LES CAMPS PARACHUTISTES

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15032015

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Texte d'un officier supérieur,qui s'est épanché sur le blog du CEMAT le 27 février 2015.



Mon général,


Officier supérieur sur le point de quitter l’institution, n’ayant jamais été un lecteur assidu de votre blog, j’ai un peu l’impression de faire preuve du même courage que certains de nos généraux montant au créneau du politique au moment de leur départ à la retraite mais qu’importe, ces mêmes généraux se seront, à un moment donné, fait entendre… de ce fait, je souhaite vous apporter mon point de vue sur la situation actuelle qu’engendre l’opération SENTINELLE, point de vue qui semble être partagé par certains qui, comme moi, sont tout en bas de la chaîne et arment ces missions avec une vision réaliste de l’effort consenti. En effet, à l’instar de gros EM lillois ou parisiens, nous avons dans nos petits EM, que j’aime appeler de terrain, l’impression que nos chefs, le nez dans guidon se refusent à voir les conséquences immédiates et à venir que nos armées subissent et se préparent à subir. Mais surtout, ont perdu toute vision objective de l’état de nos armées ou plus simplement ont renoncé.
Concernant l’aspect humain, nos hommes ainsi que les cadres engagés sur cette mission comme sur tant d’autres, ont des familles. Les priver de remises en conditions auprès de leurs proches a des conséquences que la plupart, par fierté, préfèrent taire. Ces hommes ont des droits à permissions et nous savons d’ores et déjà qu’ils ne pourront, encore une fois, prétendre à prendre la totalité de ces droits en raison du rythme de leurs activités. Mais il s’agit là d’une constance bien ancrée en termes de gestion administrative et sur laquelle nous jetons depuis longtemps un voile pudique. Dans le même ordre d’idée et pour armer SENTINELLE, suite aux annulations de permissions hors métropole imposées à nos légionnaires, nous commençons à observer les premières désertions. De plus et en termes de fidélisation, j’ai de gros doutes sur l’effet qu’auront toutes ces contraintes cumulées sur les renouvellements de contrats et ce pour l’ensemble des engagés de l’Armée de Terre. Pour conclure sur cet aspect, ce qu’oublient certains, c’est que nos hommes et la plupart de leurs cadres n’ont pas cette ambition dévorante et cet égo surdimensionné qui les pousse à sacrifier toute considération des besoins de leur entourage tant professionnel que familial. Sur ce point certains tomberont de haut car tous n’obtiendront par cinq étoiles en fin de carrière…

Concernant l’aspect professionnel ou plutôt opérationnel, car je considère que le métier des armes doit être intimement lié au précepte essentiel de servir ces armes au combat. Oui Mon général je suis convaincu que la protection des Français et du territoire demeure la mission première de nos armées mais j’ai des doutes sur la réalité des menaces car il ne me semble pas que cette menace terroriste cible la population française dans sa globalité. Au contraire, en augmentant le nombre de militaires sur le terrain nous multiplions les cibles potentielles offertes à notre adversaire qui a clairement indiqué la nature de son ennemi. Nous sommes donc bien dans l’affichage politique mais il ne s’agit là que de mon point de vue. Aujourd’hui, il apparaît donc que la préparation opérationnelle de nos hommes n’est plus la priorité, l’affichage politique ayant pris le dessus. Je veux parler des annulations de créneaux en centre d’entraînement, de la préparation opérationnelle décentralisée également amputée pour pouvoir armer les 10 000 hommes de SENTINELLE et contenter le politique. Nous sommes à présent pré-alertés sur le fait que certaines Mises en Condition avant Projection seront tout simplement annulées. Ce choix que j’estime criminel n’a pas l’air d’interpeller qui que ce soit outre ceux qui prochainement iront patrouiller dans la bande sahélo-saharienne ou dans des zones où leur vie sera engagée.
Ces deux aspects, humain et professionnel, qui ne sont pas les seuls impactés, ne semblent avoir aucune incidence sur les choix stratégiques qui sont actuellement faits. La Grande Muette et en particulier l’armée de terre, le petit doigt sur la couture du pantalon, face au politique, réalisera de toute façon ces efforts que le reste de la nation ne semble pas prêt à consentir. Je serais curieux de savoir, quel déploiement effectif a été réalisé sur le terrain par les 240 000 hommes cumulés de la Police et de la Gendarmerie en comparaison de l’effort consenti par les 90 000 hommes de l’Armée de Terre.
Il est vrai que les coûts d’engagement humain et financier ne sont pas comparables, car la notion de récupération n’existe pas dans l’Armée de Terre. De plus, je découvre avec effarement que certaines autorités militaires nous demandent aujourd’hui, par écrit, de mentir si nécessaire en affirmant que les effectifs déployés représentent bien les 10 000 hommes annoncés alors qu’en réalité il ne s’agit plus que de 7000, c’est pitoyable.


Ainsi, Mon général, face à des décisions politiques démagogiques molles où la Défense est le seul ministère à faire de véritables efforts en termes d’économie en moyens humains et financiers au détriment de notre entraînement et de notre efficacité. Je crois savoir que la défense, qui ne représente que 3% de la masse salariale globale de l’administration, réalise 66% des efforts en matière de réduction d’effectifs…
Face à une perte de pouvoir d'achat liée à une augmentation des taxes, charges et impôts avec en parallèle une stagnation des soldes, une baisse des indemnités et primes notamment OPEX, là-bas même où nos hommes meurent. Sur ce point particulier, quelle administration accepterait sans grogner de voir ses primes baisser à deux reprises en l'espace de 20 ans ?
Face à des services financiers de la défense qui cherchent plus à faire des économies sur le dos de leurs administrés plutôt que de les aider dans les démarches administratives qui leurs sont imposées par les missions, les mutations et les déménagements, avec pour conséquence que l'administré en soit de plus en plus souvent de sa poche.
Face à des chefs militaires où l'égo et le carriérisme dirigent leur action au détriment de choix courageux et efficaces ; asservis aux politiques par leur ambition où la renonciation paraît plus confortable et plus sûre pour servir une carrière où l'espoir de monter semble être le fil rouge de toute décision.

Face à des réductions d'effectifs, de moyens de combat et de commandement aux plus bas échelons avec un volume identique de missions et des efforts toujours plus importants provoquant une surchauffe opérationnelle liée à une perte de capacité d'entraînement.
Face à toutes ces désillusions et ces renoncements il est très difficile de conserver un haut niveau de satisfaction de notre condition de militaire mais on pourra toujours me retourner la formule consacrée : « vous ne pouvez pas comprendre car vous n’avez pas tous les éléments ! »… Face à la déliquescence chaque année encore un peu plus prononcée de nos armées la seule chose qui me réconforte est que les jeunes générations de cadres et de soldats à venir n’auront pas connu avant. J’en viendrais presque à considérer l’idée, qui jusqu’alors me révulsait, que la syndicalisation dans nos armées pourrait finalement être un bien. Quant à moi, vous en conviendrez, il est temps que je parte.
Je prie les lecteurs de votre blog de bien vouloir excuser la longueur excessive de ce commentaire, surtout si celui-ci est reproduit in-extenso sans subir les coupes de censure auxquelles je m’attends.
Très respectueusement.

LCL BRET

charly71

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