LES CAMPS PARACHUTISTES

pratique de donner un nom aux promotions d’élèves à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr

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03122016

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pratique de donner un nom aux promotions d’élèves à l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr




est apparue vers 1830-1832. Cette tradition vise à donner une identité et à susciter la cohésion chez les saint-cyriens par le biais d’une référence commune. Il s’agit aussi de mettre en avant un « prédécesseur exemplaire », un « héros », auquel les élèves peuvent s’identifier.

À travers le choix du « parrain », c’est une image de héros qui est proposée aux futurs officiers. Dans la mythologie grecque, il est celui qui, choisi par les dieux, accomplit des exploits et délivre son peuple de l’oppression. Dans la tradition littéraire, il est un personnage épique qui se distingue par sa valeur, son courage ou sa grandeur d’âme.

Comment ces représentations classiques du héros se retrouvent-elles dans le choix des parrains à Saint-Cyr ?
C’est surtout depuis l’Entre-deux-guerres que les noms de promotion se personnalisent et évoquent des héros militaires. Choisis par les élèves ou proposés par le commandement, ils incarnent les vertus attendues chez les futurs officiers : courage, honneur, panache, sens du sacrifice... Le fait de donner leur nom à des promotions de l’École spéciale militaire concourt d’ailleurs à construire ou à renforcer leur image de héros.
Leurs campagnes, comparables à des exploits, et leur mort éventuelle au combat, fondent leur caractère exemplaire. C’est davantage le chevalier médiéval, idéalisé, qui sert de référence identitaire. Cette figure exprime une conception traditionnelle du métier des armes au moment où la guerre n’a plus rien de chevaleresque.

Les modèles proposés aux saints-cyriens renvoient à quatre types de héros, ou tout au moins à quatre manières de servir dans l’armée, qui peuvent aussi exprimer, pour certaines d’entre elles, des formes d’héroïsme.
Les références à des combats valeureux et/ou victorieux, l’exaltation d’une structure militaire ou d’une catégorie de combattants qui s’est particulièrement illustrée au cours d’un conflit, la mise en avant d’un officier général qui a mené une brillante carrière ou d’un officier mort au combat suggèrent différents types de héros potentiels.

Le combat et la bataille sont l’occasion, pour les officiers et leurs soldats, de s’illustrer, de faire preuve de vertus militaires, de courage et d’esprit de sacrifice, de devenir des « héros ». C’est pourquoi plusieurs promotions de Saint-Cyr en portent des noms, à l’image de Camerone (Centenaire de Camerone 1962-1964, auquel fait écho, huit ans plus tard, la promotion Capitaine Danjou), érigé en véritable mythe dans la Légion étrangère. Cet épisode, militairement secondaire de la guerre du Mexique, incarne l’héroïsme militaire d’une poignée de soldats combattant jusqu’à la mort face à un adversaire nombreux. Célébré depuis 1906, Camerone occupe à partir de 1931 une place centrale dans les traditions de la Légion, avec la mise en place d’un rituel mettant en avant les « héros » de ce combat.
Le choix des futurs officiers a peut-être également été inspiré par leurs représentations de cette troupe d’élite, alors que leur École était commandée par un de ses anciens, le général Simon. Néanmoins, ce sont plus souvent des noms de batailles qui sont donnés à des promotions de Saint-Cyr. Il s’agit de victoires qui, à part Austerlitz (1904-1906, à l’occasion du centenaire), sont surtout défensives, comme la Marne et Verdun (1937-1939) ; elles ont permis à la France d’échapper à l’invasion et à la défaite ou de sauver symboliquement l’honneur de ses armes, comme à Bir Hakeim.
Les campagnes de la Libération sont par ailleurs évoquées (Rome et Strasbourg 1944, Rhin et Danube 1947-1949, Corse et Provence 1964-1966) : elles témoignent à leur manière d’autres formes de gloire et d’héroïsme militaires.

Quelques entités militaires dont les membres se sont illustrés sur différents champs de bataille sont parfois exaltées, à travers des références aux institutions auxquelles ils appartenaient (Grande Armée 1981-1983, la France combattante 1997-2000) ou à travers un groupe de combattants associés à un événement guerrier (Ceux de Dien Bien Phu 1953-1955). Le héros devient collectif et anonyme, acteur d’une épopée qui le dépasse, tout en étant porteur de représentations liées aux vertus militaires personnelles, à la gloire, à l’honneur, au sacrifice. On peut encore parler de « groupes héroïsés »8. Ces derniers peuvent par ailleurs, un peu comme Camerone, renvoyer à des défaites présentées comme héroïques et, au-delà, au thème traditionnel du gloria victis, déjà en vogue au lendemain de la guerre de 1870, quoique celle-ci, comme la campagne de 1940, ne soit évoquée que par une seule occurrence. Une promotion rend ainsi hommage aux combattants, vivants et morts, de Dien Bien Phu ; attentifs à l’évolution médiatisée de la bataille, les élèves voulaient choisir ce nom comme référence, mais le général Fayard, commandant l’École, refusa qu’une défaite soit associée à une promotion. C’est pourquoi celle-ci s’appela finalement « Ceux de Dien Bien Phu », mais le triomphe de 1955, qui marquait la fin de sa scolarité, se fit dans une relative discrétion.

Un général de rang élevé ou un maréchal de France récemment décédé constitue un troisième modèle de parrain pour des promotions de Saint-Cyr.
Il est un symbole de la réussite militaire et un exemple à suivre : le fait d’avoir mené une carrière jusqu’au sommet, c’est-à-dire jusqu’aux plus hauts commandements, en particulier en temps de guerre, témoigne de sa valeur, de sa compétence et de son sens des responsabilités. Comme lui, les saint-cyriens sont invités à servir de leur mieux l’armée et la patrie.
L’héroïsme d’un tel parrain s’exprime moins dans d’éventuelles actions d’éclat sur un champ de bataille que dans sa capacité à conduire une armée à la victoire (pour les maréchaux de France et les généraux de la Libération). En revanche, pour des généraux comme Lalande, de Galbert ou Vanbremeersch, qui accèdent aux étoiles en temps de paix, c’est davantage l’ensemble de leur parcours qui est honoré, puisqu’ils ont souvent participé aux différents conflits livrés par la France depuis 1939.
Choisis surtout depuis les années 1990, de tels parrains sont les derniers grands témoins des générations du feu dont il convient de faire mémoire.


"source Histoire et Littérature"

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LACITA

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