LES CAMPS PARACHUTISTES

On ne peut évoquer honnêtement la guerre d’Algérie sans parler des SAS.

Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

14022012

Message 

On ne peut évoquer honnêtement la guerre d’Algérie sans parler des SAS.




les SAS par Daniel Grenon

On ne peut évoquer honnêtement la guerre d’Algérie sans parler des SAS.

Au début de la rébellion, qui fut à la fois une guerre civile et une guerre de sécession, il apparut à Jacques SOUSTELLE alors gouverneur général, que la cause première des troubles était la perte du contact humain entre la population -surtout celle du bled- et l’administration.

Celle-ci en effet, était représentée par des administrateurs civils en nombre beaucoup trop faible pour faire réellement sentir partout leur présence. Pour combler aussi rapidement que possible ce vide administratif, Jacques SOUSTELLE créa alors le « corps des officiers des affaires algériennes » qui, dès 1955, entreprirent leur action au sein de la population.

Au total 700 SAS (Sections Administratives spécialisées) ou SAU (Sections Administratives urbaines), furent créées.

Comment était constituée une SAS ?

A sa tête un « képi bleu » en général capitaine ou lieutenant entouré d’une petite équipe qui comprend souvent des civils et a pour rôle de le seconder dans les tâches administratives.

Un élément essentiel de la SAS est le « MOGHAZEN », petit groupe composé de 10 à 30 Moghaznis. Les Moghaznis était des musulmans et parmi ceux-ci il y eut souvent d’anciens rebelles ralliés. Leur courage aussi bien que leur connaissance du pays et des ses habitants en firent un instrument précieux de la Pacification.

Quelle était la mission du chef de SAS ?

Officier il était cependant chargé des pouvoirs civils. A ce titre son chef était le sous-préfet qu’il représentait localement. Il coordonnait les services publics de sa circonscription. Il les animait en fonction des besoins de la population au milieu de laquelle il vivait. Il créait des chantiers, ouvrait des pistes, regroupait des « mechtas », contrôlait les marchés. Très souvent à ses côtés un médecin de « l’assistance médicale gratuite » médecin militaire de réserve, faisant son service dans la plupart des cas, jouait un rôle capital.

Mais l’essentiel, c’était le contact humain avec la population dont il avait la charge. Le chef de SAS devait être au milieu d’elle l’ami de tous, le conseiller. C’était bien une révolution que la France entreprenait en Algérie au travers des SAS dans tous les domaines : politique, social et économique.

Le FLN ne s’était pas trompé sur l’enjeu puisqu’il considérait la pacification comme compromettant ses objectifs. Un rapport de la Wilaya IV de mars 1958 conclut que « les SAS sont un danger permanent qui plane sur la confiance que nous accorde le peuple »

Les SAS payèrent donc un lourd tribu puisqu’elles eurent en 6 ans 752 tués dont 70 officiers et 607 Moghaznis.

Au moment de l’abandon de l’Algérie et des musulmans fidèles à la France de nombreux chefs de SAS désobéirent aux ordres du gouvernement gaulliste et ramenèrent en métropole leurs moghaznis, harkis avec les familles. Certains les hébergèrent même chez eux et encore aujourd’hui plus de 40 ans après ce « crime d’Etat » des anciens officiers SAS sont toujours en relations avec les familles concernées.

Nous rendons un hommage profond aux chefs de SAS dont beaucoup furent remarquables et firent honneur à la France.

L’un d’entre eux Daniel ABOLIVIER, qui a reçu le 25 septembre 2006 (Journée Nationale des harkis) la Légion d’Honneur aux Invalides des mains du Ministre de la Défense, Michèle ALLIOT MARIE, perpétue la mémoire des SAS dans le bulletin des Associations des anciens des Affaires Algériennes et Sahariennes.

Notons également (à l’heure où sont écrit ces lignes) qu’un documentaire (avec DVD à l’appui) vient d’être réalisé par le cinéaste Alain de Sédouy sur le Commandant Georges OUDINOT qui fut officier para en Indochine et en Algérie de diriger une SAS avec efficacité pendants plusieurs années.
avatar
LOUSTIC

Messages : 307
Points : 22539
Réputation : 680
Date d'inscription : 31/01/2012
Age : 58

Revenir en haut Aller en bas

Partager cet article sur : Excite BookmarksDiggRedditDel.icio.usGoogleLiveSlashdotNetscapeTechnoratiStumbleUponNewsvineFurlYahooSmarking

On ne peut évoquer honnêtement la guerre d’Algérie sans parler des SAS. :: Commentaires

avatar

Message le Mar 14 Fév 2012 - 11:02 par la Géline

Ils étaient aussi appelés « les SAS »

Depuis la fin de la guerre d’Algérie nous avons désormais deux épopées des « SAS ». Elles n’ont entre elles aucun point commun si ce n’est le courage exceptionnel des hommes et leur foi dans la grandeur de la mission au point de les conduire jusqu’au sacrifice suprême.

-La première épopée a été écrite par les parachutistes du Spécial Air Service. Elle est connue. Ouverte par le capitaine britannique David Stirling à partir de 1941, elle s’est construite tout au long d’actions d’éclat individuelles dans le désert de Libye contre les forces allemandes et italiennes, puis en Europe, notamment en France avec le 4th SAS/2e RCP du commandant Bourgoin en Bretagne et le 3th SAS/2e RCP du commandant Château-Jobert au cours de ses raids éclair en jeeps armées sur la Vendée, le Centre et jusqu’à la Saône-et-Loire de Sennecey. J’ai raconté dans un livre les exploits en août 1944 en région lyonnaise de ces hommes au béret amarante dont j’ai souvent ici même évoqué la mémoire.

L’autre épopée est celle des Sections Administratives Spécialisées, créées en Algérie au milieu de l’année 1955 pour disputer à la rébellion et sur son propre terrain l’enjeu que constituait la population musulmane du Bled et des montagnes, sous-administrée et confinée dans un sous-développement chronique. Ce combat-là, fort différent de celui, purement militaire, des paras, était aussi une affaire d’hommes, d’individualités fortes, agissant en quelque sorte, comme leurs aînés de la Seconde Guerre mondiale, sur les arrières ennemis. On prit très vite l’habitude de les appeler eux aussi « les SAS », non pas pour les comparer aux premiers, mais parce qu’ils s’intégraient pleinement à cette fonction administrative vraiment « spécialisée ».

Détachés de l’armée de terre auprès des autorités civiles, ces hommes représentaient une très petite minorité des effectifs militaires engagés contre la rébellion mais on leur demanda beaucoup. Ils étaient eux aussi tous volontaires pour une mission à haut risque d’une toute autre nature. Les SAS paras de 1941-42 n’avaient aucune tradition historique puisque les premiers commandos inventèrent eux-mêmes leurs procédés de combat, des raids fulgurants, d’une audace incroyable, qui désorganisèrent sérieusement l’adversaire et eurent sur lui des effets psychologiques durables. Au contraire, les nouveaux « SAS » en Algérie pouvaient puiser leurs modes d’action dans les traditions très anciennes des Affaires indigènes du Maroc, les légendaires AI, où ils recrutèrent initialement. Un savoir-faire qui leur fit gagner beaucoup de temps.

Le courage et la foi dans la mission, ai-je écrit. Du courage, il en fallut aussi beaucoup aux « SAS » d’Algérie pour accepter de vivre dans un isolement matériel quasi total, dans un environnement initialement hostile. J’ai assisté, au début de l’année 1955 au cœur du massif des Aurès, à l’éclosion de l’idée d’implanter ces cellules légères auprès des douars isolés. Pour ces hommes qui acceptaient de quitter le confort relatif mais rassurant de l’unité constituée, chaque nouveau jour était une nouvelle aventure. Plus tard, au cours des années 1956 à 1958, engagé dans d’autres secteurs de l’Algérie, j’ai pu constater les progrès remarquables réalisés sur le terrain par ces équipes qui avaient pris de l’ampleur et marqué des points décisifs contre une rébellion qui s’était dans le même temps renforcée. Ce n’est véritablement qu’après les résultats des grandes opérations du Plan Challe auxquelles j’ai participé à partir du début de l’année 1959, que j’ai mesuré les progrès réels de la pacification autour des zones de fixation créées par les « SAS ». Les bandes rebelles fortement décimées et déprimées n’avaient plus les moyens de se reconstituer depuis les frontières tunisienne et marocaine solidement verrouillées. Le travail des « SAS », augmenté et valorisé par l’apport matériel considérable du Plan de Constantine pouvait alors donner toute son efficacité.

La foi dans la mission ? Il fallait qu’elle soit forte pour supporter l’incertitude qui pesa sur le devenir de l’Algérie dès la fin de l’année 1959. « Hélas ! hélas ! hélas ! ... », pour reprendre ce début de phrase d’un discours célèbre (*). Entre les « Je vous ai compris » et « Vive l’Algérie française » du milieu de l’été 1958 et les « Algérie algérienne » de novembre 1960 les petites phrases aux grands effets poursuivaient inexorablement leur chemin vers l’abandon du 19 mars 1962. Un anniversaire que certains s’apprêtent à célébrer avec faste dans quelques jours !

« Des hommes dont c’était le devoir, l’honneur, la raison d’être, de servir et d’obéir » durent, dans le désespoir, abandonner leurs SAS, leurs moghasnis et les populations qui leur avaient confiance et les livrer à la vengeance de ceux que la politique gaullienne avait désignés comme les vainqueurs de cette guerre.

LES SAS EN Algérie

(sections administratives spécialisées)

L’expérience originale des SAS a duré sept ans, presque autant que la guerre d’Algérie. C’est déjà souligner qu’elle fut l’un des moyens d’action utilisés pour ramener la paix dans ce malheureux pays. Elle prit naissance en 1955 sur le constat, par les dirigeants de la 4e République, des carences graves de l’administration française dans les trois départements algériens et des discriminations flagrantes dont était victime la population musulmane. Elle prit fin brutalement en 1962 après que le nouveau maître de la 5e République eut décidé de se débarrasser au plus vite du fardeau algérien.

Les Affaires indigènes (AI), une tradition ancienne en AFN.

Dès les premières années de la Conquête, il apparut nécessaire d’administrer les populations et d’organiser le développement des territoires passant sous la responsabilité de l’armée française. Tout naturellement, on fit appel à des officiers présents sur le terrain qui se spécialisèrent progressivement. En Algérie, au milieu du XIXe siècle, on créa les Bureaux arabes ; en Tunisie, les confins saharo-tunisiens furent administrés par le service de renseignement du Sud tunisien ; au Maroc, le même type de service, devenu celui des Affaires indigènes, les « AI », développé par le Maréchal Lyautey, connut un rayonnement extraordinaire au point de devenir la base de l’administration initiale du pays et de créer le corps prestigieux des officiers des « AI » au képi bleu ciel devenu légendaire avec les Bournazel et autres personnages de légende.

Mais à mesure que se transformait l’Algérie, au point de devenir trois départements français, les Bureaux arabes laissèrent la place à l’administration civile pour disparaître complètement entre 1870 et 1880 en Algérie du Nord. En 1954, au moment où commencèrent les événements d’Algérie, seul subsistait au Sahara, dénommé Territoires du Sud, l’administration militaire sous la responsabilité des officiers des Affaires sahariennes.

Une sous-administration chronique.

L’une des causes de la rébellion algérienne et l’une des raisons de son succès initial dans les zones montagneuses ont été la sous-administration que subissait de manière criante la population musulmane dans la profondeur du pays : inadaptation des statuts, insuffisance et manque de formation et de motivation des fonctionnaires civils, carence des infrastructures, défaillance des services scolaires, sanitaire et social. En effet, si les trois départements algériens, Alger, Oran et Constantine, fonctionnaient théoriquement comme en Métropole avec leurs services préfectoraux et leurs sous-préfectures, les communes étaient administrées différemment selon qu’elles étaient de « Plein Exercice » comme leurs homologues de l’Hexagone ou « Communes Mixtes » sous la tutelle d’administrateurs civils.

Les autorités d’Alger en tirent immédiatement les conséquences. Parallèlement au quadrillage militaire qui s’étend rapidement sur l’ensemble de l’Algérie et en toute priorité dans les massifs montagneux où s’est développée la rébellion, il est mis en place auprès des Communes Mixtes une administration spéciale sous responsabilité civile. Son objet est aussi de lutter contre les agissements du FLN mais en le combattant directement sur son propre terrain, celui du contrôle de la population dans les zones d’accès difficile et dangereux qui ne peuvent être constamment protégées par la présence des forces de l’ordre.

Dès le début de 1955, les premières expériences sont menées là même où a pris initialement corps la rébellion en novembre 1954, le massif des Aurès où le général Parlange, [1].un ancien des AI, cumule les pouvoirs civils et militaires.

L’organisation originale des SAS.

Ainsi sont créées à l’été 1955 les premières Sections Administratives Spécialisées (SAS). Le général Parlange fait naturellement appel à d’anciens officiers et sous-officiers des AI du Maroc. Sous l’impulsion de Jacques Soustelle, devenu Gouverneur général de l’Algérie [2], les SAS sont implantées en priorité dans le Constantinois, puis s’étendent en Algérois, principalement en Grande Kabylie. A la fin de 1961, elles seront plus de 700, réparties sur toute l’Algérie, avec des échelons de liaison auprès des préfectures et des sous-préfectures dont le nombre, entre temps, aura été accru. [3]

En volume, le personnel militaire affecté aux SAS demeure modeste, comparé à l’ensemble des forces armées engagées en opérations. Au début de 1960, sur un total voisin de 400 000 hommes, les SAS en utilisent 210 000, dont 1 300 officiers et 590 sous-officiers, auxquels s’ajoutent 2 800 attachés (radios, secrétaires, interprètes, infirmiers). La sécurité des SAS assurée par les Moghasnis totalise 20 000 hommes payés sur le budget civil alors que les Harkis, bien plus nombreux (60 000), employés par les unités de secteur, le sont sur le budget militaire.

Une SAS regroupait en moyenne entre 6 000 et 10 0000 habitants et étendait sa responsabilité sur une circonscription variable selon la densité de la population, entre la centaine de kilomètres carrés pour les montagnes du Tell, les plus peuplées et le millier pour les zones pré-sahariennes, les plus réduites.

Commandée par un capitaine ou un lieutenant, la SAS type disposait d’un sous-officier d’active, de personnel civil (secrétaire, comptable, radio, assistante médico-sociale, chauffeur, interprète) et d’un élément de protection, le maghzen, constitué de trente à cinquante moghaznis. Pour les SAS plus importantes, le chef de SAS pouvait avoir, en outre, un adjoint, le plus souvent du Contingent, sous-lieutenant ou aspirant volontaire, qui assurait l’intérim du chef de SAS. Toute une étude pourrait être consacrée au choix et à la personnalité de ces jeunes officiers de réserve, appelés ou rappelés, qui montrèrent à leur poste des qualités exceptionnelles de dévouement et de compétence et qui, en tout cas, furent tous marqués par leur expérience. Plusieurs Pieds-Noirs avaient été sélectionnés pour leur connaissance du pays et de la langue arabe mais on y trouvait le plus souvent des jeunes gens venant de Métropole passés par une affectation initiale en corps de troupe, certains sortant de l’ENA, de l’École de la France d’outre-mer (ex-École coloniale) ou des séminaires [4]

Cette SAS type, en prenant du succès local, pouvait être agrandie par l’adjonction d’un dispensaire familial ou d’une infirmerie et justifier alors de l’affectation en propre d’un médecin auxiliaire venu lui aussi du Contingent. Enfin, une école primaire venait souvent compléter les moyens de la SAS avec, là encore, de jeunes instituteurs appelés ou des jeunes filles sous contrat, tous volontaires pour servir dans ces conditions particulièrement difficiles.

Les moyens de la SAS devaient permettre un minimum d’autonomie. Des moyens radios la reliaient à la fois aux unités militaires locales et à l’autorité civile. Un véhicule léger et deux ou trois camionnettes, souvent d’origine commerciale, permettaient d’assurer les liaisons et les transports de nécessité et les mouvements de protection ou d’intervention du maghzen. Quelques chevaux de selle, parfois des mulets, pouvaient venir compléter ces moyens de déplacement.

Cependant, la solidarité d’armes a joué très largement en faveur des chefs de SAS de la part des officiers des unités de secteur qui avaient conscience de l’isolement de leurs camarades au képi bleu ciel. Les SAS ont ainsi bénéficié des moyens de transport, des outillages moyens et lourds du Génie et souvent de la main d’œuvre militaire pour des travaux occasionnels.

Les multiples missions des SAS

Après une brève expérimentation dans le massif des Aurès, les décisions sont rapidement prises. Un arrêté du 26 septembre 1955 crée le service des Affaires algériennes (AA), rattaché directement au cabinet militaire du Gouverneur général. Il est constitué d’officiers « destinés à assurer toutes missions d’encadrement et de renforcement des personnels des unités administratives et des collectivités locales ».Une formulation assez vague qui permet le cumul de multiples missions en fonction des situations locales.

Et, de fait, si la mission principale est de lutter contre la sous-administration générale dont sont victimes les populations musulmanes en reprenant d’abord contact avec elles et en rétablissant leur confiance, il s’agit bien, en objectif final, de lutter contre la pression et le contrôle exercés par le FLN sur celles-ci, ainsi que le précise Jacques Soustelle : « Il faut reprendre pour ainsi dire à l’envers le travail des fellaghas. Ils terrorisent ? À nous de rassurer. Ils désorganisent ? À nous de réorganiser. Ils brisent le ressort des populations pour les empêcher de se défendre ? À nous de leur rendre le goût et la possibilité de résister. » [5]

Les missions administratives

Les chefs de SAS, détachés auprès de l’administration civile et placés directement sous les ordres du sous-préfet, représentent le pouvoir central auprès des populations dans les domaines administratif, économique et social. Ils deviennent officiers d’état civil. En outre, en 1957, un décret leur attribue les pouvoirs de police judiciaire.

Mais leur pouvoir administratif ne cesse de s’étendre. En effet, une réforme administrative supprimant les communes mixtes pour les remplacer par celles de plein exercice intervient en 1956. Il est alors demandé aux officiers SAS de combler le vide provisoire en assurant la tutelle des nouvelles communes créées sur le modèle des communes métropolitaines par la recherche et la formation de délégués de la population en attendant la venue d’une période, après pacification, qui permettra l’élection de véritables municipalités. Ils doivent aussi prendre en charge le recensement et la mise en ordre de l’état civil et participer à la mise en place de la réforme communale.

A partir de 1958, apparaît une troisième phase d’extension des tâches administratives des SAS. Avec l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle et l’adoption du Plan dit de Constantine [6], la manne financière, certes tardive, arrive enfin. Les SAS ouvrent un peu partout des chantiers dont ils assurent la maîtrise d’œuvre : routes, adductions d’eau, marchés, écoles, dispensaires...

Les missions militaires

Mais l’organisation des SAS procède aussi d’une logique militaire qui se traduit dans le choix et le nombre de leurs implantations. Celles-ci obéissent à l’action générale de lutte contre les bandes armées, entreprise, d’une part, par le quadrillage, d’autre part, par les opérations d’action d’ensemble qui se développent sur vaste échelle avec la mise en œuvre du Plan Challe au début de l’année 1959.

Dans les deux cas, les SAS remplissent une mission permanente de renseignement qu’ils peuvent remplir dans des conditions efficaces du fait de leurs contacts étroits avec la population et de la présence de leurs unités de moghaznis recrutés directement au sein de la population dont ils ont la charge.

À partir de mai 1959, pour soulager les unités de secteur et dégager des effectifs plus nombreux consacrés à l’action générale et pour tenir compte aussi du « degré de pacification » [7] obtenu, certaines SAS se voient confier la responsabilité de sous-quartiers (du niveau de la compagnie de combat). Elles sont alors appelées « SAS renforcées » [8] et le chef de SAS, tout en conservant ses attributions administratives habituelles qui le rattachent au sous-préfet, passe sous les ordres directs du commandant de secteur dont il exécute les directives sur le plan opérationnel. Le « renforcement » se concrétise surtout par la mise à sa disposition d’unités de Harkis et d’une équipe de commandement plus étoffée. Ces dispositions sont particulièrement appliquées dans le corps d’armée d’Oran, où 75 sous-quartiers sur 130 sont commandés par des chefs de SAS en 1961.

Les missions humanitaires

Il est permis de regrouper sous cette appellation de nombreuses actions inspirées de celles menées par Lyautey et selon la tradition des AI au Maroc. A notre époque, elles pourraient relever des activités des ONG. En pleine guerre d’Algérie où l’insécurité était totale dans les zones montagneuses, ces actions ne pouvaient être organisées sans passer par le soutien et le contrôle des chefs de SAS. C’était le cas, notamment, de l’action sanitaire et sociale, facilitée par l’affectation progressive de jeunes médecins du Contingent et de personnels infirmiers ou par la participation des unités sanitaires les plus proches appartenant aux structures des quartiers et sous-quartiers sous responsabilité de l’Armée. En outre, des cellules spécialisées, les EMSI (Equipes Médico-Sociales Itinérantes) et les AMG (assistance médicale gratuite) ont été créées en 1957, annexées ou non aux SAS.

Des écoles primaires sont aussi créées à côté de la SAS. Elles répondent à la volonté affichée dans le Plan de Constantine de lutter contre l’analphabétisme. Un instituteur venu du Contingent vient alors compléter l’équipe de la SAS. Enfin, des équipes féminines, souvent animées par l’épouse du chef de SAS aident les femmes musulmanes dans de nombreux domaines comme ceux de l’hygiène, de la puériculture, de l’artisanat...

Il se crée aussi le SFJA (Service de Formation de la Jeunesse algérienne), dépendant comme les SAS du service des Affaires algériennes. Une école a été ouverte à Issoire dans le Puy de Dôme pour former en six mois de jeunes algériens capables dès leur retour en Algérie d’encadrer, de diriger, de conseiller au sein des SAS des foyers de jeunes, voire des foyers sportifs pour occuper la jeunesse désœuvrée. Certains centres de SFJA étaient intégrés dans les SAS, d’autres restaient indépendants.

Périodiquement et de manière saisonnière, des distributions de vivres, de céréales, de semences sont assurées par la SAS. De même, des chantiers de reboisement et de captage d’eau sont ouverts. Mais c’est surtout à mesure que s’étendent les zones interdites et leurs conséquences, les regroupements des populations de certains douars, afin de les soustraire à l’action subversive du FLN, que les SAS ont joué un rôle de bâtisseur en construisant des villages nouveaux plus facilement accessibles, en mesure de bénéficier d’une protection plus efficace des unités de secteur et d’une action sociale plus concentrée.

L’insécurité permanente.

Par nature, les SAS devaient être implantées au cœur de la population rurale musulmane puisque leur mission prioritaire était de lutter contre la sous-administration et le sous-développement. En outre, il s’agissait d’établir ou de restaurer la confiance entre les autorités de la France et la population soumise à la terreur des bandes du FLN. Ce que ne pouvait favoriser une présence trop voyante des troupes françaises.

Ainsi s’est posée très vite la question de la sécurité des SAS. Celles-ci ne pouvaient être intégrées au dispositif militaire sous peine de discrédit. Elle devaient donc veiller par elles-mêmes à l’organisation de leur propre sécurité par un dispositif suffisant mais sans ostentation, qui se révéla en général efficace. Concrètement, le chef de SAS, son équipe, sa famille le cas échéant, ses moyens de commandement étaient groupés dans une enceinte fortifiée, le Bordj classique tel qu’il était déjà conçu à l’époque de la conquête ; les services étaient répartis à l’extérieur au sein de la population dans un cercle d’une centaine de mètres autour de la SAS.

Restait à assurer la sécurité des mouvements permanents des membres de la SAS, dont la mission générale était le contact avec la population. Proies faciles pour les assassins du FLN.

Les personnels des SAS ont payé très cher leur engagement. Les trois principales circonstances des décès furent l’assassinat ou l’attentat individuel visant en toute priorité le chef de SAS, l’homme à abattre, l’embuscade sur les itinéraires habituels de déplacement et l’opération militaire visant à détruire des éléments rebelles repérés [9]

« L’Algérie algérienne » et la fin de l’expérience.

Le 1er juin 1958, à la suite de l’insurrection d’Alger du 13 mai, le général de Gaulle était porté à la présidence du Conseil de l’époque par l’Assemblée nationale et investi par celle-ci de pouvoirs spéciaux pour résoudre la crise algérienne. Le 4 juin, il effectuait en Algérie son premier voyage qui s’achevait le 7. Pendant ces quatre jours, il lançait d’abord à Alger son fameux « Je vous ai compris », puis à Mostaganem son célèbre « Vive l’Algérie française », deux déclarations complétées au cours du même voyage par d’autres phrases qui ne pouvaient laisser le moindre doute sur la politique qu’il entendait mener en Algérie pour assurer l’avenir des différentes composantes de sa population : « Dans toute l’Algérie, il n’y a qu’une catégorie d’habitants : il n’y a que des Français à part entière [...], avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. »

Et de fait, le 3 octobre, comme nous l’avons rappelé plus haut, celui qui n’est encore que président du Conseil de la 4e République pour devenir le mois suivant le premier président de la 5e propose au cours de son troisième voyage en Algérie son Plan de Constantine destiné à gommer les inégalités entre les communautés. C’est, rappelons-le encore, sur la base de ce plan que s’est vigoureusement développée l’expérience des SAS. A la fin de cette année 1958, la quasi-totalité des cadres des armées fait corps derrière de Gaulle qui leur a fixé une mission qui leur paraît claire et exaltante, la pacification de l’Algérie par les deux voies complémentaires et inséparables de l’élimination militaire de la rébellion et du développement économique et social des zones les plus défavorisées. Aux grandes unités du Plan Challe l’effort principal pour la première, aux SAS celui de la seconde.

Et chacun se met au travail dans l’enthousiasme général. Au moins pendant toute l’année 1959, au cours de laquelle l’audience du FLN recule sérieusement dans le bled en même temps qu’il subit des pertes considérables à la suite des grandes opérations du plan Challe sans pouvoir être soutenu des frontières fermées par les barrages électrifiés.

Cependant, dès le milieu de cette même année 1959, un premier doute, insidieux, s’installe dans l’esprit de certains cadres des SAS. À l’occasion d’une cérémonie de fin de stage d’une promotion d’officiers SAS organisée le 30 juin 1959, au cours de laquelle est inaugurée une salle de cours portant le nom du lieutenant Schoen [10], tué à la tête de sa SAS, le 18 février précédent, un vif échange de propos a lieu entre le Délégué général Paul Delouvrier et les officiers SAS présents sur l’utilité du sacrifice du jeune officier vis-à-vis de la détermination réelle du Président de la République à poursuivre l’œuvre entreprise en Algérie conformément à ses déclarations de l’année précédente. En tout cas, les réponses du Délégué général ne semblent pas avoir dissipé les inquiétudes des participants.

Et d’ailleurs, à l’occasion du voyage suivant du chef de l’Etat, du 27 au 30 août, on entend murmurer l’idée d’une « autodétermination ». C’est, en effet, ce qu’il évoque publiquement quelques jours plus tard, le 16 septembre, en parlant du « droit des Algériens à l’autodétermination » et en proposant trois solutions : la sécession, la francisation ou l’association à la République française. Ce jour-là, commence le processus qui va s’accélérer et conduire à l’indépendance de l’Algérie en 1962. On en connaît les étapes dramatiques.

Le 4 novembre 1960, de Gaulle annonce le référendum sur l’autodétermination et, franchissant une nouvelle étape dans l’expression de sa pensée ou dans l’évolution de sa volonté politique - le saura-t-on un jour ? - il prononce les mots d’« Algérie algérienne » et évoque la perspective d’un « gouvernement de la République algérienne ».

Dès lors, plus que leurs camarades de l’armée régulière parce que leur mission était d’être au contact le plus étroit de la population du bled, les officiers SAS vivent l’année 1961 comme un véritable drame personnel. De plus en plus, au moment où ils disposent des moyens de développement considérables du Plan de Constantine, ils sont amenés à croire que l’issue du processus politique engagé conduira inéluctablement à l’abandon des populations dont ils ont la charge. Ils sentent que le jour est proche où ces populations qui se sont rangées à leurs côtés seront livrées à la vengeance du FLN que la politique gaullienne désigne déjà comme les futurs vainqueurs.

Après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, dont on sait qu’il ne fut respecté que d’une seule des deux parties, beaucoup d’officiers SAS tenteront de sauver l’essentiel d’une œuvre pour laquelle ils avaient beaucoup donné. Mais, à l’heure de l’abandon, l’essentiel était ce capital humain qui s’était bonifié autour d’eux, tous les moghasnis et leurs familles qu’il s’agissait de protéger.

Dans les semaines qui suivirent le 19 mars, le dispositif des SAS fut resserré, les SAS les plus isolées abandonnées et les moghaznis désarmés, comme leurs camarades Harkis. Des officiers S.A.S. réussirent parfois à faire passer en Métropole quelques uns de leurs moghaznis en dépit des interdictions formelles, maintes fois renouvelées, des autorités d’Alger.

En juin 1962, les SAS étaient dissoutes. Ensuite, pendant des mois et même des années, la vengeance des nouveaux maîtres de l’Algérie put s’exercer en toute quiétude.


Bibliographie

- Soustelle (Jacques), Aimée et souffrante Algérie, Paris, Plon 1956,

- Andoque (Nicolas d’), 1955-1959, Guerre et paix en Algérie, l’épopée silencieuse des SAS SPL 1977,

- Frémeaux (Jacques), L’Afrique à l’ombre des épées, les territoires militaires en Afrique française (1830-1930), Service historique de l’armée de Terre 1993-1995,

- Frémeaux (Jacques), Les Bureaux arabes dans l’Algérie de la conquête, Paris Denoël 1993, ouvrage couronné par l’Académie des sciences d’outre-mer,

- Frémeaux (Jacques), La France et l’Algérie en guerre, Paris Economica 2002,

- Kayanakis (Nicolas), Algérie 1960 : la victoire trahie. Guerre psychologique en Algérie,
Friedberg (BRD) Éd. Atlantis 2000.

- Lamodière (Alexandra), L’action sociale et éducative des SAS en Oranie (octobre 1955- juillet 1962), mémoire de maîtrise, Sorbonne dir. J. Frémeaux 2000,

- Mathias (Grégor), Les SAS, une institution ambiguë, entre idéal et réalité, Paris L’Harmattan, 1998,

- Mahieu (Alban), L’armée française en Algérie en 1961, mémoire de maîtrise Sorbonne, dir. J. Frémeaux, 1996,

- Les SAS, bulletin historique de liaison des Anciens des Affaires algériennes. Nombreux témoignages d’anciens officiers et sous-officiers SAS,

- Le Casoar, revue de la Saint-Cyrienne, témoignage du général Jacques Pagès Avril 2001.

-------
Notes:

[1] Le Général Georges PARLANGE, qui exerçait un commandement à Agadir, fut appelé du Maroc le 28 avril 1955 pour devenir le Préfet des Aurès-Némentcha avec l’attribution de pouvoirs civils et militaires exceptionnels

[2] Jacques SOUSTELLE (1912-1990), ethnologue, intellectuel pacifiste avant-guerre, Français libre dès juin 1940, une première fois en contact avec l’Algérie en 1943-44 où il fut le chef de la Direction générale des Services secrets (DGSS), ministre de l’Information puis des Colonies en 1945 dans le Gouvernement provisoire, organisateur du RPF à partir de 1947, devint l’un des plus farouches partisans de l’Algérie française quelques semaines à peine après sa nomination au Gouvernorat général de l’Algérie le 25 janvier 1955. Un an plus tard, il fut rappelé par Guy Mollet, nouveau président du Conseil et remplacé par Robert Lacoste (février 1956)

[3] En outre, 20 SAU (sections administratives urbaines) ont été créées dans les quartiers musulmans des grandes villes, notamment dans la Casbah et la périphérie d’Alger.

[4] Monseigneur Jacques GAILLOT, qui a fait la carrière médiatique que l’on sait, fut l’un d’eux. Il fut adjoint au chef de la SAS de Maoklane, commune mixte de Guergour (Petite Kabylie) et remplaça même quelques mois le chef de SAS, le lieutenant Jacques Pagès, à sa mutation en juin 1958.

[5] Jacques Soustelle, Aimée et souffrante Algérie.], 305 pages, Paris, Plon, 1956, p. 227

[6] Le Plan de développement économique et social en Algérie, appelé Plan de Constantine (1959-1963) à la suite de son annonce par le général de Gaulle lors de son discours dans cette ville le 3 octobre 1958, est un programme économique dont la mise en œuvre est confiée à Paul Delouvrier (1914-1995), nommé Délégué général du gouvernement en Algérie de 1958 à 1960.

[7] Directive N° 38/IGAA/Cab, Alger, 18 mai 1959.

[8] Ce fut le cas, par exemple, de la SAS d’Aziz, dans l’arrondissement de Boghari (Sud algérois) à laquelle fut affecté le sous-lieutenant Jacques Nardin, adjoint au chef de SAS, l’actuel délégué Rhône-Alpes-Auvergne des Anciens SAS.

[9] Assez étonnamment, les trois camarades de promotion de l’auteur, chefs de SAS Morts pour la France en Algérie, ont été tués dans ces trois circonstances différentes.

[10] Le lieutenant Yves Schoen, de la même promotion de Saint-Cyr que l’auteur (1951-1953), était le fils d’un officier des AI et parlait couramment l’arabe et plusieurs dialectes berbères. Sa première affectation en 1954 avait été naturellement le 2e RTM à Marrakech, mais sa véritable vocation était les AI. Nul ne fut étonné de le voir sortir major du premier cours des officiers SAS organisé en 1957. Il commandait la SAS de l’Alma (35 km est d’Alger) depuis août 1957 lorsqu’il fut tué à la tête de son maghzen au cours d’une opération dans son secteur.


"source FARAC"

Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Mar 14 Fév 2012 - 11:22 par rangers

UNE POPULATION HÉTÉROGÈNE

Le terme harki constitue une appellation recouvrant une réalité complexe et hétérogène : l'ensemble des
musulmans, qu'ils soient armés ou civils, restés fidèles à la France pendant la guerre d'Algérie.
Alors que les harkis ne sont qu'une partie des supplétifs, qui ne sont eux-mêmes qu'une partie des
français musulmans, harki est devenu le terme générique qui englobe des catégories de personnes bien distinctes :

LES SUPPLÉTIFS

les harkis proprement dit qui sont les membres des harkas.

Mises en place dès le début de la guerre d'Algérie, les harkas sont des formations très mobiles
(harka signifie mouvement) d'abord employées localement pour défendre les familles et les villages,
puis constituées en commando offensif sous la responsabilité d'un officier. Les harkis sont recrutés
par contrat d'un mois renouvelable et bien qu'affectés à des tâches militaires, ils ont un statut civil.
Ce qui a fait dire au Bachaga Boualam " Il fallait aimer beaucoup la France pour accepter d'engager
sa famille sur un contrat d'un mois, révocable sans préavis par mesure disciplinaire, et avec préavis
de huit jours pour inaptitude physique, le tout pour... 750 francs, salaire du courage... et de la fidélité.
Le harki devait avoir la France bien accrochée au cœur pour laisser assimiler sa blessure de guerre à
un accident de travail." (1) Pour mémoire, les harkis et les autres supplétifs obtiendront le statut d'anciens
combattants au regard du droit français par une loi du 9 décembre1974.
Les harkis et les anciens harkis représentent environ 70 000 personnes à la fin de la guerre d'Algérie.

les moghazni qui sont rattachés aux SAS, dont ils assurent la protection.

Les Sections Administratives Spécialisées exercent, sous la responsabilité de leur chef, lieutenant ou
capitaine, outre des attributions militaires classiques, des fonctions administratives multiples sociale,
médicale et scolaire, à l'égard des populations. Il y eu environ 800 SAS en Algérie. Nombre de leurs
officiers se distingueront, en dépit des instructions contraires de leurs supérieurs, pour secourir envers
et contre tout, leurs hommes menacés de mort. (2) Les moghazni représentent environ 20 000 personnes
à la fin de la guerre d'Algérie.

les groupes mobiles de sécurité (GMS)

Recrutés localement, essentiellement parmi les anciens combattants musulmans, ils sont constitués en
formations autonomes, dont la mission est de protéger les populations dans une zone territorialement définie.
Ils représentent environ 10 000 personnes à la fin de la guerre d'Algérie.

les groupes d'autodéfense (GAD)

Constitués de volontaires non rétribués, englobant plusieurs villages auxquels l'armée distribue des armes,
ils ont pour mission d'assurer la défense rapprochée de leur douar, leurs familles et leurs biens.
Ils représentent environ 60 000 personnes à la fin de la guerre d'Algérie.

LES OFFICIERS, LES MILITAIRES D'ACTIVE, LES APPELÉS

Ils représentent 65 000 personnes à la fin de la guerre d'Algérie.
Soit un total de 225 000 hommes en armes à la veille du cessez-le-feu du 19 mars 1962.

LES CIVILS, AGENTS DE L’ÉTAT OU ANCIENS COMBATTANTS

Les élus locaux, les fonctionnaires, les notables musulmans (caïds, agas, bachagas), les élites francisées,

(hauts fonctionnaires, intellectuels de culture française) demeurés engagés auprès de la France payèrent un lourd tribut
pour cette fidélité, le FLN leur enjoignant sous peine de mort de démissionner ou de se démettre de leur mandat.
Beaucoup furent égorgés pour ne pas avoir obtempéré.

Les anciens combattants, anciens militaires engagés (tirailleurs algériens, spahis, zouaves) et les musulmans mobilisés

pendant les guerres de 1914-1918 et 1939-1945, sont une cible privilégiée pour le FLN qui leur interdit sous peine de mort
de porter leur médailles et de percevoir leur pension de guerre. Nombre d'entre eux furent brûlés vifs dans le drapeau français. Ces civils représentent environ 50 000 personnes à la fin de la guerre d'Algérie.

Ce sont donc près de 280 000 personnes qui sont directement menacées de mort, soit plus d'un million de personnes
si l'on y ajoute leurs familles. Du fait du refus du gouvernement français de prendre les mesures nécessaires pour les
protéger, 150 000 d'entre elles seront assassinées dans des conditions abominables, après le 19 mars 1962, date officielle
du cessez-le-feu. Après cette date, 25 000 pieds-noirs ont également été massacrés ou enlevés, sans avoir davantage été
ni secourus ni recherchés. Ces deux chiffres sont les chiffres officiels donnés par André Santini secrétaire d'Etat aux rapatriés de 1986 à 1988.

DES RAISONS D'ENGAGEMENT DIVERSES

Si différentes raisons ont pu inciter ces groupes de populations - dont tous n'étaient pas hostiles à l'évolution du statut de
l'Algérie, voire à son indépendance - à s'engager ou à rester engagés auprès de la France, l'une est commune à tous : le
rejet des méthodes terroristes employées par le FLN dans le cadre d'une guerre où la population est un enjeu voire un
otage, et qui n'hésite pas à recourir aux menaces, mutilations, exécutions sommaires et exactions diverses envers les civils, musulmans et européens.
" Le FLN égorge facilement pour se faire obéir. Il tue pour montrer qu'il peut, malgré l'armée française, tuer ceux
qui hésitent à lui obéir et que cette dernière ne peut les protéger ".(3)

Au delà du rejet des méthodes terroristes, ces différentes raisons d'engagement qui souvent se conjuguent entre elles, ce sont :

LA NÉCESSITE DE SE DÉFENDRE

Face au terrorisme, notamment pour les populations de l'intérieur qui y sont directement confrontées, la nécessité de se défendre, de défendre sa famille, son village, suscite le ralliement non seulement d'individus mais aussi de populations entières.
Comme l'indique le Bachaga Boualam " mes paysans, mes gardes champêtres, mes bergers de l'Ouarsenis sont devenus
des guerriers parce-que leurs pères, leurs enfants, leurs femmes égorgés, ils se sont défendus eux-mêmes contre leurs
assassins... la formation d'une harka n'est qu'une autodéfense d'une population que l'on veut forcer par le couteau
et le fer à l'engagement politique".(1)

L'ATTACHEMENT A L’ARMÉE FRANÇAISE

Les officiers, les militaires, les anciens combattants, restés fidèles à la France, les supplétifs également, sont les héritiers d'une longue tradition militaire. Leurs ancêtres, eux-mêmes pour les plus âgés, se sont battus sur la plupart des champs de bataille où la France est présente depuis plus d'un siècle, au sein de l'armée d'Afrique où le nombre de soldats musulmans dans les régiments de tirailleurs, zouaves, spahis, atteint 40 à 50 % des effectifs, dont un tiers d'engagés volontaires. "Fils d'une tradition militaire très ancienne, faite de bravoure, d'abnégation devant le danger, de respect de l'ennemi, ils ont
écrit des pages admirables de l'histoire de nos armes (...) ils ont acquis des droits sur nous " (4)

Pendant la première guerre mondiale, les soldats musulmans sont 36 000 à tomber au champ d'honneur (5). En 1944, ils
participent avec un courage qui force l'admiration des Alliés à la campagne d'Italie, au débarquement de Provence et à la
Libération de la France. Parmi eux, les ancêtres des harkis :
"La Grande Guerre voit l'Algérie fournir un lourd contingent de soldats (...) ils versent généreusement leur sang sur
les principaux champs de bataille immortalisés par l'histoire: Verdun, la Somme, la Champagne, l'Artois. Ils sont
170 000 à traverser la Méditerranée (...) Ils sont 36 000 à donner leur vie pour que la France retrouve sa liberté
et la paix.

C'étaient les grands-pères des harkis.
Pendant la seconde guerre mondiale, alors que la France est captive et muette 230 000 soldats musulmans dont
120 000 à 150 000 algériens luttent entre 1942 et 1944, certains jusqu'au sacrifice suprême.(...) ils inscrivent dans
le livre d'or de l'histoire de France des pages de gloire qui ont pour nom Belvédère, Monte Cassino, Rome, le Rhin,
Strasbourg, Belfort. Pour la seconde fois au cours de ce siècle, ces soldats rendent sa dignité à la patrie et lui
restituent sa place dans le monde.
C'étaient les pères des harkis". (6)

LA TRADITION FAMILIALE OU CULTURELLE

Nombre de fonctionnaires, nombre d'élus locaux et nationaux, qui choisirent de continuer à assurer leurs fonctions malgré les menaces et les exécutions, le firent souvent parce-que leurs familles ou leur clan, avant eux et quelquefois depuis longtemps, occupaient déjà des fonctions administratives ou électives au sein de l’État français. Leur fidélité s'inscrivait donc tout naturellement dans une tradition familiale ancienne.

De même pour les d'officiers ou pour les intellectuels diplômés des universités françaises, continuer avec la France peut
s'analyser comme le choix de la fidélité à une culture qu'ils avaient intégrée.
Pour l'un comme pour l'autre groupe, rester auprès de la France relevait d'une logique de continuité.

LES RAISONS LIÉES AUX CIRCONSTANCES

La recherche de la protection de l'armée française

dans une guerre où le moindre comportement - fumer, se rendre dans une administration, voter, parler à un militaire ou à
un européen - peut être regardé comme suspect parce-qu'il transgresse un interdit posé par le FLN, transgression
susceptible d'entraîner la mort, le musulman pris dans l'engrenage, pour échapper à la menace qui pèse sur lui, s'enrôle
dans l'armée française. Laquelle de son côté, pensant que la France resterait durablement en Algérie en se fiant aux
promesses des dirigeants politiques, et en particulier à celles de De Gaulle jusqu'en 1960, exerce de fortes pressions
pour favoriser l'embauche de supplétifs.

Les rivalités de clans ou de villages

dans une société organisée autour de groupes - familles, clans, villages - et fondée sur la solidarité entre les membres d'un
même groupe, les engagements collectifs avec l'armée française ou avec le FLN, peuvent être la conséquence de l'exécution d'un membre du groupe par les rebelles ou à l'inverse par les militaires français. De même, les rivalités entre groupes expliquent les engagements dans un camp dès lors que le clan rival s'est engagé auprès du camp adverse. Comme le relate l'ethnologue Germaine Tillon citée par Mohand Hamoumou "sous le couvert et l'alibi de trois guerres, (entre France et Algérie mais aussi entre français et entre musulmans) un nombre incalculable de règlements de comptes assouvissent
de vieilles haines pendantes entre les familles. "(3)

Le ralliement de rebelles

pour certains d'entre eux enrôlés de force dans l'ALN (armée de libération nationale), ou révoltés par ses excès tant à l'égard des populations civiles qu'à l'égard des autres mouvements indépendantistes tels que le MNA (mouvement nationaliste algérien) de Messali Hadj, ou par les règlements de comptes pratiqués dans ses propres rangs, rejoindre l'armée française constitue alors la seule alternative. L'exemple le plus représentatif est celui du commando Georges : constitué pour l'essentiel par d'anciens rebelles sous le commandement de Georges Grillot, il fut après le cessez-le-feu du 19 mars 1962 presque entièrement exterminé, après le refus du gouvernement français d'organiser son rapatriement. Les membres du commando Georges furent massacrés dans d'horribles conditions, certains d'entre eux furent ébouillantés vivants.(7)

Les motivations économiques

la situation économique difficile, les menaces du FLN envers les musulmans acceptant de travailler chez les européens, la
misère, le chômage, ont pu conduire certains à devenir supplétifs pour survivre. Si cette motivation est indéniable, elle n'est pas déterminante. Il faut rappeler que la première harka crée par l'ethnologue Jean Servier était constituée de bénévoles.
D'autre part, comme l'indique Mohand Hamoumou "de nombreux musulmans étaient prêts à devenir harkis
bénévolement car ils désiraient avant tout avoir une arme pour défendre leur vie et celle de leur famille".
Tout au plus peut-on dire que "la conjoncture économique extrêmement défavorable pour les musulmans
a pu être un élément supplémentaire parmi ceux qui ont conduit nombre d'entre eux à travailler dans les SAS
ou à devenir harkis". (3)

Mais quelle que soit leur hétérogénéité sociale ou culturelle, quelles que soient les raisons ou l'ancienneté de leur engagement, ce qui constitue le point commun de ces musulmans restés engagés auprès de la France pendant la guerre d'Algérie, c'est leur histoire : menacés par le FLN, trahis et abandonnés par la France en toute connaissance de cause, ils furent 150 000 à disparaître, souvent avec leurs familles, victimes de massacres perpétrés en masse après le cessez-le-feu du 19 mars 1962

(1) Bachaga Boualam " Les Harkis au service de la France"
éditions France Empire
(2) Nicolas d'Andoque "Guerre et Paix en Algérie. L'épopée silencieuse des SAS."
édité par SPL Société de Production Littéraire 10 rue du Regard 75006 Paris
Guy Vincent "Képi bleu. Une SAS. Un autre aspect de la guerre d'Algérie."
édité par Jeune Pied-Noir BP 4 91570 Bièvres
(3) Mohand Hamoumou " Et ils sont devenus Harkis "
éditions Fayard
(4) Jacques Chirac premier ministre (1986)
(5) Communiqué de presse du 15 juillet 2000 : Manifestation de harkis à Douaumont
Rubrique Presse
(6) Abd El Aziz Méliani "La France honteuse. Le drame des Harkis"
éditions Perrin 76 rue Bonaparte 75006 Paris / L'Harmattan 16 rue des Ecoles 75005 Paris
(7) Figaro Magazine 29 octobre 1994 René Bail "Les harkis : ces combattants français seront sacrifiés par la France"
Rubrique Presse
(8)Compte rendu officiel du sous préfet d'Akbou concernant les massacres dans son arrondissement (mars/décembre 1962)
Rubrique Histoire/Documents



"source justiceharkis"

Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Mar 14 Fév 2012 - 11:38 par baltique

Le massacre par l’armée algérienne de nombreux supplétifs qui pendant la guerre civile ont choisi la France est une tache indélébile dans l’histoire de la guerre de libération.
Les Algériens n’ont pas appliqué les accords d’Evian en mars 1962.
Mais l’abandon de ces mêmes supplétifs, ou harkis, par la République française constitue l’une des pages les plus honteuses de la geste gaullienne.

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum