LES CAMPS PARACHUTISTES

Les Chantiers de la Jeunesse Française

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29062015

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Les Chantiers de la Jeunesse Française




LES CHANTIERS de la JEUNESSE FRANCAISE
 
Lorsque l'on a parlé du colonel Henry Fournier-Foch dans ce forum, nous avons appris qu'il avait reçu les services de jeunes des Chantiers de Jeunesse (libérés des camps nazis) et qu'il en a été ravi.
 
Aussi, profitant d'un séjour de trois semaines à Châtel-Guyon, (Puy de Dôme) j'y ai visité le musée où j'en ai appris un peu plus sur ce rassemblement d'une jeunesse désemparée par la défaite de 1940.


   
Les Chantiers de la Jeunesse Française (CJF), ce sont 500 000 jeunes au service de la France, entre le 31 juillet 1940 et le 10 juin 1944.
 
Pourquoi tous ces jeunes ? Après l'Armistice de 1940, la plupart des mobilisés des classes 39 et des premiers contingents des classes 40 sont "libérés" de cette obligation par l'invasion allemande et se dirigent en plein désordre vers le sud de la France.
 
Les Allemands ont limité l'effectif de l'Armée d'Armistice à 100 000 hommes.
 
Le général Louis Colson (né à Toul le 27 octobre 1875), alors dernier ministre de la Guerre du régime parlementaire, propose au général de La Porte du Theil, le 3 juillet 1940, juste avant la prise de fonction du maréchal Pétain (10 juillet 40), de récupérer ces jeunes gens désoeuvrés, (certains sont du Sud, mais d'autres du Nord, en zone occupée), pour les prendre en mains, pour le service du pays.
 
Les conditions d'armistice interdisant qu'on en fit des soldats, le général de La Porte du Theil est donc chargé "d'inventer" de toutes pièces cette nouvelle organisation, véritable service national civil, qui va se substituer au service militaire traditionnel.
 
Le projet est établi en huit jours, et approuvé par le général Weygand, ministre de la Défense Nationale. Le plan est prêt, accepté et officialisé le 31 juillet 1940, par un décret du "chef de l'Etat Français" (Pétain est au pouvoir).
 
L'esprit que le général de La Porte du Theil va insuffler dans un climat de contraintes exceptionnel, repose sur la préparation à la condition d'homme responsable, sur l'honneur de la collectivité plutôt qu'individuel, et va faire la renommée des Chantiers.
Seulement, cette pépinière de jeunes hommes bien encadrés, va éveiller la convoitise des Allemands, qui veulent déporter tous ses membres dans le cadre du STO avant de démobiliser l'organisation, qu'ils soupçonnent de collusion avec la Résistance.


 
Qui est Paul Marie Joseph de La Porte du Theil ?


Né à Mende (Lozère) le 29 mai 1884, il est le fils d'un inspecteur des Eaux et Forêts Polytechnicien, il est capitaine au 32e RA en 14-18. Instructeur à l'Ecole d'Application d'artillerie de Fontainebleau, puis professeur à l'Ecole de Guerre. En 1938, général, il commande la 42ème DI à Metz, puis le 7ème CA, le 10 mai 1940, il est en charge de défendre le passage de l'Aisne.
 
De là, retraite en bon ordre devant la déferlante allemande, il recule jusqu'à Guéret (Creuse). Son fils Michel, est tué en combat aérien.
 
Donc, ce plan consiste à rassembler ces jeunes en divers groupements, en pleine nature (basé sur le scoutisme, avec la même devise : « Toujours prêt »…) au milieu des forêts et à les occuper à des travaux d'intérêt général.
 

Le général de La Porte du Theil en devient le Commissaire Général. Un insigne est créé et officialisé le 24 juin 1941. Certains cadres sont issus de l'Etat Major du 7ème Corps d'Armée. Les jeunes gens sont convoqués par affiches et la présentation est obligatoire. Cependant, en juillet 1942, le ministre de tutelle, le triste Abel Bonnard, fait voter une loi prônant l'exclusion des juifs français de l'organisation.


 
52 groupements sont ainsi progressivement créés, avec des effectifs de 1500 à 2200 hommes. A la fin de 1940, 86740 jeunes sont regroupés.
Le groupement 42 (nommé ainsi en souvenir de la 42eDI), QG de CJF, s'installe à Châtel-Guyon. Les groupements sont répartis en six provinces : Alpes-Jura (Lyon), Auvergne (Clermont-Ferrand), Languedoc (Montpellier), Provence (Marseille), Pyrénées-Gascogne (Toulouse) et Afrique du Nord (Alger).
 

Chaque triangle de la Zone libre représente un groupement des CJF
Carte placée dans le bureau du gal de La Porte du Theil au Splendid Hôtel de Châtel-Guyon
La pratique du sport y est enseignée, mais aussi les métiers les plus divers, car il faut parer à l'absence d'hommes (prisonniers) pour la vigne, les coupes d'arbres, la fabrication du charbon de bois, irrigation et reboisement).
On y crée également la Musique Nationale des Chantiers (une place porte ce nom à Châtel-Guyon), celle-ci défilera à Paris le 30 avril 1944 devant les parisiens ébahis. Personne ne connaît les CJF en zone occupée.
 
Les débuts sont difficiles : mise en place, ravitaillement, organisation car un peu de pagaille, mais surtout encadrement médical insuffisant, soumettant les premières recrues à un régime assez dur, suscitant ainsi de vives critiques de la part de certains parents de ces jeunes.
 
Mais devant l'opiniâtreté du général fondateur qui convainc tous ses détracteurs, le bien fondé de l'idée fait son bonhomme de chemin et obtient l'approbation de ces derniers.
 

L'uniforme sera de couleur vert forestier, blouson en drap, pantalon en drap cardé, des guêtres en cuir, une chemise de teinte grise avec la cravate verte et des brodequins. Le béret vert forestier est incliné sur l'oreille gauche et garni de l'insigne identique (plus petit) à celui de poitrine.
 

Début 1942, apparaît le fameux blouson de cuir que garderont ceux qui rejoindront la Résistance et même ceux qui seront incorporés comme chefs de char au sein du 7e Régiment de Chasseurs d'Afrique sur le front d'Italie.


 
Après l'invasion de la zone libre, des cadres de l'ex-armée de l'Armistice, rejoignent ceux des Chantiers (Terre) de Jeunesse et Montagne (Air) et de la Marine (Mer)
 
En Afrique du Nord, c'est le lieutenant-colonel Alphonse Van Hecke, chef du groupement 22, qui est nommé Commissaire Général en janvier 1941.
Belge, naturalisé français, il possède un parcours militaire exceptionnel : plus jeune médaillé militaire en 1912, il est fait Chevalier de la Légion d'Honneur en 1919. En 1940, il est condamné à mort par les Allemands pour espionnage, il fait partie du Groupe des Cinq, ces conjurés d'Alger, qui, avec le Consul Général américain Murphy, préparent le débarquement américain en AFN.
 
Le 7e Régiment de Chasseurs d'Afrique (devenu régiment de tradition des Chantiers), sera commandé par le lieutenant colonel Van Hecke, débarque à Naples le 1er janvier 1944 avec la 3e DIA du général de Monsabert.
 
Autre exemple de la réussite de ces Chantiers : des éléments du groupement 15 (Estérel) qui se trouvait à Agay (Var) se sont chargés de la mission de repérage des plages entre Cannes et St Tropez en vu du débarquement des troupes d'AFN.
Cela a contribué au succès des alliés le 15 août 1944, avec le général de Lattre de Tassigny. Ces jeunes ont collaboré avec les résistants locaux.



Le capitaine Thollon devant un Dewoitine 510 du GC 1/8 à Hyères en février 1939
 
Le capitaine Robert Thollon, né le 15 mai 1914, à Marseille, mort accidentellement le 25 février 1946 à St Anton (Autriche). As aux neuf victoires du Groupe de Chasse 1/8 en 1940, devient le chef de l'Ecole des Cadres de Jeunesse et Montagne.
Le 3 juin 1944, il prend le maquis sous le nom de "Renaud", et avec 160 hommes, renforcés par des Anciens des CJF, avec lesquels il mène des actions contre l'occupant, (Cantal et Puy de Dôme). Il est le premier à entrer dans la ville de Lyon, et ses hommes stoppent la colonne Elser à Decize. Son groupement forme le II/152e RI intégré à la 3e DIA du général de Monsabert.
 
Après la mise en place du STO, les exigences des Allemands pour envoyer les Chantiers en Allemagne s'intensifient jusqu'en septembre 1943, époque où ils exigent même le départ de la totalité des Chantiers. Le général de La Porte du Theil refuse et menace de disperser les Chantiers dans les maquis, ce qu'il confirme à l'adjoint de l'ambassadeur allemand Otto Abetz, Krug von Nidda.
 
En conséquence de quoi il est arrêté, en compagnie du commissaire Ballot, chef du personnel de son QG, le Splendid Hôtel de Châtel-Guyon et sont internés en Allemagne.
 
Un directeur général, le commissaire du pouvoir, Emile Bernon, est nommé par Laval. De là, en découlera de nombreuses difficultés avec trois directeurs successifs entre janvier et juin 1944.
 
Voilà, bien abrégée, l'histoire de ces jeunes durant l'Occupation allemande, où bien sûr, il y eut des héros, des courageux, mais il faut le dire aussi, des mouchards au service des Allemands, estimés à 600 hommes.
 
Je me dois de terminer ce récit par un hommage au général de La Porte du Theil qui a oeuvré en faveur d'une jeunesse française "rattrapée en plein vol d'incertitude" et qui a mené celle-ci dans la bonne direction malgré les énormes risques que cela comportait.
 
Mes sources viennent de ma visite au Musée des Chantiers de la Jeunesse à Châtel-Guyon au 21 rue du Commerce où j'ai été aimablement reçu par M. Christian Pousse, non avare de renseignements et de réponses à mes questions.
 
Merci à lui.

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Béghin Bernard
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Les Chantiers de la Jeunesse Française :: Commentaires

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Message le Mar 30 Juin 2015 - 8:46 par Geresp

Bonjour,

Ne pas oublier une composante de l'habillement, présente sur votre document, La fameuse "Pèlerine".

Amicalement.

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Message le Mar 30 Juin 2015 - 17:20 par Invité

Avant que Bernard ne nous donne d'autres explications, cette "pèlerine" me fait penser à la tenue des Chasseurs Alpins....

Je me souviens également que dans mon enfance, elle se portait encore dans certains pensionnats, dans quelques familles...

Une autre m'interpelle : la symbolique de l'insigne des CJF.....

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Message le Mar 30 Juin 2015 - 20:11 par Geresp

MF46 a écrit:Avant que Bernard ne nous donne d'autres explications, cette "pèlerine" me fait penser à la tenue des Chasseurs Alpins....
Je me souviens également que dans mon enfance, elle se portait encore dans certains pensionnats, dans quelques familles..

Bonsoir,

Dans les années 1950 < > 1960, elle faisait encore parti de la tenue vestimentaire des Agents cyclistes les "Hirondelles".

Amicalement.

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Message le Mar 30 Juin 2015 - 23:50 par Béghin Bernard

Merci Geresp de vous intéresser à ce sujet.

   

Je n'ai pas parlé de la fameuse cape, du fait qu'elle peut se voir sur une des photos postées plus haut, mais c'est vrai qu'elle est symbolique pour les Chantiers.

Pour répondre à MF46, quant à la signification de l'insigne, pour ma part, je la trouve très bien pensée.
Je l'explique : c'est un ancien combattant de 1914, le colonel Créange, qui en a eu l'idée, et c'est un étudiant des Beaux Arts, Gabriel Séjourné, qui l'a dessiné en triptyque : épis de blé, drapeau tricolore, et soleil levant sur fond de verdure.


   Les épis de blé symbolisent la régénération de la France, par la formation et l'éducation de la jeunesse, pour
   en recueillir les fruits plus tard.

   Le drapeau tricolore "tombant" de la France, pas déployé à cause de la défaite, mais les épis sont présents
   pour nourrir l'espoir qu'un jour, il sera de nouveau "flottant".

   Le soleil levant qui diffuse ses rayons, c'est l'espoir qu'il se lèvera à nouveau, au dessus de la verdure qui est
   l'environnement des Chantiers de la Jeunesse Française.

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Message le Mer 1 Juil 2015 - 8:45 par charly71

Merci de ces explications et documents sur les chantiers de jeunesse, dont le rôle exact
pendant la guerre m'a toujours interpelé. Me voici un peu mieux renseigné.
Il à couru (dans ma famille par ex.) tellement de versions différentes sur leurs parcours,
leur attachement ou non au régime de Vichy etc. etc.

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Message le Mer 1 Juil 2015 - 13:10 par Geresp

Bonjour,

Bernard
Sujet complexe et intéressant, à garder sous contrôle.
Geresp.

charly71 a écrit:Il à couru (dans ma famille par ex.) tellement de versions différentes sur leurs parcours, leur attachement  ou non au régime de Vichy etc. etc.

Il suffit de se reporter sur le coin droit-bas de la photo de Paul Marie Joseph de La Porte du Theil, ou sur l'affiche "France Toujours".

Mais rien n'est simple! la période des faits autorise plusieurs interprétations (suivant les sensibilités du moment).

Cordialement.

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Message le Mer 1 Juil 2015 - 16:14 par charly71

Geresp a écrit:Mais rien n'est simple! la période des faits autorise plusieurs interprétations (suivant les sensibilités du moment).

....et voilà le problème ....

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Message le Mer 1 Juil 2015 - 16:20 par Invité

Bernard a écrit :

il y eut des héros, des courageux, mais il faut le dire aussi, des mouchards au service des Allemands, estimés à 600 hommes.

Comme en toutes choses, il y en eut des bons et des mauvais... La Résistance a connu, elle aussi, ses salauds !

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Message le Ven 3 Juil 2015 - 22:11 par Béghin Bernard

Un coup de fil ce soir de Mr Pousse (conservateur du Musée des Chantiers à Châtel-Guyon) pour me confirmer que le port de la cape a été effectif pour tous les jeunes et les cadres moyens des Chantiers, celle-ci était aussi équipée du capuchon.

Tandis que celle des cadres supérieurs était complétée par une capuche amovible et garnie par  la chaînette réglementaire.

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Message le Sam 4 Juil 2015 - 0:50 par Béghin Bernard

Voici deux extraits de réflexion sur Les Chantiers de le Jeunesse Française.




Et aussi quelques précisions sur le parcours du chef de corps du 7e Régiment des Chasseurs d'Afrique.


De gauche à droite : le futur général Van Hecke, l'amiral Darlan, le général Giraud

Alphonse Sylvestre Van Hecke, né en 1890 en Belgique, héros de la Grande Guerre dans la Légion Etrangère, titulaire de la Croix de Guerre 14-18. Naturalisé français , il est dans les combats de 1940, puis passe dans les Chantiers en Afrique du Nord, avant de former le 7e RCA avec des éléments de ces mêmes Chantiers, et de porter le combat en Italie et ensuite en France, par le débarquement de Provence.

Il est général de Brigade en 1946.
Treize citations dont huit à l'Ordre de l'Armée ( six fois blessé)
-  Commandeur de la Légion d'Honneur
-  Médaille Militaire  
-  Croix de Guerre 39- 45
-  Médaille Coloniale  
-  Médaille des blessés.
Décédé le 20 juillet 1981 en Belgique

A noter qu'il était le père de l'acteur français Pierre Vaneck

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Message le Sam 10 Oct 2015 - 0:43 par Roncevaux

Je viens de lire le livre du colonel Henry Fournier Foch ;" Tovarich Kapitaine Foch ", et , effectivement, dans cet
ouvrage, il reconnaît la qualité de ces jeunes gens libérés des nazis.

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Message le Mar 28 Mar 2017 - 11:59 par crétin jean-hugues

je suis le fil de Jacques marie Bernard Crétin promo X 1942 aux chantiers de jeunesse environs Bergerac aurait participé à la destruction de la poudrière je joint une photo , quelqu'un peut me dire si c'est un uniforme de l'unité?????
merci jean-hugues Crétin: la.palissade@gmail.com  ou 0668206778

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