LES CAMPS PARACHUTISTES

l'opération Léa, l'Honneur des Paras

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08082017

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l'opération Léa, l'Honneur des Paras




OPERATION « LEA »: CAPTUREZ HO CHI MINH!

Au mois d'octobre 2017, nous célébrerons le 70ème anniversaire de l'opération Léa. Une opération qui s'inscrit dans la reconquête totale de l'Indochine française en cette année 1947 qui a connu les mois les plus meurtriers pour le Corps Expéditionnaire Français en Extrême-Orient.
Mais surtout une opération qui aurait pu voir la fin du conflit indochinois si l'Armée française avait réussi à capturer le leader vietminh.

Après le coup de force du 19 décembre 1946 qui a vu l'échec des Viets à Hanoi, Ho Chi Minh et son gouvernement se sont retirés avec leurs troupes régulières (on parle de 30000 hommes) en Moyenne région tonkinoise, autour de Thai Nguyen et de Bac Kan. Ils y ont organisé une sorte de réduit politico-militaire, désigné sous le nom de « réduit national », ou s'étend sur une vaste zone (en fait jusqu'en frontière de Chine) de dépôts de matériels de guerre, d'ateliers de fabrication et de stationnement pour le gros des forces de l'Armée populaire.

LE PLAN VALLUY /  SALAN

Le général Valluy, patron des forces françaises en Indochine, sur renseignement du 2em Bureau, demande à son subordonné le général Salan commandant les Troupes Françaises en Indochine du Nord, de préparer une opération dont le but sera de couper la principale route de ravitaillement reliant le vietminh à la Chine, d?isoler, de disloquer puis de nettoyer le « réduit national », le cas échéant, de capturez Ho Chi Minh et son Etat-major.

Une opération d'envergure (envisagée depuis le mois de juillet 1947 et visant à terminer au plus vite la guerre d'Indochine)) qui se déroulera dans un terrain difficile et dans un quadrilatère d'environ 80 km de côté. Planifiée pour durer 6 mois et mettre en oeuvre un corps de bataille de 20000 hommes, le gouvernement français, bien qu'approuvant le principe de l'opération « Léa », ne comprend pas la nécessité d'un tel effort militaire. D'ailleurs, 15000 hommes sont acheminés dès juillet vers Madagascar pour combattre la rébellion, plusieurs bataillons destinés à l'Indochine sont détournées vers la Grande Ile. Quant au délai de 6 mois, il est ramené à 3, le gouvernement ayant exigé, afin d''alléger le fardeau financier de la métropole, que le Corps Expéditionnaire soit ramené de 115000 à 90000 hommes dès le début de 1948.

Les moyens ne sont plus tout à fait à la mesure des intentions du Commandement. Le général Salan ne dispose plus qu?a peine 12000 hommes pour boucler et nettoyer une zone montagneuse, boisée, chaotique de 80 kilomètres de côté. Il ne dispose plus non plus de la surprise stratégique car le débarquement de troupes venues de Cochinchine dès le mois de septembre et la concentration des unités opérationnelles aux deux extrémités du Delta, ne laissent aucun doute au vietminh sur les intentions offensives du général Salan. Seuls les parachutistes, malgré leur petit nombre, peuvent lui assurer la surprise tactique indispensable.

LA Manœuvre

« Léa » aura pour objet de surprendre les Viets par une manœuvre aéroportée sur Bac Kan au sud et Cao Bang (sur la RC4, en frontière de Chine) au Nord, d?isoler le « réduit national » par une manœuvre en tenaille conduite par deux colonnes terrestres, l'une 8000 hommes conduite par le colonel Beaufre agissant sur la RC4 de Langson vers Cao Bang d'où la colonne repiquera plein sud sur la RC3 et la RC3 bis vers Bac Kan. La seconde colonne, composée de 4000 hommes commandés par le colonel Communal se portant sur Tuyen Quang par la Rivière Claire. Dans le même temps, une troisième colonne doit achever l?occupation du Pays Thaï. Pour avoir quelques chances de succès, « Léa » doit être déclenchée avant la saison des pluies et menée tambour battant. Les parachutistes sont les seuls à pouvoir coiffer dans les temps et d'emblée les principaux objectifs, tandis que les groupements terrestres progressant sur des routes coupées en nombreux endroits risquent d'être retardés par un ennemi connaissant la région.

Les unités mobilisées pour l'opération « Léa » :

-La colonne Beaufre : le Bataillon de Marche du 1er Régiment d'Infanterie Coloniale, le Bataillon de Marche du 5em Régiment de Tirailleurs Marocains, le 2em Bataillon du 3em Régiment Etranger d'Infanterie, le Régiment d'Infanterie Colonial du Maroc, le 61em Bataillon du Génie, le 3em Bataillon du 69em Régiment d?Artillerie, une batterie du Régiment d'Artillerie Coloniale du Maroc

-La colonne Communal : 1ER Bataillon du 6em Régiment d'Infanterie Coloniale, le Bataillon de Marche du 43em Régiment d'Infanterie, un bataillon de 5 compagnies de commandos, une batterie du 69em Régiment d'Artillerie

-Troupes aéroportées : 1er Bataillon de Parachutistes de Choc, 1er et 3em Bataillon du 1er Régiment de Chasseurs Parachutistes

Pour coiffer les 3 objectifs (Bac Kan ou se trouve Ho Chi Minh ? Cho Moi ? Cho Don), 3 détachements sont organisés :

?Détachement A sous les ordres du colonel Sauvagnac (700 hommes issus du 1er BPC + Etat-major de la Demi-Brigade de Marche Parachutiste + une compagnie du génie aéroporté) sautera sur Bac Kan le jour J

?Détachement B sous les ordres du capitaine Guiard (320 hommes du 3/1er RCP) sautera sur Cho Moi le jour J également

?Détachement C sous les ordres du commandant Fossey-François (reste du 3/1er RCP) sera largué sur Cho Don à J+1

?Quant au commandant De Vismes qui commande le 1/1er RCP, il sera largué sur Cao Bang à j+2 avec missions de s?emparer de la ville et d?empêcher la destruction des ponts avant l?arrivée de la colonne Beaufre.

7 OCTOBRE 1947 : GO SUR BAC KAN

Première phase (7/9 octobre) : La conquête des objectifs

Ce 7 mars, à 8h35 débute le largage du détachement A sur 3 DZ. Après la prise du pont sur le Song Cau, les paras se lancent à l?assaut de la ville de Bac Kan. A 10H35, la seconde vague saute à son tour, bloquant le repli des Viets qui surpris, n'opposent qu?une faible résistance et s?enfuient en laissant 260 tués, abandonnant une grande partie de leur matériel, un important stock d'armes ainsi qu?une quarantaine de prisonnier dont un ministre.

Une centaine d'otages français et vietnamiens sont aussi libérés et le principal émetteur radio de « La voix du Vietnam » est saisi. Ho Chi Minh demeure introuvable. Il n'est pourtant pas loin, il avouera lui-même que battant les fourrés en lisière de la ville, un para est passé à moins d'un mètre de lui.( un commando du 3em REI mené par le lieutenant Mattei le prendre en chasse ultérieurement, sans succès) Dans l'après-midi, le détachement B est largué à son tour mais ne pourra déloger les Viets des sommets surplombant Cho Moi qu?au bout de 48 heures.

Le 9 octobre, le 1/1er RCP est largué sur Cao Bang. Le premier avion, touché par la DCA prend feu, seuls quatre hommes ont le temps de sauter, tout le reste du stick meurt en s'écrasant au sol. A 15H, la citadelle de Cao Bang tombe entièrement aux mains des paras.

Seconde phase (7 / 17 octobre) : liaisons ? recherche des dépôts - réaction vietminh

Au fil des jours, les liaisons s?établissent entre tous les groupements, y compris entre les paras venus de Bac Kan et ceux descendus de Cao Bang avec les premiers éléments de la colonne Beaufre, la jonction s'effectuant au col de Déo Giang, au nord de Phu Tong Hoa (poste qui fera parler de lui en 1948, symbolisant une sorte de Camerone en Indochine).

Acheminée par une flottille d'engins amphibies ayant remontés le Fleuve rouge puis la Rivière claire, articulée en 3 Dinassault, la colonne Communal opère sa jonction dès le 15 octobre avec les chasseurs paras du 3/1er RCP.
Des opérations de reconnaissance sont effectuées sur les pistes de toutes les vallées autour de Bac Kan, Cho Don et Cho Moi, des fouilles de villages, de paillotes isolées, des calcaires, des grottes permettent de démanteler des petites usines de fabrication d?armes, de mettre la main sur des stocks de vivre, de munitions et de matériels divers. A partir du 15 octobre, les viets qui jusqu'ici n'avaient fait qu?esquiver les coups de l?Armée française, commencent à se regrouper.
Une très violente attaque de nuit à lieu à Cho Moi ou un fort détachement de réguliers a bien du mal à être repoussé par les paras.

Troisième phase (18 octobre / 20 novembre) : opérations de nettoyage et protection des convois.

Les premiers objectifs atteints, le nettoyage du « réduit national » peut être entrepris. Les opérations visent à rechercher le contact avec les forces ennemies, à les isoler et les détruire, essentiellement de part et d?autre de l?axe Bac Kan / Cho Don.
La topographie de la contrée (rares pistes de montagne, forêts denses), fait qu'il est pratiquement impossible de s'écarter des axes et que les soldats français sont obligés de procéder par des actions de bouclage autour de la région à fouiller.

Après avoir été attaqué par une compagnie de l'Ecole des cadres de Bac Kan, les hommes du 3/1er RCP du commandant Fossey François se battent même dans les galeries de la mine de Ban Thi ou ils récupèrent un abondant butin : 200kg d'explosifs, 1200 grenades et un bazooka !

Parallèlement à ces opérations de bouclage et de ratissage, il faut assurer la sureté des convois du groupement Beaufre qui procèdent au ravitaillement des diverses unités. D?autre part, les avions sanitaires faisant défaut, la plupart des blessés sont acheminés sur Bac Kan par la route ou est installé l'antenne chirurgicale parachutiste qui soignera pendant l'opération « Léa » plus d'une centaine de blessés, tant Français que Viets.

Au final, il est clair que « Léa » a permis de désorganiser le dispositif du vietminh ainsi que la plus grande partie des dépôts et usines d?armement en Moyenne région tonkinoise. Mais il faudra une seconde opération (« ceinture ») qui s?étalera jusqu'au 23 décembre pour « achever » le travail entrepris par « Léa », le général Salan n'ayant qu'un but, casser du Viet tant qu'il en a encore les moyens.
Il rameutera pour cela des forces venues de Cochinchine et videra quelque peu le Delta. De très violents combats opposeront encore nos forces, notamment à la fameuse Brigade Doc Lap autour de Thai Nguyen, Tuyen Quang et Vietri.

Au total de ces trois mois d?opérations, les Viets auront perdu 7200 tué et 1600 prisonniers, plus d'un millier d'armes, plusieurs milliers de tonnes de munitions, explosifs, vivres et matériels divers. A eux seuls, les paras laisseront 108 des leurs et 277 blessés.

Mais le succès est illusoire puisque le coup décisif n'a pu être porté. Ho Chi Minh court toujours, le corps de bataille vietminh bien qu'éprouvé demeure quasi intact.

Le dernier espoir de mettre fin à cette guerre vient de s'évanouir. La guerre d'Indochine va entrer dans une nouvelle phase, un nouvel engrenage de sang.




Eric FORNAL
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l'opération Léa, l'Honneur des Paras :: Commentaires

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Message le Mar 8 Aoû 2017 - 2:23 par LACITA

belle initiative d'Eric FORNAL.
en octobre ce sera le 70eme anniversaire de l'Opération.

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Message le Mar 8 Aoû 2017 - 11:23 par André.

je suis heureux de voir l'histoire de mon régiment une nouvelle fois mise à l'honneur.
André

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