez votre carrière professionnelle au Moyen Orient en tant que Représentant des Français de l’étranger et Conseiller du commerce extérieur.

Mais vous restez un familier du Service. Vous êtes un membre des Bagheera, l’association des anciens du 11ème choc et ne manquez pratiquement aucune fête de la Saint-Michel à Aspretto, puis à Quelern, au centre parachutiste d’entraînement aux opérations maritimes.

Vous considérez vos camarades du Service Action comme votre famille. Vous les entourez de vos précieux conseils et ne manquez jamais de relater une anecdote pour détendre ces hommes et ces femmes d’exception, souvent sous tension et aujourd’hui très sollicités, comme vous pouvez vous en douter.

Le 23 juillet dernier, vous étiez revenu à Saint-Mandrier pour remettre à un jeune capitaine du CPEOM le 1000e brevet de nageur de combat.

Vous étiez heureux et fier de voir que la formidable aventure des nageurs se poursuit, de savoir que ces soldats d’élite continuent d’être aux avants postes de toutes les opérations clandestines du Service Action. Vous aviez vu dans le regard des huit nouveaux certifiés, marins et terriens, leur fierté d’inscrire leurs pas dans les vôtres, d’entrer dans une filiation de héros dont Claude Riffaud et vous êtes les pères fondateurs.

Aujourd’hui, Bob, collègue fidèle et compagnon des heures heureuses et moins heureuses de la DGSE, c’est vous qui nous quittez. Vous laissez à chacun d’entre nous une part de l’histoire de notre pays, que vous évoquez avec brio dans vos mémoires. A travers vos ouvrages, vous livrez en filigrane une histoire des services secrets français mais aussi une histoire du SOE,  longtemps ignorée en France.

Vous nous quittez aussi avec quelques secrets, les secrets des services de renseignement pour lesquels vous avez œuvré: SOE, BCRA, DGER, SDECE, DGSE…

Sans jamais vous renier, sans jamais oublier, vous êtes toujours resté fidèle à vous-même, au Service et à la France.

Vous avez été un homme de devoir et de convictions, d’enthousiasme et d’ironie, de force de caractère et de traits d’humour fulgurants

Vous avez été un camarade exceptionnel et êtes un héros pour les plus jeunes générations.

En juin 2014, à l’occasion du soixante-dixième anniversaire du débarquement, Sa Majesté la Reine d’ Angleterre, qui n’oublie pas ses soldats, vous remet l’ordre de l’Empire britannique.

La France vous rend aujourd’hui un dernier hommage.

Cher Bob, je veux rassurer les membres de votre famille et leur dire qu’à la DGSE, nous ne vous oublierons jamais!

Vive la République!

Vive la France!


Le cercueil de Bob porté par des  réservistes du Service entre dans la cathédrale Saint-Louis pour une absoute.


Cerbère

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Re: Décès de BOB MALOUBIER LE LUNDI 20 AVRIL 2015

Message  Béghin Bernard le Ven 29 Mai 2015 - 10:43

Que dire d'un tel parcours !
Pour ma part, avec le plus grand respect que je porte à Robert Maloubier, je dirai que cet homme fût dingue, mais au bon sens du mot, dingue d'avoir fait ce qu'il a fait, mais s'il l'a fait, c'est surtout qu'il était :

DINGUE de la FRANCE.

Et pourtant, on ne dira pas de lui qu'il est Mort pour la France, mais tant mieux, car mort, on ne fait plus grand chose.

Reposez en paix Monsieur Maloubier, la France vous doit beaucoup et ce parcours ne peut qu'encourager nos jeunes soldats actuels qui ont bien besoin du soutien de leur concitoyens.

Béghin Bernard

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