LES CAMPS PARACHUTISTES

Florence Cassez

Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Florence Cassez

Message par HAUTRIVE Alain le Ven 1 Fév 2013 - 11:25





FLORENCE CASSEZ OU LE RETOUR DE L'OIE BLANCHE AMOUREUSE DU BANDIDERO (par Maurice D.)


Yann Desjeux est rentré, mort. Capturé sur son lieu de travail par des arabes, musulmans et terroristes - presqu'autant de pléonasmes - il a été abattu et c'est son corps que sa famille a été chercher à Orly. Il avait cinquante deux ans, travaillait dur, loin de chez lui, n'avait jamais commis d'autres délits que, sans doute, quelques excès de vitesse, comme tout le monde.

Dans le même avion, quelques uns des otages d'In Amenas, vivants ceux-là, bien qu'ils aient vécu des heures difficiles, l'un caché sous un lit, l'autre dans un faux plafond, d'autres avec des explosifs autour du cou, ficelés et reliés entre eux par le cordon qui allait au détonateur. Quelques fonctionnaires pour accueillir ces otages qui ont vécu l'horreur, une sous-ministre, dit-on, mais inconnue comme d'autres de cette troupe de ministres inutiles que Ayrault a nommés pour récompenser par de gros salaires et un titre ronflant de fidèles militants du parti. Quelques journalistes aussi puisque j'ai vu à la télé un bref reportage de quelques secondes sur la triste arrivée à Orly et le convoi funéraire.

Et puis, alors là impossible de la rater, l'arrivée triomphale de Florence Cassez, notre héroïne nationale, ainsi en ont décidé les médias, au bras de Fabius, ministre des Affaires (qui lui sont) étrangères, avec ses parents, son avocat et deux cents journalistes excités comme des puces.

Elle est jeune, blonde, assez jolie et pète de bonne santé et de bonheur. Elle a vécu sept années d'enfer, nous dit-on, "dans les geôles mexicaines". Ça fait moyenâgeux "les geôles", on imagine les fers rougis au feu, les chaînes, le pal, la roue, les rats, les puces, les punaises, les cafards et dans un coin de la cellule, sur la paille immonde, un seau pour faire caca. Elle a été la victime de l'acharnement de la justice de ce pays de sauvages où l'on risque de se faire tuer à tous les coins de rue par des narcotrafiquants, des politiciens ou des policiers véreux, des preneurs d'otages, des proxénètes, des voleurs.


Dès qu'un Français est arrêté et emprisonné dans un pays tropical, notre presse et nos hommes politiques si prompts à traquer le moindre propos raciste, bien assis dans le fauteuil de leur bureau, parlent d'une prison effroyable et d'un procès inique. On inique beaucoup sous les tropiques ! On torture aussi, paraît-il, on ne donne que des cochonneries et des cafards à manger aux prisonniers, on ne leur fournit pas d'air climatisé et ils sont entassés dans des cellules insalubres en proie aux désirs lubriques des indigènes vicieux. On est très vicieux sous les tropiques, c'est bien connu. Mieux vaut aller en vacances à la Mamounia à Marrakech, c'est plus sûr et l'on n'y croise que du beau monde : DSK y a ses filles et ses habitudes, Jack Lang ses jeunes amis, Arielle Dombasle et Bernard Henri-Lévy, Jean-Pierre Elkabach, vous aurez peut-être la chance d'y voir Philippe Douste-Blazy et Dominique Cantien s'y faire une scène de ménage puisque c'est là-bas que, selon Wikipedia, ils vont pour se disputer.


Donc, Florence Cassez était dans une horrible prison mexicaine. On nous a montré la façade : un immeuble moderne, classique, sur la façade il y a écrit (en espagnol) "Centre de réinsertion sociale pour femmes". Quel humour ces mexicains ! Pour bien nous montrer que c'est une horrible prison le cameraman cherche des barreaux. Il finit par trouver le grillage à poules aux mailles en losange qui clôture le bâtiment, ressort et filme à travers la prisonnière en élégant ensemble blanc cassé qui bavarde avec ses parents et ses avocats le long d'un mur. Ah oui, il y a une fenêtre avec des barreaux.

Bref plan de Florence tenant les barreaux à deux mains, l'air profondément triste. Sa chambre peut-être ? Car elle y avait une chambre au Centre de réinsertion. Et le téléphone. Elle appelait tous les jours Alain Delon, dit-elle, "et si j'oubliais, il me grondait". Sarkozy l'appelait une fois par semaine aussi pour la réconforter, "il m'a sauvé la vie". Quel scandale, elle n'avait même pas Skype pour voir Delon et Sarkozy sur l'écran de son ordinateur tout en bavardant une petite heure avec eux.


Bon, on suppose que les premiers temps du séjour mexicain ont été moins roses, mais le fait est que Florence descend de l'avion en pleine forme. Fabius la tient par le bras, les lèvres en cul de poule, l'air ému et joyeux à la fois d'un pingouin qui vient de trouver un hareng abandonné sur la banquise. Il ne la lâche pas, elle embrasse son frère, Laurent est derrière, s'arrange pour être cadré par la caméra avec la tête de Florence. Elle fait demi-tour pour embrasser un ami, il fait vite le tour pour être à nouveau cadré par la caméra, elle avance vers un troisième, il colle à elle, lui prend le bras pour ne pas en être séparé par la bousculade journalistique et familiale. Il faut qu'il soit sur tous les plans filmés, la "com" de l'Elysée le lui a recommandé. Que le téléspectateur comprenne bien (c'est subliminal) que si Hollande n'est pas là pour accueillir l'héroïne, c'est parce qu'il est modeste, mais que si Florence est là, libre, c'est grâce à l'habileté du président qui a su faire ce qu'il fallait, bien mieux que Sarkozy, l'omniprésence de Fabius en témoignera.


Un journaliste réussit à isoler un peu Florence. "Vous êtes contente ?" Oh oui, elle l'est, on la comprend. "La Cour mexicaine vous a libérée pour vice de procédure mais ne s'est pas prononcée sur votre innocence…" il n'a pas le temps de terminer, l'avocat a bondi "Bon, ça suffit, elle est innocente" et il entraîne Florence.


Le soir même la mère de Florence est au Grand JT de Canal+. Même question, même réponse rapide et sèche, "elle est innocente".

Possible, pas sûr.

Le lendemain matin, Florence est interrogée par Bourdin sur BFMTV. On voit les deux, face à face. Bourdin pose ses questions. Elle a vécu un an avec son amant chef de bande ? Non, quatre mois seulement, elle avait son appartement à Mexico, ils se retrouvaient de temps en temps et elle, pas curieuse, ne lui a jamais demandé de quoi il vivait. Bourdin pas curieux aussi comme il sait l'être quand les gens qu'il interviewe ne sont pas de droite, ne lui demande pas non plus que quoi elle, elle vivait. Elle travaillait ? Autant que l'on sache, non. Elle recevait de l'argent de ses parents ? Possible, mais pour les Mexicains, elle était entretenue par les "cadeaux" de son amant. Ensuite, elle est rentrée en France, puis revenue. "Et là, vous l'avez revu ?" "Oui, mais en ami, il a été très gentil, il m'a hébergé".

Donc, elle a bien vécu chez lui.

Chez Israël Vallarta, chef d'un gang de kidnappeurs. Vraiment "en ami" ou a-t-elle recouché avec lui ? On s'en fout, à trente ans elle fait ce qu'elle veut. "Dans sa propriété ?" Oh, c'est un bien grand mot, "un ranch plutôt" à quelques kilomètres de la ville dans le Distrito federal. "Une petite maison au milieu d'un grand terrain", répond-elle. Les victimes et la police ont plutôt décrit une grande maison, isolée, c'est vrai, pratique quand il faut dissimuler des activités illégales, avec une partie réservée et aménagée pour la séquestration et la torture des kidnappés. Mais elle, Florence, elle n'a rien vu. Décidément pas curieuse la Florence. Elle a vécu quelques semaines, peut-être six mois, dans une maison et elle ne l'a pas visitée, n'a rien vu, rien entendu ? Admettons. Mais Israël Vallarta a avoué que c'est là qu'il séquestrait et torturait ses victimes et que Florence était dans la maison, dit Bourdin. Surprise, l'avocat était à côté pendant l'interview, on l'aperçoit enfin, il intervient et répond à la place de Florence : Vallarta a été torturé, il a dit n'importe quoi. Bon.

Enfin, voilà Florence qui descend le perron de l'Elysée où Hollande qui l'a reçue "pendant une heure un quart" ne se montre pas. C'est la Trierweiler qui a accueilli et raccompagné Florence. Une subite modestie de jeune vierge en fleur ce président, ou bien le sentiment confus que l'affaire n'a rien de clair et qu'il ferait une con… en se montrant trop avec elle ?

Deux cents journalistes dans la cour de l'Elysée. Ils veulent une conférence de presse. Florence s'approche des micros, son père est à côté d'elle. Première question, sur son retour, elle répond. Deuxième question, sur les conditions de sa libération, "Je ne peux pas répondre". Troisième question sur la justice mexicaine. On entend distinctement son père souffler à l'oreille de Florence "Surtout, là tu ne réponds pas non plus" et il l'entraîne. Ils se dirigent vers leur voiture.


L'avocat est toujours là, en retrait. Il est employé à plein temps l'avocat ? On a le sentiment très net que son père et lui sont collés en permanence à Florence pour l'empêcher de commettre un impair qui trahirait quelque chose. Quoi ? Ils ont réussi à berner tout le monde et il ne faut surtout pas que cette bavarde commette une bourde ? Possible. Je ne sais pas, mais comme le rappellent les journalistes, la Cour suprême mexicaine a relâché Florence parce qu'elle a été victime d'erreurs de procédure, pas parce qu'elle serait innocente (mais c'est possible).


A Mexico les victimes de Vallarta, en larmes, ont crié leur haine de "cette femme horrible" qui était là, qui sait tout, qui a participé et qui n'a rien avoué. Florence soutient même que Vallarta serait lui aussi innocent. "Il n'a pas été jugé", dit-elle. Elle a raison, tant qu'il n'est pas jugé, il est "présumé innocent".


Je suis allé sur deux sites, celui de Planet.fr et celui de Nouvel Obs +. Nombreuses réactions des internautes, très majoritairement négatives. Eux aussi ont de forts doutes et ont l'impression que tout cela n'est pas clair, que la justice mexicaine a commis des erreurs, certes, que l'annulation de la peine prononcée est justifiée, mais que Florence Cassez n'est pas l'oie blanche, naïve et amoureuse d'un si beau bandit mexicain solidement membré, "avec de beaux yeux si cruels", ni la pauvre victime de l'horreur carcérale tropicale qu'on nous décrit.


Maintenant, on peut penser qu'elle doit vivre dans l'angoisse, la Florence, ses parents et son avocat aussi : imaginez que Israël Vallarta, à son procès qui devrait avoir lieu prochainement, dise au juge et au jury que oui, Florence connaissait ses activités, que oui, elle vivait avec lui et qu'il l'entretenait, que oui, elle a vu les otages et n'a rien dit à la police et, peut-être, que oui, elle a participé aux enlèvements et aux séquestrations comme l'ont déjà dit les autres membres du gang (sous la torture, cela va de soi). Tout serait remis en question pour notre héroïne nationale.


Mais non, "elle est innocente", ses parents et son avocat n'en sont peut-être pas convaincus non plus, mais au moins ils l'affirment avec force.


Maintenant, on attend avec impatience son livre et son film, ça ne saurait tarder.

avatar
HAUTRIVE Alain

Messages : 83
Points : 2261
Date d'inscription : 21/02/2012
Age : 81

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum