LES CAMPS PARACHUTISTES

12 janvier 2017

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12 janvier 2017

Message par béret bleu le Mer 11 Jan 2017 - 22:56





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Le 12 janvier 1956, aux cris de «Sortez les sortants», 52 députés poujadistes font leur entrée à l'Assemblée. Deux ans plus tard, la V° République «sortira» tout le monde.

Message par béret bleu le Mer 11 Jan 2017 - 23:20

12 janvier 1956
Poujade sème la panique



Le 12 janvier 1956, aux cris de «Sortez les sortants», 52 députés poujadistes font leur entrée à l'Assemblée. Deux ans plus tard, la V° République «sortira» tout le monde.

"Éric Branca"


Commando sans boussole

Ils sont comme un commando sans boussole parachuté en territoire ennemi. Cinquante-deux, pour la plupart commerçants (et en leur sein, une majorité d'épiciers), des artisans, des agriculteurs, des hôteliers, des VRP. Une demie-centurie partie, fleur au fusil, pour faire plier la IV° République et qui, victime à son tour des «délices et des poisons du régime» (Charles de Gaulle), va finir engloutie dans son naufrage sans avoir toujours tout compris du film.

Ils s'appellent Georges Julliard, député du Gard, Marcel Bouyer (Charente-Maritime), Roger Bourel (Côtes du Nord), Marcel Varvier (Isère), Jean Damasio (Paris), Louis Allouin (Rhône)ou Robert Nerzic (Ille-et-Villaine). Mais d'eux tous, l'histoire ne retiendra finalement que deux noms : celui de Pierre Poujade, fondateur de l'Union des commerçants et des artisans (UDCA) qui les a lancés à l'assaut de l'Assemblée nationale en négligeant, lui-même, de se faire élire député. Et Jean-Marie Le Pen qui, quelques mois après l'élection, s'envolerade ses propres ailes. On connaît la suite, qui n'est pas finie...

Ce lundi 2 janvier 1956, l'irruption de ces trouble-fête au verbe haut plus à l'aise derrière un comptoir que derrière un pupitre (à l'exception de Le Pen lui-même qui, deviendra, sous l'étiquette du CNI, le plus jeune rapporteur du budget de la Défense nationale, en 1958), n'est pas seulement un traumatisme pour une Assemblée où règnent en maîtres hauts fonctionnaires, avocats ou médecins, et parmi eux, combien d'anciens et futurs ministres ! C'est aussi un désaveu pour les deux mouvements qui, depuis la naissance de la IV° République, dix ans plus tôt, se partagent le pouvoir et les postes : les socialistes de la SFIO et les démocrates chrétiens du MRP. Et quelle humiliation pour les communistes qui, depuis l'échec du RPF du général de Gaulle, aux élections législatives de 1951, se croyaient redevenus les seuls dépositaires du vote populaire et de la protestation !

Oui, en cette soirée d'hiver, parmi les plus froides du siècle, la politique française est entrée en ébullition.
La droite qui, en la personne d'Edgar Faure, président du Conseil sortant, avait provoqué, en décembre 1955, des élections anticipées, a perdu le pouvoir ; et la gauche, qui le récupère en envoyant Guy Mollet à Matignon, ne dispose que d'une majorité relative.
Du désordre indescriptible né de ces législatives, émergeront cependant quelques célébrités à l'avenir prometteur: un certain Valéry Giscard d'Estaing élu député dans le Puy de Dôme, Roland Dumas en Haute-Vienne, Christian Bonnet dans le Morbihan. En attendant, les 2,5 millions de voix du mouvement Poujade (11,5% des votants à l'échelon national) ont cassé le jeu : jusqu'au retour au pouvoir du général de Gaulle, aucun gouvernement ne durera, en moyenne, plus de six mois !

Grève de l'impôt

Tout a commencé deux ans et demi plus tôt quand,le 22 juillet 1953, un papetier-libraire de trente-trois ans, conseiller municipal de Saint Céré (Lot) organise la première - et dernière - grève de l'impôt de toute l'histoire républicaine.

L'enfer étant pavé de bonnes intentions c'est, paradoxalement, une amnistie fiscale - celle décrétée par Antoine Pinay en 1952 - qui a provoqué la jacquerie.
Subitement désœuvrés, les «polyvalents», comme on les appelle alors, ont en effet concentré leur zèle sur une proie facile : le petit commerce confronté à l'éclosion des premiers drugstores et autres Prisunic.

Les contrôles pleuvent, les redressements et les faillites aussi. On se plaint, on paye, on se suicide.
Jusqu'à ce jour d'été de 1953 où, dénonçant la «Gestapo fiscale», Pierre Poujade, dit «Pierrot», prend la tête de 23 commerçants de Saint Céré menacés d'un contrôle fiscal.
Un pour tous, tous pour un : chacun fait de son corps un rempart pour empêcher les agents du fisc d'accéder au magasin de l'autre. Le soir, les fonctionnaires des impôts repartent bredouilles, sous les quolibets.

L'échauffourée de Saint Céré met le feu à la plaine : en quelques semaines, soixante départements connaissent des incidents similaires.
On envoie les CRS ; rien n'y fait.
La population s'interpose pour protéger ses commerçants ! De Lille à Marseille et de Strasbourg à Bordeaux, le nom de Poujade devient synonyme de résistance au fisc.
On le consulte comme un oracle, on requiert sa présence, on se masse pour l'écouter.

Un orateur exceptionnel, Pierre Poujade

Et l'on découvre que l'orateur est exceptionnel, même si son art n'a rien de spontané : avant d'entrer dans la Résistance, en 1943, Poujade a abandonné ses études d'architecte pour militer au Parti Populaire Français de Jacques Doriot, l'un des meilleurs tribuns de sa génération, du Parti communiste jusque dans les rangs de la collaboration.

De Doriot, Poujade a gardé le style d'imprécateur, parlant volontiers en chemise, sans cravate - une curiosité, à l'époque ! -, les deux mains agrippées à la tribune. Mais aussi un mépris sans fond pour le système parlementaire.

Avec l'accent rocailleux de son Lot natal, il dénonce de meetings en meetings l'exploitation des «petits» et des «bonnes gens» par les «soupiers» de l'«État vampire», la mise en coupe réglée de la «maison France» par des «éminences apatrides» qu'il faut «pendre haut et court».

Défense des petits contre les gros au nom de la liberté d'entreprendre mais aussi de la lutte contre les «monopoles» ;antiparlementarisme forcené ; dénonciation du «totalitarisme fiscal» : voici le bréviaire du poujadisme qui n'a rien inventé mais tout concentré, au moment «t», en un cocktail explosif !

Quand, le 29 novembre 1954, l'UDCA est créée, elle revendique 500.000 adhérents et c'est tout naturellement qu'elle décide, lors de la dissolution de 1955, d'aller aux élections sous une étiquette créée ad hoc : Union et Fraternité française (UFF). Pour «instaurer» une dictature comme l'en accusent les communistes et les partis du système, subitement réconciliés face à l'intrus ? Non, pour obtenir une «réforme fiscale» qui permette au petit commerce d'«échapper à sa disparition programmée» !

C'est alors que Poujade commet sa première erreur, qui décidera de tout : il n'est pas lui-même candidat.
Un homme va en profiter au-delà de toute espérance : Jean-Marie Le Pen, qui vient d'adhérer au mouvement et a d'emblée prévenu son chef que l'aventure ferait long feu s'il ne le transformait pas en un véritable parti politique.

Le trouble-fête Jean-Marie Le Pen

A vingt sept ans,le Pen qui préside la Corpo de droit des étudiants et s'est déjà taillé une célébrité au Quartier latin, s'impose, en quelques semaines comme le seul politique du mouvement Poujade. lu, le 2 janvier 1956 député de Paris, il prend rapidement l'ascendant sur le groupe parlementaire.

Poujade, d'abord fasciné par l'allant de son jeune disciple, ne met pas six mois à se rendre compte que les absents ont toujours tort. Pour garder la main sur ses députés, il organise l'exclusion de Le Pen.
C'est sa dernière victoire, et pour l'exclu, le début de la célébrité.

Poujade ne veut plus de lui ? Il se met en congé de l'Assemblée et rejoint son régiment pour aller se battre en Algérie, puis regagne son siège de député (désormais non-inscrit)pour animer, courant 1957, une campagne en faveur de l'Algérie française sous l'égide de son premier mouvement: le Front national des combattants.
C'est au cours de ces mois agités qu'il perd un oeil au cours d'une rixe avec les communistes, en portant secours à son collègue Ahmed Djebbour, français musulman, en grand danger d'être lynché.

Pendant qu'à l'Assemblée, le mouvement Poujade tombe dans l'anonymat, Le Pen, le fils de pêcheur, devient, pour la droite d'alors, une sorte de Minou Drouet de la politique.
Car contrairement à Poujade,cet activiste qui aime la poudre et sentira bientôt le soufre est aussi un mondain. Ses bagarres pour un oui ou pour un non le rendent pittoresque, tout comme son sens de la formule, qui fait mouche dans les dîners en ville.
Pendant que Poujade se morfond à Saint Céré, on voit Le Pen chez l'ex-empereur d'Annam, Bao Dai, comme chez le marquis de Cuevas; ces dames s'encanaillent en reprenant avec lui des refrains de marins, quand ce n'est pas l'intégralité de l'Internationale, et leurs maris apprécient l'étrange allant de cet enfant de nulle part dont les parents ne figurent pas plus dans le Bottin mondain que dans l'annuaire du téléphone et qui, entre un débat de nuit à l'Assemblée et un engagement dans le Djebel, se fait photographier à Alger avec Brigitte Bardot...

Survient le 13 mai 1958, le retour de De Gaulle et, dans la foulée de la proclamation de la V° République, la dissolution de l'Assemblée élue en 1956.
Seul député issu du mouvement Poujade réélu en octobre 1958, Le Pen sera à son tour battu en 1962 et commencera une traversée du désert de vingt-deux ans.

Mais de Pierre Poujade, on ne parlera plus qu'épisodiquement.
Tout juste se souvient-on qu'il soutint Jean Lecanuet à l'élection présidentielle de 1965, François Mitterrand en 1981 et 1988.
Et .... Jacques Chirac en 1995. Non sans avoir milité, jusqu'à sa mort, en 2003, pour un biocarburant alternatif à base de topinambours. Sa dernière machine de guerre pour casser le monopole des «gros» !



[Article publié dans l'hebdomadaire Valeurs actuelles (13 juillet 2006)]
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Re: 12 janvier 2017

Message par charly71 le Jeu 12 Jan 2017 - 8:15

Sainte Tatiana ... ça sent bon les steppes de Russie, le charme slave et la beauté comme savent l'être ces femmes de l'est quand elles le veulent ...

Le Poujadisme ... toute une époque, ils voulaient révolutionner notre "démocratie"...
Feu de paille !
Les "vrais " politiques ont eu le dessus !
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Procès des assassins d’Oradour.

Message par rembrandt le Jeu 12 Jan 2017 - 17:56

Le 12 janvier 1953 s'ouvre à Bordeaux, devant un tribunal militaire – les six juges sont des officiers, le président un magistrat civil –, le procès des assassins d’Oradour.
Comparaissent vingt-et-un accusés, dont quatorze SS alsaciens. L’un des Alsaciens est un engagé volontaire dans la SS, les autres se définissent comme étant des « malgré-nous ». N’envisageant pas de poser jamais les pieds dans la riante province qui leur donna le jour, surtout si c’est pour me retrouver, comme naguère Robert Hébras, devant un tribunal du cru, je ne dirai pas ici ce que je pense de ce terme. J’en resterai à ce que déclara alors le procureur, à savoir que si l’enrôlement de force pouvait être considéré comme une circonstance atténuante, il ne constituait pas une défense absolue. Et je me contenterai de citer sa réplique à la défense, qui arguait que le fait qu’ils avaient par la suite déserté montrait à l’évidence qu’ils ne souhaitaient pas faire partie de l’armée allemande : qu’est-ce qui a bien pu « faire penser à ces accusés qu’une fuite qu’ils considéraient comme impossible avant le 10 juin était devenue possible trois semaines plus tard ? [...] Tant que la guerre n’a consisté pour eux qu’à opprimer les populations civiles, ils n’y ont pas songé, mais quand ils se sont trouvés pris sous le déluge de fer et de feu des Alliés, alors les quatre ou cinq années de propagande nazie intensive se sont révélées insuffisantes pour les retenir. »
Des témoins sont entendus, brièvement. De toute façon, les familles des victimes n’ont pas le droit de se constituer partie civile.
Le verdict est rendu au bout d’un mois, le vendredi 13 février : les peines qui frappent les SS Alsaciens vont de 5 à 8 ans de prison et de 5 à 8 ans de travaux forcés. L’engagé volontaire est condamné à mort.
Le tocsin ébranle tous les clochers d’Alsace.
Dès le retour du week-end, huit députés représentant tous les partis politiques, à l'exception du parti communiste, proposent une loi d’amnistie. L’Alsace est peuplée, riche et à droite ; le Limousin est peu peuplé, pauvre et à gauche.
Le président Auriol jugeait préférable d’exercer plutôt son droit de grâce : si la grâce présidentielle efface la peine, elle n’efface pas le crime ; l’amnistie, elle, efface tout.
Deux jours plus tard, l’amnistie est votée à l'Assemblée nationale. Comme quoi, quand on veut légiférer vite, on peut.
Blancs comme neige, nos SS.
Le lendemain, les « malgré-nous » sont libérés, avant même la publication du texte au Journal Officiel.
Le volontaire alsacien de la SS verra sa peine commuée en réclusion à perpétuité et sera libre cinq ans après...
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