LES CAMPS PARACHUTISTES

BATAILLE HOA BINH

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05022012

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BATAILLE HOA BINH




LA CAMPAGNE DE HOA BINH

Durant les derniers mois de 1951 et le début de 1952 les Français tentèrent de reprendre l’initiative sur le Viet Minh. L’échec de l’attaque de Giap en mai 1951 sur le delta de la Rivière Rouge montra que le Viet Minh pouvait être vaincu si les conditions étaient favorables. C’est ainsi que les actions françaises tendirent à bloquer le Viet Minh là où son manque d’armes lourdes modernes pourrait être décisif.

Le contrôle du delta du Tonkin pourrait permettre à Giap un mouvement progressif à partir de bases sûres dans la partie nord des plateaux Thai vers la Rivière Rouge et la Rivière Noire (connues respectivement sous les noms de Sông Hông et Sông Da), et vers le delta de la Rivière Rouge près de Ninh Binh. Et, en se déplaçant vers l’aval de la vallée de la rivière Boi, ses forces pourraient tourner nord vers Cho Ben, et menacer Hanoï à partir du sud. Finalement, cela permettrait à sa logistique de diriger un flux ininterrompu d’armes, de munitions et ravitaillement des dépôts VM vers les forces du centre-nord vietnam.

Sa stratégie fut mise à jour le 22 septembre 1951 quand la 312ème division Viet Minh traversa la Rivière Rouge et attaqua une garnison franco-vietnamienne le long de la ligne de crête de Nghia Lo (140 km d’Hanoï) sur les Hauts Plateaux Thai entre la Rivière Rouge et la Rivière Noire le 29 septembre. La garnison a tenu jusqu’à l’arrivée de renforts du 8eme BPC, le 3 octobre et quand le 2ème BEP arriva le lendemain, ils mirent en place une opération agressive de nettoyage de la zone avec appui aérien pour les jours qui suivirent. Le 6 octobre, le 10ème BPCP sauta pour renforcer les défenseurs de la garnison. Bien que la division ennemie fût repoussée, les conditions pour une année de durs combats dans la zone entre les deux rivières étaient en place. Pour les français, cette victoire fit naître l’illusion dangereuse que si une garnison pouvait contenir l’attaque initiale, elle pouvait toujours être renforcée par parachutages, et que le VM ne mènerait pas d’attaques frontales face à une forte puissance de feu.

Pressentant une opportunité pour un engagement à grande échelle, le Général Jean de Lattre de Tassigny décida de pénétrer la zone en force en occupant Hoa Binh, 62 km à l’ouest d’Hanoï. Cette opération montrait certains avantages. Bien que ce ne soit pas une offensive sur les places fortes VM, cela mettrait les forces françaises en travers de la route qui relie le secteur de Than Hoa, où des points forts de la 320ème division VM étaient installés. Bien que le contrôle du secteur de Hoa Binh ne permette pas de couper totalement la ligne d’approvisionnement du VM, cela devait la perturber sérieusement. La raison première d’occuper Hoa Binh était que les Services de Renseignements avaient remarqué que le VM se préparait à une autre offensive sur le delta. Il était temps pour les français de passer à l’offensive et forcer l’ennemi à réagir. La seconde raison était que les tribus Muong, qui furent loyales à la France durant toute la guerre considéraient Hoa Binh comme leur capitale.

La première phase de la campagne de Hoa Binh démarra le 10 novembre 1951 avec
« l’opération Tulipe », pour occuper la passe de Cho Ben et étendre le contrôle au-delà de la route 21. Pendant que le groupe de forces nord attaquait vers le sud pour sécuriser le corridor de la route 21 à Cho Ben, le groupe centre attaquait vers l’ouest à partir de la région de Nam Duong et ferait jonction avec le 1er BEP qui venait d’être largué à 9 heures le 9 novembre dans les rizières autour de Cho Ben. Simultanément à cette attaque, des opérations de soutien furent menées par d’autres forces vers le sud et l’est de Cho Ben.

Le VM abandonna Cho Ben après une résistance symbolique, mais les combats le long de la route 21 se montrèrent plus rudes, mettant en scène deux bataillons du 64ème régiment VM, trois compagnies du 164ème bataillon régional et des forces VM locales. La supériorité aérienne, la mobilité et la puissance de feu donnèrent l’avantage aux français.

A 14 h 30 cet après midi, le 1er BPC, le Commando Vandenberghe et d’autres éléments du Groupe Mobile 2 (GM2) passèrent à travers les lignes du 1er BEP pour atteindre leur objectif à 2 km nord de Cho Ben. Avec cette prise pied dans les Hauts Plateaux Muong, de Lattre lança la seconde phase de la campagne.

Suite à la conquête de Cho Ben, de Lattre restructura ses forces en trois Groupes opérationnels et leur donna mission de prendre Hoa Binh. Le GO Nord se dirigera au sud de l’embouchure de la Rivière Noire jusqu’à Tu Vu. Le GO Sud se dirigera vers l’ouest le long de la RC 6 pour faire jonction avec les trois bataillons para qui avaient sauté près de Hoa Binh. Le GM 2 opérant comme un groupe opérationnel de liaison maintiendrait le lien entre les deux pinces de la tenaille.



Le 13 novembre 1951 commence « l’opération Lotus ». A la tombée de la nuit, le GO Nord avait avancé jusqu’à Dan Thé et l’intersection d’Ap Da Chong le long de la Rivière Noire. Le GO Sud atteignait la passe de Kem sur la RC 6 tôt le matin du 14. La jonction ne se fera le lendemain car le groupe de liaison a été piégé par la densité de la végétation. La brume recouvrait la Rivière Noire près de Hoa Binh ce matin là (le 14), mais vers 12 h 30 le temps s’étant éclairci, les vieux JU-52 peuvent larguer le 2ème BPC, incluant une section du Génie, une section d’artillerie et une section de commandement. Le 1er BPC sauta vers 14 h 30, suivi du 7ème BCCP. Toutes les unités sautèrent sur la zone de Hoa Binh qui fut prise sans grande opposition. Dans le même temps, les éléments du GO Sud continuaient à nettoyer les forces VM autour de la RC 6 tandis que dans leur sillage deux bataillons du Génie réparaient la route.

Au soir le 1er et 2ème Bataillon Muong du GM 3 de Vanuxem (bataillons d’infanterie composés de montagnards) sortirent de la forêt et descendirent vers la dépression de Hoa Binh, où ils traversèrent la Rivière Noire pour faire la jonction avec les éléments aéroportés.
Pendant ce temps deux unités Dinassaut de la Marine de Viet Tri entraient dans la boucle de la Rivière Noire. Hoa Binh était libérée et le 22 l’opération était terminée. La prise de Cho Ben et de Hoa Binh coûtât au français 10 tués, 10 blessés et un porté disparu. Les pertes VM furent estimées à 608 tués et 3 capturés. Après l’opération toutes les unités para sont retournées à Hanoï sauf le 1er BPC qui resta pour garder la position de l’intersection de Ap Da Chong.

Les Groupes Mobiles (GM) étaient des unités autonomes formées en 1950 sur le modèle américain de la seconde guerre mondiale des « Combat Commands ». Ils étaient composés de trois bataillons d’infanterie, de trois batteries d’artillerie, une section de véhicules blindés, une section de chars, d’unités du Génie, des transmissions et du service de Santé pour un total de 3000 à 3500 hommes. Les unités Dinassaut (DNA) ont été formées en 1947 avec des barges de débarquement US utilisées d’abord comme vecteur de réapprovisionnement par voie fluviale, sécurité et pénétration de troupes sur les berges lors d’opérations amphibies. Un peu plus tard les barges furent équipées d’une tourelle canon pour un appui-feu direct. La composition type d’un DNA était un LST, un LCT (Landing Craft Tank) ou un LSSL bâtiment de commandement et d’appui feu, de six à dix LCM (Landing Craft Mechanized), certains armés de tourelles mitrailleuses, d’autres de mortiers de 81mm, et 3 LCVP et 3 à 5 LCA (Landing Craft Armored).


Ayant repris l’initiative, de Lattre anticipant les rudes combats prévisibles, divisa la région en trois secteurs. Le secteur de la RC6 sous contrôle du GM2 couvrait le terrain le long de la route allant de Xuan Mai jusqu’à Xom Pheo. Le secteur de la Rivière Noire sous le contrôle du GM7 de Phu To jusqu’à Vu Tu, et le secteur de Hoa Binh sous contrôle du GM3 qui occupait la ville, l’aéroport et les points de passage en bac. Pour garder sous contrôle les voies d’approvisionnement les français durent aménager des postes fortifiés le long de la RC6 et de la Rivière Noire. Après avoir fait cela les français découvrirent qu’il était difficile d’approvisionner Hoa Binh, et les postes fortifiés devenaient un danger.

Le but principal de l’opération fut perdu par une bataille désespérée pour approvisionner sept postes le long de la Rivière Noire allant vers le sud vers la Rivière Rouge. La Phu ( de nos jours La Hao Phu An), le plus au nord, implanté sur la rive ouest, suivi de Dan The, Ap Da Chong, Xom Bu, Ap Phu To et Rocher Notre Dame ( Maintenant Cho Che), sur la rive est et finalement Tu Vu en face de Rocher Notre Dame sur la rive ouest. De même les convois sur la RC6 étaient constamment attaqués. La première attaque eut lieu le 2 décembre, quand un gros convoi a été attaqué à Dong Ben entre la passe de Kem et le Rivière Noire. Même si les attaquants furent repoussés, 20 des 40 camions furent détruits.

La mission du secteur de Hoa Binh était d’établir et de maintenir un point de résistance fortifié sur les deux berges de la Rivière Noire et une défense avancée de la dépression de Hoa Binh en utilisant l’aéroport comme centre. Les forces à Hoa Binh incluant le 3eme bataillon de la 13eme Brigade de la Légion(DBLE) au sud, le 2eme BPC restant en réserve. Le GM3 composé du 1er et 2eme Bataillon Muong et une section d’automitrailleuses couvraient ce secteur tout en recevant un appui d’une section de tanks M-26 Chaffee, de trois batteries de 105mm et d’une compagnie du Génie.


Giap ayant réalisé la supériorité des français va retirer de façon temporaire ses unités du secteur de Hoa Binh. En fait, les français avaient pris un endroit qui représentait peu pour le VM. Pendant que Giap laissait les français prendre Hoa Binh, il entrevu une opportunité possible de répéter son succès de 1950 contre les français sur la RC4. Une fois que les français se soient installés à Hoa Binh, il ordonna aux 304ème, 308ème et 312ème divisions d’infanterie de prendre position et de réengager les français dans le secteur de Hoa Binh. Les 316 ème et 320 ème divisions d’infanterie furent engagées pour casser les voies d’approvisionnement de la RC6 venant d’Hanoï vers Xom Pheo et la Rivière Noire. Malheureusement la RC6 a été dévastée par les deux camps et pas remise en état, et l’approvisionnement des garnisons françaises devint long. La route par la Rivière Noire était trois fois la distance par la route et était très vulnérable aux attaques ennemies. Cette voie se montra fatale le 22 décembre quand la Marine perdit un LCA et trois vedettes de patrouille près de Lac Son dans le secteur de la RC6 le long de la Rivière Noire.

Le 4 décembre la 304ème division d’infanterie se positionne afin de réduire le 1er BPC à Ap Da Chong alors que deux régiments de la 312ème division sont prêts à attaquer le Rocher Notre-Dame. Le 9 décembre, deux autres régiments de la 312 étaient prêts à attaquer la garnison française de Tu Vu. Ayant recueilli des renseignements de deux officiers VM capturés, les français lancent leur propre offensive à titre préventif (Opération Jasmin) le matin du 10 décembre utilisant le 1er BPC pour contrer la menace sur le Rocher Notre-Dame, pendant que le GM 4 en conjonction avec le 7ème BCCP nettoyai les flancs de la montagne de Ba Vi et la route entre Chai Koai et Thuy Co. Ces unités avaient un appui aérien afin de battre l’ennemi le plus rapidement possible.

Le 10 le GM4 avançait à travers Van Mong et Yen Le et commençait à pénétrer la zone près du Mont Ba Vi.

Cette attaque, ralentie par la difficulté du terrain, obligea un groupe d’appui du GO Nord à mener l’attaque principale. De même, le 1er BPC se dirigeant vers l’est tombe sur le 209ème régiment de la 312ème division VM dans la dépression de Xom Sui. Les combats furent violents allant jusqu’au corps à corps. Seul un appui aérien rapproché permit au 1er BPC de décrocher. Le régiment 209 VM battirent en retraite face à la supériorité aérienne, les paras furent capables de ramener seulement 15 blessés et laissèrent 87 disparus. Leur sacrifice obligea le colonel Le Trong Tan commandant de la 312ème division VM de renoncer à son attaque du Rocher Notre-Dame.

Les plans du VM prévoyaient une attaque simultanée sur les positions du Rocher Notre- Dame et Tu Vu, cette dernière position a été détruite. La garnison de Tu Vu était constituée de deux compagnies de Tirailleurs Marocains et deux escadrons de blindés. Bien que raisonnablement solide cette garnison était coupée en deux par la rivière Ngoi Lat (un affluent de la Rivière Noire) et le renforcement d’un côté ou l’autre aurait été difficile. Après un tir de barrage d’artillerie et de mortiers le VM attaqua à 21 h 30 de nuit. Sous la lueur des fusées éclairantes français et marocains répliquèrent au mortier, à la mitrailleuse et au fusil et firent appel à l’artillerie. En dépit de pertes sévères infligées au VM, les mines et les champs de barbelés et de combats au corps à corps, à 23 h 40 il semblait clair que la moitié sud de la garnison ne pourrait pas tenir face aux vagues d’assaut ininterrompues du VM.


A 1 h 15 les éléments de la partie sud de la garnison reçurent l’ordre de battre en retraite et de se regrouper dans la partie nord. A 3 h 40 le matin du 11 décembre des éléments du 88ème régiment de la 308ème division VM lancent un assaut sur la partie nord de la garnison et réussissent à pénétrer dans le périmètre. Après de très durs combats parmi les carcasses des blindés détruits, le restant de la garnison trouve refuge sur un banc de sable de la rivière Ngoi Lat pour un ultime combat quand trois batteries d’artillerie du Rocher Notre Dame pilonnèrent le périmètre de la garnison. A l’aube l’ennemi décrocha laissant derrière lui 450 tués. Une autre attaque plus réduite contre la batterie de Xom Bu fut aussi repoussée.

Après les combats de Tu Vu, les GM 1 et 4 et plusieurs unités du 1er Groupe Aéroporté sont envoyées dans le secteur de Hoa Binh pour renforcer les unités déjà sur place. Comme les VM, les français décident de changer de stratégie. Plutôt que de continuer les attaques contre les postes fortifiés avec leurs défenses croisées de mines, d’artillerie et plus l’appui aérien, le VM frappe désormais les lignes de communications et de ce fait choisit le terrain sur lequel il va affronter les français. Dans ce but les 165ème et 209ème régiments de la division 312 VM reçurent l’ordre du Colonel Tan de se positionner dans les secteurs de Ba Trai et dans la partie nord de Ba Vi. Le GM 4 aussi tôt fit face à de solide élément VM de plusieurs sections sur la route entre Yen Cu et Ap Da Chong. Les français demandèrent un appui aérien, mais le VM maintint ses positions. Aussi le 5ème BPC, appuyé par un escadron de M4 Sherman du Régiment Blindé Colonial d’Extrême Orient (RBCEO) fut envoyé pour déloger le VM. Mais l’attaque échoua. A la nuit tombée le 12 décembre la route était toujours coupée. Le 5ème BPC reçu l’ordre de se retirer, mais le décrochage s’avéra difficile. Un bataillon du 165ème régiment VM accrocha une compagnie dans une embuscade tuant 34 paras et en blessant 66 autres.

Les 13 et 14 décembre, la pression exercée par la division 312 diminua sans pour autant cesser. En effet, le 13 une compagnie du 2ème BPC fut accrochée perdants 8 paras, 19 blessés et 2 portés disparus. Mais cela permit au GM 4 de se retirer du Rocher Notre-Dame et d’avancer vers le nord pour nettoyer la région de Trung Ha /Yen Khoi pendant que le secteur de la Rivière Noire était renforcé par le GM 1, le Sous-Groupement Blindé 1 (SGB1), le 1er BEP et le 1er bataillon blindé du RBCEO. Le Sous Groupement Blindé crée en 1951 par de Lattre était constitué d’un escadron de chars de quatre section de 3 chars chacune (M5- A1 Stuart, et plus tard M24 Chaffee) et deux half-track M3, plus un ou deux half-tracks et des compagnies du Train (camions). En liaison avec le GM 4, ces forces devaient mener une opération d’encerclement visant à nettoyer la région de Ba Trai et le flanc ouest de la montagne de Ba Vi des éléments de la 312ème division VM.

Le commandant du secteur de la Rivière Noire, le colonel Dodelier, décida de porter son effort initial sur le nettoyage de la forêt de Ba Trai. Pour ce faire, ses forces devaient gagner le contournement de Dan The tout en maintenant le contrôle sur la route entre Yen Cu et Ap Da Chong. Cela couperait la retraite de la division 312 vers la Rivière Noire ou vers le sud dans les montagnes de Ba Vi. Pour bloquer la possibilité de retraite vers le nord il assigna le SGB1 renforcé par un bataillon du GM 4 à une position sur la route entre Cam Dai et Dan The pendant qu’un groupe incluant le 1er BEP, le 2ème BPC et une section de chars du 1er bataillon du RBCEO devait contrôler la route entre Yen Cu et Ap Da Chong. Les unités Nord- Africaines du GM 1 reçurent l’ordre de nettoyer la voie à l’est de la route de la région de Ba Trai.
Les forces nord et sud en charge de bloquer la retraite du VM prirent leurs positions le 15 décembre ; pendant que le GM 1 nettoyait l’approche dans la forêt de Ba Trai il fit face à des éléments de la Division 312 près de Xom Doi. Les Nord-Africains furent à même de repousser le VM, mais pour les rencontrer à nouveau à la cote 116, juste 1 km nord-ouest de Xom Doi. Même si la division 312résista bien, les français l’emportèrent et dans la soirée le GM 1 avait pris les hauteurs. Un convoi eut aussi à subir une attaque à l’ouest de Ao Trach, mais fut en mesure de la repousser.

Des éléments du secteur de la Rivière Noire se déployèrent pour gagner les hauteurs dominant la rivière, pendant que les paras se dirigeaient vers l’ouest sur la route de Ap Da Chong. A la tombée de la nuit ils contrôlaient la route. Durant leur avancée les paras rencontrèrent le VM. Ce combat qui nécessita un appui aérien et d’artillerie laissa du côté français 1 tué et 26 blessés. Les mouvements du VM durant la nuit laissèrent penser aux Services de Renseignements que la 312ème division se retirait à l’ouest de la Rivière Noire.


La forêt de Ba Trai nettoyée et les forces d’encerclement en position, l’attention se tourna vers les pentes de la montagne Ba Vi d’où le VM menaçait toujours Rocher Notre-Dame. Le 17 décembre les français lancèrent une attaque en tenaille. Cette fois, une force composée du 2ème BEP, du 2ème bataillon du 6ème Régiment de Tirailleurs Marocains (RTM) et du 2ème bataillon du 1er RTA, lança une attaque à l’ouest des montagnes de Ba Vi afin de nettoyer la dépression de Lang Gy. Le 2ème BEP fit mouvement du sud de la route allant de Ap Da Chong à Yen Cu pour nettoyer les hauteurs avec en appui le 3ème bataillon du 4ème RTM et le 5ème BPC. La jonction entre les deux groupes se fit sans difficultés à 15 h 00. Laissant au 1er BEP, et au 3/4ème RTM le contrôle de la route vers Ap Da Chong, le 2ème BEP prit position sur la cote 564, tandis que le GM1 et le SGB1 étaient retirés du secteur.


Les objectifs pris et occupés, le colonel Dodelier demanda au groupe para de rétablir le contact avec les garnisons du sud isolées depuis le 11 décembre. Pour mener à bien cette mission, le 1er BEP, les marocains du 3/4ème RTM et le Commando franco-vietnamien 35 furent utilisés. Le 19 décembre, avec le 1er BEP ouvrant la marche d’Ap Da Chong et le 2ème BEP venant de la colline 564, la force vire sud pour rejoindre Rocher Notre-Dame. La résistance VM fut faible. Les deux BEP continuèrent par une reconnaissance en force dans la dépression de Xom Sui jusqu’au 20 décembre, ramassant les corps des tués laissés par le 1er BPC 10 jours plus tôt.


La zone nettoyée, les français considèrent la bataille terminée et l’état-major des paras, le 2ème BEP, le 1er BPC et le 3/4ème RTM sont redirigés sur Hanoï. Giap, de son côté, ordonna à la division 308 d’aller vers la Rivière Noire et de relever la 312ème. Durant les premières heures du 21 décembre le 36ème et le 102ème Régiments ont fait mouvement dans la forêt de Ba Trai et ce fut la surprise quand à 11 h le Commando 35 tomba sur un bivouac VM au sud de la route Yen Cu - Ap Da Chong. Une heure plus tard une patrouille du 5ème BPC rencontra une compagnie VM lourdement armée sur la colline 82. Sous un feu nourri, les paras parvinrent à décrocher et se retirer, mais ils furent de nouveau accrochés vers 17 h, et cette fois il fallut un appui aérien rapproché pour décrocher et se retirer. Sans celui-ci, ces deux unités auraient été anéanties. A l’est de Luing Phu et Tach Xa une patrouille de reconnaissance tombe dans une embuscade de même que des légionnaires du 1er BEP à 3km de Xom Bu. Les forces du VM qu’ils rencontrèrent étaient si importantes qu’il a fallut 6 M4 Sherman et un appui air-sol conséquent pour qu’ils puissent décrocher.

Face à cette nouvelle menace, le Général Raoul Salan, successeur de Lattre (de Lattre était retourné à Paris souffrant d’un cancer avancé en novembre 1951, il mourra le 11 janvier 1952) redéploya les paras et le 2ème BEP. Il envoya aussi le 1er BPVN et deux batteries supplémentaires et renforça le GM 1. Le 1er BPVN largua une compagnie sur Rocher Notre Dame le 23 décembre et le reste du bataillon sauta sur Ap Phu To le jour d’après.

Lors du saut du 1er BPVN sur Ap Phu To, une force aéroportée composée du 5ème BPC et du 2ème BEP, plus le 2ème Bataillon/1er RTA et 6 Sherman reçut l’ordre de contre-attaquer les 36ème et 102ème Régiments VM et de les repousser hors du secteur. Les français planifièrent un mouvement en tenaille effectué par les deux BEP autour de la colline 82, pendant que le 5ème BPC les couvrirait à partir du sud-ouest.

Le 1er BEP rencontra une faible résistance, mais le 2ème BEP fut pris sous un feu nourri à la colline 61 et ensuite à la colline 57. Sous le feu du VM les légionnaires furent décalés vers l’est. Quand le 2/1er RTA fit mouvement pour les renforcer, il fut lui aussi sérieusement accroché. Le VM perça alors à travers de la route allant de Yen Cu à Cam Daï. Pendant que le 1er BEP se regroupait à la colline 61 sous le couvert d’un appui aérien rapproché, les algériens se regroupaient aussi aux alentours de Yen Cu. Le 2ème BEP affichait 12 tués et 31 blessés, le 2/1er RTA en affichait la moitié ; plus de 300 VM furent tués.

Devant la résistance continuelle du VM, il devint clair qu’une offensive majeure était nécessaire.

Le colonel Dodelier ordonna à ses unités de tenir leurs positions pendant qu’il lançait des unités de reconnaissance franco-vietnamiennes dans les régions de Ba Vi et Ba Trai. Du 25 décembre 1951 jusqu’au 4 janvier 1952, ces unités de reconnaissance repérèrent différentes unités de la division 308 qui furent pilonnées par l’artillerie et l’appui aérien pendant que les troupes françaises se renforçaient et planifiaient une attaque destinée à supprimer les forces VM susceptible de renforcer dans ce secteur.

L’opération « Nénuphar » démarra le 4 janvier, avec des unités paras, le GM 1 et GM 4. Les éléments aéroportés prirent des positions de verrouillage entre Yen Cu et Ap Da Chong pendant que le GM 4 attaquait du sud de Ngoc Nhi. Le GM 1 appuya l’offensive par une attaque de diversion sur Tach Xa. Le 6 janvier le groupe aéroporté appuyé par le 1er BPC lançait une autre diversion sur le dépôt VM de Viet Tri dans l’espoir de voir le VM se regrouper autour de Phu Lu. L’opération « Nénuphar » apporta aux français des succès supplémentaires dans la forêt de Ba Trai, mais le VM restait fermement accroché dans la zone. La stratégie VM le long de la Rivière Noire rendait ce secteur intenable et les convois avaient de plus en plus de difficultés à atteindre Hoa Binh.

Salan pouvait seulement espérer que les coups portés au VM laisseraient une chance à ses forces de reprendre et tenir ces zones une fois que l’ennemi se soit retiré. L’opération
« Violette » à donc été mise au point comme une offensive. Du 7 janvier au 9 janvier, les forces françaises tenteraient de détruire les forces VM retranchées sur les flancs de Ba Vi, pendant que les garnisons de Rocher Notre-Dame, Colline 30, Xom Bu et Ap Da Chong seraient évacuées sous le couvert de l’attaque. Le secteur de la Rivière Noire avec ses bases restantes serait alors réorganisé et placé sous le contrôle du secteur de Son Tay.



Le 7 janvier, pendant que les 1er et 2ème BEP, le 5ème BPC et le 4/7ème RTA sécurisaient la route entre la forêt de Ba Trai et la montagne Ba VI, le 2/1er RTM et le 1er BPVN attaquaient les forces VM retranchées autour de Ba Vi. A la nuit tombée, la garnison de Rocher Notre Dame et de la Colline 30 avaient été évacuées et regroupées à Yen Cu, le jour suivant les garnisons de Xom Bu et Ap Da Chong les rejoignirent. L’évacuation des postes le long de la Rivière Noire, sauf la tête de pont à la jonction avec la Rivière Rouge, permit au VM de les occuper et le 12 janvier le VM mit fin à l’offensive française quand il détruisit totalement un convoi fluvial qui tentait de ravitailler les forces à Hoa Binh. Dès lors, en raison de l’occupation de ses rives par les VM, la Rivière Noire n’était plus une option pour renforcer Hoa Binh. Elle fut abandonnée comme voie d’approvisionnement et se tournèrent vers l’option de la RC 6 fut seule retenue. Giap affirma qu’ Hoa Binh tomberai avant le Nouvel An Lunaire (Têt).

Après sa victoire sur la Rivière Noire Giap se tourna vers la RC 6. Ni Hoa Binh ni la RC 6 n’avaient connu des combats comme ceux de la Rivière Noire, Giap n’ayant ordonné que des attaques de harcèlement contre les 10 garnisons isolées et des embuscades contre les convois. Tout devait changer en janvier 1952, avec la division 312 redéployée sur la RC 6 et Giap ordonna de renforcer les divisions 304 et 308 en bouchant les trous dans leurs rangs.

La RC 6 partant d’Hanoï et se dirigeant vers l’ouest était plate et sécurisée jusqu’à Xuan Mai. De Xuan Mai, elle traversait un plateau boisé entrecoupé de ravines jusqu’à l’ouest de Mo Thon où elle coupait à travers un massif calcaire plein de vallées et de falaises. A Dong Ben, la RC 6 traversait une vallée étroite dominée de chaque côté par des pentes à pic couvertes de végétation très dense, jusqu’à ce qu’elle émerge pour suivre le cour de la Rivière Noire entre Xom Pheo et Ben Ngoc. A Ben Ngoc les convois étaient transbordés à travers la Rivière Noire vers Hoa Binh. De Xuan jusqu’à Hoa Binh le VM pouvait facilement attaquer les convois.

Les troupes du secteur de la RC 6 étaient composées du 3/1er RTM, du 3/13ème DBLE, du 1er Tabors, du 8ème BPC et du Commando 19. qui occupaient des postes tout le long de la route. La 19ème Compagnie de Génie plus deux batteries d’artillerie du 64ème Régiment d’Artillerie étaient stationnés à Hoa Binh, pendant qu’une force mobile constituée par le 1er RCC, le 8ème RSA et un escadron de véhicules blindé du RICM se déplaçait entre les différents postes.

Presque à la fin de la bataille pour la Rivière Noire, les renseignements français notèrent un accroissement de la présence de « réguliers » du VM dans le secteur de la RC 6. Le 30 décembre leurs informations s’avérèrent correctes quand le VM lança une offensive dans le secteur. Le poste de Trung Du fut attaqué à minuit, suivit par une longue nuit de combats. Tôt le matin le 9ème Régiment de la division 308 battit en retraite laissant derrière lui 160 tués, les français déploraient 4 tués et 31 blessés. Puis le VM se porta sur le poste sur la colline de Xom Pheo avec trois bataillons de la 308. Ce poste à 6km au nord-est d’Hoa Binh était défendu par le 3/13ème DBLE. Dans la nuit du 30 au 31 décembre, le régiment 88 testa la garnison pour détecter des points faibles. A minuit le 8 janvier le VM lança une attaque sur le poste, pendant que des attaques de diversion étaient menées sur Trung Du, Dong Ben et An Lap. Le VM engagea avec un pilonnage d’artillerie et de mortiers, suivi par un assaut massif. Les légionnaires répliquèrent avec tout ce qu’ils avaient pour repousser cette vague humaine. En une demi-heure le VM avait pris contrôle de deux positions pendant qu’une troisième se battait à mort et gagna. Alors les légionnaires contre-attaquèrent et reprirent leurs positions perdues. Tôt le matin les combats cessèrent quelques instants, le VM, par haut-parleurs demanda aux légionnaires de se rendre ou mourir. Ces derniers répliquèrent en demandant un appui artillerie et un appui aérien rapproché. Le VM attaqua alors de nouveau, les légionnaires combattirent comme des diables pour tenir le poste. Le VM, voyant qu’il ne pourrait s’emparer de la position décrocha vers 6 h laissant derrière lui 800 tués. La 13ème DBLE déplorait 11 tués, 35 blessés et 3 disparus.

La même nuit, des sapeurs VM infiltrèrent les défenses d’Hoa Binh et détruisirent deux canons de 105mm, ce qui déclencha un parachutage du 2ème BPC pour renforcer la position le 8 janvier. Contrairement aux largages précédents les avions de transport rencontrèrent un barrage anti-aérien à Hoa Binh et à Xom Pheo où un largage de ravitaillement eut lieu. Huit appareils furent endommagés et quatre abattus. Hoa Binh commençait à ressembler à un camp assiégé.

Bien que les attaques du VM eurent échouèes, le jour suivant une grande part de forces VM occupaient les collines surplombant la passe de Kem. Durant la nuit du 9 janvier le VM lança des assauts massifs contre tous les postes autour de Hoa Binh et attaqua un bataillon mobile qu’il anéanti totalement. Puis il se retira pour détruire la route. Le 11 janvier la RC 6 était fermée et le VM désormais à même d’encercler Hoa Binh. Les français devaient maintenant compter uniquement sur du ravitaillement par voie aérienne, tandis que des renforts venant des autres secteurs était acheminés pour briser l’encerclement.

Avec le décès de Lattre et la nomination de Salan comme commandant en chef de toutes les forces en Indochine la responsabilité de la campagne de Hoa Binh reposait désormais sur les épaules du général de Linares. Compte tenu de la limitation des forces à sa disposition, il ne pouvait envisager qu’une solution pour reprendre la RC 6, c’était tronçon par tronçon en nettoyant chaque sous-secteur pendant la progression.

Les opérations de nettoyage de la RC 6 commencèrent le 10 janvier 1952. Les unités affectées à cette mission étaient les 1er et 2ème BEP et le 2/1er RTM qui devaient libérer la route entre Xuan Mai jusqu’à Ao Trach des 9ème et 57ème régiments de la division 304. Le 11 janvier cette formation avait nettoyé jusqu’à Mo Thon avec l’assistance de troupes des secteurs de Chuc Son. De Mo Thon, le commandant de cette formation le colonel de Rocquigny, ordonna le 1er BEP d’avancer dans la région de Suc Sich pendant que le 2ème BEP se dirigerait vers la colline 202 et que le 2/1er RTM progresserait le long de la RC 6. La végétation très dense ralenti le 2ème BEP, mais le 1er BEP nettoya la partie nord de la route, permettant aux marocains du 2/1 RTM de gagner la colline 54 vers 17 h 30 sans rencontrer de réelle résistance.

Pendant que cette formation se dirige vers l’ouest, deux compagnies du 8ème BPC et une du 3/1 RTM se dirigent vers l’est pour faire jonction à Ao Trach. Alors que ces trois compagnies s’engagent dans la passe de Kem, elles sont accroché par le régiment 57 et doivent reculer avec 25 tués et 25 blessés. Ils sont alors renforcés par le 7ème BCCP et une batterie du 64ème Régiment d’Artillerie est mise en place à Xuan Mai. Le 1er BEP reçu l’ordre de se positionner sur les hauteurs nord de Mo Son, le 2/1 RTM à Suc Sich et le 2ème BEP à Mo Thon et Colline 125 pour la nuit.

Le 12, alors que le 1er BEP et le 2/1 RTM avaient nettoyé les deux côtés de la route à partir de Bai Lang, le 3/1 RTM, le 2ème BEP et les Commandos 5 et 7 sécurisaient la route de Mo Thon jusqu’à la Colline 54.

Le 7eme BCCP tomba malheureusement sur deux bataillons VM à la colline 202. Un dur combat commença et les paras furent obligés de se retrancher pour la nuit. Comme l’obscurité tombait, le VM frappa leurs flancs sud et ouest. Miraculeusement, les paras subirent des pertes légères avec deux tués et 11 blessés, tandis que le VM laissait derrière lui 120 tués. Le jour suivant, le 2ème BEP renforçait le 7ème BCCP sur la colline 202, pendant que des éléments mobiles avançaient le long de la route pour gagner Ao Trach. Cette section de route nettoyée, le contrôle en fut confié du 1er BEP et au SGB2.

L’élimination du VM de Dong Ben jusqu’à Xom Pheo devait se faire en plusieurs étapes. La première serait de rétablir les communication sur la route entre Ao Trach et Xom Pheo en contrôlant les hauteurs de la dépression de Dong Ben, de la colline 4 et de la falaise connue sous le nom de « Les hauts de la carrière », toutes tenues par une solide force VM.

Entre le 14 et le 17 janvier, les défenses du secteur de Hoa Binh furent réorganisées afin de permettre à plus d’unité des opérations mobiles. L’une de ces opérations consistait à faire en sorte que le GM 1 sécurise la route autour de Xuan Mai pendant que les formations paras sécuriseraient la route entre Bai Lang et la passe de Kem et les troupes du secteur de la RC 6 entre la passe de Kem et Ao Trach.
Le 18 janvier, une attaque menée par le 1er BEP, le 8ème BPC, le 2/1 RTM, une compagnie de Goumiers du 1er Tabors et la 19ème Compagnie du Génie était stoppée net à la colline 4. Alors que le 1er BEP avançait sur le flanc droit, il tomba sous un feu nourri perdant 14 tués, 48 blessés et deux disparus. Le 60ème Goum du 1er Tabors tenta de renforcer le BEP mais se retrouva bloqué sous la falaise calcaire pendant que le 8ème BPC engageait le VM à Dong Giang sur le flanc gauche de la progression française. Afin de réapprovisionner Hoa Binh, le commandement français décida de tenter un convoi de camions pour voir si la RC 6 était sous contrôle français. Le convoi qui atteint Hoa Binh mis 11 jours pour faire les presque 40 kms, subissant de lourdes pertes en route, spécialement à la passe de Kem qui était tenue par le VM. Tout ravitaillement par camion fut stoppé tant que la route ne serait pas totalement sous contrôle français.

Face à l’augmentation des pertes, les troupes françaises reçurent l’ordre d’arrêter toutes les opérations le long de la RC 6 et de se retrancher. Deux jours plus tard, renforcées par le 7ème BCCP et après un barrage d’artillerie conséquent, elle reprirent l’offensive. Le 7ème BCCP avait pris la colline 4 et Dong Giang à 13 h:40.

L’attention se tourna vers « les hauts de la carrière » et l’éperon de Ba Xet qui surplombait la plaine de Dong Ben afin attirer le VM dans une série d’attaques qui l’affaibliraient. Le 21 janvier, les français installèrent de solides positions entre Ao Trach et la Colline 4 et le 22, le 8ème BPC renforcé par un escadron de tanks M24 Chaffee devait attirer l’ennemi pour qu’il attaque. Le 8ème BPC repoussa le VM à l’est des « Hauts de la carrière », donnant ainsi à l’artillerie française et à l’appui aérien rapproché une chance d’infliger au VM de lourdes pertes. Après cette action, le 8ème BPC se retira sur Ao Trach.

Le 23 janvier, le 2/1 RTM remplaça les paras, qui alors étaient prêts pour une attaque sur les « Hauteurs de la carrière » afin de déloger le VM et y établir un poste avancé. Le 24, le 7ème BCCP et 8ème BPC avançaient des deux côtés de la RC 6, pendant que le 1er BEP progressait sur la route. A 14 h, comme le 1er BEP approchait du pont n°15, le régiment 66 de la division 304 se rua frontalement sur les légionnaires. Les légionnaires et les « réguliers » du VM s’entremêlèrent en un furieux combat au corps à corpsrestreignant l’appui de l’artillerie aux
réguliers VM éloignés venant du nord et du sud-ouest. L’attaque du 66eme Régiment fut repoussée, mais il resta incrusté dans la région des »Hauteurs de la carrière ». Quand il devint clair que les français ne pourraient s’emparer des hauteurs avant la nuit le commandant de la formation paras Colonel de Rocquigny, opta pour une retraite alors que les pertes étaient légères pour se préparer à une contre-attaque.

Le 1er BEP déplorait 5 tués et 33 blessés pour une estimation de 800VM tués. Le colonel Gilles qui commandait le sous-secteur dans lequel se situaient les » hauteurs de la carrière » ordonna à ses hommes d’aller sur place avec les paras, alors qu’ils recevaient le GM1 et le 2/1er RTA en renfort afin de mener une attaque à grande échelle pour s’emparer et tenir la zone autour des « Hauts de la carrière ».



L’opération « Mélinite », les 28 et 29 janvier réalisa cet objectif. Les algériens du 2/1er RTA prirent les hauteurs pendant que le 4/7eme RTA gagnait l’éperon de Ba Xet. Le 4/7eme RTA fut refoulé par une forte contre-attaque du VM, mais le 2/1er RTA s’accrocha aux hauteurs malgré les efforts d’un bataillon du 9eme Régiment de la 304eme Division VM de les déloger. Le contrôle des « hauteurs de la carrière » devait donner aux français le contrôle de la RC6., mais pendant que le Génie et l’infanterie s’employaient à restaurer la route, Giap repositionnait ses hommes pour de nouvelles attaques. Aussi le 30 janvier 1952, le VM vint à l’offensive dans l’ensemble du secteur de la RC6. Les combats les plus durs eurent lieu autour de Suc Sich où la 16eme compagnie (??)du 8eme BPC fut sur le point d’être débordée par deux bataillons VM. Par chance pour cette compagnie les pertes furent légères, 4 tués et 17 blessés, alors que les paras avaient tué 101 adversaires et capturé 14 hommes avant de repousser le reste du VM. L’artillerie et un appui aérien rapproché s’est dans ce cas montré crucial.
Bien que les français contrôlent désormais la RC6 et tiennent toujours Hoa Binh, Salan en vint à conclure que la situation devenait critique. Ayant assigné le tiers des forces qui s’étaient montrées victorieuse dans le delta de la Rivière Rouge en 1951, les français découvrent que ces forces n’étaient pas capables de contribuer de façon significatives dans la campagne de Hoa Binh. Aussi, bien que la Rivière Noire soit encore théoriquement sous contrôle français, les convois ne pourraient plus l’utiliser longtemps. Il aura aussi fallut 20 jours de combats pour ouvrir 40 km de la RC6. Encore pire, en voulant garder la route ouverte, cela coûtait aux français plus de pertes que cela en valait la peine. Il est vrai que le contrôle des français s’exerçait d’Hanoï jusqu’à Xuan Main, et de Dong Goi jusqu’à Hoa Binh. Les postes français étaient comme des îlots dans un environnement particulièrement hostile mais qui mobilisaient 20.000 hommes. En ce qui concerne le VM, même si il ne pouvait pas passer au travers, il pouvait les contourner. Si l’armée française avait aidé au développement

D’une armée vietnamienne plus tôt, Salan aurait eut les hommes dont il aurait eu besoin pour contrôler totalement la zone et être à même d’envoyer les troupes françaises ailleurs combattre le VM. Mais avec l’immaturité de l’armée vietnamienne en 1952, il devait compter que sur les légionnaires, les unités paras, les troupes coloniales et les Nord-Africains pour garder une seule voie de communication ouverte lui interdisant de fait d’envoyer ces troupes ailleurs.



La RC6 avait démontré les dangers de la situation et Salan avait besoin de ces troupes d’élite pour la défense du delta du Tonkin. Quand les Service de Renseignement français rapportèrent à la fin janvier que Giap avait retiré les 304eme, 308eme et 312eme Division VM pour repos et reconditionnement avant une nouvelle attaque sur Hoa Binh et que les 316eme et 320eme Divisions VM étaient en train d’infiltrer le delta de la Rivière Rouge, Salan décida de limiter ses pertes et de se retirer. Le 5 février, il ordonna son Etat-major de dresser un plan pour l’évacuation d’Hoa Binh, libérant de ce fait des troupes dont il avait besoin sur le Hauts Plateaux Thaï et dans le delta de la Rivière Rouge. Pour commencer l’opération d’évacuation de Hoa Binh, Salan entama l’opération « Crachin » le 16 février 1952. Cette opération était une diversion menée par le GEA du 1er REC et quelques compagnies du 2eme BEP dans la région de la Rivière Rouge entre Nam Dinh et Thaï Binh. Pendant que le 10eme BPCP et le 3eme RTM opérait dans le secteur de Van Lang. Les légionnaires du 1er REC, les paras du 10eme BPCP, le 2eme BEP, et les Marocains du 3eme RTM conduisirent plusieurs actions sur les arrières de la 320eme Division VM dans le but d’obliger Giap d’envoyer des renforts d’Hoa Binh pour aider la 320eme Division VM à défendre ses arrières dans le delta de la Rivière Rouge, permettant ainsi aux troupes de Hoa Binh d’évacuer. Après l’opération « Crachin » six autres opérations furent conduites durant les semaines qui suivirent. Le GEA du 1er REC a été formé en 1948 et était constitué de M29 Weasels (Crabe pour les français) et des LVT-4 Alligator.



Une fois que le VM ait envoyé ses renforts dans le delta de la Rivière Rouge, les français purent reprendre un meilleur contrôle de la RC6 d’ Hanoï à Hoa Binh. Salan était maintenant en mesure de lancer la seconde phase de l’évacuation, surnommé « Opération Arc-en-ciel. Le retrait français commença le 14 février à 19 :00 et incluait une ouverture temporaire de la Rivière Noire jusqu’à Hoa Binh. Tout au long de la nuit une quantité énorme de matériel fut déménagée et à l’aube (le 23), les troupes françaises sous une couverture d’artillerie et d’appui aérien commencèrent à traverser la Rivière Noire vers Xom Pheo et vers Hanoï. Le VM réalisa bientôt qu’une opération d’évacuation était en cours et à partir de cet instant l’évacuation se transforma en bataille et les unités françaises reculèrent par bonds sur la RC6 afin de traverser la Ligne de Lattre (Ligne de défense installée en 1950). Le 24 février la 13eme DBLE (en arrière garde) se frayât un passage et traversa la Ligne de Lattre à Xuan Mai. Bien qu’aucunes des actions eurent pour résultat des pertes insupportables, les pertes continuelles de l’offensive sur Hoa Binh s’avéra aussi coûteuse que l’opération le long de la ligne de crêtes de Cao Bang en 1950. Les français eurent 436 tués, 2060 blessés et 458 disparus, tandis que le VM affichait 3500 tués, de 7500 à 8000 blessés et 307 prisonniers.



Après le succès de l’évacuation de Hoa Binh, trois divisions VM tentèrent de pénétrer le delta, mais la venue de la mousson stoppa toute action importante. Durant la mousson les français furent occupés à contrôler les infiltrations VM derrière leurs lignes. Comme le flux de l’aide chinoise s’accroissait, Giap utilisa la trêve pour se préparer pour la prochaine offensive. Au milieu de l’été 1952 il avait levé 110.000 troupes régulières, 75.000 troupes régionales et jusqu’à 120.000 milices de villages. Comme la saison des pluies se terminait, le VM se préparait à lancer une offensive, qui leur apporterait l’avantage stratégique de pouvoir aller et venir du Laos.

Salan pour sa part, tentera de repousser le VM du delta de la Rivière Rouge et dans une campagne similaire à Na San. Giap répliquera, mais Salan aura la sagesse de retirer ses troupes avant que la météo lui soit défavorable. Malheureusement pour les troupes françaises Salan et son Etat-major quitteront l’Indochine pour être remplacés par des nouveau venus, le Général Henri de Navarre et son Etat-major, qui n’avaient pas eu l’expérience d’Hoa Binh en n’en avaient pas tiré leçon. Au moment de la bataille de Diên Biên Phu la plus part des commandants et état-major qui se souvenait des leçons d’Hoa Binh étaient tous dans les camps du VM.

« source Michel Broyer et David Limonet »
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Hông K
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