LES CAMPS PARACHUTISTES

7 mai 1954 : DIÊN-BIÊN-PHÙ est tombé !

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7 mai 1954 : DIÊN-BIÊN-PHÙ est tombé !

Message par Lothy le Mar 6 Mai 2014 - 23:48


7 mai 1954 : DIÊN-BIÊN-PHÙ est tombé !

En Hommage à nos Anciens, morts, blessés, déportés, torturés, trahis et oubliés.

« ... Le devoir de mémoire incombe à chacun, lui seul permet de rendre inoubliable.
Ceux qui sont morts pour que nous vivions ont des droits inaliénables.
Laisser la mémoire se transformer en histoire n'est pas suffisant, n'est pas acceptable.
Le devoir de mémoire permet de devenir un témoin, c'est son but ... »

Le Camp retranché de Diên Biên Phù


Indochine Française
Extraction d'une carte « Google map » de la zone du Camp retranché, montrant la situation de cuvette entourée des points hauts qui ont été utilisés par les troupes Viet-Minh



Le Camp retranché est installé de part et d’autre de la rivière Nam Youn.


Il est constitué d’un réseau de points d’appui ou centres de résistance aux prénoms féminins.

Les forces terrestres engagées composent le Groupement Opérationnel du Nord-Ouest (GONO) dont le PC est implanté au centre du camp retranché (Épervier).

Le camp retranché est divisé en sous-secteurs :
• le sous-secteur nord composé des points d'appui  Anne-Marie  et  Gabrielle. Il couvre le nord et le nord-est du terrain d’aviation, point sensible du camp. Une piste pavée relie le terrain d’aviation aux points d'appui Anne-Marie  et  Gabrielle. Chacun de ces points d'appui est tenu par un bataillon. Il est commandé par le Lieutenant-Colonel André TRANCART.
• le sous-secteur centre comprend les points d’appui  Claudine, Huguette, Dominique, Éliane et Béatrice. Il regroupe huit bataillons et il est commandé par le Lieutenant-Colonel GAUCHER.
• le sous-secteur sud comprend le point d'appui Isabelle. Il est tenu par deux bataillons et il est commandé par le Lieutenant-Colonel André LALANDE.

Commandement :
Le Colonel puis Général Christian de CASTRIES est le Commandant du GONO. Il a sous ses ordres :
• le Lieutenant-Colonel André TRANCART commandant le sous-secteur nord.
• le Lieutenant-Colonel Jules GAUCHER, puis le Lieutenant-Colonel LEMEUNIER, commandant le sous-secteur centre.
• le Lieutenant-Colonel André LALANDE, commandant du sous-secteur sud.
• le Lieutenant-Colonel Pierre LANGLAIS commandant le Groupement Aéroporté 2 (GAP 2) ;
• le Colonel Charles PIROTH, commandant de l'Artillerie. Après son suicide dans la nuit du 15 au 16 mars 1954, il est remplacé le 20 mars par le Lieutenant-Colonel Guy VAILLANT, avec pour adjoint le Lieutenant-Colonel ROBIN.

Composition :
• Groupe Mobile 6 (GM 6) :  3ème Bataillon du 3ème REI, du 2ème Bataillon du 1er RTA et du 5ème Bataillon du 7e RTA.  Position : Isabelle.
• Groupe Mobile 9 (GM 9) : 1er et 3ème Bataillon de la 13ème DBLE, du 1er Bataillon du 2ème REI et du 3ème Bataillon du 3ème RTA.  Position : Béatrice, Claudine, Dominique, Éliane, Huguette.
• Groupement Aéroporté 2 (GAP 2) : 1er Bataillon Étranger de Parachutistes, 8e Bataillon de Parachutistes Coloniaux, 5ème Bataillon de Parachutistes Vietnamiens ;
• deux Groupements d'Artillerie :
• Groupement A : 3ème groupe du 10e Régiment d'Artillerie Coloniale (3/10ème RAC), 1er Compagnie Étrangère Parachutiste de Mortiers Lourds (1ère CEPML), 2ème Compagnie Mixte de Mortiers de la Légion Étrangère du 5ème Régiment Étranger d'Infanterie (2ème CMMLE) ;
• Groupement B : 2ème Groupe du 4ème Régiment d'Artillerie Coloniale (2/4ème RAC) ,1ère Section du 1er Groupe Antiaérien d'Artillerie Coloniale d'Extrême-Orient (1er GAACEO), 1ère Compagnie Mixte de Mortiers de la Légion Étrangère du 3ème Régiment Étranger d'Infanterie 1ère  CMMLE)

Infanterie aéroportée :
• 2ème Bataillon du 1er Régiment de Chasseurs parachutistes (2ème/1er RCP), chef de Bataillon Jean BRECHIGNAC
• 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux (1er BPC), Capitaine Guy BAZIN de BEZONS
• 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux (6ème BPC), Chef de Bataillon Marcel BIGEARD
• 8ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux (8ème BPC), Capitaine Pierre TOURRET
• 1er Bataillon Étranger de Parachutistes (1er BEP), Chef de Bataillon Maurice GUIRAUD
• 2ème Bataillon Étranger de Parachutistes (2ème BEP), Chef de Bataillon Hubert LIESENFELT
• 5ème Bataillon de Parachutistes Vietnamiens (5ème BPVN, 5 Bawouan), Capitaine André BOTELLA

Infanterie :
Légion étrangère
• 1er Bataillon de la 13ème Demi-Brigade de Légion Étrangère (1/13ème DBLE), Chef de Bataillon de BRINON. Position : Claudine
• 3ème Bataillon de la 13ème Demi-Brigade de Légion Étrangère (3/13ème DBLE), Chef de Bataillon Paul PÉGOT. Position : béatrice
• 1er Bataillon du 2ème Régiment Étranger d'Infanterie (1/2ème REI), Chef de Bataillon CLÉMENÇON. Position : Huguette
• 3ème Bataillon du 3ème Régiment Étranger d'Infanterie (3/3ème REI), Chef de Bataillon Henri GRAND d'ESNON. Position : Isabelle
Armée d'Afrique
• 2ème Bataillon du 1er Régiment de Tirailleurs Algériens (2/1er RTA), Capitaine Jean SALIOT des Noyers, Capitaine Pierre JEANCENELLE. Position : Isabelle
• 3ème Bataillon du 3ème Régiment de Tirailleurs Algériens (3/3ème RTA), Capitaine Jean GARANDEAU. Position : Dominique
• 5ème Bataillon du 7e Régiment de Tirailleurs Algériens (5/7ème RTA), Chef de Bataillon Roland de MECQUENEM. Position : Gabrielle
• 1er Bataillon du 4ème Régiment de Tirailleurs Marocains (1/4ème RTM), Chef de Bataillon Jean NICOLAS. Position : Éliane
• 2ème Tabors Marocains ( Goums 21, 33, 66 et GCAT 15), Chef d'Escadrons MIRABEAU, puis Chef de Bataillon BORIE. Position : ?
Troupes coloniales
• 2ème Bataillon Thaï (BT 2), Chef de Bataillon Maurice CHENEL  Position : Éliane
• 3ème Bataillon Thaï (BT 3), Chef de Bataillon Léopold THIMONNIER Position : Anne-Marie

Armée vietnamienne
• 301ème Bataillon Vietnamien. Position ?
Supplétifs
• 2 compagnies de Thaïs Blancs, Capitaine Michel DULUAT
• Reliquats des Compagnies de Supplétifs Militaires (CSM) du 1er Groupement Mobile de Partisans Thaïs (GMPT 1), Capitaine BORDIER
• Groupement Wième, Lieutenant Réginald Wième
• 431ème Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 431)
• 432ème Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 432)
• 433ème Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 433)
• 434ème Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 434)
• 413ème Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 413)
• 414ème Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 414)
• 415ème Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 415)
• 272ème Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 272)
• 416ème Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 416)
• 424ème Compagnie de Supplétifs Militaires (CSM 424)
• 248ème Compagnie Muletière (CM 248)

Arme blindée, cavalerie :
• 3ème Escadron de Marche du 1er Régiment de Chasseurs à Cheval (3/1er RCC), commandé par le Capitaine Yves HERVOUËT. Il est composé :
• du 1er Peloton provenant du RICM (Régiment Infanterie Coloniale du Maroc)
• de deux pelotons du 3ème escadron du 1er Régiment de Chasseur à Cheval : 2ème Peloton et 3ème peloton

Artillerie :
• 2ème Groupe du 4ème Régiment d'Artillerie Coloniale (II/4 RAC), Chef d'Escadron Paul KNECHT. Position : Dominique
• 3ème groupe du 10ème Régiment d'artillerie coloniale (III/10 RAC), Chef d'Escadron ALLIOU. Position : Isabelle, Claudine
• 11ème Batterie du 4ème Groupe du 4ème Régiment d'Artillerie Coloniale (11/IV/4ème RAC), Capitaine DÉAL. Position : Claudine
• 1ère Section du 1er Groupe Antiaérien d'Artillerie Coloniale d'Extrême-Orient (1er GAACEO), Lieutenant Paul REDON. Position : Épervier
• Groupe de Marche du 35ème Régiment d'Artillerie Légère Parachutiste (GM/35ème RALP), Chef d'Escadron MILLOT. Position :
• Bataillon d'Artillerie Autonome Laotienne (BAAL), Capitaine LADOUS
• Compagnie Étrangère Parachutiste de Mortiers Lourds ( CEPML), Lieutenant Erwan BERGOT
• 1ère Compagnie Mixte de Mortiers de la Légion Étrangère du 3ème Régiment Étranger d'Infanterie (1ère CMMLE), lieutenant René COLCY
• 2ème Compagnie Mixte de Mortiers de la Légion Étrangère du 5ème Régiment Étranger d'Infanterie (2ème CMMLE), lieutenant FETTER

Génie :
• 31èmer Bataillon de Génie (31èm BG) (2 compagnies), Chef de Bataillon André SUDRAT
• 17ème Compagnie de Génie Parachutiste (17ème CGP)

Transmissions :
• 2ème Compagnie du 822ème Bataillon des Transmissions (2/822ème BT)
• 2ème Compagnie du 823ème Bataillon des Transmissions (2/823ème BT)
• 342ème Compagnie Parachutiste des Transmissions (342ème CPT)

Service de santé :
Médecin-Chef : Capitaine Le DAMANY
• Antenne Chirurgicale Mobile n° 29 (ACM 29), Commandant Paul GRAUWIN
• Antenne Chirurgicale mobile n° 44 (ACM 44), Lieutenant Jacques GINDREY
• Antenne Chirurgicale Parachutiste n° 3 (ACP 3), Lieutenant Louis RÉSILLOT
• Antenne Chirurgicale Parachutiste n° 5 (ACP 5), Capitaine Ernest HANTZ
• Antenne Chirurgicale Parachutiste n° 6 (ACP 6), Lieutenant Jean VIDAL

Soutien :
• 71er Compagnie de Commandement
• 6ème Compagnie de Commandement et des Services (6ème CCS)
• 9ème Compagnie de Commandement et des Services (9e CCS)
• 3ème Compagnie de Transport de Quartier Général (3ème CTQG)
• 3ème Compagnie de munitions (3ème CM) (détachement), sous-lieutenant LÉONARD
• 730ème Compagnie de Ravitaillement (730e CR) (service des essences) (dépôt 81) (détachement)
• 712ème Compagnie de Circulation Routière (712ème CCR)
• Compagnie Réparation Autonome Matériel (CRAM), Lieutenant JORDANO
• 2ème Section de la 5ème Compagnie Réparation Matériel Légion Étrangère (2/5 CRMLE), Lieutenant BUGEAT
• 3ème Légion de Marche/Garde Républicaine Gendarmerie Mobile (3ème LM/GRGM) (détachement)
• Groupe d'Exploitation Opérationnel n° 1 (GEO 1) (service de l'intendance)
• 403ème Boîte Postale Militaire (403 BPM) (antenne)

Renseignement :
• Groupement Commandos n° 8 du Groupe de Commandos Mixtes Aéroportés (GC 8/GCMA) (partisans Méo), Capitaine HÉBERT
• Détachement Opérations-Patrouilles (DOP)

Armée de l'Air :
• 374ème Compagnie de Transmissions de l'Armée de l'Air (CT 21/374)
• Compagnie de Marche de l'Armée de l'Air, Capitaine Jean CHAMOD
• Détachement de la Base Aérienne n° 195 (DB 195)
Chasse
• Groupe de Chasse 1/22 Saintonge (GC 1/22)
• Groupe de Chasse 2/22 Languedoc (GC 2/22)
Transport
• GT 2/62   Franche Comté
• GT 1/64   Béarn
• GT 2/64   Anjou
• GT 2/63   Sénégal
Bombardement
• GB 1/19   Gascogne
• GB 1/25   Tunisie
Reconnaissance
• 21ème Groupe Aérien d'Observation d'Artillerie (GAOA 21), Lieutenant ASSELINEAU
• 23ème Groupe Aérien d'Observation d'Artillerie (GAOA 23), Capitaine Albert DEHOUCK
• EROM 80    Escadrille de Reconnaissance Outre Mer 80
Liaison et Évacuation sanitaire
• ELA 52 Escadrille de Liaisons Aériennes 52
• ELA  3 Escadrille de Liaisons Aériennes
• 1e CLES  - 1ère Compagnie Légère d’Évacuations Sanitaires

Aéronavale :
GAPA Groupe Aérien du Porte avions ARROMANCHES
• Flotille 3 F
• Flotille 11 F
• Flotille 28 F
• Flotille 14 F

Source : Ministère de la défense - Secrétariat général pour l’administration - Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives - Collection « Mémoire et Citoyenneté » n° 39 - LA BATAILLE DE DIEN BIEN PHU 13 mars-7 mai 1954

Avec l'aide précieuse du "Vieux Soldat" que je remercie....


Dernière édition par Lothy le Mar 6 Mai 2014 - 23:57, édité 1 fois

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Pierre BRISSON - Le Figaro du 8 mai 1954 - "Le sacrifice"

Message par Lothy le Mar 6 Mai 2014 - 23:55

Un document vieux de 60 ans que me transmet le "Vieux Soldat".....

Pierre BRISSON - Le Figaro du 8 mai 1954 - "Le sacrifice"

Le 8 mai 1954, au lendemain de la chute du camp retranché de Ðien Bien Phú, le quotidien français Le Figaro titre sur le sacrifice des militaires français et dénonce l'attitude des responsables communistes français dans la guerre d'Indochine.

Au 56e jour de lutte, la forteresse de Diên-Biên-Phù vient de succomber.
Le courage dépensé sur ce lambeau sanglant au plus épais de la jungle, la valeur du général de Castries et de ses troupes, les prodiges des aviateurs et des parachutistes, la chaîne ininterrompue de leurs sacrifices, l’élan de ce volontariat fraternel et désespéré, tout ce que nous savons des combats sans merci livrés par des hommes libres contre le fanatisme a rempli d’admiration l’univers et nous laisse, au moment où j’écris ces lignes, dans une inexprimable émotion.
L’éloge reste au-delà des mots. Toute éloquence serait hors de mise.
Ce que les sacrifiés exigent de nous ce soir c’est un examen de conscience.
Nous pouvons nous rappeler l’épitaphe dédiée par Kipling aux victimes de la première guerre mondiale :
« Nous sommes morts parce que nos pères nous avaient menti. »
Les combattants de Diên-Biên-Phù sont morts parce que nous nous sommes menti à nous-mêmes.
Ils sont morts parce que nous n’avons pas su faire cette guerre, parce que nous n’avons su ni la vouloir ni la refuser, parce que nous n’avons su ni mesurer l’épreuve, ni en prévoir les conséquences, ni la situer dès l’abord sur son plan mondial. Il y a eu au cours de ces neuf années des occasions perdues pour négocier, comme il y a eu des occasions perdues pour la victoire. Elles l’ont été de la même façon. Elles l’ont été par faiblesse.
Cédant au chantage communiste, nous avons engagé cette guerre honteusement. Les contingents embarqués sur les quais de banlieue entre chien et loup, les silences officiels, les minimisations du commandement, l’importance même de certains avantages consentis, tout dans la conduite des opérations semblait au début s’envelopper d’excuses.
Lorsque l’irruption du maréchal de Lattre fit entrer le drame dans la conscience nationale, les moyens nécessaires pour vaincre dépassaient nos forces et là encore, évitant de l’admettre, nous nous sommes dupés nous-mêmes.
La tactique de Moscou a été, en France, de pourrir la guerre, et en Asie, de fanatiser les foules contre nous.
Aucune palinodie plus sinistre que les larmes versées par le P.C. sur le sang répandu par les armes que le communisme a mises dans la main de nos ennemis.
Les vrais vainqueurs ce soir sont les amis de MM. Thorez et Duclos. Ce sont eux qui, sur les ruines et sur les tombes, devraient hisser la bannière rouge à tête de mort.
Un espoir nous reste : celui que la tragédie qui vient de s’achever donne à la conscience du monde libre le choc décisif et que le front commun de l’Occident tout entier, nous arrachant à cette folie, trouve à Genève, dans sa puissance même, les moyens de conclure la paix.

Pierre BRISSON.
Source: Le Figaro. Directeur de publication Pierre BRISSON. 08 et 09 mai 1954, n° 3005; 128e année. Paris: Le Figaro. Copyright: (c) Le Figaro

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Re: 7 mai 1954 : DIÊN-BIÊN-PHÙ est tombé !

Message par Charbonnier le Mer 7 Mai 2014 - 18:26

7 Mai 1954 : La chute de DIEN BIEN PHU

Diên Biên Phu, le « grand chef lieu d’administration frontalière » est habité par les Meos, rudes montagnards qui cultivent le pavot et font commerce de l’opium et par les Thaïs qui travaillent les rizières de la vallée et font du petit élevage. Cette localité, à la frontière du Laos, est reliée au reste du pays par la route provinciale 41 qui va jusqu’à Hanoï située à 250 kms et vers la Chine. C’est une cuvette de 16kms sur 9 entourée de collines de 400 à 550 mètres de hauteur et traversée par la rivière Nam Youm.

Au début de l’été 1953, l’Indochine entre dans sa 8ème année de guerre. Le Vietminh, très mobile, se meut avec facilité sur un terrain qu’il connaît parfaitement. Son corps de bataille est de surcroît numériquement très supérieur à celui du corps expéditionnaire français et bénéficie, en outre, de l’aide sans réserve de la Chine libérée de son action en Corée depuis la signature de l’armistice, le 27 juillet 1953. C’est dans ce contexte, que le 7 mai 1953, le Général Navarre se voit confier le commandement en chef en Indochine en remplacement du Général Salan. Navarre avait un grand principe : « On ne peut vaincre qu’en attaquant » et il décidera de créer à Diên Biên Phu une base aéroterrestre pour couper au vietminh la route du Laos et protéger ainsi ce pays devenu indépendant.

           Quand les responsables français décident d’investir, la cuvette de Diên Biên Phu, ils savent pourtant que des forces régulières vietminh importantes de la division 316 du régiment 148 et du bataillon 910 occupent solidement la région depuis octobre 1952. Qu’à cela ne tienne ! L’endroit paraît idéal au commandant en chef ! Il est un point de passage obligé pour le vietminh qui ne pourra que très difficilement le contourner… De plus, il bénéficie d’un aérodrome aménagé durant la deuxième guerre mondiale par les Japonais tandis que le fond de la cuvette est une véritable plaine de plus de 100km² qui permettra l’emploi des blindés. Par ailleurs, le commandement français considérait en cet automne 1953 que le vietminh, vu l’éloignement de ses bases, à 500 kms de Diên Biên Phu, ne pourrait entretenir dans le secteur que deux divisions maximum… Il en conclut donc qu’il ne pourrait mener que de brefs combats en ne disposant, en outre, que d’une artillerie limitée qu’il sera aisé de détruire par les canons du colonel Piroth, qui s’était porté garant.

           L’occupation de la cuvette fut fixée le 20 novembre 1953. Elle fut baptisée « opération Castor ». Ce sera le plus important largage de parachutistes de toute l’histoire de la guerre d’Indochine. Vers 11 h du matin, les deux premiers bataillons sont largués : Le 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux du Commandant Bigeard et le 2ème Bataillon du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes du Commandant Brechignac. Puis arriveront : le 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux, deux batteries de 75 sans recul du 35ème RALP, une compagnie de mortiers de 120 et une antenne chirurgicale. Le lendemain, les légionnaires du 1er Bataillon Etranger de Parachutistes sauteront ainsi que le 8ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux, des éléments du génie et le PC de l’opération (général Gilles, lieutenant-colonel Langlais avec 25 hommes). Le 22 novembre, le 5ème Bataillon de Parachutistes Vietnamiens est largué à son tour. Au soir du 22 novembre 1953, il y aura 4195 hommes dans la célèbre cuvette.

           Durant près de quatre mois, les soldats français vont aménager la cuvette en camp retranché. Les petites collines entourant le camp prennent le nom de Gabrielle, Béatrice, Dominique, Eliane, Anne-Marie, Huguette, Claudine, Françoise, Eliane, Junon, Epervier et enfin Isabelle.

           L’offensive vietminh débute dans la soirée du 13 mars 1954 par une intense préparation d’artillerie (près de 9000 coups) visant particulièrement Béatrice et Gabrielle. Le combat du tigre contre l’éléphant commençait : Le tigre tapi dans la jungle allait harceler l’éléphant figé qui, peu à peu, se videra de son sang et mourra d’épuisement.

           Le point d'appui Béatrice est écrasé par les obus de canons et de mortiers lourds. Pendant plusieurs heures il reçoit des milliers d'obus. Les abris, n'étant pas conçus pour résister à des projectiles de gros calibre, furent pulvérisés. La surprise est totale dans le camp français. Malgré un combat acharné et sanglant, au prix de lourdes pertes de part et d’autre, Béatrice, tenu par la 3/13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère, commandée par le Commandant Pégot, fut enlevée par les Viets en quelques heures. Un malheureux concours de circonstance favorisa cette rapide victoire vietminh : les quatre officiers dont le lieutenant-colonel Gaucher, responsables de la défense de Béatrice furent tués dès la première heure par deux obus qui explosèrent dans leur abri. En une nuit, c'est une unité d'élite de la Légion qui est supprimée. Nul n'a imaginé un tel déluge d'artillerie. La contre batterie française se révèle inefficace. Le Viêt-Minh utilisant une énorme capacité en bras, a pu creuser des tunnels en travers des collines, hisser ses obusiers et s’offrir plusieurs emplacements de tir sur la garnison sans être vu. Des terrasses furent aménagées et dès que les canons avaient fini de tirer, ils regagnaient leur abri. De ce fait jamais l'artillerie française ne fut en mesure de faire taire les canons Viêt-Minh, pas plus que les chasseurs-bombardier de l'aéronavale.

           Dans la soirée du 14 mars, Gabrielle, défendue par le 5/7 Régiment de Tirailleurs Algériens, subit un intense et meurtrier pilonnage d’artillerie. A 5h, le 15 mars, le vietminh submerge la position, dont les défenseurs ont été tués ou blessés. L’artillerie ennemie –que l’on disait inefficace- fait des ravages parmi les défenseurs sans que l’on puisse espérer la réduire au silence. Conscient de cet échec et de sa responsabilité, le Colonel Piroth, responsable de l’artillerie française se suicidera dans la nuit du 15 au 16 mars en dégoupillant une grenade.

           Cependant, la piste d’aviation, bien que pilonnée quotidiennement -mais aussitôt remise en état- permettait l’arrivée régulière des renforts. Ce pilonnage s’intensifiant, les atterrissages de jour devinrent impossibles et les appareils durent se poser de nuit dans les pires conditions. Bientôt il fallut renoncer complètement et les assiégés se retrouvèrent, dès lors, isolés du reste du monde. A noter que le 28 mars, l’avion devant évacuer les blessés de la cuvette, endommagé au sol, ne put décoller. L’infirmière convoyeuse de l’équipage, Geneviève de Galard, était à bord. Elle restera jusqu’à la fin parmi les combattants.

           Le général vietminh Giap, afin de s’infiltrer plus facilement dans les défenses françaises, fit alors intervenir des milliers de coolies dans le creusement d’un réseau de tranchées, véritable fromage de gruyère, menant aux divers points d’appui. Le 30 mars, après une préparation d’artillerie très intense et l’infiltration des viets par ces tranchées, Dominique 2 et Eliane1 furent prises. Cependant, les parachutages français continuaient encore dans la plus grande confusion. La superficie de la base aéroterrestre ayant été réduite et les liaisons avec les points d’appui encore tenus par les soldats français devenant impossibles, ces « volontaires du ciel » exposés aux feux directs de l’ennemi, connaissaient des fortunes diverses. Certains atterrissaient directement chez l’ennemi, d’autres étaient morts en touchant le sol, d’autres étaient perdus… tandis que le ravitaillement parachuté faisait la joie du vietminh en améliorant son quotidien.

           Du 9 au 11 avril, une nouvelle unité de légion, le 2ème Bataillon Etranger de Parachutistes, est largué dans des conditions déplorables et engage aussitôt une contre-attaque sur la face est. Il est en partie décimé. Les rescapés fusionnent alors avec les restes du 1er BEP reformant une unité sous les ordres du Commandant Guiraud. Le 4 mai, ont lieu les derniers parachutages d’hommes provenant du 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux tandis que les Viets intensifient encore leurs bombardements faisant intervenir les fameuses orgues de Staline, aux impacts meurtrier en rafales, provoquant d’énormes dégâts dans les abris minés par les pluies quotidiennes d’Avril. La cuvette disparaît dans des nuages de boue soulevée par les obus.

           Dans la soirée du 6 mai, c’est le déchaînement de l’artillerie viet et de toutes les armes dont elle dispose. Dans le camp agonisant, c’est l’apocalypse. Tout ce qui est inflammable prend feu ; les abris s’effondrent, les tranchées s’écroulent, la terre se soulève. La mort frappe sans interruption. A 23h, les taupes vietminh, après avoir creusé un tunnel de 47 mètres de long, déposent sous Eliane2 une charge d’une tonne de TNT puis se ruent à l’assaut. La résistance des défenseurs est héroïque ; ils refusent de se rendre et luttent jusqu’à la mort. Une poignée de survivants arriveront à se replier sur Eliane4 afin de poursuivre le combat. A l’aube du 7 mai, Dominique et Eliane sont tombées. Les tranchées sont jonchées de cadavres et de blessés des deux camps. Alors que le Colonel de Castries vient d’être promu général, à 10h du matin, les viets finissent d’investir les Eliane. Du côté Français, il n’y a plus ni munitions, ni réserve d’hommes mais les sacrifices continuent…

           Le Général Cogny adresse un dernier message au Général De Castries, souhaitant qu’il n’y ait ni drapeau blanc, ni capitulation. « Il faut laisser le feu mourir de lui-même pour ne pas abîmer ce qui a été fait » précise-t-il. L’ordre de cessez-le-feu tombe à 17h. Après destruction de tout le matériel et de tout le ravitaillement, le PC de Diên Biên Phu adresse son ultime message à Hanoi à 17h50 : « On fait tout sauter. Adieu ! » Quelques minutes plus tard, la division 308 du général Vuong Thua Vu fait irruption dans le PC du général De Castries. Un drapeau rouge à étoile d’or est planté sur le PC français. Diên Biên Phu est tombé mais n’a pas capitulé.

Cette bataille fut la plus longue, la plus furieuse, la plus meurtrière de l'après Seconde Guerre mondiale durant laquelle le corps expéditionnaire Français compta près de 3 000 tués et un nombre très important de blessés. 11 721 soldats de l’Union Française furent faits prisonniers mais les effroyables conditions de détention des camps Vietminh furent telles que seulement 3 290 d’entre eux reviendront de captivité dans un état sanitaire catastrophique, squelettiques, exténués. Le destin exact des 3 013 prisonniers d’origine indochinoise ayant combattu sous le drapeau tricolore reste toujours inconnu. Il est probable qu'ils aient été exécutés systématiquement comme traîtres.

Tous les prisonniers durent marcher à travers jungles et montagnes sur 700 km, pour rejoindre les camps, situés aux confins de la frontière chinoise. Ceux qui étaient trop faibles mouraient ou étaient achevés. Sur les 11 721 soldats, valides ou blessés, capturés par le Vietminh, plus de 70 % décédèrent pendant leur marche vers les camps ou une fois en captivité, de sous-alimentation, mauvais traitements, absence de soins, dans des régions propices à toutes sortes de maladies, ou furent exécutés sommairement. Le 21 juillet 1954, les accords de Genève mettront fin à cette guerre, instaurant une partition du pays de part et d’autre du 17e parallèle Nord.

                                                                                                         José CASTANO


Le Commandant Hélie Denoix de Saint Marc se souvient, alors que la France va quitter l’Indochine : « La plupart des Vietnamiens ne disent rien. Ils nous regardent simplement. Nous avons honte. Ils nous auraient tués à ce moment-là que nous aurions trouvé cela juste. L’un d’eux me dit : « Alors, mon capitaine, vous nous laissez tomber ? » Je ne réponds rien ! »

-o-o-o-o-o-o-

Français, n’oubliez pas l’Indochine et le sacrifice de milliers de nos soldats !

60ème anniversaire de la chute de Diên Biên Phu

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Re: 7 mai 1954 : DIÊN-BIÊN-PHÙ est tombé !

Message par Béghin Bernard le Mer 6 Mai 2015 - 21:42

Demain , un anniversaire de plus depuis cette tragédie, qui a honoré l'Armée Française.
Et ce,malgré ce que certains (brillants par leur absence) ont pu penser.

La légende des parachutistes français a débuté dans cette guerre, mais sans oublier ceux qui ont été largués
sur le sol de France pour préparer la libération et en alimentant les réseaux de résistance.

Nous avons découvert de grands chefs, qui ont su conquérir le coeur de leurs soldats et cet ensemble a donné
de grands actes de combat , de loyauté et de camaraderie.

Demain , je penserai à ces soldats; paras, artilleurs, légionnaires, et sans oublier les aviateurs et aussi les
services de santé dont le courage a été sans faille.
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Re: 7 mai 1954 : DIÊN-BIÊN-PHÙ est tombé !

Message par charly71 le Jeu 7 Mai 2015 - 9:41

7 mai 1954, tout nouvellement breveté premi, j'ai encore en moi le
serrement de cœur à la nouvelle DBP est tombé ...
Rien, rien de rien à ajouter, j'irai trop loin dans la méchanceté face
à l'attitude de nos dirigeants de l'époque .

@ Lothy, tu m'a devancé de qq heures pour mettre en ligne le
récit du chef de Bataillon Maurice Rillac ... Merci
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Re: 7 mai 1954 : DIÊN-BIÊN-PHÙ est tombé !

Message par Lothy le Jeu 7 Mai 2015 - 9:51

Charly, le colonel Pierre Dehes nous a communiqué, ce récit que dont je possédais déjà un exemplaire....

Il a fallu le temps de le transformer en un fichier que je puisse reproduire ici, en toutes lettres, et surtout de le mettre ici, ce qui n'est pas ce qu'il y a de plus simple Wink  Mais c'est un bel hommage en ce jour, et envers le chef de bataillon Rilhac qui vient de nous quitter...

Je n'avais que 7 ans, mais je me souviens de cette triste journée....

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Re: 7 mai 1954 : DIÊN-BIÊN-PHÙ est tombé !

Message par charly71 le Jeu 7 Mai 2015 - 11:14

@Lothy a écrit:Charly, le colonel Pierre Dehes nous a communiqué, ce récit que dont je possédais déjà un exemplaire....

Il a fallu le temps de le transformer en un fichier que je puisse reproduire ici, en toutes lettres, et surtout de le mettre ici, ce qui n'est pas ce qu'il y a de plus simple Wink  Mais c'est un bel hommage en ce jour, et envers le chef de bataillon Rilhac qui vient de nous quitter...

Je n'avais que 7 ans, mais je me souviens de cette triste journée....

J'en avais 18 et presque mon engagement dans la poche...
Que mes parents n'ont plus voulu signer après cette tragédie et le nombre
de blesses et morts ....
Donc, bien sur que je m'en souviens doublement ....
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Deux ouvrages sur le sujet: Les chemins de Diên Biên Phu et La guerre d’Indochine vue par la CIA

Message par Mabkoff33 le Sam 9 Mai 2015 - 14:20

Bonjour,

Deux ouvrages destinés aux passionnés de la cette période d'histoire, pour le 61è anniversaire de la chute de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, Nimrod, maison spécialisée dans les récits militaires, publie deux épais ouvrages (près de 1.000 pages en tout !) qui apportent un éclairage nouveau sur les derniers mois avant la déroute française.
Le premier, « les chemins de Diên Biên Phu », met en scène le destin croisé de six soldats, cinq Français et un Allemand.
Le second ouvrage, "la guerre d’Indochine vue par la CIA", livre les analyses –inédites en français- que les services secrets américains élaborent au jour le jour, pendant les années 1950-1954.
Les Chemins de Diên Biên Phu - Franck Mirmont avec Heinrich Bauer, Jean Carpentier, Jean Guêtre, Pierre Latanne, Bernard Ledogar et Jean-Louis Rondy- 576 pages avril 2015 - 23 €
La guerre d’Indochine vue par la CIA - Franck Mirmont, 288 pages - mai 2015 - 21 €
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