LES CAMPS PARACHUTISTES

Affaire SANGARIS Billet d'humeur du Général (2S) Philippe BENY

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03052015

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Affaire SANGARIS Billet d'humeur du Général (2S) Philippe BENY




Affaire SANGARIS

Billet d'humeur du Général (2S) Philippe BENY - Conseiller militaire du Chef d'Etat - Bangui - RCA

Reçu par divers canaux, et reproduit conformément aux souhaits de son auteur.


«  J’ai un petit avantage sur ceux qui écrivent ou pérorent sans trop rien connaître de la réalité de cette affaire : je suis à Bangui depuis longtemps, je connais le contexte général, les lieux et nombre des acteurs en cause. Je suis en outre ce qu’on pourrait appeler un « vieux soldat » qui en a pas mal vu, notamment en Afrique, et je pense être capable de poser un regard un peu plus discursif que d’autres sur tout cela.

Pour aider à se faire une idée sur cette affaire, je vais articuler mon propos entre l’exposé de quelques faits objectifs, celui de quelques interrogations liées à ma connaissance du sujet RCA,  et enfin celui de mon avis – par nature subjectif – sur certains points.

Des faits

Le camp de Mpoko, proche de l’aéroport, est situé à un endroit où par la géographie des lieux plusieurs forces internationales ont pu avoir contact avec les occupants : avec beaucoup de soldats africains ce sont la MISCA (force interafricaine) puis la MINUSCA (force ONU) ; avec beaucoup de soldats français et/ou européens ce sont SANGARIS (force française) et EUFOR (force européenne).

Il faut alors très précisément s’intéresser aux dates des faits, parfois à 24 heures près, car ces forces avaient ou pas mandat d’être là en protection, parfois proches les unes des autres, parfois au fil des relèves, parfois sur un mode différent entre le jour et la nuit, parfois en renforcement temporaire l’une l’autre, etc… tout cela au profit d’une sécurité toujours précaire à assurer avec des effectifs toujours contraints. Tout cela pour dire que savoir exactement qui était à tel endroit à telle période est bien difficile, surtout quand la période avancée ici et là court de décembre 2013 à juin 2014 selon les sources.

Le commandement SANGARIS et donc l’Etat-major des armées à Paris ont connaissance des allégations le 29 juillet 2014. Ils réagissent aussitôt, conformément aux lois et usages (enquête de la Gendarmerie Prévôtale, enquête de commandement, action de Justice). Mais considérons bien qu’à ce moment-là, les acteurs qui restent 4 mois en RCA ont déjà pu être relevés 2 fois sur la durée évoquée : pas facile de les trouver quand un flou total règne sur les dates de commission des faits.

En RCA, si l’on veut bien admettre qu’un mineur en grande difficulté dans un camp de déplacés est prêt à accepter un acte sexuel contre une boîte de ration, ce qui est sans doute très malheureusement vrai, on voudra aussi bien admettre que le même est prêt à dire ou témoigner de n’importe quoi contre une somme dérisoire remise par celui qui aurait besoin ou intérêt à la production d’un tel témoignage.

Des interrogations

Pourquoi une ONG ayant connaissance de ce type de comportement n’en réfère pas immédiatement au commandement de la force en cause ? Il existe des modalités de contact très rodées et connues de tous les humanitaires entre les forces et les ONG (cluster humanitaire), cela aux fins de partager l’information et d’assurer une nécessaire coordination des actions. Etrange de préférer « faire des rapports et des entrevues d’enfants » plutôt que de communiquer cela le plus rapidement possible aux autorités locales (alors notoirement déficientes, hélas !) ou, plus sûrement, au commandement de l’une ou l’autre des forces en cause.

Pourquoi cette affaire de nature à fragiliser le rôle de la France en RCA sort-elle via un média anglo-saxon juste avant l’ouverture du « Forum de Bangui », une étape clé de la gestion de la crise en RCA ? Car il faut savoir que le rôle et les options françaises rencontrent des oppositions politiques, c’est bien naturel, et qu’un récent « processus de Nairobi » a été refusé par la France et la RCA au grand dam d’acteurs internationaux parlant généralement anglais…

Des avis

Il y a sans doute eu quelque chose de bien sordide, hélas ! aux abords de ce camp. Mais qui et quand ? Celui qui dirait de façon péremptoire, selon les cas,  que jamais un soldat français, ou européen, ou onusien ne saurait commettre de tels actes n’aurait pas mis les pieds sur le terrain depuis bien longtemps… C’est malheureusement possible. Nature humaine…

Admettons donc une réalité des faits allégués. Maintenant, quand l’heure de la punition arrive, il faut frapper. Il faut certes frapper fort, mais surtout juste. Or quid des preuves ou des éléments scientifiques tangibles ? Peut-on imaginer ce qu’est le camp de Mpoko à la période considérée ? Une zone de non droit, d’insécurité et de misère humaine absolue. En plus, livrée à de fortes manipulations politiques de par des groupes ethniques rivaux, parfois hostiles à la position politique française.

Je m’amuse ainsi, si je puis dire, de voir depuis quelques jours les « témoins oculaires » complaisamment produits par RFI ou France 24. C’est à pleurer de voir ces faux témoins notoirement stipendiés par des groupes armés courir, en superbe polo et casquette hip-hop totalement incongrus à Mpoko, face aux micros et caméras pour dire n’importe quoi.

Car c’est ainsi en RCA, on crée le chaos, les gens crèvent dans les camps, mais on continue la politicaillerie et les manipulations, et cela aux frais de ces braves internationaux, civils et militaires, français en tête, assez gentils pour venir assurer un minimum vital et sécuritaire. Venir dans ce barnum faire une enquête façon « Les experts » avec combinaison blanche immaculée, pipettes et jolie tresses marquées « police » est une simple vue de l’esprit. Cela continue d’être, je le suppose, la difficulté de ceux en charge du dossier, juge comme gendarmes OPJ : quelle matérialité ? Quelles preuves ? Quelles traces ADN ?

Pourquoi avoir « caché » l’affaire depuis juillet 2014 ? Mais alors là, pardon de penser avec les Antiques et les juristes que « nul n’est censé faire état de sa turpitude »… Quand on a si peu à communiquer, il n’est pas choquant du point de vue militaire français de la fermer, surtout que rester discret ne veut absolument pas dire de rien faire, cette affaire me semble emblématique à ce sujet.

Au total

Près de 10 000 soldats français sont passés en RCA depuis décembre 2013.

14 à 16 seraient impliqués dans une affaire sordide par ailleurs immédiatement traitée par le commandement de SANGARIS, par l’Etat-major des armées et par la justice française dès qu’ils en ont eu vent.

Une fois les faits avérés et l’enquête terminée, s’il y a des coupables, nul doute que viendra le temps des sanctions qui seront judiciaires, mais aussi statutaires et disciplinaires pour ainsi punir à trois titres ces militaires, c’est à dire bien plus que ne le serait un civil. C’est ainsi.

14 à 16 salopards (encore potentiels) sur 10 000 hommes. Total 0,14 à 0,16% de comportements inadmissibles... C'est évidemment encore trop, mais :

·     à rapprocher des milliers de vies centrafricaines sauvées par SANGARIS partout en RCA ;

·     à rapprocher des 3 morts et 120 blessés de SANGARIS tombés pour ce faire ;

·    à rapprocher de ce que vient de montrer l'Education Nationale qui semble simplement changer de classe ses pédophiles pourtant avérés...

Voilà ce que je voulais apporter à ceux qui me liront, pour les convaincre que cette triste affaire n’échappe pas à la règle de l’arbre qui cache, hélas ! souvent la forêt. En l’occurrence, ces 14 à 16 salopards, s’ils existent, auront pollué l’image des 10 000 autres dont l’action en RCA est unanimement reconnue comme ayant été des plus positives.

Vous pouvez, si vous le souhaitez, diffuser et retransmettre ce billet d'humeur...


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Cerbère

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Affaire SANGARIS Billet d'humeur du Général (2S) Philippe BENY :: Commentaires

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Message le Dim 3 Mai 2015 - 11:23 par charly71

Merci mon Général, CQFD, et c'est dit, et bien dit...
Que les journaleux en panne de sujet et de prose, lisent votre mise au point
avant de hurler aux loups confortablement installés dans un 4 étoiles.

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Message le Dim 3 Mai 2015 - 11:29 par Lothy

Merci Cerbère et bien sûr merci à l'auteur de cette lettre de s'exprimer avec clarté et une connaissance des "conditions" dans lesquelles se déroule cette opération.

Beaucoup d'entre nous s'interrogent sur ces propos accusateurs, mais entourés d'un flou artistique qui laisse septique, bien qu'inquiet !
Nos médias, comme toujours, sont prompts à dénoncer des faits soi-disant reprochés à nos Soldats, mais toujours enclins à la clémence en d'autres circonstances...

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Message le Mar 5 Mai 2015 - 9:50 par BRIOCHIN

Bonjour,

et de plus, s'il est avéré que des militaires aient fait cela, il ne faut pas tout mélanger;

ce n'est pas l'armée et ce ne sont pas tous les militaires qui sont responsables de ces faits! ! ! ! ! ! !

yohann

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Message le Mar 19 Mai 2015 - 0:44 par Lothy

Chroniques de l'abbé Christian Venard parues dans la revue "Parole et Prière", et autres textes...

Chers amis journalistes, de toutes petites semaines nous séparent du scandale avéré d'instituteurs pédophiles au sein de l'Education nationale. Les médias, c'est-à-dire vous, ont, avec beaucoup de soin et à juste titre, évité de jeter l'opprobre sur tout ce ministère et sur toute une profession. Or aujourd'hui, sur la base d'un dossier qui a "fuité" des instances onusiennes, les mêmes médias parlent presque tous d'un "scandale qui éclabousse l'image des armées". C'est injuste et insupportable. C'est un manque de déontologie et de professionnalisme. L'aumônier militaire, prêtre catholique  engagé auprès de ses frères d'armes, s'insurge avec vigueur contre ce traitement à deux vitesses, et honteux quand on sait les sacrifices  - y compris jusqu'à la mort -  qu'acceptent nos militaires pour assurer la sécurité de notre pays.

Il n'existe qu'une alternative.

Soit ce que contient ce rapport est vrai. C'est alors gravissime et les "salopards" qui ont commis ces faits, militaires français ou étrangers, devront être poursuivis avec la plus extrême sévérité. Se posera ensuite, bien sûr, plus en profondeur, la question de la formation éthique de nos soldats. Cependant, tant que la justice de notre pays ou une justice internationale reconnue par lui, n'aura pas rendu son jugement, il est interdit de juger à la place de ces institutions et encore moins de rendre responsable tout un ministère, des éventuels agissements criminels de quelques-uns de ses membres. Il me semble que cela s'appelle la présomption d'innocence. Amis journalistes, les militaires y ont droit au même titre que tous les autres, politiques, instituteurs ou... journalistes ! Un peu de déontologie ne nuirait pas en la matière.

Soit ce rapport est erroné. Point n'est besoin d'être un grand spécialiste pour savoir, en premier lieu, que des témoignages d'enfants sur de tels crimes doivent toujours être étudiés avec beaucoup de soin, comme l'attestent les affaires d'Outreau ou Iacono. Par ailleurs, ce rapport de l'ONU qui "fuite", pourrait aussi être le fruit de manœuvres de désinformation, visant à discréditer l'action de l'armée française, donc de la France, en Afrique. Beaucoup d'acteurs sur place et à l'international y auraient intérêt actuellement... Il doit bien être possible d'enquêter, avant de lancer des anathèmes sur toute une armée et de prendre pour argent comptant un rapport onusien s'appuyant sur des ONG américaines ! De telles manipulations visant l’action extérieure de la France, ont été avérées dans un passé récent, dans les Balkans en particuliers.


Chers amis journalistes, prenez le temps avant de réagir de manière quasi pavlovienne dès qu'il s'agit de nos armées. Vos amalgames sont non seulement insultants, mais d'une rare gravité. Oseriez vous dire à un enfant dont le père est mort, pour notre sécurité, au Mali ou en RCA ou en Afghanistan, qu'il faisait partie d'une institution composée de violeurs d'enfants ? Pouvez-vous traiter aussi mal les 7000 militaires français qui restent en permanence sur le terrain - sacrifiant leurs vies de familles -  pour assurer la mission Sentinelle, en les assimilant à des violeurs d'enfants ? Enfin, pourriez vous pousser  votre sens de la responsabilité civique jusqu'à entrevoir les conséquences de "unes" trop rapides, sur nos armées, sur leur réputation, dans le contexte sécuritaire particulièrement dangereux que connaît notre pays ?


Si le mode de communication des armées mérite sans doute d'être amélioré, l'approche journalistique des questions de défense le nécessiterait tout autant. Déjà, dans mon livre Un prêtre à la guerre, j'avais noté l'étrange comportement des médias lors de l'affaire Merah. J'avais écrit ceci : "Cet épisode pose beaucoup de questions sur la manière dont le journalisme est pratiqué dans notre pays, sur son indépendance réelle et sur l'absence trop fréquente de déontologie au sein de cette profession". C'est avec regret que trois ans plus tard je reprends les mêmes mots.

Lire ICI

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Message le Mer 20 Mai 2015 - 9:09 par charly71

Merci Lothy de transmettre cette belle lettre du Père Abbé.

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