LES CAMPS PARACHUTISTES

Maurice Anjot

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Maurice Anjot

Message  LELONGUE le Jeu 5 Jan 2017 - 12:17

Maurice Anjot "Bayart"

Né à Rennes, le 21 juillet 1904, Maurice Anjot grandit dans une famille qui conservait très vives les traditions religieuses et nationales. Il lui dut le sens du devoir et les qualités morales qui lui donnèrent, avant l'âge, une maturité de caractère et d'intelligence que ses chefs ont toujours admirée.
C'était un homme vif et robuste. Au premier abord, on le trouvait réservé et froid ; mais on sentait bien vite que, s'il se communiquait peu et ne cherchait pas à briller, c'est qu'il vivait intensément en lui-même, avec ses responsabilités, avec son idéal et avec sa foi.



Sa carrière militaire fut brillante. Sorti de Saint-Cyr en 1925, il y revint en 1929 comme instructeur pour six ans.
Ses chefs notèrent toujours en lui " un rare ensemble de qualités morales, intellectuelles et physiques " qui en faisait un homme complet.
Il apparaissait comme un " chef à la fois énergique et pondéré", faisant preuve d'un " jugement très sûr, de sens pratique, de coup-d'oeil et de tact ". Capitaine depuis 1935, il mérita, lors des combats sur l'Aisne et sur la Marne, une belle citation. C'est après l'Armistice qu'il fut affecté au 27e BCA d'Annecy.

Tel est l'officier d'élite qui se mit, dès le printemps 1941, au service de la Résistance.
Des rapports de police pour « menées antigouvernementales », nous permettent de deviner le genre d'activité qu'il déploya pendant un an.
On le voit multiplier les contacts avec les officiers de réserve pour constituer dans la région des bataillons secrets. « Au printemps 1941, dit un des témoins interrogés lors de l'enquête qui fut menée en automne 1942, j'ai reçu la visite du capitaine Danjot ou Anjot, adjudant-major du 27e chasseurs.

Il était en civil et était venu en voiture. Il se présenta à moi, puis fit un tour d'horizon sur la situation de la France.
Après leur défaite, en 1918, les Allemands avaient monté une organisation occulte pour refaire une armée.
Il était normal que la France fît de même, me dit-il... Voici quelle était l'organisation du mouvement : il s'agissait de constituer dans chaque arrondissement, avec des éléments de réserve, un bataillon semblable aux bataillons de chasseurs, comprenant environ un millier d'hommes à mobiliser par convocation individuelle. »

C'était là un plan de résistance qui aurait été particulièrement efficace : il aurait, au moment voulu, fait surgir sur les arrières de l'ennemi une véritable armée de réserve élargissant brusquement l'armée d'armistice.
Le projet était d'autant plus audacieux qu'il datait du début de 1941, à une époque où la masse des Français ne songeait guère à faire de la résistance à l'intérieur.
L'invasion de la « zone libre », en novembre 1942, fit tout échouer.
Il fallut trouver d'autres méthodes ; mais le but restait le même : reconstituer des bataillons « pour le jour où, comme disait Anjot d'après un autre rapport de police, il faudrait nettoyer le pays ». Alors naquit l'armée secrète. Le capitaine Anjot en fut l'un des principaux artisans en Haute-Savoie, sous les ordres du colonel Vallette d'Osia.

Après l'arrestation de son chef, il connaît lui aussi la vie de proscrit.
Il se laisse pousser la moustache et les favoris ; il devient un autre homme, avec une autre identité.
Il trouve un gîte chez des amis, puis chez un prêtre, puis dans une ferme. HIl est, dans la Résistance, ce qu'il était dans l'armée : un homme méthodique, travaillant avec obstination, poursuivant son idée sans relâche.

Il assure lui-même les liaisons importantes ; il centralise les renseignements ; il s'assure des complicités et des concours -activité souterraine, dont lui seul a connu l'ampleur et la fécondité.
Au moment de Glières, il n'hésite pas à se présenter à l'intendant de police, le colonel Lelong, pour parlementer. " Ma vie importe peu, dit-il à ceux qui veulent lui épargner les risques d'une pareille démarche, si je peux sauver celle des autres. " Quelques jours après, Tom fut tué dans l'engagement d'Entremont. Il fallait un officier qui se dévouât pour continuer l'entreprise envers et contre tout, afin que Glières restât Glières. Anjot se proposa et il se trouva que sa venue était ardemment souhaitée par les officiers du Plateau.

Il écrivit alors à sa femme une lettre où l'on sent bien quel homme il était : " Tu sais combien les événements ont marché depuis ton départ. La disparition brutale de notre camarade Morel a nécessité son remplacement. Si j'ai pris cette charge, c'est parce que j'ai jugé que mon devoir était là. Ne crois pas qu'il ne m'en a pas coûté de le faire, toi absente ; mais peut-être que cette absence même m'a permis de surmonter plus librement le côté familial de la question.
Nombreux sont ceux qui, par des sentiments plus ou moins lâches et faux, se laissent détourner actuellement du devoir national. En tant qu'officier, je ne puis le faire.
Que cette décision soit acceptée par vous deux, Claude et toi, très crânement."

A ce testament spirituel, il ajoutait un petit mot pour son fils : " Je te recommande surtout d'être toujours très gentil avec ta maman. Sois très obéissant et toujours le bon petit élève que j'avais plaisir à faire travailler. Je rentrerai à la maison dès que je le pourrai et nous reprendrons notre vie d'avant. N'oublie pas ton papa dans tes prières. "

En fait, tandis qu'il essayait ainsi de rassurer les siens, il connaissait trop bien la situation pour être optimiste.
Au lieu de vivre dans l'enthousiasme du Plateau, il avait dû suivre personnellement de près, jour par jour, la marche des événements ; il savait toutes les menaces qui s'amoncelaient.
Il n'espérait pas redescendre ; il le fit comprendre à un ami, chez qui il passa sa dernière soirée avant d'aller prendre son commandement. Mais, toujours méthodique, il établit avec lui les plans d'une action concertée pour le cas où la situation n'évoluerait pas trop rapidement.

Il monta à Glières le 18 mars. C'était toute une expédition pour rejoindre le Plateau à travers les barrages. Il apportait le drapeau de la compagnie qu'il avait commandée au Pont de Kehl, afin de le faire flotter symboliquement à Glières.
Il emmenait aussi avec lui sa vareuse de chasseur alpin : " Si je dois mourir, disait-il, je veux mourir Anjot " ; c'est pourquoi, dès son arrivée moustache et favoris disparurent.

Les événements allèrent trop vite pour lui permettre de donner sa mesure.
Pendant les huit jours où le Plateau put résister encore, il n'eut que le temps de s'installer dans son nouveau commandement et de renforcer hâtivement la défense.
L'initiative appartenait désormais à l'adversaire ; la grande idée d'Anjot fut de sauvegarder l'honneur en épargnant le plus possible la vie des hommes : c'est cette préoccupation du sort de plus de quatre cents jeunes gens qui lui avait inspiré de venir prendre cette charge désespérée.
Après avoir refusé fièrement de traiter avec les miliciens, il mit en oeuvre tous les moyens disponibles pour soutenir l'attaque imminente.

Le soir du 26 mars, quand les défenses furent irrémédiablement percées, il lança l'ordre d'évacuation, en donnant à chaque chef des instructions détaillées pour son repli.
Il partit avec la nombreuse colonne qui s'engagea dans la gorge d'Ablon.
Il était déjà parvenu au village de Nâves, en compagnie du lieutenant Lambert Dancet et de Vitipon, lorsqu'un barrage allemand ouvrit le feu sur leur petit groupe et sur les Espagnols qui suivaient.
Ils ripostèrent, mais ils ne tardèrent pas à tomber. Anjot avait été atteint par une rafale de mitraillette. P. G.



Source : Jourdan-Joubert L., Helgot J., Golliet P., Glières, Haute-Savoie : première bataille de la Résistance 31 janvier-26 mars 1944, Annecy, Association des rescapés des Glières, 1994
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Re: Maurice Anjot

Message  judge le Jeu 5 Jan 2017 - 14:58

Sur le plateau des Glières, l'officier et ses maquisards ont lutté jusqu'au bout contre les nazis.

SES PAS sont de plus en plus lourds.
La fatigue, le froid et surtout l'épaisseur de la neige rendent la traversée du plateau des Glières (Haute-Savoie) difficile. Cette nuit du 26 au 27 mars 1944, à 1 500 m d'altitude, le capitaine Anjot vient d'ordonner aux quelque 500 maquisards présents de s'exfiltrer et de redescendre dans la vallée. « L'honneur est sauf », leur dit-il.

Depuis la fin janvier, des hommes sont partis des villages voisins pour attendre sur le plateau glacé et réceptionner les parachutages d'armes promis par les alliés. Les premiers interviennent en février, d'autres sont attendus. Jusque-là, il faut tenir face aux forces du gouvernement de Vichy qui veulent déloger les résistants. En mars, l'aviation allemande commence les pilonnages et les bombardements. Le bataillon se retrouve sans chef après la mort de Tom Morel, tué dans la nuit du 10 au 11 mars au cours d'une opération.

Huit jours plus tard, Maurice Anjot, ancien de Saint-Cyr, entré dans la clandestinité en 1943, prend la tête du plateau. L'officier de 39 ans sait pourtant que l'armée allemande s'apprête à intervenir et que le combat, déséquilibré, est perdu d'avance. « Le lieutenant Morel a été le chef de Glières durant les trois quarts du temps, Anjot n'est monté que la dernière semaine, mais pour la période la plus dramatique », rapporte Claude Antoine, auteur de « Maurice Anjot, le chef méconnu des Glières »*.

« J'ai décidé de monter au plateau, lâche Anjot à ses collaborateurs. Je sais que je n'en reviendrai pas. Je vous dis adieu. Ma vie importe peu si c'est pour sauver celle des autres. » « Parmi tous les sacrifices qui ont été faits au moment des Glières, dira plus tard Henri Romans-Petit, commandant de l'armée secrète de l'Ain, c'est Anjot qui a fait le plus beau. Il savait que tout était perdu. Il l'a dit, il me l'a dit : Mon devoir me commande de prendre ce poste. Je sais que j'engage une bataille perdue, mais il y a l'honneur, il y a le pays, il y a la France. »

Epuisés, affamés, ils tombent dans une embuscade

Car si certains plaident pour le repli immédiat, plusieurs chefs de l'armée secrète estiment qu'abandonner maintenant détruirait l'image de la Résistance dans le pays mais aussi auprès des alliés. Anjot, connu sous le nom de Bayard ou Pierrot dans la clandestinité, sait désormais que le combat des Glières est devenu un symbole. Depuis plusieurs semaines, il fait l'objet d'une guerre psychologique sur les ondes qui oppose Maurice Schumann sur Radio Londres et Philippe Henriot sur Radio Paris. Partout en France, mais aussi en Angleterre, la résistance de ceux qui ont pris pour devise « Vivre libre ou mourir » devient une légende.

Là-haut, les chalets brûlent, des vives sont détruites sous les bombes et les stocks s'amenuisent. Pour Anjot et d'autres, il s'agit de tenir encore. C'est possible quelques jours. Le 26 mars, après un nouveau bombardement, Bayard comprend que l'attaque allemande est imminente et ordonne le décrochage. « Il a eu l'intelligence de donner l'ordre de repli au meilleur moment, le combat devenait trop déséquilibré avec les Allemands, plus nombreux et nettement mieux équipés, note Claude Antoine. Grâce à lui, une partie des maquisards s'en est sortie et a ensuite pu continuer de se battre dans la région. »

Quand les troupes allemandes montent sur le plateau pour encercler tous les maquisards, elles ne trouvent personne. Mais certains sont pris les jours suivants, faits prisonniers, torturés, déportés ou tués. Anjot est de ceux qui n'en réchappent pas. Epuisée par une marche de plus de quinze heures et par le manque de sommeil, affamée, la petite équipe qui l'accompagne est repérée par les Allemands à la sortie d'un bois près du village de Nâves-Parmelan. Une embuscade est tendue, les mitraillettes crépitent. Le capitaine Anjot tombe, le 27 mars en début d'après-midi, avec cinq autres maquisards dont trois combattants espagnols. « Glières a été une défaite des armes, écrira Romans-Petit, mais une victoire des âmes. »

* « Capitaine Maurice Anjot, le chef méconnu des Glières », de Claude Antoine,Ed. de l'Astronome,35 EUR.

 Le Parisien
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