LES CAMPS PARACHUTISTES

Histoire du service de santé pendant la guerre d’Indochine

Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

09022012

Message 

Histoire du service de santé pendant la guerre d’Indochine




Histoire du service de santé pendant la guerre d’Indochine

- Jean MEZIERE, président de l'ANAMPARA, m'a confié la redoutable tâche de retracer l'histoire du Service de Santé des TAP pendant la Guerre d'Indochine.

Pour cela, je me suis appuyé sur plusieurs sources, notamment :

- La thèse de Marc LEMAIRE, élève de l'ESSA-Lyon, soutenue en 1991 sur « Le Service de Santé Militaire de l'Avant dans sa mission de soutien des personnels parachutés en Indochine 1944-1954 ». Ce travail de plus de 350 pages fait référence.

- Le mémoire du MCS (H) Pierre-Henry QUANDIEU sur « Les médecins des bataillons de la RC4 », nom de baptême donné à la promotion 2002 de l'ESSA de Lyon.

- Le livre « Médecins à Dien-Bien-Phu » (Presses de la Cité.1992) très bien documenté, écrit par Pierre ACCOCE, journaliste médical.

- Les récits vécus du Médecin-Colonel Ernest HANTZ, médecin-chef de l'ACP 5 à Dien-Bien-Phu et de son infirmier anesthésiste-réanimateur, l'Adjudant-Chef René CAYRE que j'ai eu l'honneur de rencontrer le 12 juin 2010.
Je les remercie de m'avoir autorisé à reproduire des extraits de leurs témoignages.

1- Le service de santé militaire en Indochine.
Pour soutenir les quelques 200.000 hommes du CEFEO engagés à 12000 kilomètres de la métropole, le SSM a tenté d'adapter ses effectifs à l'évolution de cette guerre de surface sans front. De 2244 personnels en 1945, ces effectifs ont compté jusqu'à 4847 personnels en 1952, toutes catégories confondues.
Néanmoins, avec un déficit moyen annuel de 15%, le SSM n'a jamais pu satisfaire ses besoins en personnels notamment en médecins dont 50 sont morts au feu ou en captivité au cours des 9 années de la guerre.
De 1946 à 1954, les pertes du corps expéditionnaire s'élevèrent à 40928 morts dont 30832 tués au combat auxquels s'ajoutèrent les 21576 disparus et prisonniers décédés en captivité.
Le SSM a pris en charge 72175 blessés avec une proportion de blessés graves deux fois supérieure à celle de la guerre 39-45.
Confronté à la dispersion des effectifs sur un terrain difficile grand comme une fois et demie la France, le SSM d'Indochine a dû adapter ses moyens de traitement et d'évacuation aux contraintes imposées par cette guerre d'un type nouveau.
En effet, la faible densité des hôpitaux de l'infrastructure et l'insécurité des voies de communication routières et fluviales ont distendu ou rompu la chaîne d'évacuation entre les postes de secours de l'extrême avant et les rares formations de traitement de l'arrière.
Dans ces conditions, de nombreux blessés graves sont morts faute d'avoir pu être évacués et traités dans des délais convenables.

C'est pourquoi, afin de remédier à cette situation préjudiciable à la conservation des effectifs et au moral des combattants, le SSM d'Indochine a développé deux nouveaux moyens :
-d'une part, les antennes chirurgicales de l'avant dont la première version parachutable créée en 1947 était destinée à allonger les délais préopératoires en conditionnant à l'avant les blessés en vue de leur évacuation à l'arrière après triage, les urgences vitales pouvant exceptionnellement être opérées sur place.
-d'autre part, les hélicoptères permettant de s'affranchir du problème des pistes d'atterrissage même de fortune. Ceux-ci ont fait une timide apparition en 1950 avant de prendre leur essor à partir de 1952.
Néanmoins, ces moyens sophistiqués demeurés rares et chers n'ont pu profiter à tous les combattants. Le plus souvent, le brancardage improvisé était le seul moyen d'évacuation du para blessé au feu, au prix des efforts épuisants de ses camarades de combat.
En effet, selon la difficulté du terrain, il fallait 8 à 16 combattants pour brancarder un blessé à tour de rôle, par équipe de 4.
En semant dans les rizières des mines et des pièges comme les herses à harpons, les Viets avaient compris qu'à moindres frais et sans risque, ils atteignaient ainsi très efficacement le potentiel offensif et aussi le moral de leurs adversaires.

2-Le service de santé du Corps Léger d'Intervention.
Première unité constituée engagée en 1945 dans l'Indochine d'après guerre, le CLI n'était pas à proprement parler une unité parachutiste, mais en raison de sa vocation opérationnelle, la plupart de ses personnels étaient brevetés.
Créé en Algérie le 4/11/1943, le CLI est ensuite formé et instruit en Inde. A la mi-mai 45, à Ceylan, il compte 948 personnels dont 455 officiers et sous-officiers recrutés par le Lt-colonel Huard parmi « les volontaires de toutes armes ayant de préférence servi en Indochine ou connu la vie de brousse ».
Les 12 médecins du CLI recrutés sur les mêmes critères ont d'abord œuvré à la préparation de l'unité en sélectionnant les personnels avec un volant prévu d'inaptes et d'«inadaptés» de 15%.
Pour dispenser l'éducation sanitaire et la formation secouriste des hommes du CLI, les médecins bénéficiaient de l'aide précieuse des Britanniques qui, riches de leur expérience de la guerre de jungle avec les commandos Wingate, avaient déjà instruit et entraîné les Gaurs de la Force 136.
A propos de l'importance qu'il attachait aux mesures sanitaires (vaccinations ; hygiène ; lutte contre le paludisme et l'amibiase ; secourisme et survie), Lord Mountbatten avait dit : « Les médecins ne peuvent gagner la guerre à ma place, mais ils peuvent me la faire perdre ».

En septembre et octobre 1945, le CLI intégré au CEFEO sous les ordres du Gal Leclerc, a été engagé dans la reconquête de Saigon, de la Cochinchine, puis du Siam et du Laos.
Pendant ces opérations, le CLI a perdu deux de ses 12 médecins, tués au feu : le Médecin-Cdt Nouaille-Degorce et le Médecin-Cne Villate.
Au cours de cette campagne, la seule formation parachutée a été la Compagnie B. larguée au Siam fin septembre 45 avec ses 60 personnels, sans médecin, ni infirmier.
Isolée pendant 4 mois en zone hostile avec de nombreux malades et blessés, cette unité, ravitaillée par air, a attendu jusqu'à janvier 46 d'être secourue par le parachutage du Dr Niger qui a sauvé plusieurs vies grâce à sa dextérité de chirurgien tombé du ciel.
Le 3 avril 46, engagé sur la pointe de Camau à l'extrême sud de la Cochinchine, un Régiment d'Infanterie Coloniale annonçait deux blessés graves à opérer d'urgence. Faute d'aviation sanitaire et les routes n'étant pas sécurisées, l'évacuation sur Saigon était impossible.
Le salut ne pouvait donc venir que du ciel.
C'est ainsi que trois médecins du CLI, brevetés para en Angleterre et détachés à l'hôpital 415 de Saigon ont été largués sur une rizière, porteurs de leur matériel d'anesthésie et de leurs instruments chirurgicaux.
Malgré des conditions opératoires improvisées sur un étal de boucher transformé en « billard », les deux blessés ont été sauvés à la grande joie de leurs camarades.
Avec ce premier saut d'une équipe chirurgicale parachutiste, le service de santé du CLI a montré l'intérêt et l'efficacité de la 3ème dimension pour assurer le soutien médical d'une unité isolée en zone ennemie et coupée de ses arrières.
Ainsi, au prix de la mort de deux de ses médecins, le CLI avait ouvert la voie aux futures réalisations du SSM en Indochine : les médecins des bataillons parachutistes et les antennes chirurgicales parachutistes.

3- Le service de santé du bataillon para en Indochine
Pion de manœuvre du Commandement, l'unité de base des TAP d'Indochine est le bataillon d'infanterie parachutiste.
A partir de 1951, sur prescription du Gal De Lattre, le CEFEO a compté neuf bataillons para qui, surnommés «les pompiers de l'Indochine» étaient engagés partout où le «torchon brûlait».
Avec un effectif de 600 à 800 hommes, le bataillon para regroupait 3 ou 4 compagnies de combat et une compagnie de commandement réunissant les différents services dont la section sanitaire.
La section sanitaire, commandée par le médecin-chef parfois secondé d'un adjoint, comprenait un infirmier-major et un groupe d'infirmiers en nombre souvent insuffisant.
Elle avait en dotation 4 véhicules utilisés surtout en base arrière.
D'autre part, chaque compagnie de combat disposait d'un infirmier de compagnie (caporal-chef ou caporal), ainsi que d'infirmiers et de brancardiers de section formés au Corps qui étaient d'abord des combattants et occasionnellement des secouristes.
Conseiller Santé du Chef de Corps avec lequel il entretenait une relation de coopération confiante, le médecin du bataillon assurait la sélection des personnels en déterminant leur aptitude opérationnelle et il prenait en charge leur éducation sanitaire ainsi que leur formation secouriste élémentaire.
Bien que difficiles à respecter en opérations, il veillait à l'application des mesures préventives contre les maladies tropicales endémiques (paludisme et surtout amibiase). C'est ainsi qu'il faisait appel à quelques slogans folkloriques tels que : « Ongles en deuil, la dysenterie vous a à l'œil » ; « Mouches qui volent, mort qui rode » ; « La nuit tombée, cache ta nudité »,...
En opérations, le médecin de bataillon était le premier maillon médical de la chaîne d'évacuation. Son rôle était donc essentiel pour l'avenir fonctionnel ou vital du blessé. Dépourvu de moyen radio, il se maintenait auprès du PC du bataillon pour coordonner la manœuvre santé en fonction des demandes du chef de corps et de l'évolution de la situation.
Son poste de combat était le poste de secours résumé le plus souvent à un abri naturel improvisé avec une trousse et un ou deux brancards pliants portés à dos d'homme.
Aidé par ses infirmiers de la section sanitaire, le médecin effectuait les actes de sauvetage et de mise en condition d'évacuation de ses blessés en rédigeant pour chacun sa fiche médicale de l'avant qui, épinglée sur le treillis, l'accompagnait jusqu'à la formation de traitement.
Lors des premières années du conflit, les groupes de combat étaient souvent isolés et hors de portée du poste de secours du bataillon. L'action courageuse des brancardiers et des infirmiers d'unité est alors apparue primordiale pour relever les blessés sous le feu de l'ennemi et leur donner une chance de survivre.
Cette tâche obscure mais essentielle pour le moral du combattant exigeait de ces auxiliaires sanitaires de solides qualités physiques, psychologiques et techniques dont il fallait tenir compte lors de leur recrutement et de leur formation.
Ainsi, en raison des servitudes de leur mise en œuvre et des risques liés à leur emploi opérationnel, les bataillons paras d'Indochine avaient besoin de médecins dont la mission technique et le rôle moral étaient indissociables.
En effet, acteur indispensable dans le suivi et la préparation sanitaires de son bataillon, il était inconcevable que le médecin le laisse partir au combat sans lui.
Inséparable de sa responsabilité technique, le lien affectif qui unissait le médecin à son bataillon apparait bien dans les réponses du Commandant Hélie de Saint Marc à ces deux questions que Marc Lemaire lui a posées dans sa thèse :
-Quelle était l'attitude des médecins lors des débâcles à l'égard des blessés ?

«Lorsqu'il fallait abandonner les blessés, les médecins proposaient souvent de rester auprès d'eux. La décision appartenait alors à leur supérieur hiérarchique.
Malgré l'héroïsme que traduisait ce comportement, on pouvait estimer qu'un médecin était toujours plus utile dans nos forces qu'aux mains de l'ennemi».
C'est à cette situation qu'ont été confrontés les 9 médecins de bataillon qui ont accompagnés et soutenus du 16 septembre au 14 octobre 1950 les 6000 hommes des colonnes Lepage et Charton lors de l'évacuation de la garnison de Cao-Bang vers Lang-Son dans l'enfer de la RC4 et des cuvettes de Coc-Xa.
Parmi eux, les médecins-capitaines Pédoussaut du 1er BEP et Armstrong du 3ème BCCP qui, démunis de tout et encerclés par les viets, ont décidé de rester sur le terrain pour protéger leurs blessés lors de l'assaut final.
« Je ne me mêle pas des combats, mais les combattants blessés m'appartiennent ».
Lui-même blessé, c'est ce que le médecin-cne Pédoussaut a déclaré au commandant Segrétain, chef de corps du1er BEP, avant d'être emmené en captivité au camp N°1 pendant 3 ans.
-Quelles étaient les qualités que l'on pouvait attendre d'un médecin para ?
«Le médecin de bataillon avait trois fonctions au sein de l'unité.
Il était médecin et on attendait donc de lui des compétences techniques.
Il était aussi le camarade, le compagnon d'aventure qui avait partagé les peines des combattants et s'était porté volontaire pour les opérations.
Il était enfin parmi les officiers celui qui portait une mèche rebelle, à qui il manquait un bouton à son uniforme.
Il apportait dans sa tenue comme dans son comportement une note de fantaisie au milieu des cadres de l'arme, enfermés dans cette rigueur qu'exigeaient leurs fonctions et les circonstances.
Il était souvent plus instruit que ses homologues dans diverses disciplines et amenait donc dans les popotes des sujets de conversation qui permettaient de couper avec les soucis du moment.»
Il faut ajouter à cela qu'en plus de leurs capacités techniques et de leurs qualités morales, le médecin para et toute son équipe devaient posséder une bonne condition physique et une solide endurance pour suivre et soutenir les unités dans tous leurs déplacements et leurs combats sur des terrains souvent difficiles.

"document paru sur le site de l' ASAF en 2010"


avatar
la Géline

Messages : 412
Points : 24041
Réputation : 1447
Date d'inscription : 17/11/2011

Revenir en haut Aller en bas

Partager cet article sur : Excite BookmarksDiggRedditDel.icio.usGoogleLiveSlashdotNetscapeTechnoratiStumbleUponNewsvineFurlYahooSmarking

Histoire du service de santé pendant la guerre d’Indochine :: Commentaires

avatar

Message le Jeu 9 Fév 2012 - 12:18 par rangers

merci de ce rappel sur l'histoire du service de santé, oh combien mis à contribution, notamment à Dien Bien Phu .

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum