LES CAMPS PARACHUTISTES

CONTE DE NOEL EN ALGERIE 60/61

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09062013

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CONTE DE NOEL EN ALGERIE 60/61





CONTE DE NOEL


NOEL A BAB EL ASSA, QG DU 3ème BATAILLON DE FUSILIERS MARINS


C’était il y a un demi siècle……

Je suis arrivé à bord d’un GMC à bout de souffle à BAB EL ASSA (frontière marocaine), le 18 décembre 1960, par un matin froid et très humide. En bas du piton, sur l’aire dévolue aux mécanos, une bouillasse malaxée par les jumelés des GMC, et les chenilles des half-track, je crade mes belles godasses de sortie. Mon sac « marine » sur l’épaule, je crapahute vers le BSI (1), quand de violentes détonations font vibrer l’air. Une bande de types, casque lourd à poste, entoure le mortier de 120 mm Brandt et enfourne les gros pélots, l’un après l’autre dans le tube qui tressaute à chaque départ. « Tir de barrage » me renseigne un type qui passe en cavalant.

Après les formalités d’embarquement (2), je me rends dans ma baraque. Imaginez une baraque en tôle ondulée entourée de murs de sacs de sable dont on m’expliquera la destination avec minutie. Un poêle à pétrole empuantit l’atmosphère plutôt qu’il ne la réchauffe. Un type barbu me montre mon plumard, me donne sac à viande et sac de couchage, en me précisant que son précédent locataire a sauté sur une mine la semaine d’avant. Il est midi, et je suis sapé en biffin, mais les ancres de marine sur mon épaule gauche, et la barrette « fusiliers marins » attestent que je suis toujours dans la marine.

Il est midi et je fais la connaissance des garçons (tous des appelés) qui seront mes copains pour un an. Ils me disent que j’arrive au bon moment car Noël approche, que le repas sera absolument merveilleux, et dépassera en richesse le camp du Drap d’Or. Jugez un peu : 6 huîtres en hors d’œuvre avec une rondelle de foie gras, poulet rôti avec patates sautées, fromage, et une rondelle de bûche de Noël. Et la boisson ? Pas de danger, dans la marine à l’époque, nous n’étions pas au jus de fruits. Un « apéro du piton » concocté par les types de la baraque selon une recette ayant fait ses preuves parait-il. Composé de rhum, de Martini et d’un liquide explosif qui donne du tonus à la mixture. Puis du vin blanc pour les huîtres et le foie gras, et enfin du rouge pour le poulet et le fromage, avant de repasser au blanc pour la bûche. En prime un verre de cognac (versé dans le quart règlementaire), et un cigare. Oui, mes amis, un cigare. Tout est prévu, et tous espèrent que les fells auront le bon goût de ne pas troubler la nouba qui se profile.

Le 24 décembre 1960 je suis de patrouille de 20.00 à 22.00, et dans l’half-track embarque l’aumônier de marine. Il se présente à tous les types de l’équipage, le mitrailleur arrière, le lance grenades, le tireur de tourelle, le radio et le chef d’engin. Nous roulons sur la piste technique qui longe le réseau électrifié en expédiant des grenades dans les fonds d’oueds. A mi-parcours on stoppe pour reposer nos articulations douloureuses, et l’aumônier en profite pour faire circuler son paquet de « troupes » en disant « une bénite garçon ? ». Le chef d’engin grognonne et nous recommande de planquer les lueurs. Je m’en souviens comme si c’était hier, elle avait un parfum spécial cette « bénite ». Au retour, il a dit au chef d’engin : garez vous sur l’esplanade du QG, je vais dire la messe de minuit dans votre half- track. Ancien enfant de chœur, je lui ai proposé mes services. Et me voilà installant l’autel de campagne au dessus des bandes de mitrailleuses et de la caisse remplie de grenades.

A minuit il fait un froid de canard. L’état major et tous les types qui ne sont pas de quart ou de patrouille sur le réseau, entourent l’half-track éclairé par deux lampes de poches discrètes. J’ai servi des centaines de messes, mais celle-ci restera dans ma mémoire jusqu’à ma mort. Quelques belles voix de Bretons et de Basques enchantèrent les cieux, et élevèrent nos cœurs vers la voûte céleste étoilée. Les fells étaient restés au chaud, et la paix tomba sur cette portion du réseau Maroc.

Le 25 midi ce fut une nouba inoubliable, dont je garde un souvenir confus après le verre de cognac final (mon premier cognac). L’aumônier avant de quitter le piton, vint nous bénir en nous offrant encore quelques « bénites ». Il goûta notre « apéro du piton » en louant le Seigneur pour l’ingéniosité des hommes….et repartit en heurtant les deux chambranles de la porte.

J’ai fait 125 patrouilles de nuit sur ce half-track. Nous avons soutenu une bonne douzaine de combats rapprochés avec des unités de fells enragés, appuyés par des MG42. A part quelques trous de balles de mitrailleuse, nous n’avons jamais été bazookés, et pas un homme ne fut tué ni blessé à bord (3), ce qui ne fut hélas pas le cas pour les autres blindés du poste. Cette messe de Noël a-t-elle protégé notre engin et ses occupants ? Je ne saurai le prouver, mais j’y crois dur comme fer.

(1) Bureau du Service Intérieur, géré par le « bidel » (capitaine d’armes)
(2) Embarqué : Un marin est toujours « embarqué » dans une affectation, même si celle-ci est sur un piton.
(3) Notre chauffeur qui un soir pilota un autre half-track, fut grièvement blessé par l’explosion prématurée d’une grenade.





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SACCO83

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