LES CAMPS PARACHUTISTES

La Bandera de Tu Lé

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29112011

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La Bandera de Tu Lé




Au cours du printemps 1952, le Vietminh, convaincu que son corps de bataille ne pouvait l'emporter de vive force dans les zones de rizières, doit se résigner à revenir à une stratégie plus orthodoxe d'attaque indirecte et décide de reporter ses efforts en zone montagneuse où il est assuré de pouvoir bénéficier des avantages que lui confèrent la fluidité de ses troupes et leur accoutumance à la jungle ainsi que la souplesse de sa logistique.
A partir du mois de juin, divers indices alertent le Commandement français sur la possibilité d'une action ennemie contre le Pays thaï : présence du Bataillon 426, spécialisé dans le renseignement d'assaut, sur le territoire de la ZANO ; intensification du trafic sur la route de Cao Bang à Yen Bay par Thaï Nguyen et Phu Doan...
Dès le 13 septembre, les indices d'une importante offensive se multipliant, le général de Linarès met la ZANO en état d'alerte, renforce Nghia Lo et décide d'équiper Na San, I'aérodrome de Son La, et Laï Chau.
Le 11 octobre, l'avance de trois divisions ennemies, les 312, 308 et 316, ces deux dernières amputées chacune d'un régiment, traversant le Fleuve Rouge en trois colonnes et sur un front de soixante kilomètres (308 au centre, vers Nghia Lo, 312 au nord, vers Tu Lé, 316 au sud, en direction de Van Yen), marque le début de l'offensive vietminh contre le Pays thaï.
En moins de six jours, la Division 308, balayant sur son passage tous les petits postes qu'elle rencontre, franchit les soixante kilomètres qui séparent Nghia Lo de son point de passage du Fleuve Rouge, et, surgissant de la jungle, encercle la cuvette.
En l'absence du général Salan qui se trouve alors à Saigon, le général de Linarès décide de «renforcer le point d'appui de Tu-Lê en vue de le tenir, d'agir contre les éléments viets venant de l'est et de prendre à revers les éléments menacant Gia Hoï». Le 6e BPC du commandant Bigeard, arrivé en Indochine à la fin du mois de juillet, est placé en alerte aéroportée.



17-25 octobre 1952 La Bandera de Tu Lé
La saison des pluies vient de s’achever. Depuis son PC d’Hanoï, le général Salan, commandant en chef en Indochine, sonde les intentions de l’adversaire. Il sait que Giap veut, à tout prix, effacer son échec de l’an dernier en pays thaï. Il vient d’apprendre que le SR ennemi se préoccupe à nouveau de Nghia Lo, ce poste de la zone nord-ouest, qu’il n’a pu enlever en octobre 1951.
De nombreux mouvements sont décelés sur le Fleuve Rouge, au niveau de Yen Bay. Vingt mille coolies y seraient rassemblés… le 4 octobre, la garnison de Nghia Lo est renforcée par un goum du 5e Tabor.
Le trafic radio viet s’intensifie et nos services d’écoute identifient les divisions d’assaut 308 et 312 dans ce secteur. Il semble que ce soit la “contre-offensive générale” en direction de Son La et Sam Neua, entrée septentrionale du Laos, telle qu’Ho Chi Minh lui même l’a annoncée quelques temps plus tôt. Depuis Saïgon, où il est parti accueillir le secrétaire d’État à la Guerre, M. de Chevigné, le général Salan suit attentivement l’évolution de l’affaire.
Mais, en pays thaï, le 14 et le 15, les postes couvrant le Fleuve Rouge se replient sur une forte poussée adverse. Le 16, le poste de Gia Hoï, situé à 20 km au nord, signale qu’il est coupé de Nghia Lo. Aucune attaque vietminh n’est encore déclenchée, mais le général de Linarès, commandant les troupes du Tonkin, la juge imminente.
Dès le 15, à 22 h, il fait placer le le 6e Bataillon de parachutistes Coloniaux, le Bataillon Bigeard, en alerte aéroportée.
Le 16 après-midi, il le fait larguer sur la piste d’atterrissage du poste de Tu Lé, à 10 km à l’ouest de Gia Hoï, soit à 30 km de Nghia Lo.

À 16 h, tout le bataillon est regroupé à l’effectif de 666 officiers, sous-officiers et parachutistes. Sur ce nombre, 376 combattants d’origine vietnamienne, affectés en majorité dans deux unités : la 6e compagnie indochinoise parachutiste (la mienne) et la 26e CIP (lieutenant de Wilde). Les autres compagnies sont à majorité européenne : compagnie de commandement (lieutenant Pierre Porcher et non lieutenant Bourgois), 11e compagnie (Lieutenant Le Roy), 12e (lieutenant Trapp).
Tu Lé n’est qu’un petit poste, occupé par le PC et une section d’une compagnie du 1er Bataillon Thaï (lieutenant Lavrat). Propre, bien organisé, il domine une courte cuvette de 2 km de long, traversée par un large torrent que borde le village des familles. Il contrôle le carrefour de plusieurs pistes : à l’est, vers Nghia Lo et le Fleuve Rouge, au nord vers Than Uyen, au sud-ouest vers Ta Bü, sur la Rivière Noire, et Son La, capitale du pays thaï noir.
Tout en roulant leurs parachutes, les “paras” de Bigeard, d’un coup d’oeil, ont “pesé” les lieux … vastes sommets, couverts d’herbe à paillote, ravins touffus, une lourde impression d’isolement et de solitude…
À la nuit tombante, le bataillon est formé en quatre points d’appui, éclairés par des “sonnettes” placées en avant des positions, sur les pistes d’accès : le PC, la CCB (compagnie de commandement) et la 26e CIP, dans et autour du poste, la 11e et la 12e compagnies sur des croupes le surplombant à l’est. Quant à la 6e CIP, elle s’est installée au sud, au-delà du torrent, sur un contrefort herbeux, qui fait face au poste, à quatre cents mètres.
Assis dans l’obscurité, au centre de la position, je fume une cigarette retournée dans le creux de la main. À mes côtés, le sous-lieutenant Roux, affecté deux jours plus tôt. Je sais ce que ressent ce garçon qui, arrivé tout juste de France, se retrouve brutalement confronté avec l’inconnu. Je devine son regard qui parcourt les cimes bleu-noir se découpant sur le ciel étoilé.
Je sais que ses oreilles bourdonnent, que ses mains sont moites, que ses entrailles sont serrées…« Allez dormir, il ne se passera sûrement rien cette nuit »
Le 17 octobre, à 17 h, entre “chien et loup”, une courte mais violente préparation de mortiers et de canons sans recul s’abat sur les défenseurs de Nghia Lo. La nuit venue, sitôt le tir levé, une véritable marée humaine déferle simultanément sur les deux points d’appui : celui du haut, sur le piton et celui du bas, près du village. Le 18, à 9h du matin, les deux compagnies constituant la garnison sont anéanties, après un furieux combat à quinze contre un… À Tu Lé, dans la matinée, Bigeard apprend que Nghia Lo est tombé et que le quartier de Gia Hoï passe sous ses ordres. Un télégramme personnel du général Salan lui prescrit, en début d’après-midi, de regrouper immédiatement les petits postes proches, d’évacuer Tu Lé sans tarder et de gagner la Rivière Noire le plus rapidement possible.

Le 18 au soir, désormais seul face à ses responsabilités, “Bruno” réunit ses Commandants de compagnie et leur résume la situation :
« le corps de bataille viet est à moins de 30 km par la piste. Il n’est pas question d’engager le combat, mais de sauver tout ce qui peut être sauvé et de ramener le bataillon… des éléments de reconnaissance vietminh ont déjà été décelés entre le poste de Gia Hoï et nous. Je viens de donner ordre à ce poste, ainsi qu’à celui de Lang Chang, de se replier sur Tu Lé, mais par la montagne… ce sera naturellement plus long que par la piste directe… nous les attendrons…
à mon avis, le gros des viets ne sera pas sur nous avant vingt-quatre heures… on aura le temps de décrocher, sans doute demain soir… »
En fait, l’évacuation n’aura lieu que deux jours plus tard. Le sommet de l’odyssée de Tu Lé réside dans cette décision de reporter, jusqu’à l’extrême limite, l’exécution de l’ordre de repli reçu. Ce jour-là, le grand Bigeard s’est révélé : un exceptionnel sens tactique, allié à une intraitable volonté de remplir sa mission… une lumineuse prévision des délais… une générosité secrète qui lui interdit d’abandonner ces combattants thaïs avec lesquels il a longtemps servi… une confiance absolue dans ce 6e Bataillon Para qu’il a forgé.
Dès l’aube, le 19, “Bruno” place ses pions. Un commando de la compagnie de Wilde part occuper le col de Kao Pha, à deux heures de marche, sur la piste qui mène à la Rivière Noire.il assure ainsi un point d’amarrage sur l’axe obligatoire de repli. La 6e CIP reçoit l’ordre de lancer une reconnaissance lointaine avec tout son effectif, sur la piste principale de Gia Hoï, celle où l’on attend l’arrivée des viets. Vers midi, elle parvient au sommet d’un col situé à 6 km à l’est de Tu Lé. Tapis, les éclaireurs repèrent à la jumelle une dizaine d’hommes qui se déplacent lentement au loin, dans une vaste plaine sèche. S’agit-il d’amis qui se replient depuis Gia Hoï,malgré l’ordre d’éviter la piste principale ? de civils qui fuient ?
Méfiant je dispose ma compagnie en un large éventail. Les sections, qui se sont Faufilées dans les hautes herbes, sont invisibles à vingt mètres. Une longue attente commence… le petit groupe progresse toujours dans la plaine, sans se presser.

Il n’est plus guère qu’à un kilomètre, mais l’air chaud vibre et il n’est pas possible d’identifier les tenues… soudain, il est 15 h, le chef de pièce mortier, le caporal Faraud, siffle dans ses dents et, d’un geste, montre le lointain… effectivement, c’est tout une colonne qui, désormais, de profile : plus de doute possible, ce sont des viets, et en masse, à découvert, sûrs d’eux (on le saura par la suite, c’est le Régiment 88, unité de tête de la division d’assaut 312).
Je décide d’agir sans prévenir mon PC. Je sais que les viets sont constamment à l’écoute radio sur les postes 300… inutile de révéler la présence d’un bataillon para … guidés par poste 536, dont les émissions ne peuvent être captées, le sous-lieutenant Ferrari et six de ses voltigeurs se coulent dans les lacets du col, camouflés par les broussailles.
Mission : accrocher le groupe viet de tête et faire des prisonniers. Déception : les éclaireurs adverses s’arrêtent en bas de la pente et, tranquillement assis sur un talus, attendent la colonne. Rageur, Ferreri rejoint sa position initiale… et l’attente se poursuit. Pas une herbe ne bouge. Chacun épie, le coeur battant, l’adversaire qui approche.. À 16 h 30, alors que la compagnie viet de tête est engagée dans les lacets, 200 m sous le col, la mitrailleuse et les dix fusils-mitrailleurs de la 6e CIP ouvrent le feu dans la même seconde. Le mortier de 60 et le canon de 57 aboient à leur tour. Sur plus d’un kilomètre, la colonne viet se débande, éclate dans les rizières sèches.
On peut voir les obus exploser dans cette fourmilière ; des corps restent affalés un peupartout… Gilles, Bigeard, Tourret, Magnillat

Après une minute d’un feu d’enfer, les paras décrochent d’un bond et se replient sans être inquiétés. En moins d’une heure, ils rejoignent le poste de Tu Lé, qu’ils atteignent à la nuit tombante Bigeard, alerté par les explosions lointaines, se fait immédiatement rendre compte… les ordres tombent : « la garnison de Gia Hoï n’a pas encore rejoint. Pas question de décrocher avant demain. Il faut s’attendre à une attaque viet cette nuit. La 6e CIP, montez prendre vos sacs sur votre piton, puis allez vous installer pour la nuit au petit col, au sortir de la cuvette… ouvrez l’oeil, c’est notre porte de repli… »
À 21 h, le le PC reçoit un message d’Hanoï comportant ordre de repli immédiat.
Bigeard répond : « impossible avant le jour. » À 23 h, grand remue ménage : des lueurs apparaissent sur les croupes, au nord-est du poste ; des appels sont perçus. C’est la garnison de Gia Hoï qui, avec armes, bagages, femmes et enfants, rejoint à la lueur des torches, dont certainement les viets, tapis dans l’ombre ne perdent pas une miette…
La colonne est guidée jusqu’en bordure de piste, au pied du poste. Peu à peu, le silence revient. À deux heures du matin, nous sommes le 20 octobre, une courte rafale éclate sur la croupe tenue par la compagnie Trapp (12e Cie) : un guetteur vient de tirer sur une silhouette qui a trébuché dans le réseau de barbelés souples posés en avant du point d’appui. C’est, rapidement, l’embrasement général sur la position : infiltrés entre les compagnies Trapp et Le Roy, massés au fond du thalweg,les viets montent à l’assaut contre la 12e … quelques minutes
plus tard, c’est au tour du poste proprement dit, 300m plus bas, d’être attaqué ; mais la garnison n’est pas seule et les paras de la CCB interviennent vigoureusement.
Les combats durent jusqu’à 6h 30. Après trois assauts, qui n’ont même pas réussi à entamer les défenses accessoires, les viets se retirent à l’est, poursuivis par les mortiers de 81 du lieutenant Corbineau. Ils laissent 96 cadavres dans les barbelés et 41 armes, dont 2 fusilsmitrailleurs.
Les paras ont deux tués, dont le sergent Guérin de la 12e compagnie, et dix blessés… dix blessés qu’il va falloir évacuer par avions sanitaires avant le décrochage.
La demande est transmise par radio, mais, au lever du jour, le ciel est bouché… la matinée se passe à attendre les Morane qui ne viennent pas. Les limites de la témérité sont atteintes ;
Bigeard le sait, chacun le sent… les viets sont là, tapis dans les ravins touffus.
Vers 11 h, la 6e CIP voit des silhouettes couvertes de feuillage s’infiltrer dans la combe qu’elle domine, à proximité de la piste que le bataillon et les garnisons repliées doivent suivre pour rejoindre le col de sortie : l’encerclement de la cuvette se met en place. À 12 h, apparaissent deux bombardiers B26. Bigeard leur fait immédiatement bombarder et mitrailler tous les ravins boisés qui convergent vers la cuvette. Intervention violente et précise. Elle jette certainement le désarroi chez les viets et ralentit heureusement leur manœuvre.

À 13 h, le choix est fait : la présence des deux B26, qui tournent haut dans le ciel, est déterminante. On brancardera les dix blessés, mais le décrochage doit avoir lieu immédiatement.
Le 20 octobre à 13 h, soit 4 jours après avoir sauté à Tu Lé, le 6e Bataillon de Parachutistes Coloniaux entame une opération de retraite qui va s’étirer sur 70 km de dures pistes de montagne et de forêt, poursuivi et harcelé par toute une division d’assaut vietminh. Il va marcher et combattre pendant trois jours et trois nuits sans désemparer. Il va briser toutes les manoeuvres de débordement et de tronçonnement de l’adversaire. Il va fournir un effort stupéfiant qui va lui permettre de s‘arracher à l’étreinte de l’adversaire, surclassé tactiquement
et physiquement, et de remplir intégralement sa mission. Il subira, certes, des pertes douloureuses, mais sans commune mesure avec celles qu’il infligera aux régiments adverses acharnés à sa perte.
À partir de 13 h, la colonne se forme. Les garnisons de Gia HoÏ, Lang Chang et Tu Lé, rassemblées au pied du poste, s’ébranlent les premières, en emmenant leurs familles. Suivent, dans l’ordre : le reste de la 26e CIP (un de ses commandos avec le lieutenant Laizé est parti depuis 36 heures occuper le col de Kao Pha), la CCB, la 11e et la 12e Cie, qui chacune à leur tour, décroche de son point d‘appui et s’égrène dans l’ordre le plus parfait.

Du haut du col de sortie, qu’ils tiennent depuis la veille au soir, les hommes de la 6e CIP voient d’abord la chenille humaine longer la piste d’atterrissage, puis les premiers éléments franchir à gué le torrent tumultueux et peu à peu, s’engager dans le talweg qui mène à eux.
Chacun pense que les viets vont se dévoiler d’une minute à l’autre et surgir de partout pour bloquer la colonne dans la cuvette de Tu Lé. Rien ne se produit… les premiers éléments thaïs franchissent le col vers 14 h, dévalent ensuite dans la seconde cuvette qui s’étend sur 2 km, jusqu’au pied du massif boisé de Kao Pha. Le reste du bataillon suit rapidement. Je peux parler quelques secondes avec mon chef, Bigeard , qui me serre la main au passage.
C’est aussi un contact bref, des regards échangés avec le lieutenant Porcher (et non Bourgois) et les hommes de la CCB, le lieutenant Le Roy et sa 11e Cie. La 12e Cie arrive à son tour ; le lieutenant Trapp s’arrête, laisse passer une partie de ses hommes. Soudain il prend son 536, appelle la section de queue et écoute un moment. Il se tourne ensuite vers moi et dit rapidement : « le sergent Flament, qui ferme la colonne, me signale qu’il est suivi par des types louches. Il devrait y avoir, derrière nous un petit élément du GCMA. Mais il paraît que ceux-là demandent à mes gars de leur remettre leurs armes… c’est louche, ouvre l’oeil ».
quelques minutes plus tard, le sergent Flament arrive à ma hauteur et me dit dans la foulée :
« faites gaffe aux types qui me suivent à deux cent mètres derrière, sur la piste. Ils n’ont pas l’air d’être de chez nous. »
À la jumelle, on discerne, en effet, une colonne qui gravit la piste étroite. Ce sont des gens en tenue sombre, qui ne paraissent pas être des réguliers viets. Je vois soudain des individus couverts de feuillage sortir du fond du ravin, échanger quelques mots avec lesautres, puis, très rapidement, mêlés à eux, progresser vers le sommet du col. Je donne immédiatement l’ordre à mes deux sections qui occupent les croupes, à droite et à gauche, de décrocher au pas de gymnastique et de s‘engager dans la cuvette de Kao Pha. Avec celle qui reste autour de moi, à cheval sur la piste, j’ouvre le feu sur les viets qui se trouvent à 100 m à peine au-dessous de moi. La fusillade éclate alors de toute part. Des unités viets se dévoilent sur les sommets qui dominent le col. Avec mes armes lourdes, je m’engouffre sur la piste de repli et, en quelques minutes, j’atteins les premières rizières sèches, dans le fond de la seconde cuvette. Les rafales claquent de tous les côtés. Plus ténus, me parviennent les échos d’une autre fusillade que je localise très vite à l’autre extrémité de la plaine de 2 km que je dois franchir pour raccrocher la colonne du bataillon. Je réalise aussitôt que l’adversaire a largement débordé et se trouve maintenant partout ; il est en train d’attaquer les autres unités du 6e BPC, au pied du col de Kao Pha. Par un “message en l’air”, je donne à plusieurs reprises ordre à mes sections d’éclater et de marcher à l’ouest par petits groupes.

Le franchissement des rizières n’est qu’une suite de combats isolés, très violents, souvent à bout portant. Non seulement les viets, qui occupent maintenant le col de sortie, tirent de longues rafales d’armes automatiques, mais des groupes adverses surgissent à droite et à gauche et tirent, de flanc, du haut des rizières en gradins. Progression harassante, au milieu des claquements et des explosions. Par petits groupes de cinq ou six, les paras de la 6e CIP luttent farouchement pour rejoindre le bataillon. Européens et vietnamiens s’appuient
mutuellement, bondissent de diguette en diguette pendant les accalmies, plongent et ouvrent le feu dès qu’ils voient l’adversaire, derrière, devant, à gauche, à droite… Je suis sur l’axe de la piste, déjà jonché des tués et des blessés. Haletant, suivi de Ragouillaud, mon radio, qui ploie sous la charge, je réalise la gravité de la situation. Je ne peux plus rien et, comme les autres, vide mes chargeurs de carabine pour m’ouvrir la voie.
Un kilomètre plus loin, l’autre combat paraît s’intensifier. Parvenu au centre de la cuvette, je vois alors un homme seul revenant sur ses pas, insouciant du danger ; je reconnais l’aumônier du bataillon, le Père Jeandel. Pendant quelques secondes s’engage un pathétique dialogue : « je ne puis abandonner tous ces blessés, répond-il d’une voix sourde » et blême, mais visiblement atteint par la grâce des martyrs, le Père repart, offrant sa mince silhouette camouflée aux coups de l’ennemi. Il sera fait prisonnier et libéré deux ans plus tard.
Quatre cent mètres plus loin, apparaissent alors de nombreux individus alignés le long d’une digue de terre plus haute que les autres. Ce sont les gens du lieutenant Le Roy qui se sont arrêtés et attendent leurs camarades de l’arrière-garde. Je rejoins mon camarade “Paulo”qui me dit brièvement : « ma compagnie a été durement accrochée avant que nous puissions parvenir à la forêt ; je crois que j’ai de grosses pertes. Actuellement, la section Lepage s’occupe des viets qui nous ont pris de flanc, par le sud. On va attendre tes gars et rentrer ensemble »
Des groupes de paras sanglants, portant, traînant leurs camarades blessés ou mourants, surgissent de toute part. de la voix, du geste, ils sont canalisés vers l’entrée de la piste du col de Kao Pha, qui s’enfonce dans la forêt, à 300 m de là. Le jour commence à baisser ;
l’intensité des combats semble décroître. Chose stupéfiante, les viets paraissent rester maintenant à distance, ne pas oser se lancer à nouveau dans un combat rapproché.
À la tombée de la nuit, les dernières tenues “léopard” s’évanouissent sous la voûte sombre des arbres de la jungle… quelques éléments adverses tentent de suivre : de 100 m en 100 m, ils sont hachés à coups de pistolets-mitrailleurs par les derniers de la colonne qui brûlent leurs ultimes chargeurs en se relayant à tour de rôle.
Alors le miracle se produit. À partir de 20 h 30, un incroyable silence s’établit.

Étroitement mêlés, dans une obscurité totale, les survivants des 11e et 12e Cies et de la 6 e CIP gravissent l’interminable piste du col de Kao Pha. De temps à autre, le gémissement d’un blessé cahoté sur son brancard de fortune, le juron d’un garçon qui s’abat dans la pente. Et, mécaniquement, les appels de ralliement que lancent à mi-voix officiers et sous-officiers… À 22 heures, Bigeard,parvenu au sommet du col, fait mettre les postes en batterie. Le commandant en second, le capitaine Tourret, organise le recueil. Les silhouettes qui débouchent sont canalisées, unité par unité. Les cadres regroupent peu à peu leurs hommes et font l’appel… À partir de minuit, les arrivées s’espacent : encore quelques isolés, quelques blessés exténués qui s’écroulent et sont emportés vers le capitaine Rivier, le médecin du bataillon. À l’écart de la piste, entouré de ses infirmiers, ce dernier se dépense sans compter.
À coups de poignards, des garçons taillent des bambous pour constituer de nouveaux brancards…

À une heure du matin, ce 21 octobre, le commandant du 6e BPC retrouve, autour de lui, ses commandants de compagnie au complet. Un bref mot à chacun, dans l’ombre, pour marquer son soulagement. Le lieutenant Élise, l’officier des transmissions, vient broyer les bras de ses copains retrouvés, silencieusement, affectueusement… onze parachutistes
manquent à la 26e CIP, neuf à la CCB, dont le sergent Malaclet, qui convoyait les blessés. La 11e Cie du lieutenant Le Roy, qui a brisé dans la cuvette la manoeuvre de tronçonnement viet,
a subi des pertes beaucoup plus lourdes : trente-quatre manquants, dont le lieutenant Crouzet. La 6e CIP qui a percé à travers les masses adverses pendant trois kilomètres de terrain découvert, n’accuse que vingt-deux disparus, alors que je pensais avoir perdu la moitié de mon monde ; manquent le jeune sous-lieutenant Roux, les sergents Grall, Lyonnet et Pautrat.
Au total : quatre-vingt-trois disparus en deux heures de lutte.
Pour Bigeard, une certitude : malgré les pertes, le 6e Bataillon conserve l’essentiel de ses cadres et de sa cohésion. Rien n’est perdu. Mais il faut désormais éviter tout accrochage prolongé ; il reste à peine un quart des munitions. Dès deux heures du matin, le mouvement reprend. Les thaïs sont partis devant avec les blessés, dont le caporal-chef Quillac, qui marche
avec 7 balles dans le corps. Suivent les deux compagnies les plus éprouvées : la 11e et la 6e CIP. Bigeard se tient à l’arrière avec les autres unités. Tout le reste de la nuit, la colonne marche sans interruption dans la forêt.
À 8 h du matin, à hauteur de Ngoc Chen, les viets rejoignent la queue de la colonne et recommencent à harceler l’arrière-garde. Il fait maintenant grand jour ; la végétation s’éclaircit. “Bruno” fait volte-face avec sa compagnie de queue et donne un brutal coup d’arrêt. Les autres unités l’attendent, le recueillent et décrochent “en perroquet” , l’une protégeant l’autre, comme à la manœuvre. Ce nouveau combat en retraite dure toute la matinée.

L’adversaire, qui subit de nouvelles pertes, paraît visiblement impressionné. il suit de loin et, à midi, le bataillon dévale sans encombre dans la cuvette de Muong Chen où il se regroupe en vue du poste, au milieu des rizières.
Bigeard prend contact avec la petite garnison de supplétifs thaïs (284e CLSM). De son chef, l’adjudant Peyrol, il apprend que des éléments viets sont déjà entrés en contact avec ses observateurs, sur les crêtes environnantes. L’adversaire commence déjà l’encerclement de la cuvette, par les hauts.peu importe. Il faut des vivres et des munitions. Un largage est demandé
par radio, avec appui de la chasse. Pendant ce temps, les unités ont formé les faisceaux dans les rizières sèches, au centre de la cuvette. Nus, les paras s’ébrouent dans la Nam Chang, sous un joli soleil.

À 14 h, un dakota survole la cuvette de Muong Chen. C’est le général Salan, auquel Bigeard confirme, en phonie, la situation. La commandant en chef annonce l’arrivée de l’aviation. Effectivement, à 16 h, quatre B26 apparaissent dans le ciel. Aussitôt, ils entreprennent le matraquage des crêtes et des ravins vers le nord et l’est. Une demi-heure plus tard surviennent les Dakota de transport qui larguent, directement sur le bataillon, caisses de rations et de munitions, et même de la glace.
À 18 h, tout le monde est rééquipé. Chacun s’est restauré et a complété ses munitions. Le moral est au plus haut. Bigeard donne ses instructions pour le nouveau bond.
Objectif : le poste de Ban I Tong, situé à 25 km au sud-ouest. Axe initial : la piste longeant la rivière Nam Chang. Dans la nuit, maintenant venue, couchés le long des diguettes, les paras sont invisibles, attendant le signal du départ. Le plus grand silence règne. Alors se produit un incident extraordinaire. Bigeard a demandé à l’adjudant Peyrol, commandant du poste, de tenir jusqu’à la nuit noire, en faisant le maximum de “cinéma”.
Peyrol et ses thaïs déclenchent, à partir de 19 h, un étonnant feu d’artifice. Rafales d’armes automatiques, grenades, fusées multicolores, tout y passe. Puis le poste commence à brûler…
Les viets tombent dans le piège. Ils s’imaginent que le bataillon para s’est replié sur la position : ils courent à la curée. Les gars du 6e BPC, tapis contre le sol, le doigt sur la détente, voient alors défiler devant eux, à moins de 200 m, une colonne de plusieurs centaines de viets qui traversent la rivière au petit trot. Peu après la fusillade se généralise autour du poste.
Cette fois, Peyrol et ses gars sont attaqués pour de bon. Vers minuit, après avoir lutté pendant trois heures, les défenseurs réussiront à se glisser au milieu des viets, disparaîtront dans la brousse épaisse et, par des pistes connues d’eux seuls, s’éloigneront vers les sommets.
Pendant ce temps, à 19 h 30, Bigeard a senti le moment venu : il flaire que la sortie est désormais libre. Sans un bruit, la colonne s’ébranle et s’engage dans les gorges de la Nam Chang. Pas un incident… cette nuit-là n’en est pas moins terrible. Douze heures de marche ininterrompue, la plupart du temps à flanc de ravin. Cramponnés à la végétation, s’abattant parfois de plusieurs mètres, tantôt dans la boue glissante, tantôt sur la roche vive. Meurtris, les mains éclatées, ils progressent lentement, mais inlassablement, les blessés supportent un
véritable martyre.

Les torrents succèdent aux torrents, séparés par des côtes abruptes qu’il faut gravir en s’arc-boutant et se hissant les uns les autres, à bout de fusil. Les pieds sont en sang. Mais le bataillon avance inexorablement. Six cents athlètes se surpassent physiquement. Officiers et sous-officiers, bambou à la main, cinglent ceux qui s’écroulent et ne veulent plus se relever.
“À la cravache”, ils arrachent leurs gens à une mort certaine.
Le 22 octobre, à 8 h du matin,la colonne s ‘arrête enfin. Les paras s’écroulent là où ils se trouvent. “Bruno”, d’un point haut, prend contact avec le secteur de la Rivière Noire. Il apprend qu’un détachement du poste de Ban I Tong progresse vers lui, sur ordre du colonel Vaudrey. Effectivement, la liaison est effectuée, au sommet d’un petit col.
La bonne nouvelle se répand et aide les plus harassés à se relever.

La marche reprend. Entre 10h et midi, les pars croisent la longue colonne du 56e Bataillon,de vietnamien qui va désormais servir d’échelon de protection. Les soldats de Sa Majesté Bao Daï regardent avec un mélange d’admiration et d’effroi, ces spectres crottés et sanglants, qui leur semblent venus tout droit de l’enfer…
À 18 h, les garnisons thaïs et le 6e BPC en entier ont rejoint Ban I Tong. Comme des masses, les hommes s’effondrent sous les paillotes du marché, à proximité du poste… Est-ce la fin du calvaire ? Non… à 20 h, on apprend que le 56e Bataillon Vietnamien a eu un dur accrochage en fin de journée et se replie sur le poste. Il faut repartir… à 21h, la marche reprend dans le creux de la vallée. Le relief est moins sévère, mais les affluents de la Rivière Noire sont énormes. La saison des pluies vient seulement de s’achever. Les gués sont à peine discernables. Par groupe de trente, crochetés par les bras, les paras s’enfoncent et luttent contre le courant torrentiel. Parfois, ils perdent le pied pendant plusieurs mètres, mais la chaîne humaine s’arc-boute, retrouve le fond et s’arrache aux flots sauvages… dernière nuit… dernière étape… peut-être la plus douloureuse…

Mais l’odyssée de la colonne Bigeard touche à sa fin… dès 5 h du matin, des piroguiers thaïs font franchir la Rivière Noire aux unités qui se présentent, par groupes de douze. Habiles, rapides, silencieux, ils manient la longue gaffe au milieu d’un courant de plusieurs mètres seconde. Avec une précision extraordinaire, ils accostent au pied du poste de Ta Bu, sur la rive occidentale, et déposent leur cargaison apathique et terrifiée. Au milieu de la matinée, ce 23 octobre 1952, chacun réalise que le miracle s’est produit… les garnisons de Gia Hoï, Lang Chang et Tu Lé sont là, mêlées à ces paras du 6e qui les ont arrachées à la destruction… les éléments du 2e Bataillon Thaï de Ban I Tong, les vietnamiens du 56e BVN ont rejoint aussi… Mission remplie !
La suite s’estompe dans les souvenirs des rescapés de la “mission suicide” de Tu Lé…
les camions jusqu’à Son La… la première nuit de repos après neuf jours d’angoisse et de lutte… le général de Linarès et le colonel Gilles, larmes dans les yeux, considèrent silencieusement le sommeil de leurs “petits”, écroulés les bras en croix, la main encore crispée sur le mitraillette… le regroupement à Na San… l’aérotransport jusqu’à Hanoï .

Le 31 octobre 1952, le chef de bataillon Bigeard adressait à ses parachutistes son ordre du jour n° 29 : « la bandera de Tu Lé fait partie du passé… Vous avez terriblement souffert… ne le regrettez pas… Restez modestes… Préparons nos futurs combats ! »

Bernard Magnillat
(D’après “notre guerre d’Indochine”, “Historia” hors série n°25)

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La Bandera de Tu Lé :: Commentaires

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Message le Mar 29 Nov 2011 - 20:04 par la Géline

On pourrait ajouter que c'est à cette époque que BIGEARD a commencé à bâtir sa légende.
il y a pas si longtemps qu'on lui avait demandé " Bigeard , savez-vous commander un bataillon ? "

avec la réponse de Tu Lé cela devint une évidence, avec ses fidèles lieutenants "la boutique" allait tourner...........

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Message le Mer 30 Nov 2011 - 8:10 par Invité

J'ai longuement parlé avec le colonel Allaire de Tu Lê. Il s'oppose à l'expression "retraite". La mission était d'aller secourir les personnels de ces deux postes. Ils ont été secourus dans la mesure du possible, puis la colonne est rentrée à la maison. Ce point me semble important. Je pense que je vais réécrire l'article de Wikimachin.

Au sujet du colonel Allaire, il raconte (dans la version long métrage) que, pendant le repli de Ban Sou Mong au Laos (quand ils sont partis vers le nord alors que les Viets les attendaient au sud), il avise Marcel Bigeard en train de poser une pêche derrière un buisson. Bigeard lève la tête et lui dit, je cite : "Je ne savais pas que vous saviez courir si vite, Allaire". Et Jacques Allaire lui répondit sans s'arrêter "Vous savez, mon Commandant, quand j'ai un régiment Viet au derrière, je cours, et si c'avait été une division, vous ne m'auriez même pas vu passer..." Cool

(pour ceux qui ne savent pas, Jacques Allaire est poliomiélytique depuis l'âge de 4 ans, ce qui ne l'a pas empêché de passer la moitié de sa vie dans les parachutistes, et avec "Bruno", en plus)

Dernière édition par Kaki92mobile le Ven 15 Fév 2013 - 0:45, édité 5 fois

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Message le Jeu 22 Déc 2011 - 21:33 par la Géline

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Message le Jeu 22 Déc 2011 - 23:09 par Lothy

Le 28 Octobre, sur la pelouse du stade Mangin à Hanoï, 400 parachutistes du 6 formés au carré attendent impassibles... 400 Citations !!! Croix de Guerre, Légion d'Honneur.... Cela fera grincer quelques dents, lesquelles trouveront qu'il est inconvenant de décorer tout un bataillon... Erreur, tout l'effectif n'aura pas été récompensé, mais la majeure partie.

Toutes les plus hautes autorités de l'Indochine sont présentes, civiles et militaires dont les généraux Salan et Linarès

Bruno quant à lui, a reçu la cravate de commandeur de la Légion d'Honneur :


Document extrait de "Général Bigeard" - Qui Ose Gagne - juin 2011

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Message le Sam 3 Mar 2012 - 23:09 par LOUSTIC

quelle aventure vécue par le 6 !
il en a fallu de la ténacité pour se sortir de cette poursuite infernale .

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Message le Jeu 14 Fév 2013 - 17:46 par Invité

J'ai trouvé ça : http://amicaleparalorraine.over-blog.com/pages/AVEC_BIGEARD_A_TULE-2138115.html

plein de photos de l'ami Corcuff !

Emouvant.

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Message le Ven 4 Nov 2016 - 11:03 par Gilbert Guillamot

J'aurais aimé avoir des nouvelles de Malaclet, sergent è l'époque de Tulé, blessé à la jambe (perte du péronné) et adjudant quand je l'ai connu en 1960

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Message le Ven 4 Nov 2016 - 11:24 par Invité

Demande au général Ménage, qui était.
je t'envoie ses coordonnées par mp, mais il faut que tu t'enregistres sur le fofo pour cela.

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Message le Mar 8 Nov 2016 - 23:25 par FranckF

Bonne chance ! Le temps passe, il devient de plus en plus difficile de retrouver ces Anciens... Ils ne maîtrisent pas nécessairement l'informatique.

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Message le Mar 19 Sep 2017 - 21:34 par Lucien

Oh oui, il n'y en a plus beaucoup, j'ai voulu me rafraichir un peu la mémoire et je suis arrivé ici.
qui pense encore à cela ?

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