LES CAMPS PARACHUTISTES

Le 26 avril 1961 l'épilogue

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Le 26 avril 1961 l'épilogue

Message par Geresp le Dim 26 Avr 2015 - 0:20

Bonjour,
Face à la trahison politique, le choix de l'insoumission!
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Commandant "Rebelle" Georges ROBIN,

Le 26 avril 1961.
A 10 heures, je reçois et transmets l'ordre de mise en route.
A 14 heures, mes quatre commandos arrivent pour partir sur Orléansville. Nous sommes à Orléansville à 18 heures, A Bou-Caïd à 20 heures.

Je m'arrête au PC pour voir le général commandant la zone, qui me dit : << Comment se fait-il qu'avec tous vos enfants vous vous soyez lancé dans une aventure pareille ? >>

Le 27 avril 1961.
Tous mes commandos sont sur le terrain. Je redémarre les opérations sur le secteur.

Le 28 avril 1961.
Nous remettons, Forhan et moi-même, au général commandant la zone, la déclaration que l'on nous a demandée relativement aux événements.

Le 29 avril 1961.
Nous sommes convoqués, Forhan, Boisson et moi-même, pour déclaration.
J'envoie un télégramme pour les anniversaires de mes enfants, Jean-Philippe et Catherine. Le 30 avril 1961, ils auront huit et sept ans.

Après l'échec de notre révolte, je commence la rédaction de ce que je viens de vivre, qui sera poursuivie lors de mon incarcération.

A force de contempler notre échec, OUI, l'effondrement moral est survenu et je l'ai connu.
Attendant le venue des gendarmes, je dois à Vallauri, Broizat, Boisson, Clédic, d'Aboville de l'EMI, d'avoir pu surmonter cet abîme, de n'avoir pas été tenté de commettre l'irréparable.

Le 30 avril 1961.
8 h 30. Nous nous présentons au général commandant la ZOA (zone Ouest-Algérois) à Orléansville. Il nous file à chacun un paquet d'arrêts de forteresse sur la tête.
9 heures. Nous partons en VL sur Maison-Carrée.
12 h 15. Nous sommes au 45e régiment de transmission, puis à la Cité des cadres où nous retrouvons tout le REP. Là nous sommes << mis au gnouf >>.

Le 2 Mai 1961.
11 heures. Nous partons de Maison-Carrée, Forhan, Boisson et moi-même. Ainsi nous restons ensemble.
Certes, le GCP a fonctionné sous mes ordres sans hésitation ni murmure. J'en étais le chef de bataillon.
Mais pourquoi mes hommes mont-ils suivi ? En raison de mon prestige personnel ?
Ce n'était pas suffisant et cela n'aurait pas suffi. Je ne pense pas qu'ils l'aient fait pour mes beaux yeux ou ma bonne mine.

Les officiers et sous officiers, les parachutistes, soldats aguerris et pénétrés de la qualité de la mission dont ils étaient dépositaires, persuadés de la nature de leur combat,
ne pouvaient être que pour le bien de la France.
Si j'avais dit non à cette affaire, si les ordres que je leur ai donnés avaient été contraires à leur éthique, je n'aurais surement pas été obéi.

C'est un point important. Lorsqu'il a fallu faire notre déclaration au général commandant la ZOA, lorsqu'ils nous a fallu quitter le PC de Bou-Caïd avec Forhan et Boisson,
nous avons été stoppés par les parachutistes du groupement sous les ordres du lieutenant Basset, juste avant Orléansville.
En larmes il me dit : << Non Commandant vous ne pouvez pas..... >>. Je lui ai répondu : << Si, j'ai déclenché une opération. j'ai enfreint la discipline,
je dois rendre compte, pour vous comme pour moi-même. Si quelqu'un doit être sanctionné, c'est moi. Et c'est tout, laissez-nous passer >> .

Avant de partir, j'ai aussi tenu à faire la tournée de tous mes commandos. On a mis un hélicoptère à ma disposition afin que je puisse faire mes adieux, groupe par groupe.
Je leur ai expliqué qu'en tout état de cause l'armée demeurant, il leur appartenait de remplir aujourd'hui et demain la mission qui leur serait demandée.

On dira que tout cela était léger. Vraisemblablement cela l'a été dans le montage et l'organisation, je ne saurais en prendre la responsabilité sans pour autant la rejeter.
Mais on ne prend la responsabilité que de ce que l'on décide de part en part. Je devais être une locomotive, je l'ai été. Je n'étais pas pour autant celui qui a conçu et préparé,
dans ses détails, ce coup de main. On nous a reproché aussi de ne pas avoir quelque peu violenté, pour le moins un certain nombre de personnes.
Mais nous avons oublié d'être ce que nous prétendions être, à savoir des révolutionnaires. Nous n'avons été que des révoltés. La formule est belle et sans doute vraie.
Mais moi, jamais je n'aurais pu tirer sur des Français. Il n'y avait aucune raison à cela.
L'essentiel était de neutraliser les responsables et de laisser le général Challe mener librement sa mission militaire afin de permettre la soumission de l'adversaire, et la reconquête des populations.

Le 3 mai 1961.
D'Alger à Paris, les quelques mesures de sécurité en disent long sur le climat qui règne désormais.
A Maison-Blanche, le REP est resté réuni, à l'exception de Saint-Marc et de Challe, déjà convoyés vers Paris. Nous avons fait, Forhan, Boisson et moi-même, l'objet d'une vigilance particulière.
Alors que l'ensemble du REP a été mis vers 14 heures dans un avion, nous avons tous les trois droit à un << Nord 2501 >> spécialement affrété. Nul ne peut y voir une marque de faveur.
Les circonstances qui nous ont menés ici ont l'avantage de n'être pas équivoques. Donc le GCP doit demeurer isolé, à part.
Nous arrivons à Villacoublay à 18 h 55, Deux voitures arrivent pour nous amener à Bégin. L'une prend à son bord Boisson et Forhan : l'autre m'est destinée.

Le 4 mai 1961.
Les gendarmes viennent prendre nos dépositions. Je suis pour ma part, interrogé par un capitaine.
Le monde est petit et le hasard est grand puisque je me retrouve devant un vieux copain de Légion.

Le 5 mai 1961.
L'ensemble du REP part pour le fort de Nogent.

Le 6 mai 1961.
A 15 heures, nous partons pour le fort de l'Est. Au départ de Béguin, les autocars de mettent en place. A l'appel de leur nom, les colonels, les aviateurs, les commandants, les capitaines
et les lieutenants prennent place.
Une fois de plus je me retrouve tout seul ! je commence à ne pas trp goûter la distinction qui m'est réservée. Arrive alors une 203 noire, style VL de chef de corps, impeccable.
Le chauffeur, un capitaine de gendarmerie, me dit : << Mon commandant si vous voulez bien >> .
Manifestement, je suis mis à part des autres. Serais-je à leur yeux un type si redoutable ? Le plus drôle dans ce décorum longuement pensé par la sécurité,
c'est que je suis, confortablement assis,avec mon grade de chef de bataillon; des colonels, eux, souffrent de l’exiguïté, pressés les uns contre les autre dans leurs autocars !

Une fois au fort de l'Est, tous les officiers sont mis en chambrée de dix ou douze.
A mon égard, attentions répétées : mon capitaine de chauffeur me conduit dans une chambre individuelle sur les hauteurs du bâtiment.
Je pousse la porte et me voilà en face d'un type, un capitaine qui plus est, vieux copain de collège à Médéa.
Il me déclare : << Bon, bien, je dois te dire, Robin, j'appartiens à la sécurité militaire. Je ne savais pas que c'était toi qui viendrais.
Du coup, je ne peux pas rester >>. On avait donc placé un << mouchard >> dans ma chambre pour me faire parler !

Après cette défection par affection. je me retrouve encore une fois seul. Lors des repas seulement, il m'est autorisé de retrouver les autres officiers au réfectoire.

Irréalité de la situation : à voir comment on me traite, je me considérerais presque comme le seul responsable dans l'affaire.
Mais il est vrai aussi, dans une certaine mesure, qu'il n'y aurait pas eu, pratiquement parlant, de révolte sans le GCP.
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Epilogue :
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Le Commandant Georges ROBIN fut jugé et condamné à cinq ans de détention criminelle, par un haut Tribunal Militaire, pour avoir choisi l'insoumission comme devoir!

Le Commandant Georges ROBIN a fait le grand saut le 12 juillet 2007.

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http://www.camps-parachutistes.org/t5729-29-mars-08-avril-1961-la-convocation#20716
http://www.camps-parachutistes.org/t5739-le-11-19-avril-1961-l-honneur-par-l-insoumission#20741
http://www.camps-parachutistes.org/t5269-le-19-20-avril-1961-les-preparatifs
http://www.camps-parachutistes.org/t5271-le-21-avril-1961-alger
http://www.camps-parachutistes.org/t5272-le-22-avril-1961-le-palais-d-ete
http://www.camps-parachutistes.org/t5274-le-23-24-avril-1961-le-temps-des-discours
http://www.camps-parachutistes.org/t5277-le-25-avril-1961-l-impasse

Amicalement. Geresp.


Dernière édition par Geresp le Ven 8 Avr 2016 - 13:56, édité 2 fois

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Re: Le 26 avril 1961 l'épilogue

Message par charly71 le Dim 26 Avr 2015 - 9:01

Merci de cet épilogue Geresp, que de drames engendrés par cette époque.
Obéir, à qui ? Pourquoi ?
Désobéir, à qui, et pourquoi?
+ plus de 50 ans plus tard, je garde mon plus profond respect pour ceux
qui ont choisi l"HONNEUR " et le respect de la parole donnée.
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