LES CAMPS PARACHUTISTES

Comment une unité d’élite fut le fer de lance d’un putsch de généraux.

Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

09112011

Message 

Comment une unité d’élite fut le fer de lance d’un putsch de généraux.




Comment une unité d’élite fut le fer de lance d’un putsch de généraux. “Adieu vieille Europe […] pour le ciel si brûlant de l’Algérie. Adieu souvenirs, notre vie va finir”, dit un chant de marche de la Légion.
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]
Treillis camouflé, béret vert orné de l’insigne des troupes aéroportées : le 1er régiment étranger de parachutistes fut l’une des plus belles unités de l’armée française. L’Indochine fut son berceau, l’Algérie son tombeau. Issu des bataillons étrangers de paras, il connut des moments de gloire avant sa participation au putsch des généraux d’Alger. C’est un ancien légionnaire qui allait signer, le 30 avril 1961, jour anniversaire de Camerone, le décret de dissolution de ce régiment de Légion : Pierre Messmer, combattant de Bir-Hakeim devenu ministre des Armées du général de Gaulle.
Le Rep était né en 1948 en Algérie. Ce n’était pas encore le Rep mais le 1er bataillon étranger de parachutistes. Le 12 novembre 1948, le 1er Bep, que commande son fondateur, le capitaine Segrétain, rejoint l’Indochine et débarque à Haiphong. Le 9 février 1949, le 2e Bep, constitué au Maroc et dans le Constantinois, arrive à Saigon.
Le 1er Bep va connaître en Indochine ses pires moments de souffrance. Première épreuve : la RC4 – la route coloniale 4. Elle serpente au Tonkin, le long de la frontière avec la Chine, dans un décor dément de collines calcaires aux pentes abruptes couronnées d’une jungle épaisse. Des postes de l’armée française la jalonnent.
Mais en 1949, avec la prise de pouvoir des commu nistes en Chine, le Viêt-minh dispose d’une puissante base arrière de laquelle peu vent lui parvenir des armes et des approvisionnements. D’où la décision du commandement français, en septembre 1950, d’évacuer Cao Bang et les postes situés sur la RC4 au nord de Lang Son, considérés comme indéfendables.
Le plan prévoit qu’une colonne partie de Lang Son, aux ordres du lieutenant-colonel Lepage, un artilleur, ira à la rencontre de la garnison de Cao Bang évacuée sous les ordres du lieutenant colonel Charton, officier de Légion expérimenté. Puis les deux colonnes, ayant fait leur jonction, se replieront ensemble sur Lang Son, à 130 kilo mètres au sud-est de Cao Bang. La manœuvre se transforme en calvaire, dans la jungle où grouille l’ennemi. Le bataillon, “su prême pensée et suprême espoir” comme la Garde impériale à Waterloo, ne peut empêcher le désastre face à un adversaire très supérieur en nombre et bien armé. Les blessés français sont achevés à la baïonnette. Le lieutenant-colonel Charton échappe à la mort grâce à ses galons, mais connaîtra de longues années de captivité dont il sortira brisé à jamais. Le bataillon perd tous ses commandants de compagnie et plus de la moitié des chefs de section ; il ne compte que 9 officiers et 121 légionnaires rescapés. Son chef, Segrétain, a été tué. Le général Giap, qui commande l’armée du Viêt-minh, lui fera rendre les honneurs militaires.
À la fin de 1952, le 1er Bep reconstitué tient à sa revanche à Na San, toujours au Tonkin. Sur ordre du général Salan, qui commande le corps expéditionnaire, un camp retranché a été aménagé dans cette cuvette située à 190 kilomètres au sud-ouest de Hanoi. La Légion, notamment ses deux bataillons paras, constitue la moitié des effectifs. L’objectif, attirer l’ennemi dans une nasse pour l’abattre, est atteint : les divisions de Giap se brisent sur la position.
Par malheur, on voudra refaire Na San. Ce sera Diên Biên Phù. Le 1er Bep du commandant Guiraud, première unité de Légion à poser le pied dans le camp retranché, y est parachuté le 21 no vembre 1953. Il compte 654 hommes, dont 19 officiers. Le 13 mars 1954, Giap atta que. Retenant la leçon de sa défaite à Na San, il a installé, en secret, de l’artillerie acheminée à dos d’homme sur les collines couvertes de jungle entourant le camp. Les points d’appui sont pilonnés ; les assauts se succèdent. En avril, les Français comptent 4 000 combattants contre l’équivalent de deux divisions viêt-minh, soit 40 000 hommes.
Des moments pour la gloire, d’autres pour l’amertume
Le camp reçoit des renforts ; parmi eux, le 2e Bep. Cela ne suffit pas à combler les pertes. Le 25 avril 1954, le commandant Guiraud prend le commandement du “bataillon de marche des Bep”. Subsiste alors l’effectif d’une compagnie pour le 1er Bep, de deux compagnies pour son frère jumeau. Le 7 mai, les troupes de Giap submergent le camp retranché. Après Cao Bang, le bataillon connaît sa deuxième mort.
Il renaît à la fin de l’année 1954 avec, à sa tête, le commandant Jeanpierre, et quitte l’Indochine en février 1955 pour l’Algérie. D’abord envoyé dans l’Aurès, bastion de la rébellion, et le massif des Nementchas, le bataillon de vient un régiment. Ainsi naît le 1er Rep, basé à Zéralda, à l’ouest d’Alger. Il sera de tous les coups durs.
En 1956, Nasser nationalise le canal de Suez. Français et Britanniques montent une formidable opération pour en reprendre le contrôle. C’est ainsi que le 1er Rep débarque à Port-Fouad le 6 novembre. Mais il n’ira pas plus loin. Les pressions conjointes de Washington et de Moscou font reculer Londres et Paris.
Quelques mois plus tard, le général Jacques Massu, commandant de la 10e division parachutiste à laquelle appartient le 1er Rep, reçoit pour mission de liquider les groupes terroristes qui ensanglantent Alger. Un “boulot de flic” accompli sans plaisir, mais qui vaudra néanmoins aux officiers chargés de l’accomplir d’être désignés comme tortionnaires. Plus tard viendra le “plan Challe” consistant à casser, par de grandes opé rations regroupant les unités de choc, l’appareil militaire du FLN. Là encore s’illustreront les légionnaires parachutistes.
Deux hommes d’exception vont attacher leur nom à l’histoire du 1er Rep : Pierre Jeanpierre et Hélie Denoix de Saint Marc. Pupille de la Nation – son père, capitaine d’infanterie, a été tué en 1916 – , Jeanpierre rejoint la Légion dès 1937, après avoir fait ses classes à Saint-Maixent. La guerre lui vaut ses premières décorations, et la résistance une déportation à Mauthausen-Dora. En 1948, capitaine, il est affecté à Philip peville au 1erBep. En 1950, c’est la tragédie de la RC4 : devant l’épuisement du commandant Segrétain, il prend la tête du batail lon. Absent de Diên Biên Phù (il était déjà affecté en Algérie), il reçoit en octobre 1954 le commandement du 1erBep reconstitué. Un an plus tard, le voici com mandant provisoire du bataillon transformé en régiment, dont le chef titulaire est le lieutenant-colonel Brothier. En mars 1957, en pleine bataille d’Alger, il prend officiellement le commandement du 1er Rep ; il sera blessé en octobre lors de la capture de Yacef Saadi, opération qu’il dirige personnellement.
La prise de risque personnelle, telle est la constante de la “méthode Jeanpierre”. Au début de 1958, lors de la “bataille des frontières”, son régiment se trouve en gagé dans le nord du Constantinois. Dédaignant tout armement lourd, ina dapté à une forme de guerre qui réclame avant tout souplesse et rapidité, les paras légionnaires remportent d’impressionnants succès contre les unités de l’ALN. Ces combats, Jeanpierre les dirige à par tir de son Alouette, hélicoptère léger extrêmement maniable, survolant au plus près les zones d’affrontement pour diriger les manoeuvres.
“Si ça tourne mal, je prends tout sur moi”
C’est ainsi qu’il trouve la mort au dje bel Mermera, dans la région de Guelma, le 29 mai 1958. Une balle coupe l’arrivée d’essence de son hélicoptère, qui s’écrase au sol. Le général de Gaulle, revenu au pouvoir depuis peu, viendra s’incliner le 6 juin sur sa tombe provisoire à El-Alia. En juillet 1961, la 146e promotion des officiers de Saint-Cyr-Coëtquidan sera baptisée “Colonel Jeanpierre”.
À ce moment, cependant, le 1er Rep n’existe plus. Sa descente aux enfers s’est amorcée à mesure que se précisait la vo lonté du chef de l’État de conduire l’Algérie à l’indépendance. De nombreux officiers ont vécu avec douleur la fin de l’Indochine française et l’abandon de populations restées fidèles à la France. Ils ont connu l’humiliation de l’expédition manquée de Suez. Ce qui leur est annoncé, c’est, à leurs yeux, une nouvelle défaite alors même que, sur le terrain, la guerre est gagnée. Et une fois de plus, l’abandon des populations fidèles. Une défaite et un abandon de trop.
Un homme incarne ce refus : Hélie de Saint Marc. À bien des égards, le destin de cet officier d’une parfaite droiture s’identifie à celui du lieutenant-colonel Jeanpierre. Entré comme lui dans la Résistance, il a lui aussi connu la déportation. Il a servi sous ses ordres dans les légionnaires parachutistes. Il a, avec lui, participé à l’expédition de Suez. Directeur de cabinet du général Massu en 1957-1958, il a vécu les deux batailles d’Alger. Et s’il n’était pas dans le Constan tinois lorsque Jeanpierre s’y est fait tuer, il a retrouvé le 1er Rep en 1961, comme adjoint du colonel Guiraud, l’ancien de Diên Biên Phù.
Au début de 1961 se produit un événement inouï dans les annales de la Légion étrangère, où discipline et obéissance constituent des principes fon damentaux : trois officiers du 1er Rep, parmi lesquels le commandant de la 1re compagnie, le capitaine Pierre Sergent, refusent de partir en opération. Pour eux, le combat n’a plus de sens, ajouter des morts à d’autres morts leur paraît criminel et stupide. Évitant le conseil de guerre, les trois rebelles sont mutés. Ces troubles de conscience n’épargnent pas Saint Marc. Déchiré entre son devoir de soldat, son sens de l’honneur et le pressentiment de la tragédie, il va se rallier à la personne du général Challe, ancien commandant en chef en Algérie, qui, le 22 avril 1961, choisit de se dresser contre le pouvoir légal, non pas pour le renverser mais pour lui prouver qu’il a tort. Et Saint Marc s’embarque dans l’aventure. « Si ça tourne mal, dit-il à ses capitaines de compagnie, je prends tout sur moi. »
L’aventure tourne court. Le 1er Rep a constitué le fer de lance de la prise d’Al ger au bénéfice des généraux rebelles, Challe, Jouhaud, Zeller et Salan. En état d’arrestation, les légionnaires quittent leur camp de base de Zéralda en reprenant les paroles de la chanson d’Édith Piaf dont ils vont faire aussi la célébrité : « Non, rien de rien, non, je ne regrette rien… » Une page de l’histoire de la Légion se tourne. Cinquante ans plus tard, les capitaines, qui ont 80 ans, en gardent, intacte, la nostalgie.
« source valeurs actuelles, Claude Jacquemart »

_________________
jamais je ne renierai les miens
avatar
rangers
MODERATEUR
MODERATEUR

Messages : 433
Points : 24183
Réputation : 855
Date d'inscription : 28/10/2011

Revenir en haut Aller en bas

Partager cet article sur : diggdeliciousredditstumbleuponslashdotyahoogooglelive

Comment une unité d’élite fut le fer de lance d’un putsch de généraux. :: Commentaires

avatar

Message le Jeu 11 Fév 2016 - 15:43 par vieux treillis

non , rien de rien .........

Adieu vieille europe, que le diable ..........

Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Ven 12 Fév 2016 - 15:20 par Geresp

Bonjour,

suspente a écrit:Comment une unité d’élite fut le fer de lance d’un putsch de généraux.

Mon sentiment personnel :
L'unité d'élite nommée, fut certes "au premier rang" mais je dirais plutôt "fut l'un des éléments les plus importants" de la prise d'Alger.
La participation de cette unité d'élite (discrète et réservée) à l’événement, a surpris le monde politique et les médias.

Certains médias se sont précipités pour mettre au premier plan cette participation exceptionnelle, en oubliant "involontairement" la participation non moins importante et efficace d'autres unités d'élites.

La chanson d’Édith Piaf dans l'actualité du moment a permis à la presse d'associer "Non, je ne regrette rien" à la seule unité de la légion.
Dans les faits, plusieurs unités d'élites ayant participé à l’événement, ont fait de cette chanson leur chant du départ d'Alger (retour en ops, dissolution, mutation, rentrer dans le rang).

Amicalement. Geresp.

Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Ven 12 Fév 2016 - 18:57 par la Géline

Bonsoir à tous
Etonnante et rassurante à la foi cette vidéo ou l'on voit la Musique de la Légion Étrangère jouer " non, rien de rien, non je ne regrette rien" !

Cela aurait été impensable en 1970, par exemple.


Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Ven 12 Fév 2016 - 20:11 par revue de paquetage

Extrait de la conférence de José CASTANO :

« Les Seigneurs de la Guerre »

----------------------------------------------------------------------------------

… 12 Novembre 1960

Une nouvelle consternante parvient dans les unités parachutistes. Dans les Aurès, les fells ont surpris un groupe de combat du 1er REP à sa descente d’hélicoptères, faisant 11 morts et 6 blessés graves.


15 Novembre 1960

Dans la chapelle de l’hôpital Maillot à Alger, eut lieu la cérémonie militaire et religieuse en l’honneur des légionnaires tombés le 12. Ils allaient maintenant reposer comme tant d’autres dans cette terre d’Algérie qu’ils avaient défendue jusqu’à l’ultime sacrifice et qui était la leur désormais.

Au cimetière de Zéralda –qui gardera à jamais, dans son « carré légionnaire » les dépouilles mortelles de ces soldats morts pour la France- l’aumônier de la 10ème Division Parachutiste, le Père Delarue, bien qu’habitué à conduire des légionnaires à leur dernière demeure, se sentait, devant tous ces cercueils, bouleversé. Ce qui le mettait en rage, lui, prêtre, c’était l’absurdité de cette mort si elle ne correspondait plus à un sacrifice exigé par la Nation. Onze cadavres inutiles et scandaleux… Onze cadavres de plus dans cette longue liste… Et sa détresse, sa lassitude étaient immenses, de cette guerre où des hommes valeureux payaient de ce qu’ils avaient de plus cher pour racheter l’incompétence, la veulerie, les fautes et les palinodies de leurs gouvernants.

Tous écoutaient, muets et bouleversés, les dernières prières douloureuses de l’aumônier. Des paroles simples lui venaient aux lèvres. Il disait :

« Vous étiez venus de tous les pays d’Europe où l’on aime encore la liberté pour donner la liberté à ce pays… La mort vous a frappés en pleine poitrine, en pleine face, comme des hommes, au moment où vous vous réjouissiez d’avoir enfin découvert un ennemi insaisissable jusque-là… »

Et, d’une voix forte, il ponctua en criant presque :

« Vous êtes tombés au moment où, s’il faut en croire les discours, nous ne savons plus, ici, pourquoi nous mourons ! »

Puis le clairon, gonflant ses joues et les veines de son cou, lança vers les airs cette courte sonnerie saccadée : la sonnerie aux morts.

« Notre Père, qui êtes aux Cieux… » commença le prêtre, de sa voix qui tremblait et qui n’avait pas son impassibilité habituelle. Et tandis que se continuait le Pater, chez ces grands enfants qui écoutaient, recueillis, se reflétait un immense chagrin au souvenir de leurs camarades de combat. Chez certains, les yeux devenaient troubles comme sous un voile et, à la gorge, quelque chose s’étranglait. Sur toutes ces têtes alignées, flottait pour la dernière fois, l’ombre de ceux qui étaient morts, parce que la France, une dernière fois, le leur avait demandé. Et quand le prêtre, après un arrêt, et la voix plus grave encore, prononça les derniers mots de l’Ave Maria, d’une simplicité sublime : « Sainte Marie mère de Dieu… priez pour nous, pauvres pécheurs… maintenant… et à l’heure de notre mort », tout à coup, sur les joues de ces hommes rudes que l’on qualifiait « d’inhumains », de brusques larmes coulèrent, qui jaillissaient rapides et pressées comme une pluie…

L’émotion avait atteint un degré douloureux. La foule pleurait en silence communiant dans la douleur avec « ses soldats », « ses légionnaires ». Puis le nouveau chef du 1er REP, le Colonel Dufour,  s’avança à son tour pour dire adieu à ses hommes. Il énuméra les noms de ceux qui ne feraient plus le chemin, tant rêvé, du retour dans leur foyer. Ces noms qui, bientôt ne vivraient plus que dans le cœur des mères, émurent le silence, cognèrent aux poitrines, bâillonnèrent les gorges et mouillèrent de nouveau les yeux. Puis il termina par ces mots :

« Il n’est pas possible que votre sacrifice demeure vain. Il n’est pas possible que nos compatriotes de la Métropole n’entendent pas nos cris d’angoisse ».

Il salua ; les clairons sonnèrent : « Au drapeau ». Les détachements présentèrent les armes et défilèrent, les yeux tournés vers les tombes. Les visages graves, bronzés et maigres, recelaient toutes les tristesses cachées, toutes les tares et tous les deuils qui les avaient amenés là.

« Nous ne savons plus ici pourquoi nous mourrons… » Ces paroles du père Delarue allaient avoir un écho immédiat : il allait, sur le champ, être banni d’Algérie et exclu des unités parachutistes.

« Si quelqu’un veut savoir pourquoi nous sommes morts, dites-leur : « Parce que nos pères ont menti ! » s’était écrié Rudyard KIPLING, après que son fils fut tué à la bataille de LOOS en 1915.

Trois semaines plus tard, le Colonel Dufour fut relevé de son commandement pour avoir exprimé en public ses sentiments « Algérie française » et fut prié de quitter le sol algérien avant le 9 décembre 1960, date d’arrivée de de Gaulle à Oran. Ecarté de la Légion, affecté en Métropole, le Colonel Dufour choisit la clandestinité et rejoindra cinq mois plus tard, en Algérie, les rangs de l’OAS.


     8 Janvier 1961

           Un événement tout à fait extraordinaire venait de se dérouler au 1er REP. Pour la première fois depuis le début des guerres d’Indochine et d’Algérie, des officiers de cette prestigieuse unité refusaient de partir en opération. Ils se mettaient en grève ! Unanimement hostiles à la politique algérienne du général de Gaulle, ils n’acceptaient plus de voir mourir leurs légionnaires alors que l’indépendance de l’Algérie semblait inéluctable. A quoi pouvaient désormais rimer ces opérations incessantes et meurtrières à l’heure où le chef de l’état clamait qu’il voulait en finir à n’importe quel prix avec le « boulet algérien ». L’absurdité dépassait les bornes. Ils avaient donc décidé de faire la « grève de la mort ».

           Un vent de panique souffla à tous les échelons de la hiérarchie. Quoi ! La « grève de la mort » ? Impensable pour des hommes qui étaient « soldats pour mourir »! (1)

Une pluie de sanctions s’abattit sur les révoltés qui furent mis aux arrêts et mutés immédiatement en Métropole. L’un d’eux, le Lieutenant Roger Degueldre fut affecté au 4ème Régiment Etranger d’Infanterie mais il refusa de rejoindre son nouveau corps. Le 25 janvier 1961, il entra dans la clandestinité. Les dés de son destin étaient jetés. Une légende naissait…

           A Zéralda, fief du 1er REP, le cœur n’y était plus et les questions que posaient les cadres rescapés de la purge n’obtenaient aucune réponse de la hiérarchie : le drapeau du FLN va-t-il flotter sur Alger ? Après avoir été vaincu sur le terrain, le FLN y sortira-t-il vainqueur ? Que vont devenir les Européens ? Et les Musulmans ralliés au drapeau français, eux qui ont cru aux promesses de l’armée ? Après l’Indochine, l’Algérie… L’armée sera-t-elle donc éternellement vaincue, éternellement parjure ?

Et de mains en mains l’on se passait une lettre. C’était une missive vieille de 2000 ans. Le texte, rapporté par Suétone, était de Marcus Flavinius, centurion à la 2ème cohorte de la légion Augusta. Destiné à son cousin Tertullus, il avait été écrit en Numidie, ainsi que s’appelait l’Algérie à l’époque romaine : « Si nous devions laisser nos os blanchis en vain sur les pistes du désert, alors que l’on prenne garde à la colère des légions ! »

La colère des légions ! Elle se concrétisera le 22 avril 1961 avec le soulèvement des plus belles unités de légion et de parachutistes… et se termina par la dissolution du 1er REP.

José CASTANO

Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Ven 12 Fév 2016 - 20:22 par Lothy

Merci de nous faire partager ce récit...

La conférence de José Castano est-elle publiée sous forme "papier" dans un recueil ou quelque chose de ce genre ?

Le parrain de mon fils servait au REP à cette époque, j'aimerais me procurer ces récits afin qu'il en apprenne davantage sur l'homme dont il porte le prénom et qui n'est plus parmi nous.

Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Sam 13 Fév 2016 - 12:17 par la Géline

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]

Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Sam 13 Fév 2016 - 13:47 par baltique

une vidéo ou l'on voit entre autres, le REP quitter son camp de ZERALDA
CLIQUEZ SUR REP

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]

Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Dim 14 Fév 2016 - 8:36 par charly71

que de souvenirs remonte à la surface...
Le temps passe, apaise la douleur, mais n’efface pas les souvenirs, tout au plus sont-ils moins aigus

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum