LES CAMPS PARACHUTISTES

colonel Gabriel de Sairigné

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colonel Gabriel de Sairigné

Message par LOUSTIC le Mar 29 Mai 2012 - 14:53

1er MARS 1948 ATTAQUE DU CONVOI ROUTIER SAIGON-DALAT
Un grand soldat disparaît : colonel Gabriel de Sairigné




« Prince, mort en soldat à la cause de la France », âme certes élue, fier jeune homme si pur, tombé plein d’espérance, je t’aime et te salue…… » (Citation de Ch.Péguy)

02 mars 1948 – Hôpital de Dalat. Dans une petite pièce sur des tréteaux repose le corps du colonel Gabriel de Sairigné, 35 ans, il a encore son short et sa chemise, visage souriant et calme. Il a des balles dans les jambes, une blessure au bras, une au menton et une dans la gorge, sans doute la balle mortelle. De Sairigné appartient à la 2eme DBLE (légionnaires).La veille, le convoi, interminable chenille de 69 véhicules civils et militaires, transporte quelques 560 personnes civils et militaires et du ravitaillement pour la région de Dalat. Le convoi est illusoirement protégé par une escorte rudimentaire en tète et en queue, des cars chinois et leur concert de piaillements, un bus ramenant à Dalat, des jeunes filles du couvent des oiseaux, encadrées par quatre religieuses, trois camions transportant une soixantaine de militaires convalescents, des Dodges et GMC transportant notamment des sacs postaux et des véhicules légers dont les Jeeps des officiers. Celle de de Sairigné est en tète du convoi,il n’est que simple passager, partant en séjour de repos à Dalat, rejoindre son épouse et sa fille Guillemette, à peine âgée de un an qui ont fait le voyage par avion la veille.
Devant la Jeep de de Sairigné une auto-mitrailleuse avec à bord un jeune lieutenant chef de convoi, un scout-car, un camion d’escorte avec 25 hommes en armes, en majorité des indochinois, trois jeeps transportent des familles de militaires dont un bébé sur un couffin.
Le convoi vient de passer Bien-Hoa, la police militaire harcèle les conducteurs pour faire respecter l’intervalle de deux cent mètres entre les véhicules. L’auto-mitrailleuse tombe en panne, elle sera remorquée par celle placée en queue. Le chef de convoi se déplace avec vers l’arrière. A 08h30, une balle siffle au dessus de la jeep de tète, le convoi accélère mais doit s’arrêter brusquement car trois gros troncs d’arbres sont abattus en travers de la route. Escorte et passagers descendent,les femmes et les enfants se blottissent dans le fossé.On mobilise tout le monde, la route est dégagée et 02h30 plus tard le convoi repart. Au centre, des coups de feu éparts ont occasionnés plusieurs blessés. De Sairigné accroche deux grenades à sa ceinture et exhorte les militaires à tenir leur armement prêt.
Peu après le passage d’un cours d’eau, c’est au tour de la queue du convoi d’être attaquée, quelques blessés et un mort. Soudain, exactement à 16h12, le scout-car de tète saute sur une mine, c’est le signal de l’attaque. Embusqués sur la gauche de la route, les Viets arrosent le convoi de leurs armes automatiques et lancent des grenades sur les véhicules tandis que des tireurs juchés sur des arbres visent posément les passagers. L’embuscade s’est étendue sur toute la longueur du convoi, la coordination étant assurée par une ligne téléphonique posée les jours précédents. En entendant siffler les premières balles, de Sairigné qui conduit lui-même sa Jeep, accélère à fond, première consigne en cas d’attaque. Ses deux membres d’escorte, les légionnaires Merkel et Steiner vident leurs chargeurs de carabine américaine pour protéger de Sairigné et soudain, la Jeep fait une embardée, de Sérigné s’est affaissé, la tète sur le volant, les bras pendants. Merkel reçoit deux balles dans une jambe et avec Steiner décident d’abriter leur chef qui respire encore, en le traînant dans les fourrés à droite de la route. Les Viets concentrent leur feu, Steiner reçoit une rafale de mitraillette dans la nuque et s’effondre. Les Viets sortent des fourrés, une nuée d’au moins deux cents petits hommes jaunes qui pillent la Jeep et sa remorque, massacrent tous ceux qui opposent un soupçon de résistance, retournent les morts, récupérant leurs armes, incendient les véhicules après pillage. Les rafales d’armes automatiques sont accompagnées des hurlements des assaillants,les plaintes des blessés,les râles des mourants La seule auto-mitrailleuse valide tente désespérément de remonter le long du convoi et doit renoncer au bout de quelques centaines de mètres. Pour se protéger de tout mouvement, les Viets disposent en écran les prisonniers civils.
Quelques mètres devant la Jeep de de Sairigné, l’épouse du commandant Wolfer, quoique blésée à la cuisse portent secours aux blessés, d’abord à son époux qui gît inconscient. A ses cotés la petite Colette, criblée d’éclats de grenades, ruisselle de sang. Rosette Wolfer implore aux Viets la grâce pour elle et son enfant, un premier Viet accède à sa demande mais un deuxième tire à bout portant une balle dans la tète de l’enfant qui, non atteint vitalement survivra mais, passablement défigurée.
Comble de malchance, l’épaisseur de la forêt gène les émissions radio et les SOS du convoi et ce n’est est que vers 18h00,soit 04h00 après l’attaque que deux avions Spitfire arriveront sur les lieux mais, ne pourront intervenir vu la pénombre et les risques pour les rescapés. Quant aux secours terrestres, ils arriveront de Bie,n-Hoa située à 65 km et d’autres de Dalat, située à près de 200 km, ils ne seront en place que vers le milieu de la nuit et trouveront un spectacle d’horreur : une religieuse brûlée vive, une jeune fille poignardée, des tout jeunes soldats gémissant appelant leur mère… Wolfer n’a pas repris conscience, pas plus que Merkel. Tous seront ramenés à Dalat en camions, atrocement ballottés sur 200 km. Quant au corps du Colonel de Sairigné, il ne sera acheminé qu’au petit matin avec 26 autres victimes. Le sergent-chef Maurice Rives du 22eme RIC, arrivée du poste de Lagna arrachera le fanion de commandement qui, aujourd’hui fait partie des trophées du musée de l’Ecole de St Cyr-Coetquidan.
Le bilan de cette attaque sera de 36 morts dont 15 militaires et 5 civils français, 16 parmi les vietnamiens et, une quarantaine de blessés
Il demeure que, avec au moins 2000 assaillants,le coup du 1er mars est la plus grosse opérations militaire menée par les Viets depuis 1945.Le lendemain, une autre attaque au Sud-Ouest de Saigon fera encore 25 morts.
Etant moi-même en séjour à Bien-Hoa de 1952 à 1954, je puis témoigner que bien d’autres attaques suivront,notamment des convois par chemin de fer ( train surnommé « La Rafale » pour sa vitesse : une semaine pour faire 300 km !) auront lieu, je pense notamment au début de juin 1952 où encore près de Bien-Hoa , deux attaques consécutives entraîneront encore une vingtaine de morts et une cinquantaine de prisonniers dont cinq jeunes femmes PMFAT, qui ne seront jamais retrouvées.. Cette fois l’aviation a pu intervenir, des chasseurs-bombardiers Beercat décollant de Saigon-Tan-Son-Hut.
J’irai aussi en repos un mois à Dalat à mi-séjour mais, je ferai l’aller-retour par voie aérienne militaire, c’était quand même plus sur et surtout plus rapide !...Il régnait à Dalat un espèce de modus vivendi entre Viets et forces du CEFEO qui fait que la station fut toujours « calme ».
Le 19 décembre 1996 fut inauguré à Fréjus le Mémorial à la mémoire des soldats morts en Indochine,
35.000 noms gravés dont près de 10.000 légionnaires et 9 officiers de la Légion dont Gabriel de Sairigné. Sairigné de Narvik, de Bir-Hakeim, des combats de Provence, du Jura et d’Alsace, compagnon de la libération, commandeur de la Légion d’honneur, croix de guerre avec palmes.
Le Colonel de Sairigné repose dans le petit cimetière de Moutiers-les-Mauxfaits (Vendée).
Lors du congrès national de l’ACUF aux Sables d’Olonne, les congressistes tiendront à se recueillir au pied de la stèle rappelant le sacrifice d’un grand serviteur de la France.
Pour conclure, on peut dire que les barbares Viets d’Indochine, n’avaient rien à envier aux Fels égorgeurs d’Algérie et, aux sanguinaires disciples de Ben-Laden aujourd’hui. L’histoire n’a cessé de se répéter pour l’armée française depuis 65 ans !


Article de synthèse de Paul Clary, ancien de Bien-Hoa.
Bibliographies : « Mon illustre inconnu » de Guillemette de Sairigné
Editions Fayard – Journal d’un sous-officier de l’armée de l’air-TOE-
Indochine- Bien-Hoa – 1952-1954 . Paul Clary - Editions L’Harmattan.
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LOUSTIC

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