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Afghanistan : la vraie leçon

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Afghanistan : la vraie leçon

Message par revue de paquetage le Ven 17 Aoû 2012 - 20:05


par Vincent DESPORTES, Officier général (2S), Ancien Commandant de l'Ecole de guerre.


Dans quelques mois, l'essentiel des forces françaises sera rentré d'Afghanistan. Certains auront alors, inévitablement, la tentation de revenir sur leur succès discutable pour tenter de nous convaincre que les projections de troupes sont inutiles. Et que, par conséquent, le nouveau Livre Blanc doit donner une absolue priorité à nos capacités de destruction à distance - la projection de puissance - au risque d'y consacrer l'essentiel de nos maigres capacités budgétaires. Ce serait un manque de discernement coupable.

Ce serait d'abord oublier que la projection de puissance, à elle seule, ne sait parvenir qu'à des résultats ponctuels dans la bataille, non à des succès stratégiques dans la guerre. Elle permet difficilement le contrôle politique des effets produits, comme le montrent sans ambiguïté la situation chaotique de la Libye et les effets secondaires désastreux qui ébranlent désormais toute la zone sahélienne.

L'intelligence historique doit ensuite rappeler que les forces projetées ne peuvent atteindre leurs objectifs que si elles combattent dans des situations opératives, stratégiques et politiques permettant leur efficacité.
C'est loin d'avoir été le cas en Afghanistan. Si nos troupes ont fait preuve, au sol, au milieu des populations, des meilleurs savoir-faire tactiques et largement démontré leur valeur opérationnelle, cette dernière ne pouvait permettre de palier les conditions très défavorables de leur engagement.

Dans cette guerre américaine, les conditions générales de la stratégie ont été largement définies par l'acteur principal : il a fait évoluer à sa guise objectifs et modes opératoires. Sans nier l'influence mineure qu'ont pu jouer les autres participants, force est de reconnaître qu'il est impossible d'imposer vos vues lorsque votre propre mise est marginale. Sur ce point, on regrettera que l'Europe, qui aurait pu jouer un rôle majeur (15 pays de l'Union engagés, 30 000 combattants pour la plus longue guerre jamais conduite !), n'ait jamais été en mesure d'exercer une influence stratégique.
Entre 2002 et 2006, les Américains ont mis en œuvre des opérations de destruction dont les résultats ont été aussi maigres que leurs effets à long terme ont été désastreux. L'efficacité de leur modèle opérationnel s'est trouvée limitée par un grand défaut de sensibilisation culturelle et les effets pervers de la supériorité technologique. En dépit d'un a priori favorable, les bombardements aériens, avec leur cortège de dommages collatéraux, ont suscité la crainte et l'hostilité d'une population dont il fut impossible ensuite de regagner "les cœurs et les esprits".

Lorsqu'en 2006, on s'attellera à cette dernière tâche, ce sera trop tard ... et avec des moyens trop mesurés. Seuls la reconstruction, le développement et la mise sur pied de forces de sécurité solides pouvaient éventuellement conduire aux objectifs ambitieux que la communauté internationale s'était fixés.
La stratégie "centrée sur la population" adoptée par les Américains supposait des effectifs importants qui n'ont jamais été disponibles ; les moyens militaires ont toujours été trop restreints au regard des objectifs et des caractéristiques du théâtre. En contre insurrection, gagner c'est contrôler le milieu, c'est-à-dire non seulement "conquérir et détruire" mais également "tenir". Les ratios sont connus. En dessous de vingt personnels de sécurité pour mille locaux, il est hautement improbable de l'emporter, en particulier dans une zone et une société complexes.
Démonstration faite une nouvelle fois. En détournant les moyens militaires et financiers qui, déversés d'emblée, auraient pu ouvrir la voie définitive du succès, l'Irak s'est avérée être la grande faute stratégique de l'Afghanistan.

Notre long et douloureux engagement nous le rappelle. Quelle que soit l'excellence tactique de nos troupes - elle est grande et nous devons en être fiers - ce qui pèse d'abord, c'est le stratégique et le politique. La première règle est celle de l'adéquation des circonstances, de la fin et des moyens. Ici, les conditions politiques locales et régionales n'ont jamais été favorables, les objectifs ont toujours été trop ambitieux et les moyens trop limités. Retenons donc à la fois la très grande valeur de nos forces terrestres, le très efficace outil qu'elles constituent au service de la politique extérieure de la France, mais aussi la nécessité de les engager pour des objectifs adaptés aux formats engagés, dans des conditions qui permettent de transformer leur excellence tactique en succès stratégique.
Il n'est de succès global possible que si les moyens sont proportionnés aux enjeux et si l'on conjugue, de manière équilibrée, projection de puissance et projection de troupes. Ce qui suppose d'avoir la sagesse stratégique et budgétaire de conserver ces dernières en nombre suffisant.


Vincent DESPORTES
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Re: Afghanistan : la vraie leçon

Message par junker le Ven 17 Aoû 2012 - 23:06

Et en fonction de tout ce que nous savons maintenant, nous avons subi la loi américaine , c'est à dire celle ou , ne fournissant que notre peu de materiel et de soldats, nous avions qu'une chose à faire : c'est de fermer nos gueules, puisque tous les commandements étaient fait par les américains !
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Re: Afghanistan : la vraie leçon

Message par Lothy le Ven 17 Aoû 2012 - 23:56

Faire la guerre au rabais a des conséquences ! Bien que nos Soldats aient été largement à la hauteur, ils l'ont démontré, des missions qui leur ont été confiées....

Les USA ont la quantité, les moyens, et leurs hommes ne sont pas sans qualités... Nous sommes trop petits pour imposer nos décisions, et ce n'est pas demain que cela changera...

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