LES CAMPS PARACHUTISTES

1959 , le plan CHALLE

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16032012

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1959 , le plan CHALLE




Le plan Challe débute le 6 février 1959.

Ce plan s’inscrit d’abord dans la continuité de certaines actions visant à affaiblir le FLN et menées en Algérie depuis déjà plusieurs années (maintien et renforcement du verrouillage des frontières tunisiennes et marocaines mis en place depuis 1956, poursuite des regroupements des populations rurales, des constructions commencées en 1955 par les SAS, les sections administratives spécialisées, mise en autodéfense des villages…).

L’élément nouveau réside dans la façon de combattre à l’intérieur du pays. Le plan Challe amène une nouvelle forme de guerre qui privilégie l’aéromobilité afin de prendre de vitesse les unités infiltrées et les combattre sur leur terrain grâce aux commandos de chasse spécialement créés pour l’occasion à partir d’un recrutement qui permet à des ralliés de prendre part aux opérations.

Il s’agit méthodiquement de mettre à mal l’adversaire par des opérations de bouclage
systématiques et méticuleuses de vastes zones prédéfinies qui s’étendent de l’ouest à l’est du pays.
Le principe est simple. Une fois qu’une compagnie est repérée, la tactique consiste à ne plus la lâcher jusqu’à épuisement. Il s’agit d’éclater les katibas3 en plusieurs petites unités.
Une fois cette première étape accomplie, les commandos de chasse entrent en action et peuvent « traquer » les bandes désorganisées sur les terrains les plus difficiles.
Autre nouveauté de ce plan : le mode de recrutement et d’encadrement de ces nouveaux commandos de chasse. Ils sont en effet majoritairement composés de supplétifs algériens.

Isoler le FLN de l’extérieur
La sécurisation des frontières tunisienne et marocaine commencée depuis déjà plusieurs années trouve son apogée lors de « la bataille des frontières » de 1958. En effet, au cours de l’année 1957, le FLN fait passer armes et combattants depuis la Tunisie et le Maroc, d’où la nécessité de contrôler l’accès des zones frontalières.
De nombreux aménagements sont mis en place afin de contenir le FLN à l’extérieur du territoire algérien (barrages électrifiés, haies, barbelés, patrouilles de surveillance de jour comme de nuit, reconnaissance aérienne…).. Ainsi, le général Challe décide de renforcer la « ligne Morice » par la « ligne Challe ». Le processus « d’asphyxie » du FLN de l’extérieur est donc renforcé.
« La pacification dépend de l’évolution de la situation psychologique et par conséquent de l’idée que la population musulmane se fait à tout moment de l’issue de la lutte, suivant la détermination, la volonté d’aboutir qu’elle croit discerner chez les deux adversaires4 »
Le plan de Constantine, les sections administratives spécialisées (SAS)5 et les centres de regroupement.

Le plan de Constantine (1959-1963) ou Plan de développement économique et social mis en place par Paul Delouvrier, délégué général du gouvernement en Algérie, ambitionne de transformer le pays par une politique de grands travaux en périphérie des villes.
Il s’agit notamment de repenser l’habitat des zones périphériques sur le modèle des grands ensembles de la métropole.
L’objectif est également d’affaiblir l’influence du FLN dans l’esprit de la « pacification » du territoire en montrant l’investissement de la France dans l’aménagement du territoire.

Les SAS (sections administratives spécialisées)
En 1955, le gouverneur général de l’Algérie, Jacques Soustelle crée les SAS. Il s’agit de sécuriser les territoires éloignés des grandes agglomérations en décentralisant l’administration française dans des zones rurales fortement influencées par le FLN.
La construction de routes, de maisons, d’infirmeries, d’écoles, mais aussi les patrouilles, les contrôles et les renseignements recueillis auprès des populations locales permettent aux SAS de pacifier et d’augmenter leurs zones d’influence dans les territoires où elles sont implantées, réduisant les marges de manœuvre des hommes du FLN.

Les centres de regroupement
Le plan Challe prévoit de poursuivre la mise en oeuvre des centres de regroupement des populations situées dans les zones rurales les plus éloignées, à l’initiative des préfets responsables du maintien de l’ordre dès 1955, pour isoler les unités du FLN. Le principe de regrouper les habitants de plusieurs mechtas (hameaux) d’une même région au sein d’une nouvelle structure communautaire, prive les unités combattantes mobiles du FLN de leur principale source d’approvisionnement et de soutien, la population civile.

« À partir de 1959, une politique officielle des regroupements est systématisée
administrativement sous la tutelle d’une inspection générale des regroupements de population instituée en novembre 1959 ».
L’ensemble des habitants est alors « placé » sous la protection de l’armée française, ou d’un maghzen (troupe de supplétifs musulmans engagés sous contrat de 6 mois) si le regroupement se fait à proximité d’une SAS.
« Pour le FLN, le soutien de la population lui est indispensable pour légitimer son action, mais il lui est également vital pour la survie physique de ses troupes combattantes.
Peu nombreux et n’apparaissant que fugitivement et exceptionnellement le jour, les
combattants de l’ALN ont besoin, la nuit en général, de l’aide des villageois pour organiser des sabotages (destructions des ponts, de poteaux électriques, de vergers…) et aussi pour être nourris et soignés. »

Les unités de l’ALN (Armée de libération nationale) se voient donc progressivement interdire une zone définie.

Ce procédé qui consiste à « vider certaines zones de ses habitants, en déplaçant des populations vers des centres de regroupement et en détruisant les villages »9 constitue donc une arme de guerre efficace pour les Français, lorsqu’il est mené de manière raisonnée.

II. Le plan militaire de Challe
La stratégie militaire mise en place par le général Challe est inédite.
Il s’agit de porter et d’entretenir une insécurité permanente auprès des compagnies
combattantes de l’ALN, au sein même de leurs zones de cantonnement et de vie, situées dans
l’arrière-pays algérien grâce à l’utilisation des moyens modernes d’appui et de reconnaissance aériens offerts par les hélicoptères. Ceux-ci permettent d’intervenir rapidement sur l’ensemble du territoire.
Le colonel Coustaux résume ainsi la tactique employée : « … l’opération à neuf bataillons à engager successivement sur une longue période de quinze jours au minimum, voilà la véritable opération d’envergure, celle qui recherche et précise le renseignement opérationnel, prend le contact, marque l’adversaire, renouvelle sans arrêts ses effectifs et ses formules, puis, au besoin, plaque tous ses moyens dans la zone d’accrochage. »
Face à ces moyens matériels de grande envergure et à la détermination des commandos de choc (parachutistes, légionnaires…) désignés pour combattre dans les sept grandes opérations menées dans le plan Challe, les katibas de l’ALN sont profondément affaiblies dès la fin de 1959.

III. Le développement et le renforcement des forces supplétives
« Nous ne pacifierons pas l’Algérie sans les Algériens »
Maurice Challe Après avoir morcelé les compagnies de l’ALN, le plan Challe prévoit de porter l’insécurité dans les petites unités.
Constitués à cette époque, les commandos de chasse, plus mobiles et majoritairement composés d’Algériens, prennent le relais des unités d’intervention.
Poursuite de la mise en autodéfense des villages (GAD)
Les groupes d’autodéfense des villages sont composés de volontaires civils bénévoles et armés par la France.
Leur fonction première, outre la protection de leur village, est d’ « interdire à ceux montés au maquis l’accès aux villages ».
Légende du reportage (d’après la légende d’origine)
Remise d'armes au groupe d'autodéfense du village de Tagmount-el-Djedid par le général Faure.
Dans le secteur de Fort-National près des Ouadias se trouve un petit village de 1500 à 2000 habitants qui,jusqu’à présent avait refusé de collaborer avec l’armée française. Hier matin le chef du village est venu demander protection au commandant du 7e BCA.
C’est pourquoi aujourd’hui le village a reçu de la part du général Faure une trentaine d’armes pour l’autodéfense du village sous les ordres de son chef en attendant qu’un poste soit monté pour la surveillance.

Le recrutement et l’intégration des harkis dans les commandos de chasse
Si les unités de choc, aidées par un soutien aérien important, se chargent souvent de
débusquer et de combattre les compagnies de l’ALN d’ouest en est, les « commandos de chasse » nouvellement créés et composés presque exclusivement de supplétifs algériens, profitant de leur connaissance du terrain, sont chargés de réduire les résistances.
« Ces commandos comptent beaucoup de harkis : transfuges de l’ALN recrutés sous la pression du chantage à leur famille, victimes d’injustices du FLN ou simplement désœuvrés attirés par la solde. »



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Message le Ven 16 Mar 2012 - 22:02 par béret bleu

le barrage le long de la frontière tunisienne

Commencés dès 1956, les travaux sur le barrage électrifié se poursuivent afin d’empêcher les incursions d’armes et d’indépendantistes algériens en provenance de Tunisie. La “Ligne Morice” s’étire selon un axe vertical nord/sud allant de la Méditerranée jusqu’au désert. Un vaste réseau de barbelés, de clôtures électrifiées, de phares, de haies, de radars, de tours et de postes de contrôle rendent la zone “étanche”. Des murs de protection anti-bazooka protègent également les postes comme celui du 26e Régiment d’infanterie motorisée (RIM) à Sidi-Fredj. Des “zones interdites” ont été aménagées en retrait du barrage et les populations évacuées pour faciliter le travail de l’armée. Un chacal est victime de la clôture électrique, prouvant l’efficacité du dispositif. A ce dernier, s’ajoute les blindés Half-track et EBR postés à la frontière. Régulièrement, les avions T6 effectuent des patrouilles de reconnaissance.
La “Ligne Morice” est entretenue, consolidée et améliorée en bordure des routes ou dans certains oueds (Kseub, Rhenouta ou Aïn-Zerga) par les soldats du 12e Bataillon du Génie (BG), du 61e BG ou de la 75e Compagnie de Génie aéroportée (CGAP). Ils sont aidés par des autochtones embauchés sur les différents chantiers comme à Oum Theboul, situé à l’est de La Calle.
Toute la région est ainsi aménagée par les engins du génie qui creusent, terrassent et préparent le terrain à Kanguet ou à Souk-Arras. Le sol est parfois si dur que le 12e BG doit l’attaquer à l’explosif avant la pose des piquets.
Le barrage tunisien dispose de postes électriques à haute et basse tension qui préviennent des franchissements. En cas de panne, des groupes électrogènes sont prévus pour remplacer le réseau déficient. Une salle de transmissions permet également de donner rapidement des ordres en cas d’incursion rebelle.

"source ecpad"

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Message le Ven 16 Mar 2012 - 22:06 par baltique

Du sommet du mirador camouflé de sacs de sable le pinceau lumineux balayait l'enchevêtrement des barbelés. Le barrage sous la lumière blafarde était terrifiant. Le tronçon révélé par le projecteur ressemblait à une cage à fauves. Quatre mètres de large, deux de haut, bordée d'une triple barrière d'acier griffu, recouverte de chevrons du même fil. Au centre de la cage une barrière d'environ deux mètres supportait onze rangées de barbelés fixés sur des plots isolants : le barrage électrifié. Cinq mille à sept mille volts ! Mais pour y parvenir il fallait franchir l'entrelacs épineux formé d'abord d'un plan incliné hérissé de pointes d'acier, puis de rouleaux savamment emmêlés ; la première barrière franchie, on était dans la cage face aux milliers de volts qu'il fallait dompter. Ensuite mêmes obstacles pour en sortir. La piste dégagée que suivait maintenant le projecteur n'était plus qu'un faux répit au milieu de l'épreuve. Chaque pierre, chaque touffe d'herbe, chaque monticule cachait une mine antipersonnel. Puis c'était encore quatre mètres de barbelés compacts fixés par des piquets d'acier. Enfin, c'était l'Algérie dont on apercevait les rochers, la pierraille, le maquis rare qui sous la lumière crue n'avait plus de couleur. Tout le reste se perdait dans l'ombre hostile.
Sur le mirador, le casque enfoncé jusqu'aux sourcils, le servant fit basculer son projecteur pour accrocher dans son faisceau les silhouettes trapues des deux auto­mitrailleuses rangées à la porte du poste. A l'arrière, derrière les tourelles, deux immenses antennes courbées par le filin qui les retenait leur donnaient des allures de gros insectes à l'affût. Tout semblait calme.
Dans la casemate tout était gris. Les murs de parpaing fraîchement cimentés, le plancher poussiéreux, les couvertures de drap rêche jetées sur les lits Picot, les MAT suspendues à un clou au-dessus des paquetages. L'imposte entrouverte laissait filtrer un courant d'air frais qui ne parvenait pas à chasser l'humidité des murs ni l'âcre fumée des « troupes » dont les mégots débordaient d'un cendrier réclame. L'ampoule nue se balançait imperceptiblement au bout de son fil, et l'ombre de l'homme de garde se déplaçait sur le mur, de la photo d'une fille nue découpée dans Paris-Holly­wood jusqu'au tableau, gris lui aussi, où se succédaient cadrans, voyants lumineux, interrupteurs. Assis derrière une table de bois blanc où s'étalait la carte du secteur dont le poste était responsable, le veilleur lisait L'Echo d'Alger.

En trois mois le dérisoire réseau barbelé qui courait en arrière de la frontière algéro-tunisienne s'était transformé. Il était devenu l'arme n° 1 de la lutte contre le F.L.N. En trois mois on avait préparé le terrain, apporté des centaines de tonnes de barbelés, construit la centrale électrique, bâti les postes de relais, échelonné les garnisons sur le parcours. Traversant crêtes, oueds, surmontant les vallées, coupant les pistes, enserrant dans ses anneaux des oliviers tordus et des ruines romaines patinées par les siècles, le long serpent barbelé, dragon d'une guerre loin de la légende, s'étendait sur trois cent vingt kilomètres, prêt à cracher le feu dès qu'on l'effleurait. Tous les quinze kilomètres un poste de repérage veillait et, à deux cents mètres près, localisait les brèches. Immédiatement une patrouille d'automitrailleuses ou, si le terrain l'exigeait, de fantassins, repérait le lieu exact de passage et, dès le lever du jour, un bouclage resserrait l'étau sur les survivants de la caravane.

C'est ce tronçon qu'avait choisi Benzadi Menouar Ben Moktar pour ouvrir le chemin aux cent quatre-vingts hommes qui, chargés d'armes, devaient gagner la wilaya 2. Il pleuvassait. Le premier barrage avait été franchi facilement. Devant le passeur s'étendait le champ de mines. Cela, ce n'était pas son affaire mais celle des démineurs. Une dizaine d'hommes à quatre pattes, les doigts en crochets, ratissaient le sol. Dès que leur sens tactile exacerbé localisait une mine ils posaient dessus un gros morceau de coton hydrophile maintenu par une pierre. Derrière eux le sol semblait parsemé de flocons neigeux. Benzadi suivait leurs traces évitant avec soin les signaux de coton. La caravane prit le même chemin. Les hommes lourdement chargés —chacun portait une arme, parfois deux et cinq cents cartouches — mettaient leurs pieds dans les traces du compagnon qui les précédait. Une tension nerveuse extraordinaire régnait sur le groupe rebelle.

"source l'histoireenquestions"

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