LES CAMPS PARACHUTISTES

Le 22 avril 1961 le Palais d'été

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22042015

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Le 22 avril 1961 le Palais d'été




Bonsoir,
Dans la nuit du 21/22 avril 1961, le Palais d'été, c'est parti !

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Commandant "Rebelle" Georges ROBIN,

Le 22 avril 1961.
La nuit du 21/22 avril s'écoule, A une heure du matin démarrent les opérations : "Palais d'été", "Querville" et "Gambiez".

L'amiral Querville qui commande la marine en Algérie n'est pas chez lui. Il est déjà parti, prévenu par je ne sais qui ? mais prévenu !
Le général Gambiez n'est pas plus à son domicile; lui aussi est parti, au volant de sa voiture, au-devant du REP dont il sait (l'ayant appris par qui ? je n'en sais rien !)
qu'il fait mouvement sur Alger. Courageux ! Les camions du REP lui sont passés sous le nez sur la route de Zéralda vers le GG.
Ses protestations n'y changeront rien : lorsque Gambiez s'étonne qu'un lieutenant puisse l'arrêter, ce dernier, tout en l'arrêtant, s'étonne que les généraux aient pu brader l'empire !

Des fuites ont manifestement eu lieu, de Tizi-Ouzou, de Kabyllie, provenant de repentis de dernière heure. Le fait est que Gambiez et Vésinet sont informés de ce qui se passe.
V......i s'est occupé du premier, M...z doit s'occuper de Querville.
J'ai confié à Forhan et aux commandos de Mura et de Basset le soin de prendre le Palais d'été et d'enjoindre aux personnes présentent de ne pas bouger.

Nous rendant au central du Palais d'été pour couper toutes les communications, nous tombons sur Querville presque par inadvertance, si j'ose dire.
Au poste de police qui se trouve à l'entrée du Palais d'été, il a pu disposer de lignes directes avec Paris.
Quelle insuffisance dans la constitution de nos dossiers ! Les policiers que l'on m'a adjoints, qui sont censés connaître les emplacements stratégiques, de fait, ne connaissent pas grand-chose.
De plus, il y a eu manifestement des fuites, Morin a pu téléphoner pour annoncer son arrestation, conversant avec Paris allégrement et pratiquement sous notre nez.
Personne n'a pris le soin de sectionner les lignes téléphoniques !

A 2 h 20, toujours dans la même nuit, nous prenons donc au gîte tous ces gradés.
Nous devons poursuivre et nous emparer du commandement D'Alger Sahel qui est au fort l'Empereur. Il s'agit en fait du commandement territorial de l'ensemble des forces de l'ordre et de sécurité,
qui comprend pour l'essentiel, les gardes mobiles plus les troupes dites à appliquer en surface sur la région d'Alger. C'est là, en l’occurrence, la mission de Boisson.

A 2 h 30, liaison avec Boisson qu'une section de la base aéroportée d'Afrique du Nord (Blida) compagnie commandée par le capitaine Mosconi, aurait dù assister. Mais voila : personne !
Et Boisson de continuer son récit : "je suis entré dans le fort l'Empereur ; ils étaient tous réunis. Je leur ai dit de se calmer, qu'on s'occupait d'eux et que personne n'avait à sortir."
Boisson était tout seul !  Seul incident, qui aura son importance, le fameux colonel de gendarmerie Debrosse s'est levé en disant : "je n'ai pas d'ordres à recevoir d'un capitaine".
Et mon Boisson de lui rappeler avec quelque fermeté ce qu'il avait dit, à savoir de ne pas bouger (cela vaudra à celui-ci, entre autres, de faire ses quatre années de prison sans une minute de grâce !)

Nous faisons les cent pas sur la route revenant du Panier fleuri à El-Biar quand arrive la colonne de Mosconi. Il a été retardé à Blida où les choses ne se sont pas passées simplement.
Mais l'ensemble du PC Alger Sahel est néanmoins coincé. Mission accomplie. De ce côté-là, les problèmes sont résolus.

A 4 h 30, je me rends au Palais d'été où la mission de Forhan s'est déroulée avec facilité. Il est passé par l'arrière, par les jardins. Les gardes mobiles ont trouvé mes hommes derrière eux.
Deux commandos de paras dans leur dos leur annonçant qu'ils venaient les aider à monter la garde ! Forhan est allé ensuite avertir les personnalités : MM. Morin, Buron (ministre arrivé la veille),
le préfet Aubert, le secrétaire du GG, etc ... qui se trouvaient là, fermant les yeux sur certaines situations particulières sinon cocasses rencontrées dans quelques chambres.

A 5 heures, retournant à mon PC, je tombe sur une colonne de blindés de gardes mobiles. Il y a tout un escadron stationné au bas du boulevard Gallieni, j'arrête ma jeep et me dirige vers
le commande-car où se trouve un lieutenant-colonel de gardes mobiles. M'étant sobrement présenté "Robin, commandant les groupements de commandos parachutistes", je m'informe des raisons
d'un tel déploiement : "Nous avons reçu l'ordre de nous tenir prêts en cas de mouvements divers.
Et bien, mon colonel, il y a une chose que je peux vous dire, C'est que le général Challe a pris le commandement en Algérie". Et le colonel de répondre tout en se tournant vers un gendarme : "Formidable ! Apporte-nous du champagne !" Nous avons ainsi trinqué à 5 heures du matin, au pied de la petite église Sainte-Marie. Moment d'euphorie.

Ayant fait le tour des objectifs et le voyant atteints, je vais rendre compte au général Challe de la situation. J'apprends qu'avec Saint-Marc aussi tout est allé normalement ou presque.

A 6 h 30, Boisson me rend compte qu'il a neutralisé le général Saint-Hillier et qu'on lui a remis le général Gambiez.
A 7 h 30, je demande au général Saint-Hillier de rejoindre sa villa et de se considérer comme étant, non pas aux arrêts, mais retenu et consigné à résidence.
Pour le principe, je dispose autour de sa villa quatre hommes afin de monter la garde, de retenir au besoin, le général et d'empêcher d'entrer ceux qui voudraient le rencontrer.

Je me rends ensuite au corps d'armée d'Alger qui est un des objectif de Saint-Marc avec, entre autres, la neutralisation du général Vésinet.
Là je rencontre le colonel Godart (l'âme en fait de cette prise d'Alger). Le général Challe , en sa qualité de patron, est proclamé chef provisoire de l'armée.

Le 22 avril 1961.
A 17 heures, une réunion se tient au corps d'armée d'Alger au sujet de la situation des personnes gardées. je demande au colonel Georges de Boissieu ce que je dois faire
du général Gambiez. il me répond de le faire garder à son domicile. Or je ne peux disperser ainsi mes gens. Il est alors envisagé, bien que cela ne soit pas très agréable, que le
général Gambiez et son épouse aillent chez le général Saint-Hillier (ou l'inverse). Comme d'habitude, on me dit : "Débrouillez-vous".

Le général Gambiez, ramené par le 1er REP, puis remis à Boisson, est dans le bureau du premier étage du PC, celui du général commandant les troupes aéroportées quand il
vient en Algérie. je l'y retrouve assis, tenant entre ses mains la photo de son fils tué au combat, et pleurant.
En fait, tout cela est difficilement soutenable d'autant plus qu'il n'est pas dans nos habitudes d'arrêter nos généraux, et leur présente condition n'est du goût de personne.
"Mon général, si vous le souhaitez, vous pourriez être auprès du général Saint-Hillier, je vous assure qu'on fera en sorte que ce moment difficile ne puisse durer", lui dis-je
avant de me rendre chez Saint-Hillier pour lui demander s'il veut bien héberger Gambiez. Sa réponse tombe, négative, désagréable, sinon inconvenante. Je passe outre....

Cobra, toujours vibrionnant, toujours d'un activisme extraordinaire, et toujours en permission "donc bien informé", vient me trouver, désireux comme toujours d'être utile.
Il me propose, "afin de servir la cause", d'être , par exemple, rien de moins que chef de cabinet du général Challe. Très bien mon ami. Et voila Cobra nommé auprès du général Challe ! Heureux......

La journée se termine. Maintes déclarations ont été radiodiffusées, accompagnées, une fois de plus par l'enthousiasme des pieds-noirs qui se voient refaire le 13 mai.
Certes, il y a du monde, beaucoup de monde au GG, les déclarations au balcon se sont multipliées.
Mais personnellement, pas une fois je n'ai ressenti l'étourdissante fraternisation qui a fait la particularité du 13 mai. C'est une évidence en proportion des communautés.
Les pieds noirs se sont dit que l'affaire était enveloppée sans songer que justement, ce désir ne peut devenir réalité que grâce à la fraternisation !!

L'heure est à compter les régiments qui se sont ralliés :
Le 18e RCP, Le 14e RCP de Masselot et Leconte, le 1er REC de La Chapelle, Le 2e REP envoyé à Maison-Blanche pour assurer la sécurité de l'aéroport,
un bataillon de Kabyllie commandé par le commandant Lousteau qui vient se mettre à la disposition du général Challe.
Nous sommes fatigués, Forhan est immobilisè au Palais d'été avec ses gens à garder. Boisson reste avec moi au PC. On peine à voire se conclure l'affaire des généraux.

L'ensemble de l'armée est assez inerte. Un certain nombre de défausses, d'attentismes ne laisse rien augurer de bon. On sait déjà que le général Ducournau, qui commande dans
le constantinois, à pris l'avion pour partir en France "en permission !". Ce même avion d'où est descendu le colonel Argoud venu, lui, rejoindre notre mouvement.

Le général Challe avait fait venir, de basse Kabylie, Georges de Boissieu afin qu'il soit son chef d'état-major. Le colonel de Boissieu s'est mis à sa disposition.
Mais on ne sent pas véritablement la pâte lever et lorsque je me rends à l'EMI pour voir Challe, je le trouve collé au téléphone, cherchant à convaincre les uns et les autres. Alors que le sort en est jeté.
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http://www.camps-parachutistes.org/t5729-29-mars-08-avril-1961-la-convocation#20716
http://www.camps-parachutistes.org/t5739-le-11-19-avril-1961-l-honneur-par-l-insoumission#20741
http://www.camps-parachutistes.org/t5269-le-19-20-avril-1961-les-preparatifs
http://www.camps-parachutistes.org/t5271-le-21-avril-1961-alger
http://www.camps-parachutistes.org/t5274-le-23-24-avril-1961-le-temps-des-discours
http://www.camps-parachutistes.org/t5277-le-25-avril-1961-l-impasse
http://www.camps-parachutistes.org/t5282-le-26-avril-1961-l-epilogue#18410

Amitiés. Geresp.


Dernière édition par Geresp le Ven 8 Avr 2016 - 13:53, édité 3 fois

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Le 22 avril 1961 le Palais d'été :: Commentaires

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Message le Ven 24 Avr 2015 - 10:31 par Geresp

Note dans le texte : l' EMI ÉTAT-MAJOR INTERARMÉES à Alger.

Ne pas confondre avec l'EMI École Militaire d'Infanterie de Cherchell

Geresp.

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Message le Dim 26 Avr 2015 - 9:14 par charly71

Merci tout simplement de mettre à notre disposition ces "détails de l'histoire de France"
qui pour certains de ma génération, dont moi, on marqué à jamais ma vie,et le sens de l'Honneur.

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