LES CAMPS PARACHUTISTES

Colonel Henry Fournier-Foch

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Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Mar 24 Mar 2015 - 0:49

Colonel Henry Fournier-Foch



Petit fils de Ferdinand Foch, maréchal de France, et lui même colonel de l'Armée Française.

Né le 15 décembre 1912 à Saint Nicolas de Port (Meurthe et Moselle) Henry est le fils du colonel Alexandre Fournier (1885-1929) et d'Anne Marie Foch, (1887-1981) seconde fille du Maréchal.

Le capitaine Alex Fournier était dans l'Etat-Major du général Foch, établi à Cassel (Nord) d'octobre 1914, au printemps 1915. Quatre fois cité durant la Grande Guerre, il est chevalier de la Légion d'Honneur.

Henry Fournier Foch était de promotion "La Bournazel" à St Cyr, tout comme son cousin, Jean Bécourt Foch, sortis tous deux en 1932.
En décembre 1937, le lieutenant Fournier Foch épouse Anne Marie Grandcolas à Lepanges (Vosges), mariage célébré par Mgr Evrard, prélat du Pape, et cousin de la mariée.
Les témoins du marié sont les généraux Réquin et Reedinger.

En juillet 1940, alors qu'il est capitaine d'une compagnie de chars au 5e bataillon de chasseurs motorisés, il est fait prisonnier par les Allemands, et emmené en captivité loin de France.


Après une première tentative d'évasion en 1942, sans succès, il est envoyé en Poméranie (partie du Brandebourg et de la Prusse, alors allemande, mais devenue polonaise après 1945) dans le fameux Oflag IID, à Arnswalde.
Le nom polonais est Choszczno.



Rien de très spécial jusqu'en janvier 1945, et l'avancée des troupes Russes alors que les Allemands reculent vers l'Ouest, et qu'ils déplacent leurs prisonniers.
Pour un capitaine de la trempe de Fournier Foch, l'occasion est trop bonne et là, son parcours est extraordinaire.

Six mois d'aventure de guerre en terre ennemie.
29 janvier 1945, le vent tourne pour les Allemands sur le front Est, la grande bataille de Koursk (5 juillet au 23 août 1943) a déjà décidé de la suite de la campagne.

Aussi, le 29 janvier 1945, le camp d'Arnswalde commence son évacuation, sous la garde des Allemands, les prisonniers ont pris la route dans la direction de Pyritz (Pyrzyce en polonais) donc vers l'Ouest.
Le lendemain, sous la neige, Henry, ayant décidé, avec ses camarades : Jean de Loynes, Louis Duclos et Robert Pila, de profiter d'un certain affolement de leurs gardiens, se sont écartés du groupe avec succès... cette fois.
Ils réussissent toutefois à rejoindre librement la ville de Pyritz et s'intègrent dans un "kommando" de travail car une compagnie de canons (4) de 88Flak arrive et prend position pour "tenter" de bloquer l'avancée soviétique.


Dans son travail de prisonnier au service des SS, Henry repère, par réflexe, les positions de ces canons, il ne sait pas encore que cela lui servira, au service des Russes. Nous sommes le 3 février, et déjà le canon tonne au loin, aussi décident-ils de quitter ce lieu et de remonter vers Arnswalde, au devant des troupes russes.

Le 4 février, ils font connaissance avec des tirs de Katiouchka, les orgues de Staline. Puis, comme prévu, le contact est fait avec les premiers soldats russes.
Comment vont-ils être traités par l'Armée Rouge?
Ces soldats insensibles au froid et à la neige sont, à leurs yeux, comme venus d'un autre monde.

En tant que chef de son groupe, Henry fait connaissance avec le major Madianov, chef d'un bataillon de chars T34, et déjà ils élaborent une stratégie pour l'attaque de Pyritz.


Dorénavant, il se verra nommé : Tovarich Kapitaine Foch.

Le 9 février 1945, l'attaque est déclenchée par des tirs d'artillerie et les chars pénètrent dans Pyritz, suivant la tactique mise au point par le capitaine français.
Déroulement de la bataille : début à 8 h... A 13 h le calme est revenu...

Les quatre canons allemands sont détruits. C'est la victoire totale.


Dernière édition par Béghin Bernard le Jeu 10 Mar 2016 - 15:02, édité 1 fois

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Mer 25 Mar 2015 - 0:16

Par contre, le service sanitaire n'est pas très bien assuré dans l'Armée Rouge, et avec ce froid, Henry pense souvent aux soldats de la Grande Armée de 1812, en retraite, repassant la Bérèzina, harcelés par les Cosaques.
 
Il en était ainsi pour des groupes de soldats allemands, désarmés, qui tentaient de regagner leur terre natale, au delà du fleuve Oder.
Enfin, suite à cette brillante victoire, les compagnies de chars se positionnent pour la nuit, et le schnaps coule à flot. Henry a retrouvé des sensations, oubliées par ces cinq années de captivité et a su mettre son expérience et ses compétences au service d'une armée, certes un peu rustique, mais drôlement efficace. Il en a été apprécié et remercié.
 
Dés lors, sa mission va être de rassembler tous les prisonniers de guerre français, dont certains errent dans les campagnes environnantes.
Les véhicules russes circulent en tous sens, dans un désordre perpétuel. Mais, apparemment, ils s'y retrouvent. Des soldats italiens ont été également retrouvés, mais eux, craignent les Russes car certains ont combattu contre eux au début de l'invasion de l'URSS.
 
Le 11 février, Henry Fournier-Foch et ses camarades d'évasion (Jean de Loynes, Robert Pila, et Louis Duclos) se trouvent à Alt-Prilipp, (Stary Przylep en polonais), quand soudain un coup de canon retentit, tuant deux polonaises et blessant Henry et Louis. Le capitaine est touché par un éclat d'obus dans l'épaule, tandis que pour son ami, cela semble plus sérieux, un éclat lui a traversé la cuisse.
Soins sommaires avec les moyens du bord et en route pour Wügarten (Ogardy actuel) toujours à la recherche du camp de rassemblement.

A Wügarten, les deux blessés sont plus sérieusement soignés par un médecin colonel américain (fait prisonnier à Bastogne) et un français : Ringonnaud, qui lui est père Rédemptoriste. Nous sommes le 15 février 1945.

Ici, un camp de prisonniers libérés s'est "construit" de lui même, au fur et à mesure des arrivées.
Le 17 février, Henry retrouve le major Madianov et ses capitaines et ce sont des retrouvailles joyeuses, "arrosées" à la russe, avec embrassades sous l'oeil ébahi du médecin-colonel US.

Retour à Wügarten, où le capitaine Fournier-Foch, est, de par son ancienneté de libéré, pourrait-on dire, le chef de ce camp de fortune, bien que des officiers supérieurs en grade arrivent, mais notre héros, fort de sa notoriété grandissante auprès des Soviétiques, impose son autorité.

Et pour preuve de ceci, le 18 février, il est informé que le lendemain, 19 février, une prise d'armes sera faite au sein du bataillon de Madianov, avec un lot de récompenses. Il y est fortement invité, mais cela semble être un ordre, puisqu'il est «Tovarich Kapitaine Foch». Distribution importante de médailles, tankistes, officiers et bien sûr le major Madianov pour la victoire de Pyritz.
 
Mais, il y a surprise, surprise. «Tovarich Kapitaine Foch» est appelé par son chef et celui-ci lui remet son premier "Drapeau Rouge", avec ces mots : "Pour acte de grande bravoure devant l'ennemi, je te remets le Drapeau Rouge". Et comble de l'honneur qui lui est déjà octroyé, Madianov lui remet deux autres Drapeaux Rouges, et le charge d'appeler deux combattants : Popov et Tania (oui une femme) et de les décorer lui-même.


Odre du Drapeau Rouge - Орден Красного Знамени*

Voilà comment, en Pologne libérée, un capitaine de l'Armée Française, prisonnier de guerre des Allemands, évadé d'Oflag, proposant ses services efficaces à des tankistes russes, se retrouve décoré d'une haute distinction de cette armée qui fait trembler les SS.
 
* L'Ordre du Drapeau Rouge est l'une des plus hautes décorations soviétiques, créé dès 1918. Il disparaît avec la fin de l'URSS.
Le général Pierre Pouyade, ancien commandant de l'Escadrille Normandie-Niemen, le colonel Roland de la Poype, ancien lui aussi de Normandie-Niémen, étaient tous deux décorés de cet Ordre.


Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Mer 25 Mar 2015 - 23:11

Et la vie continue avec de nouveaux arrivants. Quelques parties de chasse avec le médecin colonel US, agrémentent les journées et surtout l'ordinaire qui doit être soigneusement géré.

Le 21 février 1945, à 19 heures, une ordonnance du major Madianov, vient chercher notre Tovarich Kapitaine Foch pour rejoindre l'Etat Major du bataillon, et de là, partir avec lui, pour deux heures de route, à Schneidemühl (Pila en polonais), soit à cent km.
Cette petite ville a affreusement souffert ; odeur de brûlé, et de cadavres mélangés, et cela, il y a à peine huit jours. Arrivée à 22 heures.

Au PC du corps blindé, on y retrouve une dizaine d'officiers, dont un général qui rejoint Madianov, qu'il félicite en l'emmenant dans une salle voisine, où se trouve le maréchal Joukov, le fameux maréchal Joukov !
 
Henry fait connaissance avec d'autres officiers, qui s'étonnent de la présence d'un "Franzouski" sur le site. Qui plus est décoré du "Drapeau Rouge".
 
Mais soudain, la porte s'ouvre et la voix de stentor de Madianov retentit en prononçant ces mots : "Tovarich Kapitaine Foch".

Alors le capitaine Henry Fournier Foch est présenté au maréchal Gueorgui Joukov, grand chef soviétique actuel, mais, déjà brillant sous-officier du 10e Dragons en 1915, avant de se joindre aux bolchéviks en 1917.


Le maréchal Gueorgui Joukov
 
Notre capitaine français exécute un énergique "garde à vous", et regard de l'un dans le regard de l'autre, c'est une admiration réciproque qui se remarque par tous les témoins de cet instant. L'effet "Pyritz" joue en faveur d'Henry.
 
Puis vient le temps d'élaborer la stratégie pour la suite des combats en direction de Berlin, notamment pour le passage du fleuve Oder, que les Allemands ne manqueront pas de défendre avec acharnement.
 
Enfin, le maréchal Joukov prend en aparté notre "héros", et s'ensuit un dialogue en tête à tête entre les deux hommes.
Joukov excuse ses officiers pour leur relative naïveté, leur instruction ayant été très rapide, trop rapide, due aux événements. Et cela, dans un français moyen, mais compréhensible, puis arrivent les questions plus personnelles sur le parcours militaire d'Henry, avant de passer à celles concernant l'autre maréchal, le nôtre, le maréchal Foch, que Joukov admirait.
 
Et vient cette question : "Pourquoi Foch n'est-il pas allé jusqu'à Berlin ? " et d'ajouter, "Moi, j'irai jusqu'à Berlin"!
 
Le général commandant le corps blindé prit enfin la parole, ne tarissant pas d'éloges sur les victorieux de Pyritz, ceci sous les ordres de Joukov, prononce ces mots : "Tovarich Kapitaine Foch, sur l'ordre du maréchal commandant le premier front de Biélorussie, je te remets l'Etoile de l'Ordre de la Guerre Patriotique de 1ère Classe".


L'Etoile de l'Ordre de la Guerre Patriotique - Орден Отечественной войны *

Et, une nouvelle fois, non pas champagne, mais cognac !
En plus, confirmé dans son statut d'officier de l'Armée Rouge, le capitaine Henry Fournier-Foch est autorisé à porter les pattes d'épaule de major.

*L'Etoile de l'Ordre de la Guerre Patriotique est comme l'Ordre du Drapeau Rouge, l'une des décoration les plus prestigieuses de l'ex-URSS, deux autres officiers français, anciens de Normandie-Niémen, reçurent également cette décoration : Joseph Risso et Marcel Lefevre...
A noter que "La Guerre Patriotique" est le nom donné en Russie pour "Seconde Guerre Mondiale"

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Jeu 26 Mar 2015 - 23:54

Moment d'allégresse certes, mais gardons les pieds sur terre et Madianov rassemble ses troupes, et malgré un léger "roulis" dû à la vodka, le bataillon reprend la route.
Direction l'Oder, il faut aller vite, très vite, c'est ce qu'il fait comprendre à Henry.

Et celui-ci est dans sa bulle : "Je suis officiellement officier de l'Armée Rouge, je peux servir à nouveau dans les blindés".
Cependant sa mission est tout autre, et d'autre part, le fleuve Oder gelé en début du mois, avait permis le passage d'éléments légers, établissant une tête de pont près de Küstrin, mais nettement plus lourds, les chars T34 de Madianov sont contraints de stopper, l'Oder étant en partie dégelé.

Le 25 février, ce sont des officiers italiens, dont des généraux, qui arrivent. Tous cadres de l'armée de Mussolini, raflés par les Allemands à la mort du Duce et de ce fait, devenus "alliés" des Alliés. Leur conduite n'est pas toujours exemplaire.

Il a été décidé d'implanter un mât pour élever les couleurs françaises, mais pas de drapeau, alors on fait avec les moyens du bord ; le rouge est tiré d'un drapeau nazi, le bleu prélevé sur un édredon, et le blanc coupé dans un drap. Les cordons de montée/descente sont confectionnés par un câble téléphonique.

Ce 28 février 1945, de l'avis d'Henry Fournier-Foch, ce drapeau français hissé sur le sol, encore quelque peu allemand, est le premier, depuis le début du conflit.
Et d'ailleurs, il a pu ramener celui-ci dans ses maigres bagages chez lui en France.

Au cours d'une importante réunion d'Etat Major, "Tovarich Kapitaine Foch" rencontre le général Vassilli Tchouikov, commandant de la VIIIème Armée avant l'offensive sur Berlin d'avril 1945 (à venir), puis Mikhail Malinine, général en chef de l'Etat Major du front, et le maréchal Nicolaï Voronov, grand chef de l'Artillerie.

Tous ces officiers supérieurs impressionnent notre "héros" par leur "jeunesse" de visage et de caractère bien que plus âgés que lui. Leur envie de se battre est évidente.

Au camp, c'est toujours la routine, et l'espoir de retrouver la France ne cesse de se confirmer pour lui et ses compagnons.
Le 5 mars les officiers américains et leur médecin colonel sont partis et des journalistes soviétiques viennent visiter le site de Wügarten.
Et enfin arrive le RP Cléry, infirmier et aumônier, ainsi l'office religieux peut être à nouveau célébré, pour les français, et les habitants du village, dans le temple protestant.

Le 30 mars, sur ordre soviétique, Henry Fournier-Foch, ses trois amis et quelques cinq cents français prennent la route pour se rendre à Landsberg sur Warta, (Gorzow Wielkopolski en polonais). Trente kilomètres à faire à pieds par une route qui n'est que fondrières, ornières pleines de boue, encombrée par une multitude de véhicules évidemment prioritaires.

Arrivée de tout ce monde à 19 heures, ce n'est que vers minuit qu'ils purent être à peu près convenablement logés.

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  MF46 le Lun 30 Mar 2015 - 19:28

Quelle famille !!!! Mais aussi quelle histoire !.... Digne d'un roman d'aventure.... study

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Mar 31 Mar 2015 - 17:11

Donc, nouveau site d'action, mais toujours la même mission, confiée par le maréchal Joukov, le 1er mars, à notre "héros", à savoir, rassembler les étrangers.
Arrivés avec cinq  cents hommes ici, le nombre d'arrivants ne cesse d'augmenter au fil des jours, et pas seulement des Français. La vie s'organise : logement, intendance, sécurité et même police.

Le 2 avril, ce sont trente cinq jeunes Français qui arrivent. Ils sont des Chantiers de Jeunesse, du général Joseph de la Porte du Theil, raflés par les SS lors de l'invasion de la zone Sud de la France.
Ils conviennent parfaitement pour le service de police dirigé par un des compagnons d'évasion : Louis Duclos.
Les Russes leur autorisent les armes.

Mais une autre arrivée s'avère particulièrement intéressante, celle de deux médecins capitaines : Gendre et Julien.
Le dimanche 8 avril, c'est repos pour tout le monde, et le Père Cléry ayant trouvé une petite chapelle, y célébra trois messes. Puis, à 22 heures, ce fut la remise en route de l'usine de production électrique.

Le 11 avril 1945, avançant vers le nord du territoire occupé maintenant par les Soviétiques, à la recherche d'autres "libérés", proche de Falkenburg, des PG (prisonniers de guerre) français, leur indiqua un camp dont les gardes s'étaient enfuis, (annexe de Ravenbruck) où étaient enfermées des femmes.

Henry et ses hommes y pénètrent et découvrent l'horreur. " Je suis Français" dit il, " Bonjour, merci" lui a-t-on répondu. Une quarantaine de femmes, dont quatre déjà mortes, semblaient attendre leur fin.
Prises en charge immédiatement, elles furent ramenées à Landsberg, pour être soignées, logées. Ces femmes de bonne société hongroise, étaient prises comme juives, mais parlaient presque toutes le français.
Elles étaient sauvées. Celles qui ont succombé, ont été enterrées par les gens du village, qui avouaient n'avoir rien su ni vu.
Pendant ce temps, l'armée du général Tchouikov, dans laquelle opère Madianov, auquel Henry Fournier-Foch rend visite le 14 avril, se prépare pour l'assaut de Küstrin, où les Allemands résistent.


Küstrin est une ville forteresse, noeud de routes importantes, le confluent de l'Oder et de la Warta, fleuves navigables à cet endroit. C'est une valeur symbolique pour l'Allemagne.
Déjà la veille, des avions américains avaient bombardé la rive gauche de l'Oder  et doivent y revenir.
A onze heures, les voilà, dans un bruit assourdissant, la Flak allemande leur répond. Grande amplitude de bombardement, peut être sur quinze kilomètres, puis vers 12 heures les chasseurs US passant en rase motte comme pour clore le ballet aérien. Tous ces avions venaient d'une base en Italie.


Enfin, le commandant Madianov enlace son ami français et s'élance avec ses trente chars pour la suite de sa mission ; approcher Küstrin. Il a confié à Henry que l'offensive est fixée au 19 avril.
Le dernier char disparu, Henry et sa troupe, reprirent le chemin de Landsberg, et croisèrent un escadron de Cosaques, montant vers les batteries, dont les cavaliers portaient deux obus de part et d'autre de leur selle.
C'est dire la volonté de ces combattants.

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Mar 31 Mar 2015 - 22:34

16 avril 1945, six heures H-3, l'heure fixée pour le déchaînement de la préparation artillerie, Tovarich Kapitaine Foch, imagine le déroulement de la bataille dans sa tête ; les moteurs des chars, les fantassins qui se hissent sur les monstres métalliques grondant et fumant, s'avançant vers la ligne de départ.
Il se pose deux questions : l'Oder sera-t-il franchi ce soir ? La poursuite vers Berlin va-t-elle commencer ?
Mais il est sorti de son imagination par la KRA (kommandatura), sur un coup de fil, qui l'informe que, près de Stettin, des soldats ukrainiens gardent des allemands prisonniers, ceux ci, se disent français.

Tout de suite, Henry pense à des "Malgré nous". A travers des routes encombrées, il arrive au PC de l'Armée Rouge à Stargard, qui l'oriente vers Stettin. Là, on le conduit dans une caserne qui est, en fait, le dépôt de la "division Charlemagne". Il y découvre une cinquantaine d'hommes, allongés par terre, semblant désabusés, et reconnaît sur leurs manches l'écusson bleu blanc rouge. Il a bien entendu parler des LVF, mais ignore tout de la "division Charlemagne".

Embarquement de ces hommes qui n'osent à peine le regarder dans les yeux, et la surveillance "sérieuse" est ordonnée avec ordre de tirer s'il y a tentative de fuite, bien que ceux ci, tout comme leurs " cousins " allemands, n'ont pas envie de retomber dans les griffes des Soviétiques.

A Landsberg, ils sont confiés à Louis et ses policiers (nommée Garde de Fer).
Le 17 avril, la curiosité pousse Henry à se rendre sur la route de Küstrin, pour en connaître davantage sur la bataille.
Il apprend que le carrefour de Seelow, à quinze kilomètres ouest de Küstrin est sous contrôle russe.


Küstrin - L'artillerie soviétique en avril 1945

Le 19 avril, un véhicule d'Etat Major vient le chercher et le conduit devant le maréchal Joukov qui est au plus près de ses troupes. Celles ci, pour les premiers éléments, sont à moins de trente kilomètres de Berlin.
Le pilonnage de la capitale du IIIéme Reich a débuté.
Dans le dialogue entre les deux hommes, Joukov lui parle de son grand-père : le maréchal Foch. Puis il vante la discipline de ses troupes dans cette période actuelle, par rapport à celle des unités de la première guerre mondiale.
Il lui reconnaît une nouvelle fois son audace d'avoir "guidé " tactiquement le bataillon pour la victoire de Pyritz, tout en approuvant le colonel commandant la brigade d'avoir écouté les conseils d'un soldat étranger.
Enfin, il en revient à Berlin, en réaffirmant qu'il y serait demain.

Et maintenant, les choses sérieuses : il surprend Tovarich Kapitaine Foch, en lui demandant de lui fournir des hommes pour remplacer des pertes subies, pour le dernier rush avant Berlin.
Henry accepte, et lui propose quatre compagnies de deux cents hommes chacune. Joukov lui promet de ne pas trop les exposer.

Puis le maréchal russe prend congé du capitaine français qui rentre vers Landsberg.

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Mar 31 Mar 2015 - 23:47

Le lendemain, on organise la troupe, avec équipement de combat et munitions. Il y a trop de volontaires.
Puis ensuite, Henry rejoint Madianov à Göritz, à la demande de celui-ci. Le commandant russe lui raconte le combat de son bataillon, après une bonne rasade de cognac. Il lui dit qu'il a failli se faire tuer par un gamin de quinze ans (hitlerjugend) qui le visait avec un panzerfaust.

Dans les jours suivants, Henry Fournier-Foch apprend que des français, attachés à la terre ici depuis quatre ans ne veulent plus la quitter, de peur de ce qu'ils pourraient retrouver (ou non) en France. Certains ont épousé leur patronne, veuve de guerre d'un soldat tué en Russie.
Mais, plus tard, il apprendra qu'ils ont été chassés de ces terres par les Polonais.

Au village, (c'est ainsi qu'Henry appelle Landsberg), il annonce qu'il ne veut aucune différence entre les diverses catégories de français. S'il y a des comptes à régler, cela se fera en France .
Tout fonctionne bien. Même des petites pièces de théâtre sont jouées, notamment par des soldats italiens.
Le 27 avril, un restaurant communautaire a été inauguré sur ordre venu de très haut (communisme oblige), mais le surlendemain, il était parti en fumée, les pompiers étant partis sur un autre sinistre. On ne le rebâtit pas.

Henry Fournier-Foch apprit l'existence d'un grand camp de concentration au nord de Berlin,à Oranienburg.
Passant au plus près de la bataille de la capitale, il arrive à ce camp, où là encore, il découvre l'horreur dans sa plus grande expression. Ils étaient une trentaine, dont une vingtaine de français, à l'état squelettique.
Les Russes présents cherchaient les geôliers pour les abattre, sans sommation.

Le voyage de retour durera douze heures, arrêts compris, pour abreuver, avec moult précaution, les "rescapés".
La bataille de Berlin était terminée, les huit cents volontaires du Tovarich Kapitaine Foch sont de retour à Landsberg.


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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  charly71 le Mer 1 Avr 2015 - 10:22

Quelle magnifique description de la vie militaire de Henry Fournier-Foch !
Merci sieur Bernard, merci.

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Jeu 2 Avr 2015 - 23:39

Le 3 mai 1945, une nouvelle expédition de recherche des "Malgré Nous", est organisée. Arrivant à Stargard, ou il explique au commandant de la KRA, ce qu'est un français domicilié dans une région "colonisée" par les Allemands.
C'est dans un camp situé à une quinzaine de kilomètres de Stargard qu'il opère aujourd'hui sous l'autorité russe bien évidemment. Dans son équipe, il y a un Alsacien qui a connu cette situation, mais il s'en est échappé en désertant.

En une heure, après un entretien individuel, les Alsaciens et Lorrains sont en route pour Landsberg, non sans des tonnes de remerciements, envers leurs libérateurs. Mais des resquilleurs ont été démasqués.
Mais l'Armistice approche. Enfin!! Mais les Russes n'en parlent pas. Une certaine inquiétude gagne tous ces " libérés des camps", car Henry Fournier-Foch, sans information précise, ne sait pas quoi dire à toutes ces femmes et hommes.

Et pourtant, soudain, il se décide. "Demain, on va à Berlin".


Il part avec son chauffeur Popov, à quatre heures du matin.
Toujours des routes encombrées : soldats, véhicules, prisonniers allemands et italiens sévèrement encadrés.
A Berlin, c'est le choc à la découverte du chaos, destruction absolue, des incendies survivent encore.
Le QG de Joukov est à Karlshorst. Henry, en uniforme d'officier russe est à la recherche du maréchal, aussi on l'emmène au bord du lac Wannsee où les deux hommes se retrouvent. Accueil chaleureux de la part du grand chef.
 "Tovarich Kapitaine Foch, je suis à Berlin, oui à Berlin !...". Et il ajoute : "Si ton grand-père y était venu en 1918, nous n'y serions ni toi ni moi....".
On lui présente les généraux Berzanine, Sokolowski et Malinine, pour les plus connus.
Ayant exprimé au maréchal, la hâte de revoir la France au plus vite, celui-ci lui répond que la guerre n'est pas finie. Il lui annonce quelque chose de terrible : "Nous allons reprendre la lutte, pour rejeter Anglais et Américains à la mer". Souriant, il ajoute : "Pas Brest-Litovsk, Brest, chez toi, tu viendras avec moi...".

 
Henry est secoué comme par un coup d'éclat d'obus reçu à Art-Prilpp. Tout de suite, il pense à cette armée surpuissante, à la vaillance de ses soldats, mais aussi ses points faibles. Quelle sera la réaction des Alliés de l'Ouest, à cette invraisemblable intention ?
Tout cela chavire dans sa tête, lui qui avait une telle admiration pour ce grand soldat, maintenant, ce sentiment transforme en haine.

Complètement écoeuré, Henry part à la recherche des "autres" Alliés, et trouve un poste avancé britannique, et là il raconte ce qu'il vient d'apprendre.
Sur le retour il pense au général Foch en novembre 1918, il avait six ans quand le chef des Armées Alliés est rentré à Paris, venant de Rethondes, après la signature de l'Armistice de 1918.

Arrivé au village, il apprend, de ses amis, que la radio a annoncé la signature de l'Armistice, et surtout que le général de Lattre de Tassigny y représentait la France.
Quand aux russes, inutile de dire que la vodka est plus que jamais leur amie.

Le 20 mai, Tovarich Kapitaine Foch apprend qu'il est promu lieutenant colonel (podpolkovnik) de l'Armée Rouge, et qu'il reçoit son deuxième Drapeau Rouge, pour les services rendus, ainsi que pour le "prêt" de huit cents hommes pour la bataille de Berlin.

Le retour des Français est prévu par Odessa, mais Henry et sa troupe se retrouvent en Biélorussie (actuelle), dans un endroit des plus déshérités de la terre : Les Marais du Pripet (Prypjac) fleuve et tourbière venant d'Ukraine.
Un camp militaire près de Starje-Doroghi les accueille, lui et ses sept mille cinq cents hommes. D'un inconfort total, envahi par les moustiques, libres d'accès sur les épidermes, cet endroit lui permet d'augmenter ses "libérés".

Pour prendre ses renseignements à la KRA, il est obligé de se rendre à Bobrowski, et cela lui donne l'occasion de franchir la Berezina. Là encore, ses pensées vont aux malheureux soldats de Napoléon, repassant ce fleuve, harcelés par les Cosaques.
Pendant les six semaines passées ici, Henry Fournier-Foch récupère encore trente cinq "Malgré Nous", dans un camp voisin. Puis ce sont quatre cents officiers venant de l'Oflag IV qui arrivent, dont un général.

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Ven 3 Avr 2015 - 1:07

A partir du 25 juin, sept convois ferroviaires, furent organisés pour le retour vers l'Ouest, et non pas vers Odessa comme initialement prévu. Henry embarque dans celui du 2 juillet, le dernier, franchit l'Oder, pour s'arrêter à Königs-Wusterhausen (20 km sud de Berlin).
C'est le 8 juillet. De là, il rejoindra Magdebourg par la route, dernier point en "Sovietie", et ville détruite en grande partie.

Cependant, un souci tracasse notre "héros", le convoi n°5 n'est pas arrivé ici, il a été dévié vers Halle (plus au sud). Et aussi, un autre détail dénoncé par Louis Duclos : le capitaine Jean Bassompierre, de la Division SS Charlemagne a réussi à s'échapper avec deux camarades. On apprendra plus tard, qu'il a été arrêté en Italie et ramené en France.

Le 17 juillet 1945, le capitaine Henry Fournier-Foch, quitte, enfin, le secteur soviétique et pénètre cette fois dans le camp britannique, où il va rester jusqu'au 24 juillet. Il est reçu par la Sécurité Militaire Française (deux commandants) assez froidement, qui le questionnent sur les convois, et pourquoi en est-il le chef ?
Ainsi, il est obligé de raconter son parcours russe. Au retour dans sa chambre, la porte a été fracturée et il s'aperçoit qu'on a volé ses trois décorations, ses épaulettes de lieutenant colonel de l'Armée Rouge ; la veste a été jetée à terre. Pour lui, c'est une perte inestimable.

Le 19 juillet, il est invité au mess de la British Army. Les questions sont diverses, de son nom Foch, à ses galons soviétiques. Et de nouveau, ce sont les deux français qui l'entendent au sujet de la "Charlemagne SS" et des trois évadés. Les reproches affluent.

ET ENFIN, le GRAND JOUR..... Le retour définitif en France. Mais il n'en a pas trop de souvenir. Réveillé par les cris de joie des autres "voyageurs" au passage de la frontière, on lui dit que train est passé par la Hollande et la Belgique.
Tentant de décompresser de toutes ses responsabilités depuis son évasion de l'Oflag IID, il s'était endormi.

Le 26 juillet 1945, le capitaine de l'Armée Française, Henry Fournier-Foch, arrive à la gare du Nord à Paris. Il ne lui reste plus qu'à retrouver sa femme et ses deux premières filles.

Je suis sûr, qu'après un tel parcours militaire et humain comme celui que nous venons de découvrir, un certain Ferdinand Foch, Maréchal de France, de Grande Bretagne et de Pologne, aurait été fier, de son petit fils.

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  charly71 le Ven 3 Avr 2015 - 10:23

un tout grand merci pour cette suite Bernard, passionnante ...

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Lothy le Ven 3 Avr 2015 - 10:52

Quelle vie, il a vécu cet homme.... Un véritable roman d'aventure.... Rolling Eyes

Oui Bernard, comme toi, je pense que son illustre grand-père a dû être fier de lui, de là où se trouve....

Merci pour tout ce travail de Mémoire... study

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Sam 4 Avr 2015 - 0:05

Je me dois de préciser que la source du récit de l'aventure militaire auprès des Russes, est tirée du livre écrit par le colonel (ER) Henry Fournier-Foch et paru en 2001 : Tovarich Kapitaine Foch.

J'ajoute que j'ai pu avoir, pour cette période et d'autres, des renseignements complémentaires, par deux de ses quatre filles : Marie-France et Sabine que je remercie vivement. Voir ICI

*=*=*=*=*=*=*=*=*=*

Le capitaine Henry Fournier Foch est breveté parachutiste en 1947 à Pau, il portera le béret bleu des troupes métropolitaines.
En 1948, il est en garnison à Bayonne, jusqu'en 1951.
Puis c'est l'Ecole de Guerre jusqu'en juin 1953. Mais, il est volontaire pour l'Indochine, et pourtant, il se retrouve à l'état-major de la 1ère DB à Trèves, en Allemagne.

Là-bas, il y reste huit mois connaissant des expériences fort intéressantes, mais dans sa tête, l'espoir d'un commandement d'un bataillon parachutiste, ne le quitte pas.

Enfin, le 23 avril 1954, c'est le départ d'Orly, par avion ; un Constellation, pour Saïgon. Henry retient trois clichés de ce voyage :
- Le survol du delta du Nil, calme et paresseux, quelques voiles de felouques, la paix apparente.
- Le désert d'Arabie-Saoudite et une ligne droite à l'infini; le pie- line et pas le moindre signe de vie.
- L'escale à Bombay, interdiction de sortir de l'avion avant de passer entre les mains d'une équipe de désinfection, alors qu'à la descente, les voyageurs sont assaillis par les mendiants, eux ne sont pas désinfectés.

Et l'arrivée sur le sol d'Indochine, à Saïgon, dans une chaleur humide qui ne le quittera pas durant tout son séjour.
Mais la déception l'attend, il n'aura pas de bataillon parachutiste, on lui offre le commandement du IV/ 5ème Régiment de Tirailleurs Marocains.


Son acceptation est consécutive à la mise en garde d'un événement vieux de deux ans. En effet, on lui apprend qu'un tirailleur devenu fou, a tué son commandant. Henry ne s'en émeut pas pour autant.
Devant rejoindre cette unité au Laos, et dans l'attente de l'avion pour le transport, il visite Saïgon et rencontre des camarades.
Finalement, il aura son "billet" pour le 27 avril.

Le 27 avril, Henry arrive à Paksé (Laos) au P.C du Groupe Mobile 7.

Le G.M.7 unité opérationnelle, comprend :
   1 P.C à tête coloniale (Colonel Quilichini) secondé par un lieutenant colonial.
   1 Groupe d'Artillerie Coloniale : le GACAOF, à base de Sénégalais.
   3 bataillons d'Infanterie soit : 1 bataillon de coloniale (Sénégalais) et 2 bataillons de tirailleurs marocains :
     le IV/ 2 et le IV/ 5 celui du commandant Fournier-Foch.

Ces bataillons IV sont "les bataillons de marche" des régiments restés au Maroc, qui en assurent les effectifs, les relèves, etc....
Au passage, Henry remarque que des petits privilèges sont accordés aux coloniaux, et il en reparlera plus tard.
Il rejoint son bataillon, donc le IV/5 à trois kilomètres au sud de Pakse, au bord du Mékong. Il y est accueilli par le commandant Gastaud, devenu " l'ex", un homme très bien, qui lui présente les officiers, et passe les consignes. Il prend le commandement le 5 mai, alors que personne du PC GM7 n’est venu l’introniser….
Voici les officiers du commandant Fournier-Foch :
                 Capitaine Menu (adjoint)
                 Capitaine Logeron      cdt la 13è Cie
                 Capitaine Andréa       cdt la 14è Cie
                 Capitaine Fabre         cdt la 15è Cie
                 Lieutenant Tijani        cdt la 16è Cie
                 Capitaine Saelens      cdt la C.A

Le lieutenant Tijani est le seul officier marocain de ce bataillon ; il se montrera partout remarquable.

Les noms de quelques uns de ses lieutenants : Benvenutti, officier de renseignements, un vieil ami de Rouffach et de Mützig, précieux dans l'avenir.
Lamarle, de Courrèges, Emmanueli, Padovani, Frizac, Coulomb, Petit, Vierne, mais malheureusement, il en a oublié d'autres, tous mieux que bien.

La qualité de l'ensemble est très supérieure à la moyenne, le nombre, lui, est insuffisant. Les sous officiers, aussi excellents, mais en nombre réduit.
Quant aux hommes, des Berbères de l'Atlas, sensationnels, mais ici au Laos, ils s'ennuient. Pas de vrai baroud, c'est la jungle.
Toute cette période laotienne, est marquée par l'écoeurement, un manque de tout, des hommes doivent marcher pieds nus. Henry crie au scandale à l'Intendance.

7 mai, chute de Dien Bien Phu, juste une pensée à un éventuel bataillon para qu'il n'a pas eu.

Le 27 mai 1954, le IV/ 5e RTM est embarqué à Paksé, pour Hanoï. Des Dakota, attendent depuis des heures et sont surchauffés, tout le monde porte sa serviette de toilette autour du cou et doit la tordre régulièrement.

Arrivée au Tonkin, à Hanoï, aéroport de Gia-Lam, avant de filer à la base du bataillon, à Son-Taï, pour se rééquiper. Ils sont contents d'y être revenus car, nombreux ceux qui y ont déjà séjourné et combattu.

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Lun 6 Avr 2015 - 23:45

30 MAI 1954.  Les petites opérations commencent, entre Hanoï et Haï-Phong, au nord de cette ligne, travail de compagnies isolées, ratissages aussi vains que fatigants. Puis repos. En fait ses tirailleurs, montent la garde aux avions à Gia-Lam à la place des coloniaux, mais quand même un peu de bon temps.
De courte durée, car on les appelle pour l'opération "Barbara" qui consiste en un dégagement et évacuation d'un poste au nord d'Haï-Phong.
Exécution d'une belle manoeuvre par échelons successifs par les compagnies du IV/5 RTM du commandant Fournier-Foch, deux d'entre elles couvrant le retrait des deux autres.
Un artilleur, un remarquable D.L.O. le lieutenant Coffy, se chargeant de freiner les rares viets qui essaient de garder le contact.
A part un sous-officier blessé et évacué, tout le monde rentre, non sans avoir fait piéger, par le génie, le site abandonné et soumis au pillage par l'ennemi.
Peu après 15 heures, tout saute : fortin, abris, soute à munitions, etc....

Suite à ce succès, le colonel Huet (?)* commandant le secteur, félicite Henry, et lui promet une citation, mais le lendemain....

9 JUIN. Ce même colonel saute sur une mine et en meurt.

19 JUIN. Le G.M complet est en opération dans la région de Vinh-Yen, l'artillerie couvrant le P.C. le IV/5 est quelque peu livré à lui même, on lui refuse trois half tracks avec mitrailleuses, aussi, il décide un coup de poker.
Henry lance un appel sur le canal 16, celui de l'appui aérien, et à sa grande surprise, il entre en relation avec la salle "OPS" du CATAC d'Hanoï, et là, c'est avec le commandant Thorette, un marin qui était avec lui à l'Ecole de Guerre.
Sa demande est aussitôt prise en compte, en échange d'un balisage judicieux, il lui promet du lourd.
Trente minutes plus tard, une dizaine de B27 larguent les bombes au ras des tirailleurs qui s'extirpent sans perte. Son chef de G.M. le blâme, malgré son succès, pour l'avoir court-circuité, mais seul le résultat compte.

29 JUIN. Retour à la BA, et tout de suite Henry et deux de ses compagnies sont désignés pour rendre les honneurs au nouveau chef du gouvernement du Viet Nam : monsieur Diem, qui arrive à l'aéroport de Gia-Lam.
Aucun délai pour faire un brin de toilette, c'est en tenue de combat, chapeau de brousse et pataugas que les deux compagnies du IV/5 durent se présenter, et le comble, c'est qu'à côté d'eux, se trouve, en tenue impeccable une fanfare de l'armée vietnamienne.
 
Le général Cogny accompagne Mr Diem, et tous deux, passent en revue la belle troupe de musique, mais avant d'arriver aux tirailleurs, crasseux certes, mais victorieux ces dernières heures, le général attrape le premier ministre par le bras. Ils font demi-tour.
Affront de toute évidence, "l'hachouma" ressentie par tous ses tirailleurs.

7 JUILLET. Le bataillon rentre de huit jours de "balades" et les tirailleurs vont se préparer pour la grande fête de l'Aïd-Seghir, tout est à préparer, mais il manque les moutons.
Réclamation à l'Intendance, et les pauvres bêtes sont larguées à cinquante mètres dans les rizières. Mais tous vivants, plus pour longtemps.

8 JUILLET. La fête intime, sans invité, sera très réussie.

Henry Fournier-Foch se sent bien dans ce bataillon et ses hommes le lui rendent bien.

* Indication du colonel Fournier-Foch

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Mar 7 Avr 2015 - 22:32

Du 9 au 20 JUILLET 1954  Bataille, presque continuelle, de Phuc-Yen à Vinh-Yen le bataillon se bat magnifiquement, et gagne partout.
Le premier soir, la compagnie de Tijani fait prisonniers, deux officiers lors d'une embuscade de nuit. Ceux-ci arrivent de Dien Bien Phu, très fatigués.
 
Le 10, grosse bagarre à Phuc-Yen, le G.M. se heurte à une division vietminh. Les jeunes recrues un peu hésitantes, se ressaisissent à la vue des anciens de la compagnie Tijani. Ils suivent et chargent à la baïonnette et font, après les comptes, près de deux cents morts.

Par contre le IV/2 RTM a beaucoup souffert, il recule, malgré un bon appui d'artillerie, de la part de Saelens qui commande la C.A.
 
11. 12. 13. Les accrochages continuent, sévères pour le viet, mais malheureusement, le lieutenant Coffy est tué d'une balle en pleine tête, juste à côté d'Henry. Les compagnies Longeron et Fabre progressent au profit du IV/2 RTM.
Tous les combattants sont en peine de la perte de Coffy, mais les bataillons savourent la victoire.
 
Le 13 JUILLET, au soir, le commandant Fournier-Foch laisse le commandement à son adjoint, le capitaine Menu. Il est évacué sur Hanoï ainsi que deux blessés.
Henry a souffert énormément de cette chaleur tonkinoise, mais un autre officier, le lieutenant Padovani est tué, d'une balle en pleine tête, le 17 juillet.

De retour aux opérations le 20 juillet, Henry retrouve ses hommes, sur le retour vers Hanoï. Tous sont heureux de retrouver leur chef, avec la satisfaction du devoir bien fait.
En effet, le bilan est positif : trente officiers prisonniers, quelques armes récupérées, les autres ayant été détruites, et culasses rapportées.
 
Le convoi s'avance, avec en tête la Jeep de la C.R (circulation routière), puis celle de Menu, et ensuite celle du commandant Fournier-Foch. Ils sont à quelques kilomètres d'Hanoï, quand un Dodge de l'armée vietnamienne, arrivant de la droite, à l'entrée d'un village, s'infiltre dans la colonne, devant la Jeep de Menu, lorsque brusquement, il saute sur une mine : violente explosion !
 
Toute la colonne s'arrête, sauf Menu qui se retrouve dans le trou de mine, il est ému, choqué, mais vivant. L'explosion était commandée à distance, et c'est le chef de colonne qui était visé.
Il fait reconnaître qu'Henry a une certaine baraka.
 
Arrivés à la B.A. les officiers viets confient aux officiers français que le moral des divisions régulières est au plus bas.

25 JUILLET. 8 heures du matin, un coup de fil du 3e bureau des F.T.N.V. pour annoncer le transfert du bataillon, à bord d'un cargo civil, pour Saïgon.

Grosse surprise, mais bon...

Quand tout le monde est prêt, départ pour Haï-Phong où le bataillon bivouaque.

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Mer 8 Avr 2015 - 0:58

26 JUILLET 1954.  Haï-Phong 10 heures du soir, devant les grilles du port.
Nuit noire, des rares lumignons font briller les pavés encore trempés par les trombes d'eau de l'après-midi, chaleur moite, silence pesant, tout est calme.
Un seul bateau est "en veilleuse", c'est l'Abbeville qui doit donc embarquer ces soldats qui forment le IVe bataillon du 5e RTM du commandant Henry Fournier-Foch.

Déjà, dans la journée, les camions ont été embarqués, ainsi que les matériels lourds, et bientôt ce sera au tour des cinq compagnies.
Henry et son "pote", le lieutenant Benvenutti, sont sur place et bavardent à voix basse, pour ne pas troubler ce silence profond de la nuit. La discussion porte sur la signature de l'armistice et la surprise que cela provoque chez certains.

Le combat aurait pu continuer que cela n'aurait pas gêné ces généreux et valeureux soldats que sont les tirailleurs du commandant Fournier-Foch.
Et voici les compagnies, en tête la 13ème du capitaine Longeron, puis la "14" avec le capitaine Andréa, la "15" du capitaine Fabre, suivie de la "16" du lieutenant Tijani et de la CA du capitaine Saelens.

Mais, en plus, Henry a accepté d'emmener quelques passagers "clandestins".
En effet, la veille, il a été abordé par trois prêtres en soutane, lors de la reconnaissance au bateau. Ceux-ci cherchent à quitter le Tonkin avec leurs ouailles devant le péril communiste, et sont venus demander la permission d'embarquer avec le bataillon.
Henry, ne promettant rien, leur dit qu'il va demander un avis de l'Etat-Major.

Echange téléphonique avec un autre ami de l'Ecole de Guerre, le commandant B., lequel lui donne un avis favorable.
Heureux de cette réponse, il l'annonce aux "hommes de Dieu", et  en parle au commandant du bateau, un breton râleur mais au bon coeur.

Donc les trois prêtres et leurs paroissiens peuvent, à leur tour, embarquer.  Image émouvante de voir ces gens, menus, discrets, chargés comme des mulets, au milieu des tirailleurs dont certains sont des "armoires", et même quelques uns portant des enfants, alors que, voici plusieurs jours, ils fonçaient tête droite et baïonnette au canon contre une bande de viets.

Un jour, sans peur et sans pitié, et aujourd'hui, toute tendresse.

Le départ étant prévu pour 6 heures demain matin, le commandant du bateau invite Henry et ses officiers à venir boire le verre de l'accueil.
Le voyage dura trois jours, ce fut trois jours de mer calme, de chaise longue sur le pont, de vrai repos pour tous ces guerriers. Pourtant, une naissance à bord, avec l'aide du "toubib " du bataillon.  Le nombre des passagers supplémentaires était de plus de 1150. Un beau sauvetage que les militaires ont pu faire.

Sur le pont, les tirailleurs chargés du nettoyage s'amusent avec les tuyaux d'arrosage, tandis que leur chef bouquine du Stendhal, du Saint-Exupéry.

30 JUILLET. Saïgon, au soir, le port grouille d'activités de toutes sortes, et du haut du pont, Henry voit filer, colonne par un, ses paroissiens clandestins, très surchargés, les tirailleurs n'étant pas encore débarqués.
Ils ont disparu dans la nuit, Dieu seul sait à qui ils se confient.

C'est au tour du bataillon de débarquer, calmement, puis il aide au déchargement des matériels de la Base. Et, mauvaise surprise, pas d'instruction précise pour l'hébergement. Henry se fâche ...un peu, et vers minuit, on envoie le bataillon au Champ de Courses.
Il vaut mieux ne pas traîner en ville car des sectes Hoa-Hao et caodaistes ne manquent pas de s'affronter, étant déjà hostiles toutes les deux aux Français, elles en arrivent à se battre entre elles.

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Jeu 9 Avr 2015 - 23:03

31 JUILLET. Le bataillon est mis à contribution pour des corvées indignes d'une unité opérationnel comme le IV/5 RTM. Sans compter ce logement minable au célèbre " Camp des Mares", pour ses officiers.
C'est le temps des frustrations pour le commandant Fournier-Foch, mais aussi pour ses cadres et ses tirailleurs.

15 AOÛT. Jour férié, et le bataillon est consigné, et en plus du temps infâme, le terrain de l'hippodrome est inondé, tout le monde patauge, et les véhicules s'embourbent.

20 AOÛT. Ordre écrit pour aller à Sadec (200 km à l'Ouest), et ce même jour il apprend que le bataillon va être cité à l'Ordre de l'Armée, mais cette citation ne sortira jamais. Pourquoi ?

Donc le déplacement se fait avec plein de difficultés, nombreux bras du Mékong à franchir, seulement par des bacs aux horaires fantaisistes.
Le secteur à "contrôler" est à Log-Xuyen ; faire régner l'ordre et favoriser le repli de petites unités vietminh qui se maintiennent en Cochinchine, respectant, elles, l'armistice signé au Tonkin.
Mission délicate dans le secteur due aux rivalités sectaires des Hoa-Hao, actifs en méfaits en tous genres. Mais aussi les unités combattantes de l'Armée régulière vietnamienne qui ne reconnaissent pas l'armistice.

FIN AOÛT. Départ du général Salan. La mousson arrive, on se précipite dehors, toute la population est dans la rue, nue pour la "grande douche".

28 AOÛT. Le 4ème bureau de l'EMITF lui propose la construction d'un camp en "demi dur" entre Saïgon et le Cap St Jacques.
Rencontre avec un des trois prêtres de Haï-Phong, ceux du bateau, heureux de le retrouver, et là encore , Henry lui propose son aide, car ce brave curé et ses paroissiens sont dans la misère. Ils sont même rejetés par les locaux.
Le prêtre lui explique qu'avec quelques bambous, la vie changerait pour eux.

Aussitôt dit, aussitôt fait, le capitaine Andréa, vingt tirailleurs, trois camions et des outils, partent sur la route de Long-Than pour couper ces bambous tant désirés, pendant que d'autres s'activent à défricher pour faire place nette avant d'installer les constructions. Les femmes et les enfants participent également.

Retour "victorieux" des "coupeurs transporteurs". C'est un bel exemple de solidarité qu'ils vivent là. Pause casse-croûte, et reprise du travail, car ensuite ce sont les Tonkinois qui sont venus aider les tirailleurs pour établir leur camp à trois kilomètres de là.

9 SEPTEMBRE 1954. Le commandant Henry Fournier-Foch apprend que le 4e bataillon du 5e RTM va être "enrégimenté" et devenir le XI/9, le 9e RTM étant reconstitué. Drôle d'idée, car le 5 a deux fourragères, alors que le 9, aucune.

Entre-temps, le gros des tirailleurs toujours en "exil" à Long-Xuyen reçoit régulièrement la visite d'Henry.

1 OCTOBRE. Le G.M. 7 est dissous, et de ce fait, Henry Fournier-Foch est officiellement du XI/9 RTM, mais il n'y a pas de colonel ni de général, mais le bataillon a récupéré "Messaoud", le bélier de la nouba, et aussi les tenues de parade, les T1.
Puis c'est l'installation à Thu-Duc, donc confirmation de garnison dans l'Est de la Cochinchine.

3 OCTOBRE. Rencontre à Baria avec un camarade de l'ESG, le commandant Guinard dont le bataillon a beaucoup souffert.

8 OCTOBRE.  Le lieutenant Tijani reçoit l'avis officiel de sa citation à l'Ordre de l'Armée pour une action héroïque au Laos.

21 OCTOBRE. Le bataillon quitte Long-Xuyen et rejoint son chef à Long-Than.

22 OCTOBRE. Le commandant Henry Fournier-Foch apprend la fin de son temps de commandement, alors qu'il n'a pas de successeur désigné.
Inquiétude pour son avenir. On parle de lui pour une place près du général Ely, ou encore aller à Phnom-Penh, pour diriger "l'Ecole de l'Armée Royale Khmère", mais aussi une place à l'EMIFT.

24 OCTOBRE. Arrivée du colonel de Susbielle, futur chef de corps du 9e RTM.
Les officiers d'Henry sont perplexes aussi sur leur avenir, et quelques uns font valoir la fin de leur temps.

29 OCTOBRE. Revue. Le bataillon défile devant son nouveau chef. Tous les tirailleurs, tirés à quatre épingles, mais aussi "Messaoud" et ses cornes d'or et la nouba avec son "chapeau chinois".
Mais le soir, ayant donné énormément, Henry sent arriver "le coup de pompe".

2 NOVEMBRE. Il est là pour tracer l'emplacement du camp, à deux kilomètres de Long-Than, à trente kilomètres de Bien-Hoa, sur la route du Cap St Jacques.
Bivouac, travail avec les Tonkinois, des curés, excellente entente avec les tirailleurs qui s'amusent comme des gosses, parce qu'ils ne sont pas au baroud, car là, ils sont sérieux, ô combien ! Et même terribles. "Sans peur et sans pitié".

6 NOVEMBRE. Le colonel veut une fête mais une fête marocaine, aussi cela se fera en même temps que les tirailleurs célébreront le "Mouloud".

9 NOVEMBRE. Fête magnifiquement réussie, Henry reçoit les félicitations et devant quelques journalistes. Mais......

Le soir, il couche à l'hôpital de Saïgon ! C'est la jaunisse carabinée, mais en fait, un "ictère infectieux".

10 NOVEMBRE 1954. A l'hôpital Grall, Henry apprend sa nomination à l'EMIFT*, mais, sans suite, due à son état de santé, un successeur est nommé, mais il ne le verra pas, il ne le connaîtra pas.

* EMIFT : Etat Major Interarmées et des Forces Terrestres de 1946 à 1954

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Ven 10 Avr 2015 - 22:57

A l'hôpital, Henry, installé seul dans une chambre, prend du repos mais est consterné par la vue de son visage amaigri et....jauni. N'est-on pas en Asie ? A force de "jaunir" les bataillons et les groupes de marche, cela a 
tendance à déteindre. C'est une blague.

Cependant il gardera deux excellents souvenirs de cet hôpital ; une infirmière très douce, distinguée, femme d'un officier vietnamien, et le second, le petit déjeuner servi avec un chocolat chaud, un régal.
Demandant des explications au médecin-commandant, celui-ci répond que c'est grâce aux colis livrés par les Américains, car, ceux-ci, pendant les batailles des Philippines, ont découvert que le chocolat était un excellent remède contre les hépatites, jaunisses, ictères etc....

17 NOVEMBRE. Presque tous les officiers du bataillon sont venus le voir, et lui remettent le fanion de l'unité.
Emu, Henry leur exprime sa gratitude par une étreinte fraternelle. Ali, son ordonnance, vient le voir tous les jours en compagnie de deux ou trois officiers, à tour de rôle. Même les curés passent le voir.

Cependant, l'affaire Phnom-Penh refait surface, le roi du Cambodge avait donné son agrément pour sa venue.
Il était même, parait-il, très flatté. Mais bon .... tant pis !

30 NOVEMBRE. On lui parle également d'une affectation à Tunis, bien qu'il n'y croyait pas, elle revient d'actualité.
Celle-ci est plus vraisemblable, mais que va dire le roi ? Ah ! Gros problème. Mais bon.... tant pis ! 
Le soir, à 18 heures, il voit le général Gandoët, "un seigneur". En Italie, à la tête du 4e RTT, il a été le héros du "Belvédère". Henry lui parle de ses réflexions pour son avenir, aussi ce général lui conseille de partir rejoindre le général Lecoq, qui est un ami commun aux deux hommes.
Pendant ce temps-là, l'installation du XI/9 se poursuit, où Henry est invité pour une visite. Il est heureux de voir que ses "anciens guerriers" sont enfin bien installés.

6 DECEMBRE. Prise d'armes d'adieu au bataillon, sur la place du nouveau camp. Cinq compagnies au complet, la nouba, tous en grande tenue, et aussi les trois paroisses tonkinoises. Comme le nouveau chef de corps n'est pas encore arrivé, le commandant Fournier-Foch délègue l'autorité à son adjoint, le capitaine Menu.

Toutefois, c'est Henry qui fait, une dernière fois, lever les couleurs, et au son du clairon, il repense à ce mois de février 1945, où, en Poméranie, il commandait, à nouveau, après sa libération de l'Oflag IID, et, grâce au drapeau confectionné avec les moyens du bord, la montée des Couleurs Françaises !

Le repas qui s'ensuivit, réunissait Henry, ses officiers, les plus anciens sous-officiers de chaque compagnie, toujours ces braves curés.
La journée s'est terminée vers 16 heures, et après les adieux, Henry a regagné sa chambre à l'hôpital. Et là il repense à toute cette période indochinoise, pas celle qu'il espérait, mais quand même pleine de surprises et d'enseignement sur des hommes qu'il ne connaissait pas et qu'il a appréciés au plus haut point : ces fameux guerriers de l'Atlas. Il n'a pas oublié d'en remercier le Seigneur, pour cette baraka qui l'a préservé de la mort.

Et aussi bien sûr, une pensée émue pour ceux qu'il a vus "partir", notamment Coffy et Padovani, mais aussi un ami très cher : le commandant Thollot, artilleur du 35e RALP.
A ce jour, Henry sait qu'il part le 12 décembre par un vol sur Constellation, comme pour son arrivée, mais en attendant, il profite encore de "son" bataillon dont les hommes, à tour de rôle vont se baigner dans les eaux du Cap St-Jacques, sous les yeux des résidents. Quelle excellente convalescence !

12 DECEMBRE 1954. C'est "Mohamed chauffeur" et "Ali Commandar" qui ont conduit leur commandant à l'aéroport de Tahn-Son-Nhut, où l'attendaient ses officiers pour l'ultime adieu.. cette fois. Dernières étreintes et en route pour l'embarquement. 
Au pied de l'avion, il n'est pas encore au bout de ses surprises. En effet, il y a ses trois amis curés tonkinois, ils ne pouvaient pas le laisser partir sans un cadeau de la part d'eux-mêmes et de tous leurs paroissiens.
Une grosse dernière émotion en recevant ces deux "céramiques guerrières" de Bien-Hoa*.
Départ et ultime vision de l'Indochine, les trois silhouettes blanches qui agitent leurs chapeaux.

Voyage normal et arrivée sur Beyrouth, cité féerique, une ville si belle, toute blanche dans un ciel d'un bleu très pur. Un autre monde, une autre civilisation, ce n'était plus l'Extrême-Orient humide et populeux.
C'était ici quoi ? ...... tout simplement la France !

La FRANCE, il y sera quelques heures plus tard, un peu abruti, mais tellement heureux. 
Encore une fois, Annette retrouvée, et ses quatre filles. Une nouvelle vie pouvait recommencer.

Mais..... pour combien de temps ???

* Au décès du Colonel ce cadeau était toujours près de lui, dans son bureau.

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Dim 12 Avr 2015 - 23:25

Arrivé à Tunis en 1955, auprès du général Lecoq, alors commandant supérieur des troupes de Tunisie, le commandant Henry Fournier-Foch en devient son chef de cabinet.
Puis tous deux se retrouvent à Meknés au Maroc et enfin retour en France.


Le général Lecoq photographié avec le colonel Mengus

Le général Lecoq obtient le commandement de la IVème Région Militaire à Bordeaux, en 1956. Henry est toujours "dans ses valises".
Le général Lecoq, qui était l'artisan du départ anticipé d'Indochine de notre héros, avait été, en 1944, chef de corps du 2e Régiment de Spahis Algériens de Reconnaissance, et avait participé à ce titre au débarquement en Provence, avec les libérations de Toulon, Marseille, Arles, Tarascon, Avignon, puis remontant toute la vallée du Rhône, avant d'arriver dans les Vosges, Alsace et Allemagne.

Quelques petites anecdotes dans les souvenirs du commandant Fournier-Foch.

En 1957, son ancien bataillon d'Indochine, devenu le 9e RTM, en garnison en France, une partie au camp de la Braconne à Angoulême, l'autre partie au camp du Ruchard près de Tours, et qui est sous le contrôle de la IVème RM, était en manoeuvre au camp de la Courtine.
Son nouveau chef de corps, le colonel ancien des A.I. (Affaires Indigènes du Maroc) est un homme sympathique. Le général Lecoq vient assister à une partie de ces manoeuvres, donc, comme d'habitude, Henry est à ses côtés.

Ces deux hommes, en compagnie du chef de corps du 9 et de deux officiers, observent le déroulement des opérations quand, une Jeep, lancée à pleine vitesse, freine brusquement, puis s'arrête. Le chauffeur accourt vers Henry, tendant les bras.
C'était "Mohamed chauffeur", le conducteur fidèle d'Indochine. Saluant et se présentant, serre les mains et après une gentille discussion, repart pour sa mission.

Le même jour, un peu plus loin, une main d'homme camouflé dans un trou, le saisit à la jambe, puis sort un soldat : "Tirailleur Abdallah, IV/5e RTM, compagnie Tijani".
Le général Lecoq sourit, et laisse les deux hommes se raconter leurs souvenirs d'Indochine. Abdallah avait obtenu deux citations.

Une autre anecdote, en 1958. Lors d'une une prise d'armes devant l'hôtel de ville de Tours, un bataillon du 9e RTM avec son drapeau, son colonel, et la Nouba, mais aussi et surtout, sa mascotte : le bélier "Messaoud". Mais est ce bien lui, pense-t-il ?
Et autour de la place, beaucoup de monde, lorsque, tout à coup, le bélier se lève, d'un pas lent, il traverse la place en direction du podium des autorités, où se trouvent Henry et le général Lecoq.
Très lentement, il arrive vers le commandant Fournier-Foch qui se rend compte que cela ne peut être que "Messaoud", le bélier d'Indochine, qui approche son museau de la poche de pantalon où se trouve un paquet de cigarettes. Henry en sort une et lui place dans sa gueule et "Messaoud" repart pour regagner sa place devant la Nouba.
Plus de trois ans sont passés depuis Long-Than et l'animal n'avait rien oublié.


Ici Messaoud IV mascotte du dernier régiment de Tirailleurs existant : le 1er RT basé à Epinal  

Béghin Bernard

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Béghin Bernard le Dim 10 Mai 2015 - 0:49

J'ai reçu des photos et une histoire d'un ancien du 9e RTM auquel j'ai parlé du colonel Henry Fournier-Foch.
En fait l'histoire est celle du bélier Messaoud, mais bien le premier, celui qu'Henry a connu en Indochine.


Notre bélier était originaire d'Australie. C'est là-bas qu'il est né et ou il a grandi dans les verts pâturages, auprès des siens.  En 1951, alors âgé de deux ans, notre jeune bélier est vendu et destiné à être passé à la broche.
Il est parachuté en Indochine car il vient d'être choisi en raison de son état, pour le traditionnel méchoui d'un régiment. Récupéré à son arrivée au sol, il est dirigé vers les cuisines.
Mais à ce moment, un homme le croise et revient vers lui. Il le trouve si beau avec sa toison blanche, ses cornes zébrées, ses sabots luisants, qu'il décide de l'enlever et de le cacher dans un bâtiment désaffecté à l'insu de tous.

Pour que le cuisinier retrouve son compte, dès le lendemain, il se rend au village voisin pour acheter un autre bélier et le rendre. Et c'est ainsi que Messaoud a été sorti de sa cachette et est devenu la mascotte de la nouba du 5e RTM.
Messaoud a beaucoup voyagé, après avoir quitté l'Australie, il a foulé le sol de l'Indochine, l'Algérie, le Maroc, l'Allemagne, et bien sûr la France pour terminer sa carrière à la nouba de Niort en 1961.

Messaoud, nous t'avons souvent croisé, caressé, et parlé, sans connaître ton passé. Merci à celui qui t'a sauvé toi qui as fait ainsi le bonheur des petits et des grands et la richesse de nos défilés.
Voilà donc l'histoire authentique que je voulais vous conter.
Texte transmis par Jean Claude Guilet (ancien du 9e RTM)





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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  Lato716 le Lun 23 Mai 2016 - 19:37

Béghin Bernard a écrit:16 avril 1945, six heures H-3, l'heure fixée pour le déchaînement de la préparation artillerie, Tovarich Kapitaine Foch, imagine le déroulement de la bataille dans sa tête ; les moteurs des chars, les fantassins qui se hissent sur les monstres métalliques grondant et fumant, s'avançant vers la ligne de départ.
Il se pose deux questions : l'Oder sera-t-il franchi ce soir ? La poursuite vers Berlin va-t-elle commencer ?
Mais il est sorti de son imagination par la KRA (kommandatura), sur un coup de fil, qui l'informe que, près de Stettin, des soldats ukrainiens gardent des allemands prisonniers, ceux ci, se disent français.

Tout de suite, Henry pense à des "Malgré nous". A travers des routes encombrées, il arrive au PC de l'Armée Rouge à Stargard, qui l'oriente vers Stettin. Là, on le conduit dans une caserne qui est, en fait, le dépôt de la "division Charlemagne". Il y découvre une cinquantaine d'hommes, allongés par terre, semblant désabusés, et reconnaît sur leurs manches l'écusson bleu blanc rouge. Il a bien entendu parler des LVF, mais ignore tout de la "division Charlemagne".

Embarquement de ces hommes qui n'osent à peine le regarder dans les yeux, et la surveillance "sérieuse" est ordonnée avec ordre de tirer s'il y a tentative de fuite, bien que ceux ci, tout comme leurs " cousins " allemands, n'ont pas envie de retomber dans les griffes des Soviétiques.

A Landsberg, ils sont confiés à Louis et ses policiers (nommée Garde de Fer).
Le 17 avril, la curiosité pousse Henry à se rendre sur la route de Küstrin, pour en connaître davantage sur la bataille.
Il apprend que le carrefour de Seelow, à quinze kilomètres ouest de Küstrin est sous contrôle russe.
(...)

Cet évenement m'intrigue. Avez vous connaissance d'autres sources relatant cette "rencontre" ? Connaissez vous le devenir de ces prisonniers ?

Lato716

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Re: Colonel Henry Fournier-Foch

Message  charly71 le Mer 25 Mai 2016 - 8:19

On suit ton récit avec passion Bernard, quel roman !
Merci de nous faire partager cette saga

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