C’est moi le chef

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24072017

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C’est moi le chef





La bite, le couteau, et le fameux bout de ficelle. Le triptyque de l’armée française. Pendant ce temps, à Versailles, le Roi a reçu sa cour. Combien de millions ? Trop de députés. Trop de sénateurs. Trop de ministres. On nous avait pourtant annoncé un gouvernement resserré. Combien de voitures, de chauffeurs, de bureaux, de conseillers, d’avantages en nature… Combien de millions ? Peu importe. « C’est moi le chef » en a décidé ainsi. Merci Jean-Marie pour ce très beau texte. //RO

Tous les militaires savent ce que signifie cette expression, du plus haut gradé, jusqu’à la plus jeune des recrues qui ne manquera pas de sourire, la première fois où il l’entendra prononcer par son Chef de Corps, son Commandant d’unité, son chef de section, son chef de groupe ou plus fréquemment par ses camarades. Ensuite, aguerrie ou pas, elle ne le fera plus sourire du tout et sera toujours synonyme de galère à venir…

Tous les militaires savent aussi qu’il y a un avant et un après 14 juillet dans l’année. En particulier, pour ceux qui ont eu l’honneur de défiler sur les Champs Elysées ou ailleurs. Ces hommes et ces femmes ont démontrés encore une fois, si besoin en était, lors du plus simple exercice militaire qui soit, à savoir défiler, leur professionnalisme, leur fierté d’être sous les armes, leur attachement à la Nation.

Par contre, peu de « Pékins » sont au fait des importants efforts qui ont été nécessaires pour que cette mission soit remplie. Tout particulièrement dans ces temps troubles, où beaucoup de nos militaires sont dans les rues afin d’assurer notre sécurité au quotidien. Les trésors d’imagination et d’abnégation, qu’il a fallu trouver pour que les matériels volant ou plus généralement roulant, soient rutilants comme à l’inspection ou tout simplement opérationnels, pour ce grand jour…
La communication du Ministère de la Défense, pardon, des Armées, sans mauvais jeux de mots, a encore fait des merveilles pour ce 14 juillet 2017.
L’A400M, quel magnifique avion, n’est-ce pas ? Il méritait bien un reportage rehaussé par la présence de notre aventurier « Kholantesque » national.
Le char Leclerc, quelle merveille de technologie, n’est-ce pas ? Il méritait lui aussi les honneurs de la presse, tout comme le très attendu VBCI, ou l’invendable, mais néanmoins performant Rafale. Et l’invité surprise de ce 14 juillet, le premier prototype du Griffon, le Véhicule Blindé Multi Rôles (VBMR). Là aussi, mission remplie, la France entière en est témoin, l’Armée française est bien équipée, avec du matériel moderne et performant, et nos soldats, hommes ou femmes de toutes origines, ont de la gueule !
Bravo aussi pour cette opération de marketing, les industriels français et européens vous remercient. A moins que, finalement, l’objectif premier de ces démonstrations présentées comme une émission de télé-réalité, était d’attirer les derniers pays capables de commander et surtout de payer ces matériels hors de prix pour leur propre Armée. Et dont les coûts de maintenance enfoncent le budget de l’Armée française vers des abysses vertigineux…

Mais voilà que le Chef d’Etat-major des Armées en personne, vient mettre un gros grain de sable, dans les rouages merveilleusement huilés du nouveau Chef des Armées, quelques jours à peine avant ces festivités nationales. Et il l’a fait, avec une verve toute militaire, ce qui démontre si besoin en était, sa légitime exaspération et surtout sa très grande inquiétude devant l’état extrêmement critique de notre Défense…
Auditionné par la Commission de la Défense de l’Assemblée Nationale, le C.E.M.A. n’a pas caché sa colère, devant ce énième projet de coupes budgétaires, d’un montant de 850 millions d’euros imposées à la Défense. Et pour cela, il a su trouver les mots et le ton adapté à la situation : « Je ne vais pas me faire b… comme ça ». Démontrant ainsi, toute sa maitrise de notre beau et riche vocabulaire.
Cela aurait dû suffire, à nos journalistes, grands reporters et autres « peoples », amoureux de la chose militaire uniquement lors des 14 juillet, pour que cet évènement (car s’en est un), soit à l’origine d’enquêtes, de reportages ou plus humblement d’articles de presse, sur l’état réel de nos Armées.

Mais voilà, nous sommes en juillet. Les juilletistes sont en vacances. Et les Aoûtiens attendent fébrilement que leurs tours viennent et ne rêvent que de leurs futures vacances. Et puisque le 14 juillet de cette année, c’est déjà du passé, aucun emballement médiatique n’est à attendre dans ce domaine. D’ailleurs, est-ce que les français veulent vraiment savoir et entendre ces vérités en cette période de l’année ? Il y a fort à parier que non. Ensuite ce sera la rentrée, avec ses mouvements sociaux déjà annoncés, sa grisaille de septembre, donc pas vraiment le moment non plus d’aborder ces sujets pourtant d’une extrême importance, qui tôt ou tard, nous « péterons à la gueule » comme le disent si joliment aussi, les militaires dans leur jargon.

Notre nouveau Roi, celui qui prônait, il y a peu le renouveau, la fin des vieilles politiques, le respect des promesses électorales, ne fait finalement pas mieux que ces prédécesseurs. N’en déplaise à la presse en générale, particulièrement tolérante envers lui, ou à ceux qui ont voté pour lui, tout à leur espoir, que les choses changent enfin pour la France…

Pourtant, peut-il faire pire que ses deux derniers prédécesseurs ? Nabot 1er, qui détestait l’Armée pour avoir fait un service militaire « privilégié » en région parisienne et ne s’est pas privé de leur faire payer au propre comme au figuré.
Ou Nigaud 1er, qui bien qu’incapable de nouer correctement ses nœuds de cravates, ou de porter des chemises à sa taille, à pourtant habilement, en soufflant le chaud et le froid sur les militaires, réussi à leur couper les oreilles et la queue, tout en leur déclarant son estime, son respect et l’honneur qu’il avait à être leur Chef…

Notre nouveau Roi, disais-je donc, s’offusque des propos de son C.E.M.A et déclare à son tour devant la communauté militaire, à la veille du traditionnel défilé du 14 juillet : « Je considère qu’il n’est pas digne d’étaler certains débats sur la place publique ». Il croit bon alors de rappeler : «Je suis votre chef !», sans oublier, l’inénarrable : « sens du devoir et de la réserve» …

Aussi, mon Général, vous l’avez déjà compris et je ne vous apprendrai donc rien, il va falloir que nos soldats, fassent encore avec « la bite et le couteau », pour remplir les missions que notre Chef des Armées leur ordonnera, et où beaucoup perdront sans doute leurs vies au service de la France. Ce sera comme toujours, leur honneur et leur fierté.

Je n’aurai jamais de mots assez forts pour les remercier pour leur investissement personnel et professionnel au quotidien.
Pour les remercier de remplir les missions coûte que coûte, alors même qu’ils ont moins de ressources, moins de temps pour s’entraîner, moins de temps pour récupérer, moins de temps à consacrer à leurs proches…
Je n’aurai jamais de mots assez forts non plus, pour dire à notre nouveau Chef des Armées et à ses pitoyables prédécesseurs, l’indignité dont ils se sont marqués devant l’histoire.
Ils sont indignes en effet, car tous, se sont servis du budget de la Défense comme variable d’ajustement. Tous ont bafoué les Lois de programmations militaires, tous se sont servis du « devoir de réserve » pour « piocher dans la caisse » afin de trouver les finances nécessaires à leurs décisions politiques ubuesques sans que les militaires ne puissent « piper mots ».

Le budget de la Défense qui a été voté par le Parlement pour 2017 est de l’ordre de 32,7 milliards d’euros. Ce qui est notoirement insuffisant, pourtant l’Etat veut quand même y ponctionner 850 Millions d’Euros. Dans le même temps, il recapitalise Areva à hauteur de 2,4 Milliards d’euros, voilà ce qui est indigne, Monsieur le Chef des Armées !

Mon Général, merci pour votre dévouement envers nos soldats de tous grades, de toutes origines. Merci d’être un Chef au sens noble du terme. Un Chef qui sait prendre ses responsabilités devant les Grands commis de l’Etat, et leur dire, les choses telles qu’elles sont.
Malheureusement, et sauf votre respect mon Général, si je peux me permettre, pour ce qui est « de vous faire b… », Il me semble que c’est déjà fait…



"Source : la-bite-et-le-couteau"

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Message le Lun 24 Juil 2017 - 12:25 par vieux treillis

Depuis les promesses faites à Massu par de Gaulle, tout est permis, tout est possible…

Quand tout se tire en quenouille, il ne faut pas non plus s’étonner qu’à son tour, l’armée française puisse se barrer en sucette. Inutile de revenir plus longtemps sur la fracassante démission du général de Villiers ; tout a été dit et bien dit .
On résumera donc juste l’affaire en quelques mots. Nos soldats, quel que soit leur indéniable courage, s’en vont à la guerre en guenilles. Ne parlons même pas des théâtres d’opérations où ils n’ont, globalement, rien à foutre, intérêts bien compris de la France s’entend (Afghanistan aujourd’hui, ex-Yougoslavie hier), où ils sont sommés de se faire trouer la peau sans avoir véritablement le droit de se défendre ; il suffit d’avoir passé une petite semaine à Sarajevo pour comprendre ce que nos soldats ont enduré, que ce soit en termes de frustrations et de pertes humaines.

Être soldat, d’ailleurs, relève plus de la vocation que du simple métier. On est soldat, on naît soldat comme on devient cureton : c’est un sacerdoce. Autrefois, avant que le goulag fleuri ne devienne la règle en nos contrées et qu’on nous oblige à manger cinq fruits ou légumes par jour, les société étaient ordonnées en trois ordres ; les Grecs de jadis et les Navajos d’antan l’avaient bien compris. Soit les clercs, les guerriers et les paysans…
Le premier ordre avait en charge l’âme des deux seconds. Le deuxième préservait la vie des deux autres.
Quant au troisième ? Il nourrissait tout ce petit monde. Puis vint le temps des marchands, pour lesquels tout s’achète et tout se vend. C’est notre monde à nous ; monde que nous subissons sans véritablement appelé de nos vœux. Il paraît que c’est le progrès et l’inéluctable marche du monde, le « cercle de la raison » – Jacques Attali et Alain Minc dixit.
Dans ce petit univers étriqué, nos soldats sont comme des anomalies dérangeantes. D’étranges scories anachroniques. Qui n’ont plus qu’un seul droit : crever la gueule ouverte tout en étant obliger de la fermer. La grande muette, comme on dit. « En même temps », dirait Emmanuel Macron, la France aime son armée. Lors de son investiture, il remonte les Champs-Élysées en command-car, quelque part entre Daniel Prévost dans Les Chinois à Paris, de Jean Yanne, et le général Leclerc, pour ensuite mettre nos pioupious à la diète.
Plus un rond pour nos poilus mis à poil, donc ; et c’est miracle si l’armée française fonctionne encore, mendiant ses munitions à « l’ami » américain, obligée de cannibaliser avions et hélicoptères, lui arrachant, l’une après l’autre, pièces de rechange afin qu’un engin puisse s’envoler tandis que deux restent à terre. Et ne parlons même pas des chaussures et des gilets pare-balles, la majeure partie du temps payés sur une solde qu’ils ne touchent plus, la majeure partie du temps. Même le plus acharné des antimilitaristes aurait pitié…
« En même temps », le tout nouveau Président tout beau, tout frais, tout neuf, mais issu de cette génération n’ayant jamais fait son service militaire, se rendant compte que sa vision « verticale » du pouvoir commençait à virer biaisée, a tenté de rassurer les plus kakis de nos compatriotes. Le croiront-ils ? Depuis les promesses faites à Massu par de Gaulle, tout est permis, tout est possible…
On notera « qu’en même temps », une autre polémique agite nos mairies. Le portrait officiel d’Emmanuel Macron serait trop grand pour les traditionnels cadres républicains destinés à être affichés en nos mairies. D’où surcoût à prévoir pour remettre tout ceci à l’équerre et le petit doigt sur la couture du pantalon. Et pendant que nos édiles courent faire leurs courses, juste histoire de ne pas manquer les soldes de chez IKEA®, nos soldats meurent…
Suivre la politique française est, décidément, un délice quotidien.


Nicolas Gauthier
Journaliste, écrivain

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