LES CAMPS PARACHUTISTES

Gainsbourg et la Marseillaise

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01122015

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Gainsbourg et la Marseillaise






Gainsbourg et les paras se réconcilient !

On se souvient tous de ce moment, mais avant, il en a coulé de l'encre, il en a été dîtes des paroles pour répondre
à ce que beaucoup appelaient alors " UN SCANDALE " pour nommer la Marseillaise version Gainsbourg .........

qui se se souvient de ces moments ?
que s'est-il passé ?
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coupole

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Gainsbourg et la Marseillaise :: Commentaires

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Message le Mer 2 Déc 2015 - 0:26 par Invité

Il s'en est passé des choses depuis ces années lointaines déjà !

Je n'avais pas apprécié à l'époque, mais quand on sait comment notre Hymne national tout comme notre Drapeau, ont été malmenés depuis, on en viendrait presque à trouver qu'il n'y avait pas de quoi fouetter un chat...

La Légion avait raison !

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Message le Mer 2 Déc 2015 - 11:07 par vieux treillis

C’est un refrain, qu’on a tous en tête, porté par un rythme reggae entraînant… Aux armes… et cætera… La Marseillaise de Serge Gainsbourg est aujourd’hui un classique.

Et pourtant, en 1979, quand sort l’album éponyme et sa chanson phare boostée aux rythmes jamaïcain, c’est un scandale assourdissant qui éclate dans la société française.

Provocation, outrage, honte nationale : la levée de bouclier touche le pays tout entier.
Deux camps se font face : une France qui dénonce l’atteinte à un élément patrimonial intouchable, une autre qui célèbre un acte civique et bienvenu : et pour cause, tout le monde chante à nouveau – et même, se met à danser – sur l’hymne français.

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Message le Mer 2 Déc 2015 - 11:33 par Lothy

Provocation, outrage, honte nationale : la levée de bouclier touche le pays tout entier.

Quand quelques années plus tard, la Marseillaise fut sifflée au Stade de France, et le Drapeau utilisé sur une tristement célèbre photo comme torche c... les réactions ne furent pas du tout les mêmes !

Il aura fallu attendre les attentats du 13 novembre pour que les français redécouvrent leur hymne national et leurs trois couleurs.... L'épisode de janvier 2015 ayant péniblement tenu une semaine confused

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Message le Mer 2 Déc 2015 - 12:09 par Invité

Quand cette version de notre hymne national a été créée, comme beaucoup d'autres, j'ai grimpé aux rideaux ...
Et je n'appréciais guère le personnage, créateur de cette version reggae.

Cela, jusqu'au jour où, j'ai eu le privilège d'être invité à la fête traditionnelle du 2e Étranger : anniversaire de la bataille d'El Moungar (2 Septembre 1903).

C'était à Nimes, le régiment rentrait de la guerre du Golfe.
Le Chef de Corps m'a expliqué qui était Monsieur Gainsbourg pour les Légionnaires :
un "étrange personnage" dont les yeux se mouillaient quand il entendait la Marseillaise, et qui ne manquait jamais à cette obligation qu'il s'était donnée, laisser un chèque au montant significatif pour les Légionnaires.

Et, comme le montre la photo mise en ligne par Coupole, les Légionnaires adoraient être avec lui et se faire photographier.

Depuis ce jour, je n'ai pas plus aimé les chansons de Monsieur Gainsbourg, ce n'était pas mon truc.
Par contre je l'ai admiré pour son respect de notre hymne national, et son soutien aux Légionnaires.

Malheureusement, depuis sa disparition, je n'ai jamais entendu parler d'un autre saltimbanque ressemblant au patriote qu'il était très certainement dans son coeur.

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Message le Mer 2 Déc 2015 - 12:17 par Lothy

Cerbère a écrit:
Le Chef de Corps m'a expliqué qui était Monsieur Gainsbourg pour les Légionnaires :
un "étrange personnage" dont les yeux se mouillaient quand il entendait la Marseillaise, et qui ne manquait jamais à cette obligation qu'il s'était donnée, laisser un chèque au montant significatif pour les Légionnaires.

Voilà un fait dont je n'avais jamais entendu parler, il est vrai que les Légionnaires sont discrets... Gainsbourg l'était tout autant !

Je ne suis pas très surprise, au final ; il avait tout de même la réputation d'être généreux d'après ses proches, mais envers qui ? Ca, je l'ignorais !

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Message le Mer 2 Déc 2015 - 16:30 par EAGLE

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Message le Mer 2 Déc 2015 - 16:45 par LOUSTIC

Aux armes et ses paras.
par PA Gillet 14 Juillet 2012, 12:16 Les Disques d'Or de moi

... Quand il part en Jamaïque enregistrer "Aux armes et cætera", Gainsbourg a cinquante ans. Le succès de son hymne disco des Bronzés "Sea, Sex and Sun" l'énerve d'autant que les années précédentes, les sublimes concept-albums "L'histoire de Melody Nelson" et "L'homme à tête de chou" bien que salués par la critique n'ont pas eu la réussite escomptée auprès du public. Ca viendra plus tard. Avec le temps. Alors Gainsbourg se barre. Lui, le fumeur de gitanes va se frotter avec le meilleur des fumeurs de ganja de Kingston : Sly Dunbar, Robbie Shakespeare, Sticky Thomson. Il a même engagé les choristes du dieu Marley, les I Three. Du lourd.

En seulement une semaine, il tient son "Aux armes et cætera". Quelque temps plus tôt, en compulsant son Grand Larousse Encyclopédique, il découvre qu'à partir du second refrain de La Marseillaise, il est simplement écrit "Aux armes et cætera". Idée. Il va reprendre la Marseillaise mais Gainsbourg style. Ca va faire du bruit. Encore confidentiel en France, l'album lance le reggae tel un volubile nuage de fumée psychotrope à travers tout le pays. Le 1er avril 1979 dans l'émission Top Club Dimanche, Serge chante SA Marseillaise pour la première fois. Emoi.

Très vite, on porte plainte contre lui, il reçoit des menaces de mort de sympathisants qui n'aiment pas mais alors pas du tout qu'on humilie l'hymne national français en le faisant chanter par des nègres défoncés à cheveux longs.
Indécent de s'en prendre à La Marseillaise, de la détourner dans ce genre musical qui prône tout sauf la guerre. Les militaires, anciens combattants, les conservateurs sont aux aguets. Michel Droit stigmatise haineusement dans Le Figaro "l'odieuse chienlit, une profanation pure et simple de ce que nous avons de plus sacré. Quand je vois apparaître Serge Gainsbourg, je me sens devenir écologiste. Comprenez par là que je me trouve aussitôt en état de défense contre une sorte de pollution ambiante qui me semble émaner spontanément de sa personne et de son œuvre, comme de certains tuyaux d'échappement". Il a l'oreille musicale, le Michel Droit. À n'en pas douter. Il va même dépasser les limites en prétendant que Gainsbourg fait du tort aux autres Juifs et qu'il ouvre la porte à un regain d'antisémitisme en déformant La Marseillaise. Odieux.

Deux semaines plus tard, Gainsbourg répond à Michel Droit dans un article intitulé "On n'a pas le con d'être droit" paru dans le Matin Dimanche. "Peut-être Droit, journaliste, homme de lettres, de cinq lettres dirons-nous, croisé de guerre 39-45 et croix de la Légion d'honneur dite étoile des braves, apprécierait-il que je mette à nouveau celle de David que l'on me somma d'arborer en juin 1942 noir sur jaune. Et ainsi, après avoir été relégué dans mon ghetto par la milice, devrais-je y retourner, poussé cette fois par un ancien néo-combattant ?". Ambiance. La controverse bat son plein, on ne parle que de ça. Tant mieux pour Gainsbourg qui voit enfin ses ventes décoller à nouveau. 100, 200, 300, 400 000, l'album devient Disque de Platine en quelques mois. Gainsbarre se marre.

Le 4 janvier 80, il doit se produire à Strasbourg. Dès le début du concert, la salle est bondée de militaires parachutistes pas du tout d'accord avec la version du Sergio. Ils distribuent des tracts et font monter la pression. L'ambiance est si tendue que les musiciens refusent de monter sur scène. Alors Gainsbourg y va. Seul. Il s'avance devant eux et se met à entonner a capella, le poing levé, la Marseillaise. La vraie. Comme un seul homme, doigt sur la couture, tous les paras se mettent au garde à vous pour l'hymne national. Gainsbourg termine le dernier couplet avec "...qu'un sang impur abreuve nos sillons !", leur fait un bras d'honneur et tourne les talons.

L'événement est relaté dans tous les média. Le disque s'envole vers les sommets et Gainsbourg peut entamer une tournée triomphale avec Sly & Robbie dans toute la France. Plus tard, Gainsbourg déclara à propose de cette chanson : "Je suis un insoumis qui a redonné à La Marseillaise son sens initial". Et il acheta par la suite le manuscrit original de Rouget de Lisle 135000 francs de l'époque pour dissiper tout malentendu.

Le reste de l'album vaut aussi son pesant de Purple Sensei avec le délicieux "Les locataires", le sublime "Des laids, des laids", un "Vieille canaille" en version dub magnifique, "Lola Rastacouère", fantasme ambulant à en perdre son salaire, "Daisy Temple", "Eau et gaz à tous les étages" et le court mais inoubliable "Pas long feu" que j'adore, moi, je, personnellement. Merci Serge pour cet album magnifique et allez, fais tourner un peu. T'as les doigts qui collent, t'as encore bouffé du poulet ou quoi ? Alors.


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Message le Mar 21 Nov 2017 - 23:26 par Fany ing


Le Chef de Corps m'a expliqué qui était Monsieur Gainsbourg pour les Légionnaires :
un "étrange personnage" dont les yeux se mouillaient quand il entendait la Marseillaise, et qui ne manquait jamais à cette obligation qu'il s'était donnée, laisser un chèque au montant significatif pour les Légionnaires.´´´
´´´´´
Qui se souvient en quelle année Gainsbourg aurait fait ce gros chéque à la légion ?

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Message le Mar 21 Nov 2017 - 23:40 par Michel ROUSSEAU

pour ma part je n'en sais rien, mais je suppose que cela doit être après ses ennuis "de la Marseillaise" mais c'est une simple supposition.

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Message le Mer 22 Nov 2017 - 0:02 par rangers

Le 4 janvier 1980, Serge doit chanter à Strasbourg. Depuis quelque temps déjà les paras, excités par les harangues haineuses de Michel Droit, ont multiplié les menaces, réussissant à décourager les organisateurs du spectacle prévu à Marseille, mais finalement annulé. A Lyon, le 3, tout se passe sans encombre. Le lendemain ça tourne au vinaigre.

Michel Droit, cinquante-six ans, ex-laquais du gaullisme, réactionnaire patenté, éditorialiste fielleux, publie dans Le Figaro Magazine ce texte nauséabond :

LA MARSEILLAISE DE GAINSBOURG

« En enregistrant une parodie de la Marseillaise, Gainsbourg a sans doute cru réaliser une affaire. Son entreprise dépasse le simple outrage à l’hymne national. Un rythme et une mélodie vaguement caraïbes. A l’arrière-plan, un cœur de nymphettes émettant des onomatopées totalement inintelligibles. Et au ras du micro, une voix mourante marmonnant, exhalant comme on ferait des bulles dans de l’eau sale, des paroles empruntées à celles de… la Marseillaise.

Telle est la dernière trouvaille de Serge Gainsbourg afin de partir à l’assaut des hit-parades, grâce à l’hymne national de son pays, ou plutôt à ses dépens. Jusqu’ici, le sémillant époux de la gracieuse Jane Birkin, compositeur et interprète, qui, lorsqu’il se regarde dans une glace, doit certainement rêver d’une époque, d’une société, d’une jeunesse qui aurait son visage, nous avait habitués au meilleur comme au pire. Le meilleur, c’était de ravissantes chansons comme «La javanaise» ou «Le poinçonneur des Lilas ». Le pire, un certain nombre d’élucubrations puisant apparemment a des fantasmes érotiques d’une sénilité précoce, comme si l’auteur voulait s’offrir ce qu’en transposant une formule de vocabulaire agricole européen, on pourrait appeler des «remontants compensatoires ».

Souvent Gainsbourg avait donc cherché, non sans un certain succès, le scandale par différentes sortes de provocations à la mode. Mais celle-ci ne cessant de reculer les limites de l’impudeur et de l’exhibitionnisme, il lui a bien fallu trouver autre chose. Il s’est donc tourné, cette fois, vers la profanation pure et simple de ce qui, depuis près de deux cents ans, compte parmi ce que nous avons de plus sacré.

Oh, de Lily Pons à Line Renaud, on ne compte pas les artistes lyriques ou de variétés ayant chanté la Marseillaise quand l’occasion s’en présentait. En revanche, la vomir ainsi et je pense à un autre verbe moins châtié mais plus imagé , la vomir ainsi par bribes éparses, jamais nous n’avions entendu cela. Et encore, l’entendre est une chose. Mais le voir ! Or, l’autre jour, sur les écrans de la télévision, nous l’avons vu, Serge Gainsbourg ! Ah, pour nous barboter «sa» Marseillaise, il avait peaufiné sa tenue de scène et soigné l’expression, le geste, l’attitude. Œil chassieux, barbe de trois jours, lippe dégoulinante, blouson savamment avachi, mains au fond des poches. Bref, plus attentivement délabré, plus définitivement «crado» que jamais.

Que l’on veuille bien m’excuser de dire aussi nettement les choses et de manquer peut-être a la plus élémentaire charité, mais quand je vois apparaître Serge Gainsbourg, je me sens devenir écologique. Comprenez par là que je me trouve aussitôt en état de défense contre une sorte de pollution ambiante qui me semble émaner spontanément de sa personne et de son œuvre, comme de certains tuyaux d’échappement sous un tunnel routier. Bien sûr, des hommes dépenaillés, mal rasés, couverts de crasse, on en a vu en chantant la Marseillaise. Mais d’abord, c’était la vraie Marseillaise qu’ils chantaient. Ensuite, les haillons qu’ils portaient etaient de vrais haillons. La crasse qui les recouvrait était de la vraie crasse. Leur barbe mal rasée n’était pas le résultat d’un patient travail d’entretien. Enfin, ces hommes que Malraux appelait des «clochards épiques» chantaient ainsi la Marseillaise alors qu’ils allaient se battre et peut-être mourir. Ou encore tomber face au peloton.

Serge Gainsbourg n’a-t-il jamais entendu parler d’eux pour ne pas meme respecter le chant qui les aidait a marcher au sacrifice ? Et puis, il faut bien aborder, pour finir, l’aspect le plus délicat et qui n’est pas le moins grave de cette minable mais aussi de cette odieuse «chienlit».

Beaucoup d’entre nous s’alarment, souvent à juste titre, de certaines résurgences, dans notre monde actuel, d’un antisémitisme que l’on était en droit de croire enseveli à jamais avec les six millions de martyrs envoyés à la mort par son incarnation la plus démoniaque.

Or, dans ce domaine de l’antisémitisme, chacun sait que, s’il y a des propagateurs, il peut y avoir aussi, hélas !, les provocateurs. Alors je dis, en pesant mes mots, que Serge Gainsbourg vient inconsciemment, je veux bien le croire de se ranger dans cette dernière catégorie. Il n’est évidemment pas un homme de bonne foi qui songerait à associer cette parodie scandaleuse, même si elle est débile, de notre hymne national, et le judaïsme de Gainsbourg. Mais ce ne sont pas précisément les hommes de bonne foi qui constituent les bataillons de l’antisémitisme.

En dehors de la méprisable insulte au chant de notre patrie, ce mauvais coup dans le dos de ses coreligionnaires était-il vraiment le seul moyen que Serge Gainsbourg put trouver pour relancer une carrière que l’on disait plutôt défaillante depuis quelque temps ? »


Dès le 29 décembre, en tant que président de l’UNP (Union nationale des parachutistes, section Alsace), le colonel Jacques Romain-Desfossé avait demandé au maire de Strasbourg d’intervenir pour que la Marseillaise ne soit pas chantée, «faute de quoi nous nous verrions dans l’obligation d’intervenir physiquement et moralement et ce avec toutes les forces dont nous disposons ».

Dans son combat, le colonel est épaulé par la Fédération nationale des anciens combattants en Algérie, Maroc et Tunisie, ainsi que les sous-officiers combattants de la résistance et d’outre-mer et les anciens du 29e bataillon de chasseurs.

De son côté, un correspondant déclarant appartenir a un groupe «Delta-Oran-Mers-el-Kébir» appelle la police pour annoncer qu’il va y avoir «du grabuge» (Le Monde, 5 janvier 1980). Tous ces efforts sont sans effet: ni le préfet ni le maire ne cèdent aux pressions.

Le 4 janvier, le concert doit avoir lieu dans le hall de Wacke. Le matériel est monté sans que les techniciens rencontrent le moindre problème. Des 19 heures, le public est entré, ainsi qu’une soixantaine de paras qui ont acheté leurs billets, leur plan : occuper les premiers rangs et intervenir dès que Gainsbourg attaquera l’hymne républicain. En attendant, ils distribuent des tracts tricolores sous les quolibets de 3 000 jeunes déchaînés (« Ta France, pépé, tu peux te la garder! »).

Avec leurs bérets rouges penchés sur l’oreille, ils improvisent une conférence de presse: «Nous montrerons qu’il existe encore des Français », affirment-ils.
A l’arrière de la salle, dans une caravane qui lui sert de loge, Gainsbourg négocie avec Sam, le road-manager, un grand Jamaïquain responsable de toute l’équipe.

Chaque fois qu’il va jeter un œil dans la salle, Sam en revient un peu plus terrorisé, Serge, lui, veut chanter avec ses rastas : la police n’aurait pas laissé entrer le public s’il y avait un réel danger. Il est persuadé que les paras vont se dégonfler face aux 3 000 fans qui vont forcément lui faire une ovation. Il pense avoir réussi à convaincre Sam quand il l’envoie chercher les autres à l’hôtel, mais il ne revient pas.

Au moment même où le hall de Wacke se remplissait, ça chauffait en ville : le Holiday Inn où s’étaient installés les musiciens était évacué pour cause d’alerte à la bombe. Ce coup-là, les rastas commencent à flipper sévèrement, et on les comprend : les choristes trimbalent avec elles leurs enfants en bas âge, pris en otage dans une galère qui ne les concerne guère. Quand Sam les retrouve dans leur autobus, où ils se sont réfugiés, ils décident de ne plus en sortir et n’ont qu’une envie : quitter la ville dès que possible.

Lâché par son band, Serge décide d’affronter la salle tout seul. Ou plutôt flanqué de Phify, son garde du corps occasionnel qu’il venait de rencontrer au Palace.

«Strasbourg, j’ai trouvé ça formidable. Les rastas s’étaient déballonnés et on ne pouvait pas leur donner tort. Et puis Gainsbourg m’a dit: “Je vais monter, je vais chanter la vraie Marseillaise”. Je l’ai accompagné sur scène, je lui ai tenu son micro. J’ai trouvé ça très grand, très émouvant. Les paras, en entendant l’hymne national, se sont levés et mis au garde-à-vous. Ils n’étaient d’ailleurs pas vraiment dangereux. Heureusement qu’il y avait les cars de CRS pour les aider à sortir, mais ils n ont pas pu eviter les crachats de la foule. Serge est revenu dans sa loge en larmes, il était enragé. Mais il avait prouvé qu’il avait des couilles au cul.»

Brigitte Kantor, du Matin, confirme :
«Et même la salle chantait. Incroyable spectacle, ultime provocation. Puis Gainsbourg est parti, triste, non sans avoir adressé un patriotique bras d’honneur à ses détracteurs. Sous les huées de la foule, les paras, complètement décontenancés, ont fini par quitter la salle, protégés par deux haies de policiers.»

Alors que la salle se vide, le colonel Jacques Romain-Desfossé, reconnaît que « Gainsbourg est un homme très intelligent, qui s’est rendu compte qu’il y a des gens qui aiment la vraie Marseillaise. Il s’est révélé ce soir un merveilleux tacticien ».

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