LES CAMPS PARACHUTISTES

le Vol de l'Enola Gay

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06082017

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le Vol de l'Enola Gay




Lorsqu'il entre à la Maison Blanche, le 12 avril 1945, Truman ne sait rien des recherches en cours pour mettre au point la première bombe atomique.

Celles-ci sont ultra secrètes, y compris pour le vice-président des Etats-Unis. Henry Stimson, secrétaire à la guerre, le met au courant, et le général Leslie Groves lui donne des précisions, avec une certaine condescendance, sur le " projet Manhattan ", dont il a la charge depuis juin 1942. Le général dira plus tard de l'acquiescement du président : " Il y est venu comme un petit garçon sur un toboggan. " Car cet homme, qui a été le bâtisseur du Pentagone, est déjà tout-puissant. Rien n'a été refusé au " général atome " : il dépensera jusqu'à 2 milliards de dollars pour mener à bien sa tâche. Sa responsabilité est énorme. Il sait qu'un échec aurait entraîné " la plus grande enquête jamais ordonnée par le Congrès ".

Le premier test nucléaire, le 16 juillet 1945, est qualifié de succès " au-delà de toute espérance ". La bonne nouvelle est immédiatement transmise à Truman, qui se trouve en Allemagne, à Potsdam, pour un sommet à trois avec Churchill et de Staline. Dès lors tout va aller vite. Le 24 juillet, Truman approuve la décision de mener une campagne de bombardements atomiques contre le Japon : 2 bombes en août, 3 en septembre, octobre et novembre, 7, s'il le faut, en décembre.

Moins d'une semaine plus tard, le 31, Truman donnera l'ordre de bombarder Hiroshima " dès que le temps le permet ". Mais, pour que cet ordre fatidique soit exécuté par l'équipage de douze hommes du B-29 Enola Gay, il aura fallu relever bien des défis. La mission du colonel Paul Tibbets avait commencé le 1e septembre 1944. Ce jour-là, ce pilote de bombardier âgé de vingt-neuf ans, qui s'était illustré lors de multiples combats en Europeu et en Afrique du Nord, est convoqué sur la base aérienne de Colorado Springs. Il est reçu par le général Uzal Ent, et celui-ci lui montre qu'il n'ignore rien de son passé. Le FBI a passé au crible les antécédents de ce pilote, à qui va être confiée une responsabilité hors du commun. Il lui pose une foule de questions, dont celle-ci : " Avez-vous jamais entendu parler de l'énergie atomique ? "" le plus qualifié " Paul Warfield Tibbets explique longuement dans ses Mémoires pourquoi il était pour mener à bien ce " job ". La " perfection ", disent ses supérieurs, c'est sa marotte ; la discipline, depuis son enfance, c'est une seconde nature. L'aviation, c'est une passion de jeunesse, qui a vite supplanté une première inclination pour la médecine.

CARTE BLANCHE

Dix-huit ans plus tard, le général Ent ne lui cache pas qu'on attend de lui qu'il " déclenche la guerre atomique ", grâce à un nouveau type d'explosif " si puissant que son potentiel était encore inconnu ". On lui donne carte blanche. Il choisit sa base, ses équipages, et les entraîne à sa guise. Il a quinze B-29 à sa disposition, 40 pilotes, dont il doit faire une escadrille d'élite. A lui de résoudre les problèmes de" délivrance " de la bombe. C'est ainsi que le 509e Composite Group est né. S on quartier général est situé à Wendover, dans le nord-ouest de l'Utah, près de la frontière du Nevada, avant d'être transféré sur l'île de Tinian, dans le Pacifique sud, qui fait partie de l'archipel des Mariannes (à l'est des Philippines).

Les scientifiques ont prévenu Paul Tibbets : l'avion devra voler à 31 000 pieds (9 448 mètres) et la bombe explosera à quelque 600 mètres d'altitude. Quarante-trois secondes s'écouleront entre le moment où" Little Boy " (c'est le surnom de la bombe à uranium) quittera les soutes de l'appareil et la déflagration. Si l'équipage veut survivre, il devra s'être éloigné de quelque 12,8 kilomètres...

Alors que le colonel Tibbets s'efforce de surmonter ces difficultés techniques, à Washington, la question de l'" atomisation " du Japon a progressé. L'Amérique rêve d'un moyen d'abréger la guerre. Les familles des soldats qui ont combattu en Europe appréhendent de voir les boys repartir sur le théâtre d'opérations du Pacifique.

Chacun sait cependant qu'il faut abattre le Japon. Les bombardements des villes japonaises se sont multipliés depuis les premiers mois de l'année 1945. Le 9 mars, les B-29 vont noyer Tokyo sous un déluge de bombes et de napalm, tuant plus de 80 000 personnes. Plus tard, ce sera là un argument des défenseurs de l'arme atomique : la bombe d'Hiroshima a tué instantanément environ 70 000 personnes, et probalement 70 000 de plus au cours des mois suivants. Dès lors, y-a-t-il une méthode propre, " morale ", de tuer des gens ? Ce débat est abordé de manière indirecte, en mai et juin, par des scientifiques et quelques responsables de l'administration.

Ne peut-on envisager de faire une " démonstration " dans un lieu désert, pour que les Japonais, mesurant les effets dévastateurs de la bombe, capitulent immédiatement ? Stimson lui-même n'y est pas favorable, pensant qu'une telle simulation sera insuffisante pour impressionner Tokyo. Le 18 juin, dans le" bureau ovale " de la Maison Blanche, le président Truman fait un tour de table. John McLoy, l'assistant du secrétaire à la guerre, est le seul à avancer une proposition iconoclaste : laissons l'empereur Hirohito conserver son trône et prévenons les Japonais que, s'ils ne capitulent pas immédiatement, nous utiliserons la bombe atomique. C'est un tollé général, ou presque : Ralph Bard, sous- secrétaire à la marine, partisan de lancer un avertissement solennel au Japon, démissionne.Le 2 juillet, Stimson, convaincu, écrit à Truman pour lui demander de reconsidérer cette proposition. " Le Japon, écrit-il, est susceptible d'être raisonné, ce n'est pas une nation de fanatiques fous. "

LA BOMBE " INUTILE "

Il n'est pas le seul à penser cela : Dwight Eisenhower, le futur président américain, estimait aussi que la bombe était " complètement inutile " puisque, selon lui, le Japon était déjà vaincu. Mais il est trop tard. Truman pense au sommet de Potsdam : la bombe, dans son esprit, est une arme pour arrêter la guerre, dans la mesure où elle permettra peut-être d'éviter de déclencher l'invasion du Japon, prévue pour le 1e novembre. Mais, au-delà, c'est un outil diplomatique, susceptible de conférer à l'Amérique un avantage déterminant sur l'URSS. C'est une " carte maîtresse ", reconnaîtra Stimson.

Parmi les scientifiques, les états d'âme ne sont pas légion, mais ils existent. Leo Szilard fait partie de ceux dont les scrupules seront balayés par les certitudes d'Oppenheimer. Le compte à rebours, de toute façon, est déjà lancé. A Tinian, Paul Tibbets fait ses derniers préparatifs. Les douze hommes triés sur le volet qui grimpent à bord de l'Enola Gay, ce dimanche 5 août, sont équipés d'un parachute, d'un pistolet et d'un gilet de protection. Au commandant de bord, le médecin de la base remet une petite boîte contenant douze pilules de cyanure. Puis le chapelain fait une prière, et de nombreuses photos sont prises. Une centaine de personnes sont rassemblées sur le tarmac, dont de nombreux officiers supérieurs, qui agitent la main. L'Enola Gay, lourdement chargé, décolle.



Il est 2 h 45. Six autres avions participent à la mission, mais deux d'entre eux seulement accompagnent l'appareil du colonel Tibbets. Quelques minutes après le décollage, la bombe est armée. Lorsque l'avion arrive au-dessus d'Hiroshima, le temps est dégagé et l'équipage voit distinctement la côte et les bateaux ancrés dans le port, puis le pont qui constitue l'objectif. Il est maintenant 8 heures 15 minutes et 17 secondes (heure locale), le 6 août, lorsque la bombe est larguée. Paul Tibbets bascule immédiatement son avion dans un virage sur l'aile droite à 155 degrés. Seul Bob Caron, qui se tient à la place du mitrailleur de queue, est capable d'apercevoir la gigantesque boule de feu, et de prendre des photos. L'avion est rattrapé par l'onde de choc, qui le secoue modérément. Puis tous voient le " champignon géant de couleur pourpre ".

Paul Tibbets se retourne à demi vers l'équipage : " Les gars, vous venez juste de larguer la première bombe atomique. " De retour au sol, c'est l'enthousiasme général. L'équipage est fêté et la Distinguished Service Cross est remise à Paul Tibbets, pour marquer une mission " parfaitement exécutée ".

Le président Truman est averti de l'heureux déroulement de l'opération le jour même, à midi, alors qu'il se trouve à bord de l'USS- Augusta, un navire de guerre qui le ramène de la conférence de Potsdam. Plus tard, préoccupé par certains commentaires négatifs, il recevra Paul Tibbets à la Maison Blanche, pour lui dire ceci : " Ne perdez pas le sommeil parce que vous avez planifié et rempli cette mission. C'était ma décision. Vous n'aviez pas le choix. "



source le Monde
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luc
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le Vol de l'Enola Gay :: Commentaires

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Message le Dim 6 Aoû 2017 - 17:16 par major 64

un bonjour à tous.
en effet on peut se demander la pertinence de cette opération, mais ce texte est intéressant pour ceux qui n'avaient pas fait de recherches.

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