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Général (2s) Jean-Paul THONIER : Opération SENTINELLE : Halte à la casse de l’Armée de Terre !

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17022016

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Général (2s) Jean-Paul THONIER : Opération SENTINELLE : Halte à la casse de l’Armée de Terre !




Général (2s) Jean-Paul THONIER :
Opération SENTINELLE : Halte à la casse de l’Armée de Terre !

Jamais sans doute depuis la professionnalisation des Armées une opération n’aura été aussi préjudiciable pour l’Armée de Terre que l’actuelle opération SENTINELLE déclenchée dans la foulée des attentats du 13 novembre dernier et qui sauf invraisemblable sursaut de lucidité va se poursuivre.

Après ces attaques meurtrières, j’ai salué comme l’immense majorité des français, le recours à l’état d’urgence et le renforcement des mesures de sécurité. Le déploiement des forces armées et tout particulièrement de l’Armée de Terre répondait à une compréhensible logique d’urgence dans un contexte d’ubiquité du danger. Les menaces n’ont pas disparues mais l’urgence est devenue constance et la place de l’Armée n’est plus à patrouiller incongrument par six dans les lieux publics  FAMAS en sautoir et casque à la ceinture.
Je ne peux que constater qu’après chaque nouvel attentat, il a été demandé aux Armées de déployer toujours plus de militaires dans les grandes villes. Les forces armées ont vécu toutes les gradations du Plan VIGIPIRATE avant de passer au dispositif SENTINELLE.
VIGIPIRATE restait absorbable sans conséquence majeure pour la bonne santé opérationnelle de l’Armée de terre, SENTINELLE est destructrice.

SENTINELLE est destructrice parce cette opération "consomme" des femmes et des hommes qui devraient se former, s’entraîner ou se reposer avant un nouvel engagement. Rogner sur un de ces aspects consubstantiel au maintien en condition d’un soldat et à la capacité opérationnelle d’une unité, c’est scier le pied du tabouret. Quel que soit l’aspect sauvegardé ou sacrifié la bombe est à retardement avec des effets qui peuvent être dévastateurs. Sur le terrain d’abord où nos théâtres d’engagement notamment africain exigent un haut degré de préparation individuel et la maitrise de savoir-faire collectifs compliqués. Une faiblesse dans ce registre, c’est au mieux être incapable d’audace tactique et au pire accepter les pertes humaines. Sur le potentiel humain ensuite avec le non renouvellement du premier contrat ou le départ anticipé de jeunes cadres confrontés à l’impossibilité de conjuguer vie professionnelle et vie sociale ou familiale. Les chefs militaires et j’ai été de ceux-là, ont toujours eu beaucoup de pudeur à insister sur la nécessité de garantir des phases de détente et de récupération et pourtant je sais aussi par expérience qu’elles conditionnent le bon moral d’une troupe, facteur multiplicateur d’efficacité ou à contrario élément fondateur du renoncement ou de la révolte.

SENTINELLE est aussi destructrice parce qu’elle renvoie à nos compatriotes une idée faussée de ce qu’est un soldat professionnel et ce que sont ses savoir-faire individuels et collectifs. En plagiant les modes d’action des forces de sécurité, défense statique des édifices ou présence mobile, ils sont réduits à un rôle de supplétifs avec qui plus est des équipements et un armement inadaptés. C’est utiliser une voiture de sport en refusant de passer la seconde vitesse. Dans un contexte sécuritaire dégradé avec des moyens adaptés et complémentaires à ceux des policiers et des gendarmes, les forces armées sont un recours et leur présence dissuasive est rassurante. Mais quand la vie a repris son cours normal et que ce sont les bouchons en direction des stations de sports d’hiver qui occupent la une de l’actualité, qu’apporte réellement ce déploiement ostensible de militaires au cœur de nos villes ? Hier, ces soldats étaient remerciés, aujourd’hui ils laissent indifférents, je crains que demain le quidam leur reproche de ne servir à rien.

SENTINELLE est enfin et surtout un énorme piège pour l’Armée de Terre qui a obtenu en contrepartie de cette mission un arrêt temporaire de la déflation de ses effectifs et l’autorisation de recruter. Ce nécessaire ajustement au regard du contrat opérationnel défini par le Libre Blanc de 2013 et les engagements voulus par le Président de la République est aujourd’hui perçu par l’opinion publique, sous l’effet conjugué des médias et des portes paroles ministériels, comme un privilège qui place cette Armée en position d’obligé. C’est pour elle et ses chefs, le grand écart entre l’excellence que requiert l’engagement à l’extérieur et l’indispensable solidarité nationale. A tout prendre cette même Armée de Terre risque d’y perdre sa crédibilité.

Les centres de recrutement sont parait – ils submergés de demandes de recrutement. L’occurrence de la guerre attire le soldat. Faut-il s’en réjouir ? Faut-il y voir un précautionneux pressentiment ou une vraie résilience dont nos décideurs seraient bien aise de s’inspirer ? Pour ma part, sans exclure la nécessaire voire indispensable réflexion sur la continuité entre défense et sécurité : Garde nationale, réserve opérationnelle ou autre formule qui demandera des moyens, de l’argent et du temps, j’estime qu’aujourd’hui, la place des cadres et des soldats, aviateurs et marins de nos armées professionnelles est à l’instruction dans les cantonnements, en formation dans les écoles et centres spécialisés, à l’entrainement dans les camps de manœuvre ou à la mer, au repos pour profiter d’une aération auxquels ils ont droit ou en projection sur les exigeants théâtres d’opération mais certainement pas à arpenter dans ces conditions le bitume de nos cités.


Jean-Paul THONIER
Officier général (2S)

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Général (2s) Jean-Paul THONIER : Opération SENTINELLE : Halte à la casse de l’Armée de Terre ! :: Commentaires

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Message le Jeu 18 Fév 2016 - 10:40 par Invité

Ce document est particulièrement intéressant, je n'ai pas souvenir qu'une haute autorité nous ait présenté, ainsi, l'opération Sentinelle et encore moins ce qu'elle implique pour nos Armées, nos Camarades et la Nation.

La présentation faite est claire, précise, les choses sont dites comme elles le devaient ...

Elle devrait même être comprise par toutes les "éminences" qui hantent les arcanes du pouvoir, le cul bien au chaud, alors que sifflent les balles de tennis et celles de golf, et que l'assiette au beurre grandit régulièrement.

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Message le Mar 1 Mar 2016 - 10:05 par charly71

Le temps passe, les sujets reviennent d'actualités, sauf erreur de ma part, le sujet s'était déjà posé
en 56/57/ en Algérie lors du "nettoyage" (je ne sais si ce mot convient ...) d'Alger, puis de Constantine.
Le rôle de police dévolu à l'armée à l'époque avait déjà fait couler beaucoup d'encre et ce qui en a
découlé fait encore débat aujourd'hui, arrestations arbitraires, interrogatoires musclés .... Et trop facile de disserter
aujourd'hui, mais , à chaud, à l'époque ?
Aujourd'hui, l'opération sentinelle dévolue aux militaires qui ne savent pas vraiment à quoi ils servent,
effectivement on peu se poser pas mal de questions .

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Message le Mar 1 Mar 2016 - 11:05 par Invité

Charly71,

Effectivement, en 1957, comme tu l'écris :

... le sujet s'était déjà posé en 56/57/ en Algérie lors du "nettoyage"

Mais, entre les deux époques séparées de 60 ans, il y avait quelques "petites" différences :
- en Algérie, c'était la guerre "ouverte", quand bien même le terme "guerre" était banni de tous les propos, de tous les discours ... Nous n'y sommes pas encore;

- le gouvernement de l'époque, via Robert Lacoste, ministre Résident en Algérie, avait confié en janvier 1957 au général Massu la totalité des pouvoirs de police dans la zone d'Alger.  Ceci correspondait à peu près à ce qui - dans la Constitution de 1958 - a été défini comme l'état de siège :

Article 36
L'Etat de siège est décrété en Conseil des ministres.
Sa prorogation au-delà de douze jours ne peut être autorisée que par le Parlement.

Nos jeunes camarades agissant dans le cadre de l'opération Sentinelle ne sont pas du tout dans la même situation que les unités de la 10e D.P.
Ils dépendent totalement des décisions prises par le ministre de l'Intérieur ...
Et le contexte est celui présenté par le général J.P. THONIER !

A noter  que l’état d’urgence, dans lequel se trouve la France depuis la mi-novembre 2015, n’a pas de définition constitutionnelle. C’est une loi de 1955 qui le définit.
Il suffit d’un décret pour l’instaurer, il faut une loi pour le prolonger au-delà de douze jours.

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Message le Mar 1 Mar 2016 - 11:10 par charly71

Merci Cerbère de l'apport de ton analyse pertinent perso

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Message le Mar 1 Mar 2016 - 11:53 par Invité

Dans mon message précédent, j'ai mentionné la loi de 1955 relative à l'état d'urgence, mais je n'ai pas mentionné le texte car, comme toujours assez long et pas très facile à lire.

Pour ceux que cela intéresse, il est possible de prendre connaissance du texte officiel sur le site LEGIFRANCE

https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000695350

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