LES CAMPS PARACHUTISTES

HISTOIRE du 3eme RCP

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26112011

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HISTOIRE du 3eme RCP




Si les unités des Forces françaises libres ne pouvaient pas, compte tenu des circonstances, avoir une certaine homogénéité lors de leur formation, la création du 3e bataillon de parachutistes en est peut-être un des exemples les plus probants.



Son histoire est singulière car elle repose d’abord sur la volonté d’un fervent gaulliste, le commandant Bouvier dit O’Cottereau, qui après le débarquement allié du 8 novembre 1942, a procédé à un recrutement tous azimuts pour créer une unité de parachutistes.
Ancien colon au Maroc, disposant d’un important réseau d’amis en Afrique du Nord, officier de réserve, il s’était fait affecter à l’état-major par son ami le général Lelong, représentant la première division française libre.

A cette époque, les unités françaises commandées par le général Giraud engagées dans le combat auprès des Anglo-Américains avaient des effectifs qui étaient dans leur grande majorité vichystes et les gaullistes qui y étaient incorporés, très minoritaires, étaient, pour le moins, mal considérés.

Début 1943, la 8e Armée, commandée par le général Montgomery, après avoir refoulé l’Afrika Korps de Rommel depuis El Alamein, a pénétré en Tunisie où la colonne Leclerc devenue Force L et la 1re division française libre participèrent à la défaite des forces de l’Axe. A ce titre, elles défilèrent pour fêter la victoire à Tunis le 20 mai 1943, avec leurs insignes à la Croix de Lorraine. Cela eut un retentissement considérable provoquant un engagement massif des Français du protectorat dans leurs rangs, mais aussi encourageant ceux qui étaient si malmenés dans l’armée de Giraud à tout faire pour rejoindre les rangs gaullistes.

Ce fut parmi eux que s’effectua le recrutement principal de O’Cottereau qui leur proposait de s’engager dans un bataillon de parachutistes. Un grand nombre de volontaires, dans ce but, quitteront irrégulièrement leur unité giraudiste, ce qui les plaçait en position de « déserteurs ». Ils se retrouvèrent avec des jeunes gaullistes ayant, comme les autres, appris par le bouche à oreille, l’efficace « téléphone arabe », cette possibilité de servir leur pays en étant en plein accord avec leurs convictions. Le rassemblement s’opérait sur les terres d’un agriculteur de Rouïba, fervent gaulliste, ayant accepté tous les risques pour recueillir et évacuer ceux qui voulaient rejoindre les FFL.

Dans ce but, régulièrement, des camions avec des relais chez des colons amis opéraient un transfert en particulier pour Sabratha et Zouara au sud de Tripoli, puis au camp de transit « La colline verte » entre Tripoli et la base aérienne, Castel Benito. Beaucoup partiront de là pour l’Égypte.

Par ailleurs, au Moyen-Orient, à Rayak, sont regroupés des volontaires, en majorité appartenant aux Forces aériennes françaises libres, mutés à leur demande dans une unité de parachutistes. C’est donc l’amalgame de jeunes gaullistes d’Algérie, de « déserteurs » de certains régiments giraudistes, d’évadés de France par l’Espagne, d’engagés dans les Forces françaises libres se trouvant au Moyen-Orient ou en Egypte et même de jeunes Corses fraîchement arrivés du premier département délivré, qui formera la plus grande partie du 3ème bataillon d’infanterie de l’Air. Rassemblés à Rouïba, cette fois en toute légalité, ils embarquent le 27 octobre à bord du S/S Samaria et arrivent à Liverpool le 6 novembre puis, dès le lendemain dans le Sussex, au camp de Camberley.

Pour des raisons mal clarifiées, le commandant O’Cottereau est rapidement remplacé au commandement du bataillon par le commandant Château-Jobert dit Conan qui s’est illustré dans les combats d’Érythrée et de Syrie. Il a été fait Compagnon de la Libération par le général de Gaulle.

Le 3e bataillon, en arrivant à Camberley, va compléter son effectif avec les volontaires qui sont déjà sur place. Il y aura d’ailleurs quelques mutations dans les deux sens entre 3e et 4e. Les deux bataillons faisant partie de la brigade du « Special Air Service », la diversité extrême du recrutement n’aura pas d’importance, car les hommes du SAS n’opèrent pas comme les aéroportés dont les gros effectifs exigent une grande cohésion.

Le 3e SAS comme les autres régiments comprend quatre squadrons (équivalent d’une compagnie), plus un squadron de commandement. Le squadron est formé de 8 sticks de 10 hommes. Le stick, unité de combat, est commandé par un officier, mais ce n’est pas une obligation et de nombreux sous-officiers sont à la tête d’un stick. Si ces petits groupes suivent une formation générale avec leur squadron, leur entraînement propre se fait isolément, car en opération, le stick sera parachuté pour une mission qu’il devra mener à bien, dans une région donnée, avec ses seuls moyens et en principe sans aide ou secours extérieur. A ce niveau, il y a une complète homogénéité.

Le 3e SAS, commandé par Conan, avec le capitaine Simon comme adjoint, et les autres régiments qui forment la brigade commandée par le général Macleod, se préparent pendant des mois pour les missions qui vont leur être attribuées lors des opérations prévues par les alliés pour libérer la France d’abord, l’Europe ensuite.

Suivant les plans de l’état-major, les sticks du 3e SAS seront parachutés pour des missions destinées à créer l’insécurité sur les arrières ennemis et pour attaquer des objectifs précis chaque fois que, localement, les conditions le permettront. Elles se sont échelonnées à partir de mi-juillet, mais le détail de chacune ne peut pas être développé dans ce cadre.

La première mission, nom de code « Dickens » est confiée au capitaine Fournier qui commande le 3e squadron. Les premiers sticks sont parachutés dans la nuit du 14 au 15 juillet pour établir une base en Vendée dans la forêt d’Absie ou dans le bois d’Anjou. Les derniers le sont dans la nuit du 28 au 29. L’ensemble des sticks participe, en se regroupant, à la reddition de la poche de Royan.

La mission « Moses » est commandée par le capitaine Simon. Dans la nuit du 2 au 3 août, deux sticks du 3e squadron ainsi qu’un stick radio et un stick sabotage sont parachutés dans la Vienne pour succéder dans la région au capitaine Tonkin du 1er SAS anglais qui, parachuté dans la nuit du 5 au 6 juin près de Montmorillon avec son squadron, n’avait plus qu’un effectif réduit à une vingtaine. Trente trois de ses hommes capturés par les Allemands avaient été fusillés. La mission « Moses » prévoit, en plus du harcèlement de l’ennemi, l’attaque de ses communications sur la ligne Montauban-Brive-Limoges. Des jeeps de la mission Newton la rejoindront, les 9 et 11 septembre, pour la renforcer de leur puissance de feu.

La mission « Derry » a été effectuée par le capitaine Sicaud et son adjoint le lieutenant Tupet-Thomé. Le 2e squadron est parachuté dans le nord Finistère, dans la nuit du 4 au 5 août, avec pour mission d’empêcher la destruction des viaducs de Morlaix et Plougastel et d’ouvrir la voie à la 3e division d’infanterie américaine. En avant de cette unité, ils libéreront, entre autres Lesneven, Landerneau, Carantec.

Pour la mission « Samson », deux sticks du 3e Squadron, sous les ordres du lieutenant Leblond sont parachutés dans la Haute-Vienne dans la nuit du 10 au 11 août, avec pour mission de retarder la marche d’importantes forces ennemies faisant retraite, par des harcèlements et des embuscades.

La mission Marshall-Snelgrove se divise en deux branches.
La première est commandée par le capitaine Wauthier qui est parachuté avec 2 sticks du 4e squadron dans la nuit du 11 au 12 août en Corrèze.
La seconde est commandée par le lieutenant Hubler qui est parachuté avec 2 sticks du 4e squadron dans la nuit du 12 au 13 août dans la Creuse.
La mission de l’une et de l’autre est l’attaque des arrières ennemis. Après s’être regroupées, elles participeront avec l’aide des maquisards au harcèlement de la division, forte de 18 000 hommes, commandée par le général Elster, qui tente de rejoindre les défenses que les Allemands organisent plus au Nord. Elle n’y parviendra pas et capitulera à Issoudun. A partir du 14 septembre, l’ensemble des sticks rejoint la mission Moses pour participer au siège de Saint-Nazaire.
Mission Jockworth, commandée par le capitaine Paumier : six sticks du 1er Squadron sont parachutés dans la nuit du 14 au 15 août, à l’ouest de Lyon en prévision du débarquement en méditerranée, pour attaquer les forces allemandes envoyées en renfort dans le sud. Ils monteront leurs opérations en s’appuyant sur des maquis importants.

Mission Harrod-Barker – Harrod est commandée par Conan, le chef du 3e SAS qui est parachuté dans la nuit du 12 au 13 août, près de Salonay en Saône-et-Loire avec un effectif divers de 27 hommes composé des sections commandement, sabotage, radio et intelligence.

Barker – Le lieutenant Rouan, chef de mission, part dans la nuit du 9 août, avec les premiers éléments. Son avion, abattu par la DCA allemande, s’abîme en mer. Deux SAS sont tués, les autres blessés sont récupérés par une vedette et ramenés en Angleterre. Rouan sera à nouveau parachuté une semaine plus tard. Dans l’intervalle, le lieutenant Colcombet assume le commandement. Parachuté avec trois sticks dans la région de Cluny, il monte sur la nationale 6 des embuscades qui, utilisant les meilleures techniques SAS, seront considérées comme les plus réussies, les plus meurtrières.

Bénéficiant de l’apport de quatre jeeps de la mission Newton avec leur chef, le capitaine Guy de Combaud, les embuscades menées avec leur participation seront encore plus efficaces. Harrod-Barker fut la plus importante des missions confiées au 3e SAS, par le nombre des engagés et la qualité des résultats obtenus.

Mission Newton – Fort de la réussite des interventions des jeeps surarmées en Libye, l’état-major SAS a décidé d’en doter les sticks en opérations pour augmenter sensiblement leur force de frappe. Le squadron jeep du 3e SAS commandé par un officier exceptionnel, le lieutenant Guy de Combaud, était en attente d’un moyen lui permettant de rejoindre ses camarades déjà au combat. L’ordre top secret du 16 août lui en donne une possibilité originale. Débarqué à Courseulles, son squadron de 19 jeeps sera pris en charge par la 3e armée américaine. En accord avec celle-ci, lors d’une offensive, les jeeps devront s’infiltrer en territoire occupé. C’est ainsi qu’ensuite utilisant les voies secondaires, elles vont renforcer Dickens (3 jeeps), Moses (8 jeeps), Harrod (8 jeeps) avec Guy de Combaud qui sera tué ainsi que sept de ses hommes lors de l’attaque et la destruction d’un convoi allemand à Sennecey-le-Grand.

Mission Abel – Le squadron du capitaine Sicaud après la mission « Derry » effectuée en Bretagne est à nouveau parachuté entre le 26 et le 31 août dans le Doubs, aux environs de Montecheroux, près de la frontière suisse. Après leur participation à des combats à Pont-de-Roide et à Clerval qu’ils occuperont, ils sont rejoint par la 45ème division d’infanterie américaine avec laquelle ils vont continuer le combat jusqu’au 22 septembre.

Cette mission sera la dernière en France du 3e SAS dont tous les éléments sont rassemblés à Epernay (Marne) où ils resteront près de 2 mois au cours desquels, comme le 4e SAS, ils recruteront des éléments pour combler les pertes subies au cours des missions.

Avec des objectifs très diversifiés et répartis dans de nombreuses régions très éloignées les unes des autres, les missions du 3ème SAS ont été très différentes dans leur conception comme dans leur réalisation, de celles du 4e SAS, concentrées sur la Bretagne. Elles auront davantage la possibilité et l’occasion de mener un combat basé sur les principes du Special Air Service.

Le 17 février, l’ensemble des SAS embarque au Havre sur le LSTGO. La pause est terminée, l’entraînement intensif va reprendre. Il va durer deux mois et, dans la nuit du 7 au 8 avril, les sticks du 3e SAS sont parachutés pour la mission Amherst dans la province du Drenthe à l’ouest d’un axe Groningen-Assen-Hoogeveen.





Sylvain CORNIL

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