LES CAMPS PARACHUTISTES

Palmeraie de Gouro, région de l'Ennedi, Nord du Tchad. 1969

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19072012

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Palmeraie de Gouro, région de l'Ennedi, Nord du Tchad. 1969




Texte trouvé sur la Charte..
C'est la saison de la récolte des dattes, nourriture précieuse dans cette région sahélienne. Elle déclenche aussi des affrontements et des réglements de compte, parfois meurtriers, amplifiés par la rébellion.
Le commandement français, qui chapeaute aussi l'armée tchadienne, décide d'envoyer un commando, nom donné à une section en ex-AEF, pour surveiller cette récolte pendant deux mois environ. Ce commando est détaché à l'état major tactique N° 3 (EMT 3) du BET( Borkou-Ennedi-Tibesti).
Je suis sergent, chef de groupe et aussi adjoint à mon chef: un lieutenant, ancien d'AFN. Notre commando appartient à la compagnie parachutiste du 6e Régiment Interarmes d'outre-mer basé à Fort-Lamy au Tchad. Cette compagnie est compaosée de 3 commandos, une de livraison par air. Il n'y a que des engagés volontaires. Les appelés ont été rapatriés d'urgence fin 1969 pour ne plus participer aux opérations militaires, en septembre, il y a eu un para( engagé) tué lors d'un accrochage avec des rebelles.

Après les cérémonies du 14 juillet, nous sommes aérotransportés à Faya-Largeau par des avions Transall C.160 qui remplacent avec autant d'efficacité les bons vieux Nord-Atlas 2501. Sur place, un bâtiment est à notre disposition pour notre séjour. Des vieux 4X4 Wagon-Power d'origine anglaise avec chauffeurs mécaniciens, sont à notre disposition.
Le 6 août, avant l'aube, nous prenons la piste pour rejoindre le poste de Fort-Lagrion à Ounianga-Kebir, tenue par des militaires tchadiens encadrés par des collègues français, des marsouins des Troupes de Marine.

En fin de journée, après 200 km de piste, quelques crevaisons et pannes de moteurs traditionnelles, nous arrivons au poste: décor grandiose, le vieux fort surplombe un grand lac salé, bordé de palmiers et de sources d'eau douce.
Le 7, remise en condition et briefing sur la mission: le 8 à l'aube, contrôle de la palmeraie de Gouro à 120 km en prenant une piste changeante avec les vents. Cette palmeraie est connue pour attirer du monde par son mauselée d'un illustre Senoussi.
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Message le Jeu 19 Juil 2012 - 10:09 par Invité



Le départ se fait dans la nuit du 7. Nous accompagne la section tchadienne du fort, commandé par un sergent-chef, un autre commande un groupe de mortier de 81 mm avec 100 coups et une vieille mitrailleuse Reibel de 7,5m/m. Ils sont montés sur 2 camions Citroën FT 46. Cette approche, sans phare, malgré un ciel étoilé, est rendue difficile: la visibilité est très réduite par la poussière soulevée par le véhicule précédent et certains obstacles apparaissent au dernier moment. Les lunettes de sable n'arrangent pas du tout.

Arrivés à quelques kilomètres de la palmeraie, le convoi s'arrête pour se " dépoussièrer " et se séparer en deux: la section tchadienne démarre à minuit pour coiffer l'objectif sans se faire repérer afin d'occuper un éperon rocheux qui domine le secteur.
Suivis de loin par les 2 FT 46, nous reprenons la piste. Comme prévu, à l'aube (vers 6 h), nous approchons d'abord de la palmeraie pour la contournée, car infranchissable. Quelques coups de fusils nous saluent au passage, la surprise étant tombée dans ...le sable, nous fonçons sur le village. Arrivés au centre, nous débarquons rapidement pour ratisser et se sécuriser. Je repère un petit camion libyen prêt à partir, chargé de chèvres entre autres, le conducteur s'est noyé parmi les villageois et doit sûrement nous observer. Je fouille sous son siège pour découvrir un gros révolver anglais Webley cal 455, chargé.

Notre arrivée impromptue produit l'effet d'un coup de pied dans la fourmilière. Au bout du village, quelques types sans armes s'enfuient vers l'éperon rocheux. Nous reprenons nos véhicules mais l'un refuse de démarrer, on laisse un groupe de combat pour sa protection car il est équipé d'un poste radio C 9 qui nous permet des contacts jusqu'à Fort-Lamy.
Les deux groupes restants démarrent donc, traversent le village pour tenter de rattraper les individus, il n'y a plus de piste, que du sable et des cailloux qui nous freinent, obligés de débarquer pour finir en courant et arriver au pied d'un grand glacis rocheux qui monte qur 200 m vers le massif.

Les fuyards ont rejoint leur poste de combat. Sauf un qui sort de sa cachette, armé d'un long fusil italien Carcano. Nous sommes à 20 m de lui, je fais ouvrir le feu sur lui avant qu'il ne tire. Sont sort est réglé, reste ceux d'en haut. Les deux groupes progressent sur ce glacis rapidement et arrivent à 150 m des rochers, un tir nourri nous acceuille, on aperçoit quelques rebelles, je mets en batterie ma pièce FM et penché sur le tireur, je lui signe les cibles, des geysers de sable nous encerclent, nous faisons une cible de choix pour les tireurs embusqués dans les rochers !
Je me prépare à décrocher pour nous abriter quand arrive notre lieutenant qui demande ce que nous faisons, je me redresse pour lui expliquer et lui dire qu'il faut surtout dégager.

Soudain il tombe sur le dos, le visage blanc, je fais décrocher les deux groupes derrière une anfractuosité de rochers permettant de se tenir debout et inspecte la blessure grave à priori, la balle a cassé le bras gauche et traversée le thorax, la respiration est saccadée, je pose mon oreille sur sa poitrine pour écouter le coeur, les battements sont très irréguliers, je me redresse pour regarder son visage: pâle et regard absent. Il pose alors sa main droite sur sa poitrine et dit dans un dernier souffle: " Ah, ça y est, je suis mort " et c'est vrai. je réalise que je doit prendre sa place. Je ramène son corps dans un repli rocheux, annonce la nouvelle par radio aux autres et aux tchadiens à qui nous avions prêté un de nos postes portatifs.




Dernière édition par junker le Ven 20 Juil 2012 - 6:47, édité 1 fois

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Message le Jeu 19 Juil 2012 - 23:20 par Invité

Je contact le radio C9 resté au village: envoyer un message urgent à notre autorité à Fort-Lamy: pour rendre compte et demander des renforts, et un autre à Faya pour demander un appui aérien. Deux avions chasseurs bombardiers AD4 ou Sky raider armés de 4 canons de 20 m/m et 12 roquettes de 120 sont en permanence sur la base de Faya. L'utilisation des nouveaux postes radio PP11 remplaçant le vieux PP9/US et le PP13 le C.10/US font merveille. Il est 8 heures du matin.
Le deuxième camion FT 46 tchadien nous rejoint mais est obligé de s'arrêter à 50 m de nous à cause des blocs de pierre, le chauffeur tchadien et le SIC marsouin descendent aussitôt quand trois balles traversent le pare-brise: une pour le conducteur, deux pour le chef de bord... il s'en est fallu d'une seconde ! On relèvera six autres impacts.

Les collègues, en haut du massif, nous signalent un 4X4 Toyota caché dans les rochers, on décharge le FT46 de son matériel: mortier de 81 et la mitrailleuse Reibel, couvert par un feu roulant des deux groupes de combat sur place, il faut courir car nos tirs ne font pas baisser la tête à tous les HLL qui se plaisent au combat, surtout quand ils observent des tirs au but comme nous leur en proposons parfois malgré nous !

Le SIC met en batterie son mortier et, guidé à la radio par ses collègues, envoie ses obus, il lui en faut moins de dix pour exploser le 4X4 et tuer au moins un rebelle dont on retrouvera le corps à côté, le lendemain. Je rapelle les consignes au départ de Fort-Lamy: pas de casse... mais un de nos paras, un caporal-chef, un ancien, s'est engagé sur le terrain plat nous séparant des rochers, il tire sur les derniers HLL (Hors la Loi ) se réfugiant dans la forteresse. Malheureusement, à si peu de distance, un tireur à genou fait une belle cible, il est touché, il avait déjà été cité en AFN avec Bigeard...

Mais là, étendu à 100 m de nous, on l'entendait râler, il fallait le récupérer. Je demande à quatre gars de tomber armes et brelages et, à mon signal de bondir, pour le chercher, les autres ouvriront le feu tous azimuts et le mortier enverra cinq obus sur la même trajectoire pour faire du volume. C'était presque parfait mais au moment où les quatre se lèvent, une balle éclate sur les rochers à côté de l'un d'eux, son visage est criblé d'éclats de rochers et de balle. Je le fais immédiatement remplacer. Nos quatre brancardiers improvisés ramènent notre blessé, une balle lui a traversé la gorge, il s'étouffe en respirant du sang.

Notre caporal-infirmier, déjà sur la brêche, fait le maximum avec le simple contenu de sa seul musette. Une chance, aucun organe essentiel n'a été touché. Cette opération réussie a dû énerver les HLL qui ne lésinent pas sur leurs cartouches, surtout en précision, c'est un tireur FMI AA52 qui est blessé à l'épaule et de là à la tête il n'y a pas beaucoup !!

Vers midi, mon C.9 m'averti de l'arrivée des deux avions AD4, je prends leur fréquences, pas de contact, ils tournent sur le site, aperçoivent le 4X4/C.9 dans le village et lui larguent un message lesté, aussitôt récupéré et transmis: "on vous reçoit mais on ne peut pas émettre..." Je leur explique que je vais matérialiser notre position avec plusieurs gars à plat ventre et en ligne avec sur le dos nos panneaux blancs air-sol, l'axe leur donnera la position des rebelles et la nôtre, puis celle des tchadiens sur la crête rocheuse.
Battement d'aile pour dire " reçu le message, compris ", reprise d'altitude et piqués sur la position des rebelles. Les premières passes se font aux canons, si nous sommes aux premières loges pour ce grand spectacle, par contre, on reçoit les douilles brûlantes sans rien pour se protéger à part le chapeau de brousse.... C'est l'instant où l'on peut lever la tête pour apprécier les résultats et prendre des photos ! Le clou de ce spectacle est le tir des roquettes. On peut suivre leur trajectoires visible au départ jusqu'à l'impact et leur explosion. Nous nous sentons satisfaits, comme vengés !

Les HLL doivent ce faire tous petits dans le caillou, ce qui ne les empêche pas de tirer sur les avions pendant leur ressource ! Hargneux jusqu'au bout. Les munitions épuisées, les AD4 repartent sur Faya pour refaire les pleins , à nouveau on baisse la tête, économisant l'eau de nos deux gourdes, tout le monde est dans les POwer-Wagons. Nous avons compris que nous étions coincés jusqu'au soir, vers 18 heures donc.

Dans l'après-midi, les AD4 reviennent, nouveau contacts radio à sens unique, l'objectif est à nouveau traité, on en profite pour tirer quelques balles au hasard, histoire de soulager nos nerfs.... Eux aussi continuent à être canardés pendant leur ressource, preuve que les HLL sont encore là et toujours combatifs. Avant de nous quitter, les AD4 font un passage en rase-mottes sur notre position, geste amical, on se sent moins seul....
Arrive un message de notre autorité: " arrivons sur vous avec un commando en Nord-Atlas qui se poseront sur un ancien terrain d'aviation à 2 km du village ".
Les blessés et le corps du lieutenant sont embarqués dans un Wagon-Power par le SIC au mortier qui est aussi moniteur de saut et donc spécialisé pour baliser une piste d'atterrissage. Il réussit avec peu de moyens, les Nord se posent sans difficulté, grâce à l'adresse des pilotes et la rusticité de ces avions.
Le commando débarque aussitôt accompagné du lieutenant adjoint au capitaine commandant la compagnie. Arrivés dans le village, contact à la radio; après mon compte -rendu, il décide de me rejoindre seul.

J'essaie de l'en dissuader: depuis ce matin les rebelles ont trouvé la bonne hausse de tir, ensuite il va bientôt faire nuit, les rebelles vont quitter le caillou et nous pourrons redescendre en toute sécurité. Il passe outre et arrive à 50 m de nous, il est repéré, des balles éclatent par terre autour de lui, nous pensons qu'il va finir au pas de course en zigzaguant. Il n'en à pas le temps, il s'écroule. Je remets aussitôt en place le même système de récupération que le matin. Le mortier en moins. Mis à l'abri, nous recherchons avec l'infirmier l'impact juste une tache de sang au milieu de la fesse droite, c'est la sortie de la balle.


Comme le lieutenant est juste" sonné ", je m'excuse de lui baisser le pantalon pour trouver l'entrée qui ne peut que se trouver devant. En effet nous la trouvons, un simple petit trou rouge dans le pubis et lui de constater " Ah, çà y est, je suis foutu " et j'en profite pour prendre une photo. Au bruit du déclic, il se retourne et me rabroue. Je lui réponds que depuis ce matin, je ne pouvais que prendre des photos. Puis enclin, il me demande de lui en réserver un exemplaire, ce qui fut fait deux mois plus tard après lorsqu'il eut fini sa convalescence à Libreville. Il n'avait pas eu de séquelle. Une chance inouïe.

A la nuit tombée, je fis redescendre tout le monde, je quittai le dernier les lieux pour répondre à plein de questions...
Le lendemain nous avons fouillé l'objectif: 4X4 détruit avec un cadavre de HLL à côté, des emplacements de combats bien montés et protégés, des étuis de balles anglaises, quelques traces de sang.
Bilan chez les HLL: deux véhicules dont un détruit, sept tués, un fusil, un révolver, un canon de FM BREN. Chez nous: un lieutenant tué, quatre blessés: un lieutenant,un sergent, un caporal-chef et un 1er classe.
Dans l'ANT: deux tués: un soldat et un goumier. Partis pour surveiller la récolte des dattes, nous avons récoltés des pruneaux au prix fort mais ça, c'est le destin et le sort des armes, dans un soit-disant désert mais toujours fascinant .


Jasques Parisot .

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