LES CAMPS PARACHUTISTES

colonel SASSI / JEDBURGH

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02122011

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colonel SASSI / JEDBURGH




Le colonel SASSI est décédé le 9 Janvier 2009.

Ils furent 300, pas plus. L’élite de l’élite. En 1943, le Commandement Suprême Interallié recrute des volontaires parachutistes, britanniques, américains et français, pour la mission la plus secrète et la moins connue de la seconde guerre mondiale : l’Opération Jedburgh.
Triés sur le volet, formés à toutes les techniques de la guerre non-conventionnelle, surentraînés et surmotivés, ces 300 commandos Jedburghs, précurseurs des Forces Spéciales contemporaines, sont parachutés par équipes de trois sur l’Europe occupée au cours de l’été 1944.

Parmi eux, Jean Sassi, un jeune Corse, déjà vétéran de la campagne de France et ancien des Corps Francs d’Afrique. Un engagement qui va le conduire des maquis du Vercors aux jungles du Laos, pour des missions très spéciales, contre les Allemands, puis contre les Japonais.
De retour en France, ce sera la 11ème Choc, puis de nouveau l'Indochine pour y commander les Hmongs du Laos, guérilleros farouchement anti-Vietminh et pro-français.
Les exploits de cette armée de l’ombre ne feront jamais l’objet d’aucun communiqué militaire.
A la tête de ses partisans, il tentera en vain de sauver Dien Bien Phu, contre l’avis de l’Etat-Major et des politiciens qui se méfient de ce seigneur de la guerre, trop pur, trop dur.

Après l’Indochine, ce sera l’Algérie, où l’attendent d’autres déceptions. Pendant des années, cette figure mythique des Services Spéciaux, homme d’honneur avant tout, a choisi de se taire, fidèle à la loi du secret qu’on lui avait enseigné chez les Jedburghs.

Cet acteur des épopées les plus emblématiques de l’armée française a choisi à la fin de sa vie de briser le silence et de raconter l’extraordinaire aventure que fut son histoire. Pour ses camarades tombés là-bas, dans le bocage normand, dans les sables du bled, dans les forêts d’Asie. Et pour les Hmongs qui poursuivent leur combat anticommuniste au Laos, oubliés de tous.

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la Géline

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colonel SASSI / JEDBURGH :: Commentaires

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Message le Ven 2 Déc 2011 - 0:54 par AMARANTE

Les Jedburghs, l'élite des paras

Dans l'histoire des parachutistes de la France Libre et de la guerre, les Jedburghs n'ont jamais fait l'objet de communiqués militaires ni la une des journaux. Aucune stèle, aucune plaque commémorative ne jalonne les lieux de leurs exploits. Aucun d'entre eux n'a publié le récit de leurs aventures extraordinaires.

C'est en 1943 que le Commandement suprême interallié a créé la force Jedburgh composée de cent officiers français, d'autant de Britanniques et d'Américains. Recrutés au terme d'une très sévère sélection, placés sous ses ordres directs, les Jedburghs opéraient, constitués en équipes de trois officiers, dont un radio ; ils étaient parachutés de nuit en France occupée. Leur mission était de rallier les maquis existants, les armer, les instruire, les encadrer au combat. L'action future de ces troïkas consistait, avec un minimum, de moyens à neutraliser, liquider, terroriser l'ennemi là où il se croyait hors d'atteinte.

En août 1943, le commandant Saint-Jacques, para prestigieux et un des fondateurs du BCRA (Bureau central du renseignement et d'action) avec à son actif depuis 1941 plusieurs missions spéciales en France occupée, avait rassemblé les cent élus français pour leur indiquer les risques, les devoirs et le secret de leur futur immédiat: « Vous serez les premiers à combattre sur le sol français, mais vous paierez cher ce privilège car 75 d'entre vous mourront au combat, dans quelques semaines. Ceux qui survivront n'auront aucun droit particulier, ni prime, ni décoration, ni galon, ni gloire. Quant à ceux qui seront tués, ils le seront dans l'anonymat, la solitude. Ils connaîtront la mort lente, infamante, sous la torture, l'épouvante et jamais personne ne saura ni où, ni quand, ni comment. »
Les Jeds, avant d'être intégrés, avaient subi des tests rigoureux pour être transformés en soldats d'élites, aptes à toutes les formes de combat engerbant les spécialités cumulées : commando, para, corps franc, partisan. Le challenge était de se surpasser. Les instructeurs britanniques imprimaient à l'entraînement un rythme infernal. Pas de temps mort : sautillement sur place et pas-de-gymnastique étaient le seul repos consenti. Tous les exercices étaient effectués en situation de « guerre », à balles réelles, le plus souvent de nuit et dans toutes les disciplines : chiffre, radio, tri, sabotage, explosif, escalade, évasion, combat de rue à mains nues, avec pelle, pioche, dague, cailloux. Des affrontements sans pitié d'où le mot « fair play » était banni. La formation de six mois s'achevait par cinq sauts en parachute dont deux à partir de ballon captif par mauvais temps, en moins de 48 heures, à Ringway, au sud de Petersborough, dans les environs de Londres.

Les Jeds sèment le désordre dans le dispositif allemand.

Parachutés avant, pendant et après le débarquement du 6 juin 1944, de nuit, cent équipes Jeds, directement reliées au Commandement Suprême Interallié (CSI) sautèrent sur l'ensemble du territoire français, en étroite coordination avec les forces du débarquement, la Résistance et les maquis.
Un peu partout en France, l'action des équipes Jeds sème le désordre et la destruction dans le dispositif allemand. Des divisions ennemies entières furent neutralisées, forcées de tourner en rond avant de se rendre. La vallée du Rhône fut transformée en une interminable « casse » de blindés. Dans les Alpes, les sections franches FFI, instruites et menées au feu par les Jeds, après avoir nettoyé le terrain pendant des semaines, en multipliant les embuscades et les attaques de convoi faisaient à Gap 1500 prisonniers, aidaient à libérer Abriès, Vars, Guillestre, Briançon, permettant aux forces alliées débarquées en Provence de foncer jusqu'à Lyon, gagnant des semaines sur leur programme de reconquête du territoire français.
Le succès de ces exploits extraordinaires ne donna lieu à aucun communiqué officiel. Les spécialistes du Commandement britannique s'étaient contentés de ce bref commentaire : « Les résultats obtenus par les équipes Jeds ont été conformes aux exigences imposées par le CSI. »

L'épopée Jed devait se poursuivre en Extrême-Orient. Embarqués à Glascow avec escales à Port Saïd, Bombay et Colombo, 40 Jeds français se retrouvèrent en novembre 1944 dans un camp secret de Ceylan pour y apprendre à combattre un nouvel ennemi, le soldat japonais et à survivre en jungle dans l'univers sombre et glauque de la grande forêt. Parmi ces 40 Jeds endurcis, intégrés aux commandos spéciaux interalliés de la « Force 136 » en Extrême-Orient, confrontés à un traquenard en grande forêt contre les Japonais, un athlète souple et tranchant comme une lame, Jean Sassi allait sortir du lot. L'homme en pleine force a déjà de sérieuses références. Il s'est battu en Tunisie, dans les Corps francs d'Afrique, avant de gagner l'Angleterre et d'être enrôlé aux Jeds ; il a sauté sur le Vercors. Largué en juin 1945 dans le nord Laos contre les Japonais, les pirates chinois qui razziaient le pays et le Vietminh, il tiendra la brousse plusieurs mois.

De retour en métropole, après quatre ans au célèbre 11e Bataillon de choc que commande Godard, il retourne au Laos où il lève plusieurs maquis de Méos qui portent des coups très rudes aux régiments viets. Aux côtés du prince Touby, chef spirituel et militaire des Méos, sûr de ses adjoints triés sur le volet, Meyer, Emery, Magnet, Deuane, Langlade, Luttringer, Mesnier, Brehier, Vemières et le lieutenant Vang Pao, officier de très grande valeur qui gagnera plus tard ses étoiles de général, Sassi va armer les partisans et protéger l'accès des provinces de Xieng Khouang et de San Neua de toute invasion ennemie ainsi que le Laos tout entier.

Mais surtout, il monte avec l'accord du colonel Trinquier l'opération « D » (comme Desperado) décidé à porter secours à la garnison assiégée de Dien Bien Phu menacée de destruction. Le 30 avril 1954, l'opération commence. Rassemblés par l'appel des tambours de bronze, deux mille Méos et Laotiens, pieds nus, vêtus de leur traditionnelle tenue noire, ceintures de soie rouge mais armés jusqu'aux dents, convergent plein nord et à marche forcée à travers un pays aux montagnes inhumaines vers l'objectif fixé. Le capitaine Sassi, trois lieutenants et quinze sous-officiers français combattent à la tête des guérilleros. Ils attendent le renfort du 1er BCP qui ne viendra jamais. Droppé sur Dien Bien Phu, il y sera englouti.

Mais par dix itinéraires différents, l'armée clandestine avance sans trêve ni repos sur Dien Bien Phu. Le 8 mai 1954 la tête de colonne est à un jour de marche de Dien Bien Phu mais personne ne sait que la forteresse où étaient encerclés les paras est tombée. La progression continue cependant jusqu'au 11 mai date à laquelle Sassi reçoit l'ordre formel de retourner sur ses bases de départ « le plus rapidement possible ». Les Viets veulent se ruer sur le Laos. Les maquisards Méos vont quand même essaimer autour de la citadelle démantelée. A plusieurs reprises les patrouilles viets prises en embuscade se font hacher. Les Méos récupèrent près de 150 échappés et liquident sans pitié les groupes d'éclaireurs ennemis qui tentent de les infiltrer, prouvant ainsi aux Viets que même après Dien Bien Phu l'accès au Laos leur est interdit.

Les «stratèges de haut vol» doutaient de l'efficacité de ces 2 000 Méos contre la formidable machine communiste en place autour de Dien Bien Phu. Ils oubliaient que quelques jours avant la chute de Dien Bien Phu les maquisards Nung de la Rivière Noire avaient repris Laï Chau à 80 kms au nord du camp retranché. Sassi et ses Méos, excellents tireurs et guerriers d'arme blanche pouvaient faire beaucoup pour la garnison prise au piège. Désorganiser les voies de communication ennemies, faire sauter les dépôts, baliser les pistes d'un repli indispensable, anéantir les unités adverses isolées. Lancés plus tôt dans la bataille ils auraient pu en changer le cours.

Quinze ans après ces événements, j'ai rencontré en reportage, à Bao Ban, le général Vang Pao qui n'avait jamais cessé le combat. Il m'a dit : « Les Américains ont trop de matériel et font la guerre comme des mécanos. Le capitaine Sassi, ses officiers et ses hommes avaient de la tête, du coeur et des c... On les appelait les seigneurs aux pieds nus ». o

NDLR : À cette époque, les Viets étaient à bout de souffle comme Khrouchtchev l'a dit dans ses mémoires : « La situation au Vietnam est désespérée () si nous n'obtenons pas un cessez-le-feu les Vietnamiens ont décidé de battre en retraite jusqu'à la frontière chinoise »

" source Pierre DARCOURT "

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Message le Ven 2 Déc 2011 - 1:01 par JED

Le rôle des 350 000 indochinois qui se battirent aux cotés des Français contre le Vietminh est aujourd’hui mieux connu grâce à un important travail de quelques chercheurs et passionnés. Après une explication sur le recrutement autochtone, la fiche se concentre d’abord sur les supplétifs militaires (soldats irréguliers) puis sur les maquis autochtones du Tonkin. Le rôle et les limites de l’Armée nationale Vietnamienne qui naît à partir de 1950 a fait l’objet d’une étude du Centre de Documentation et d’Emploi des Forces en 2009, dans une démarche de recherche doctrinale. Seuls quelques chiffres la concernant sont donc donnés ici, à titre indicatif.

I. Pourquoi un recrutement autochtone en Indochine ?

Une logique d’effectifs : il s’agit de répondre au manque d’effectifs du Corps Expéditionnaire qui fut d’emblée au cœur des préoccupations des autorités militaires françaises. Dés février 1946, le Général Leclerc évoque un corps de bataille de 59.671 Européens et de 27.790 Indochinois) :

les effectifs estimés nécessaires du coté français vont constamment croître : 50.000 début 1946, 115.000 en 1948, 190.000 en 1951. (1947, l’Armée de Terre dans son ensemble ne compte que 400.000 hommes et la gendarmerie 60.000 gardes ou gendarmes au total).
les demandes de renfort vont être refusées par Paris, malgré l’effort de persuasion du général De Lattre en 1951. Refusée surtout au non de « la primauté de l’Europe » et la nécessité de fournir 10 divisions à l’OTAN dans le cadre du traité de Washington. Vieux débat que celui qui oppose “conflits coloniaux“ et obligations continentales : il avait fait tombé le gouvernement Ferry en 1885 sous les attaques de Clémenceau suite à l’affaire de Langson.
Une logique opérationnelle : les autochtones supportent plus facilement le climat, connaissent mieux le pays et les méthodes asiatiques, permettent d’obtenir plus facilement des ralliements et du renseignement. Ils permettent en outre au Corps Expéditionnaire de retrouver de la mobilité tactique en confiant les postes à des troupes de secteurs autochtones. Ce fut là une préoccupation permanente du commandement : « la dispersion et l’immobilisme de nos forces ne laissent au commandement que des possibilités de manœuvre très réduites » écrira le général Navarre.
Une logique financière : en 1948, un soldat « importé » perçoit une solde de 240 piastres, le régulier du cru touche seulement 190 piastres et le partisan 140. C’est surtout à partir de 1950 que les dépenses budgétaires du conflit s’emballent : « tout problème n’est pas budgétaire mais le devient un jour », a dit Mendès France sur ce conflit.
Une logique politique : c’est le désir de faire participer les Indochinois à une lutte qui les concerne au premier chef mais aussi la volonté de faire passer le conflit indochinois d’une logique de guerre coloniale à celle d’une guerre civile au sein de la confrontation générale de la guerre froide qui fut à l’origine de la constitution d’une Armée Nationale Vietnamienne . C’est ce qu’on appelait déjà la « Vietnamisation » du conflit.
La politique suivie consista donc à recourir :
aux auxiliaires armés, dévolus aux tâches territoriales : gardes des voies ferrés, gardes des minorités ethniques (Garde Nung dans l’Est du Tonkin, Garde Thaï à l’Ouest du Tonkin, Garde indochinoise du Sud Annam, Garde montagnardes du centre Annam) ;
aux supplétifs militaires aussi nommés partisans : autochtones irréguliers engagés temporairement en complément des forcés régulières et dévolus principalement à des missions défensives de secteur (tenue des postes) mais qui ont aussi accompagné les troupes françaises en opérations.
au « jaunissement » des bataillons du Corps expéditionnaire, c’est-à-dire le recrutement de soldats réguliers indochinois incorporés aux unités françaises : en 1954 les Français représentaient 29% du Corps Expéditionnaire, les Indochinois 31%.
à la constitution à partir de 1951 d’une armée nationale vietnamienne (4 divisions) qui doit : inciter Bao Daï à mieux s’investir dans la lutte contre le Vietminh, mener des tâches de pacification pour permettre aux TFEO de pouvoir se concentrer contre l’armée régulière de GIAP, enfin prendre la relève du Corps Expéditionnaire français en cas de retrait.
la constitution de maquis de partisans animés par le GMCA/GMI sur les arrières de l’ennemi.


II. Les supplétifs militaires, auxiliaires indispensables des troupes régulières (A distinguer des non militaires employés par l’Administration ou les sociétés françaises)

1) Caractéristiques
Issus de recrutements religieux ou ethniques : reprenant de vielles méthodes coloniales, la France exploite les rivalités ancestrales ou confessionnelles pour recruter des minorités anti-Vietminh. Etaient recrutés :
des « non confessionnels » hostiles à la propagande Viet Minh comme les Annamites
des supplétifs confessionnels plus autonomes et guerriers avec une haine farouche du Vietminh (sectes de Caodaïstes, Hoa Hao, ou Union Mobile de Défense des Chrétiens),
des minorités ethniques comme les Nung (Nord Tonkin), les Muong (Nord Annam) les Tho (Nord du Fleuve Rouge).
certains « ralliés », anciens rebelles très utiles mais au sujet desquels la suspicion ne disparaissait jamais vraiment. Il est arrivé également que des Vietminh soient recrutés par erreur…
Dédiés à des missions de secteurs essentiellement : intégrés dans des Compagnies de Supplétifs Militaires (CSM, 140 hommes) ces combattants irréguliers étaient employés soit à des missions défensives en tenant les postes aux lisières des villages soit en accompagnement des unités régulières en opérations. Dans ce dernier cadre, ils offraient l’avantage d’un éclairage efficace, de savoir déjouer les pièges, de connaître les méthodes et le camouflage propres au milieu. Les compagnies les plus légères, appelées CSLM prirent aussi l’appellation de Commandos (Vanderberghe) et menaient des actions d’infiltration/coup de main dans la profondeur.
De gestion souple : licenciés sans préavis, ils pèsent peu en intendance (peu nourris, pas logés, peu habillés moins payés) ; sont recrutés au niveau des chefs de secteurs qui ont une certaine liberté dans les volumes (même si en théorie une inspection des forces supplétives fut créée en 1948). Leur emploi le plus souvent est limité à la province de la levée. Certains d’entre eux étaient attachés à un village et ne le quittaient jamais. Les CSM étaient encadrés par des Français sauf pour les minorités religieuses Caodaïste et UDMC.
Le 21 novembre 1947, le général Valluy, estimant impossible la relève des éléments arrivés en 1945 et 1946, ordonne de recruter 40.000 supplétifs, encadrés par 1500 Européens. Le Commandement ne minimise pas le danger de l’opération. Le 21 juillet 1947, il précise aux chefs de corps "qu’il n’y a pas lieu de s’indigner de certaines désertions. Il faut prendre les gens tels qu’ils sont. En brousse, les autochtones sont irremplaçables ; on ne doit pas faire la guerre sous les tropiques avec des blancs ".
2) Bilan
Tactique : les comportements au combat furent disparates mais globalement les supplétifs tinrent leur rang et rendirent de grands services pour les qualités énoncées. Les “supplétifs dits « à la suite » “ (qui accompagnaient les unités françaises en opérations) ont rarement fait défaut.
Stratégique : face à la stratégie de “pourrissement“ des zones que pratiqua le Viet Minh (la manœuvre de Médine de Laurence d’Arabie appliquée à la jungle), ils contribuèrent à l’économie des forces régulières, principe de la guerre qui peut rarement être appliqué en contre-rébellion puisque c’est évidemment celui que veut saper en premier l’adversaire. L’utilisation des supplétifs en troupes de secteurs a permis en effet aux forces régulières de récupérer localement de la mobilité pour attaquer le Vietminh mais n’a pas permis à lui seul d’inverser la tendance qui voulut que l’ennemi parvienne à grignoter et garder sous son contrôle des provinces entières.
Citons enfin quelques difficultés qui provinrent au cas par cas soit d’un mauvais mélange de minorités ethniques (Annamites et Cambodgiens), soit d’un déficit d’encadrement soit d’un manque de loyauté, notamment pour certaines minorités religieuses comme les Caodaïstes qui concluaient ponctuellement des pactes avec le Vietminh.
Différence avec le conflit Algérien : le recrutement de supplétifs en Algérie,(groupe d’autodéfense, Mokaznis, Harkas...) prit des proportions numériques beaucoup plus importantes mais visait en plus à encadrer la population et à soustraire au FLN des viviers de recrutement.
3) Le modèle est-il transposable ?
Au niveau tactique, recruter et armer des supplétifs irréguliers offre de nombreux avantages et notamment celui d’opposer à l’ennemi des autochtones du même pied avec la même rusticité et la même connaissance du milieu. Au niveau de la stratégie opérationnelle il offre la capacité d’interdire des zones à l’adversaire en consacrant par exemple ces irréguliers à des missions de secteurs pour éviter une dispersion de la Force expéditionnaire, véritable vulnérabilité d’une force en mission de pacification. La contre-insurrection aujourd’hui demande des effectifs très importants pour contrôler des populations démographiquement très importantes et les supplétifs peuvent représenter une partie de la réponse à cette inflation des besoins. Deux exemples américains ont été des succès. Au Vietnam, les Close Air Platoon (CAP) qui mélangeaient des Marines et des supplétifs stationnaient pour une longue durée dans les villages et ont obtenu de bons résultats. En Irak, l’utilisation de la milice sunnite des « Fils de l’Irak » a permis aux Américains d’inverser la tendance sécuritaire en 2007 et de pratiquer l’ilotage en ville. Ces deux réussites n’ont vu le jour qu’après plusieurs tâtonnements.
Recourir aux supplétifs exige plusieurs conditions : une bonne connaissance des populations pour pouvoir jouer sur les rivalités ancestrales ou religieuses dans le recrutement, une connaissance des langues et dialectes, des moyens pour équiper et payer convenablement les recrues afin de susciter les volontariats et d’encourager la loyauté, une conscience des risques de trahison (pour l’encadrement), de désertion, de divisions internes. Il suppose surtout que la Force qui recrute s’engage à rester lutter dans la durée. C’est d’ailleurs toute la difficulté d’une guerre limitée où les enjeux sont limités pour des occidentaux qui partent quand ils le décident mais dans laquelle les autochtones, eux, jouent leur survie en fonction du camp qu’ils choisissent (après le cessez-le feu de1954, les supplétifs indochinois s’engagèrent dans les armées des Etats- associés mais également dans le Vietminh).

Enfin le recours aux supplétifs en même temps que la constitution d’une Armée nationale pose un problème politique autant qu’un problème de recrutement. Dans la deuxième partie du conflit indochinois, les populations autochtones furent l’objet d’une vive concurrence entre le recrutement des français, celui de l’Armée Nationale Vietnamienne et celui du Vietminh.

III. Les maquis autochtones : combattre la guérilla par la guérilla

Longtemps, l’efficacité des maquis du Tonkin et du Nord Laos a été remise en cause, faute d’avoir été réellement étudiée. Trinquier lui-même parle d’échec. Certains jugements hâtifs comme ceux de l’historien Douglas Porch ont vite expédié le concept qui selon lui « prenait son inspiration d’une autre guerre sur un autre continent ». La courte synthèse du CDEF sur le sujet reprenant exclusivement les éléments de Porch conclut donc à la même chose. Mais un mémoire de doctorat d’un officier français, le Lieutenant-colonel David, en plus de rendre justice au sacrifice de ces hommes est venu montrer que le concept était loin d’être idiot et avait obtenu des résultats tactiques très concrets même si l’objectif stratégique (on dirait aujourd’hui opératif) qu’on a imaginé pour eux initialement n’a pas été atteint.
L’idée des maquis autochtones était d’organiser à partir de 1951 des groupes de partisans pour créer l’insécurité sur les arrières vietminh au Tonkin. Ces maquis étaient animés et encadrés par les hommes des services spéciaux du GMCA/GMI du colonel Trinquier, et financés plus ou moins par la vente de l’opium que récoltaient les tribus montagnardes. Le vivier était justement constitué de ces tribus Méo ou Thaï hostiles depuis longtemps à la main mise chinoise ou communiste sur leur terres. Initialement, il s’agissait au Tonkin de forcer le Vietminh à se regrouper pour lui ôter son atout de « fluidité » dans la jungle et pouvoir ainsi l’attaquer avec des forces régulières : « la guérilla doit avoir pour objet de renverser à notre profit la situation générale d’insécurité crée par les rebelles ; Sans cesse inquiétés , ceux-ci doivent être conduits à n’opérer qu’en force, situation qui les mettra ensuite sous le coup de nos unités et groupements » dit la note d’orientation n°1528/FAEO du 16 novembre 1950 du général Charpentier. Cet effet recherché supposait une coordination avec les forces régulières et sur ce point, ce fut un échec. Le Vietminh fut forcé effectivement de se regrouper et même de faire appel aux divisions régulières chinoises pour venir à bout des maquis mais une action simultanée coordonnée des troupes régulières françaises face à ces regroupements n’a jamais eu lieu. Pour prendre une image, les maquis du Tonkin et du nord Laos, isolés, finirent comme celui de Vercors alors qu’on aurait voulu en quelque sorte qu’ils jouent le rôle des FFI dans la bataille de Normandie de l’été 44. Mao lui-même théorisa cette l’impérieuse nécessité qu’il y a d’obtenir une coordination entre partisans et forces régulières.
Tactiquement, leur utilité fut néanmoins réelle et reconnue par le commandement rôle précieux dans l’obtention de renseignements, harcèlement des arrières adverses, et même guidage de l’appui aérien en profondeur. Les deux premiers objectifs décrits dans leur mission telle qu’elle fut écrite en 1953 furent globalement atteints, le troisième pas du tout :

1. empêcher la collaboration des populations avec le Vietminh
2. créer sur les arrières Vietminh un climat d’insécurité
3. Armer les éléments les plus dynamiques pour qu’ils détruisent l’organisation politique et militaire du Vietminh sur ses arrières lointains
Concrètement, voici quelques résultats tactiques :
le maquis Chocolat fixe plusieurs unités Vietminh forçant l’ennemi restreindre sa campagne d’hiver 1952 ;
le maquis Colibri bloque la communication rebelles sur la Route 41 puis permet l’évacuation de la base de Na San en aout 1953 ;
le maquis Cardamone s’empare de Phong To en juin 1953 et permet l’opération Castor en novembre (prise de Dien Bien Phu) en fixant les troupes vietminh du secteur ;
les maquis Malo-Servan des tribus Méo ralentissent la grande offensive vietminh sur le Nord du Laos, facilite la mise en place du camp retranché de la plaine des Jarres et participe à la reprise du plateau de Tranninh.
lors de la bataille de Dien Bien Phu, les maquis permirent de soustraire 6 bataillons vietminh à la manœuvre principale. Ils ne réussirent pas cependant à couper les voies de communications ennemies.

" source Ministère de la Défense "

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Message le Ven 2 Déc 2011 - 12:50 par indo

MERCI DE NOUS RAPPELER TOUT CELA, UNE ÉPOQUE RÉVOLUE ?

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