LES CAMPS PARACHUTISTES

Verdun - Le Chemin des Hommes

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19022016

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Verdun - Le Chemin des Hommes




Le Figaro Histoire a sorti, comme beaucoup de ses confrères, un numéro destiné à la Bataille de Verdun dont le 100e anniversaire sera commémoré dès demain !

Je me le suis procuré dès samedi dernier, en Lorraine... Je le trouve bien fait, je regrette toutefois que des sujets n'ayant aucun rapport avec la Grande Guerre s'intercalent dans les pages de ce magazine....


ÉDITORIAL - À l'occasion du centenaire de la bataille de Verdun, Le Figaro Histoire consacre un superbe numéro aux 300 jours de la bataille la plus emblématique de la Grande Guerre. Nous publions l'éditorial de Michel De Jaeghere.

Ils s'y étaient battus, naufragés dans des étendues mortes, pour gagner à grand-peine quelques mètres de terrain. Ils y avaient subi, trois cents jours, le pilonnage incessant des grandes orgues de feu: une pluie de fer et de boue dans un ciel maculé par une fumée noire, le vacarme assourdissant des explosions, les secousses d'un interminable tremblement de terre. Soixante millions d'obus tombés sur un étroit couloir de vingt kilomètres de long, transformé en charnier à ciel ouvert; 163 000 morts français, 140 000 morts allemands, dont un tiers n'auraient jamais de sépulture, feraient corps pour toujours avec le paysage dévasté, les arbres arrachés, les balafres de la terre. Comme tombés dans le cratère d'un volcan.

Verdun, c'est une bataille sans manœuvres et sans charges héroïques. Sans coup de main spectaculaire, sans percée décisive. C'est pourtant celle qui résume, aux yeux des Français, la Grande Guerre. Celle qui la resserre. La victoire la plus éclatante et la plus célèbre des armes françaises: qui connaît le nom des offensives qui conduisirent, deux ans plus tard, les Allemands à demander l'armistice?

   Verdun résume la violence et l'inhumanité de la guerre, en même temps qu'elle révèle les ressources infinies d'héroïsme que recèle l'âme humaine, le sacrifice des simples, la ténacité des terriens.

Ses faits d'armes ont les couleurs mélancoliques qu'on prête d'ordinaire aux défaites héroïques. C'est la mort du lieutenant-colonel Driant en première ligne, au bois des Caures, dès le lendemain d'une attaque dont il avait en vain annoncé l'imminence au grand commandement. La reddition glorieuse du commandant Raynal et de la garnison des 500 défenseurs du fort de Vaux: ils avaient, pendant près d'une semaine, encaissé 8000 obus par jour, enfermés sans lumière et sans eau dans la forteresse où les assaillants déversaient des gaz toxiques et des flammes par les meurtrières. La défense victorieuse du fort de Souville par le lieutenant Dupuy, arrêtant définitivement, à la tête de 69 hommes, l'avancée de l'armée du Kronprinz.

Verdun n'est guère, dans la mémoire allemande, que l'une des nombreuses tentatives infructueuses pour enfoncer le front français et mettre un terme à la guerre de position. L'échec qui provoqua la disgrâce de Falkenhayn et hâta l'entrée en scène de Hindenburg et de Ludendorff. Pour les Français, Verdun, c'est autre chose. La bataille où il fallait être. Celle qui résume la violence et l'inhumanité de la guerre, en même temps qu'elle révèle les ressources infinies d'héroïsme que recèle l'âme humaine, le sacrifice des simples, la ténacité des terriens: le «royaume des ombres et des âmes nues» (Kessel).

Son pouvoir d'évocation n'a rien perdu de sa force en traversant le siècle. Son histoire a pu même apparaître comme une confirmation de la nouvelle approche de la Grande Guerre: celle qui ne la présente plus que sous l'aspect de la douleur des hommes, comme le point culminant d'une brutalisation de l'histoire conduisant aux rives du chaos ; celle qui justifie un pacifisme sans limite par le seul spectacle des horreurs de la guerre moderne. «Un sous-lieutenant, de quoi cela rêve-t-il? écrivait dès 1934 Drieu La Rochelle. D'être un homme qui court au soleil, comme le Grec à Marathon. Oui, à Verdun, j'ai pensé à Marathon. Et j'ai pleuré. Oh, ma pauvre jeunesse déçue. Je m'étais donné à l'idéal de la guerre et voilà ce qu'il me rendait: ce terrain vague sur lequel pleuvait une matière imbécile. Des groupes d'hommes perdus. Leurs chefs derrière, ces anciens sous-lieutenants au rêve fier, devenus de tristes aiguilleurs anxieux chargés de déverser des trains de viande dans le néant.» (La Comédie de Charleroi).

   Verdun, c'est une victoire intégralement française. C'est plus encore une incroyable aventure humaine: elle avait été gagnée dans la peur, la sueur noire, la fange, par des hommes qui n'avaient pas plié sous l'orage de fer et de feu: qui avaient, simplement, tenu bon.

Si Verdun n'en a pas moins occupé sa place singulière dans la mémoire française, c'est qu'elle fut, aussi, autre chose. Une bataille que les Français avaient menée tout seuls: sans l'apport des alliés anglais et américains qui les aideraient, plus tard, à arracher la décision. Verdun, c'est une victoire intégralement française. C'est plus encore une incroyable aventure humaine: la bataille n'avait pas été préparée par le haut état-major, concentré sur les préparatifs de la Somme; elle avait été gagnée dans la peur, la sueur noire, la fange, par des hommes qui n'avaient pas plié sous l'orage de fer et de feu: qui avaient, simplement, tenu bon. Les régiments, les divisions s'y étaient engouffrés tour à tour, au gré de la noria instituée par Pétain pour accélérer la relève. Elle avait été le rendez-vous de toute la jeunesse française.

Elle ne dut rien à l'audace stratégique de ses chefs: Verdun offre l'exemple rare d'une victoire purement défensive. Elle n'avait consisté qu'à s'en tenir aux plus simples des mots d'ordre: «Courage, on les aura!» ; «Ils ne passeront pas!» A renouer avec l'antique serment des éphèbes d'Athènes: «Je ne déshonorerai pas ces armes sacrées; je n'abandonnerai pas mon compagnon dans la bataille; je combattrai pour mes dieux et pour mon foyer(…); je ne laisserai pas ma patrie diminuée, mais je la laisserai plus grande et plus forte que je ne l'aurai reçue.»

   Aucune bataille, sans doute, n'avait paru plus juste et plus légitime à ce peuple de paysans devenus des soldats.

Aucune bataille, sans doute, n'avait paru plus juste et plus légitime à ce peuple de paysans devenus des soldats. Loin de la complexité des buts de guerre, des arrière-pensées politiques qui déshonorent parfois les proclamations altières, il ne s'était agi que de défendre leur terre contre l'invasion. Ils s'étaient révélés, pour cela, prêts à verser le plus pur de leurs vies comme de l'eau fraîche. Ils avaient pris le chemin des hommes sans se poser de questions. Dans un pays qui a, depuis, abdiqué des pans entiers de sa souveraineté et ouvert à tous vents ses frontières, où le plus âpre des individualismes va de pair avec l'affichage d'un sentimentalisme larmoyant, son seul récit a, pour nous, quelque chose d'indéchiffrable. Il renvoie les déclamations intrépides et les torses bombés des défenseurs de la République comme les discours martiaux tenus devant les baraquements des cellules de soutien psychologique à leur véritable dimension.

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Verdun - Le Chemin des Hommes :: Commentaires

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Message le Sam 20 Fév 2016 - 8:32 par charly71

Merci Lothy

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