LES CAMPS PARACHUTISTES

une certaine vision de l'Asie

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10122011

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une certaine vision de l'Asie




Soldat de Diên Biên Phu : une vision de l’Asie
Par Laure Cournil, le 10 novembre 2011

Entre 1946 et 1954, des milliers de soldats nationaux et coloniaux, de toutes origines, de tous grades, de tous âges, sont envoyés en Indochine pour à la fois y préserver la présence française et lutter contre le communisme [1]. Leurs origines familiales, sociales, culturelles, géographiques si différentes ont peu d’effets sur la principale représentation qu’ils gardent de cette terre lointaine : un pays envoûtant et mystérieux. Ce « Mal jaune », bien connu et revendiqué par beaucoup d’anciens soldats de l’Asie, entretient ainsi une certaine nostalgie, la nostalgie d’un pays à la vie calme et douce, empreinte d’un exotisme fantasmé, rêvé, mais finalement souvent réel, malgré la guerre et ses épreuves.
À la fin de la guerre, en 1953-1954, cette image est toujours vivante chez beaucoup de soldats : très forte chez les plus jeunes qui réalisent alors leur premier séjour en Extrême-Orient, elle reste omniprésente chez ceux qui en sont pourtant à leur deuxième ou troisième séjour. D’ailleurs, si certains prolongent leur engagement ou « rempilent », c’est parfois pour retrouver cette vie exotique, malgré la guerre, mais surtout pour s’éloigner d’une Métropole encore marquée par les stigmates de la Seconde Guerre mondiale avec son cortège de difficultés sociales et économiques, et où les populations et le climat sont souvent moins accueillants. C’est dans ce contexte que des soldats de diverses unités (parachutistes, légionnaires, infanterie coloniale, artilleurs, aviateurs) sont envoyés à partir du 21 novembre 1953 dans la plaine de Diên Biên Phu. À ce moment du conflit, la bataille qui s’y annonce est primordiale pour l’armée française dont l’intention est de se rendre à la conférence de Genève prévue en avril 1954, forte d’une victoire.
Parmi les 15 172 soldats présents à Diên Biên Phu entre novembre 1953 et mai 1954, nombreux sont ceux qui y reviennent pour la deuxième fois ou dont le séjour a commencé depuis quelques mois voire deux ans. Ils connaissent donc déjà l’Indochine et l’Asie exerce toujours sur eux un attrait mystérieux et envoûtant. Toutefois, leur intérêt se porte désormais sur un lieu particulier, une région que finalement peu de soldats connaissent, et qui va se modifier en même temps que va évoluer la situation du camp retranché. Ainsi, lors de la première phase, entre le 21 novembre 1953 date de l’opération Castor par laquelle les Français investissent le village et la plaine de Diên Biên Phu, et le 13 mars 1954, date de l’attaque Viêt Minh, les soldats vivent comme n’importe quel autre poste de garnison militaire en Indochine. Mais la période de la bataille proprement dite, jusqu’au 7 et 8 mai 1954, va modifier leur vision, par la force des choses, de même que le temps de captivité qui s’ensuit pour 10 881 soldats présents le 7 mai. Enfin, pour la plupart des soldats en poste jusqu’au début de septembre 1954, la perception de l’Asie va se transformer à nouveau profondément.
L’Asie rêvée

La première vision de l’Asie des unités envoyées à Diên Biên Phu après l’opération Castor du 21 novembre 1953, correspond à la découverte d’un lieu : les soldats arrivent en pays thaï, en Haute Région à l’ouest du Tonkin ; c’est un secteur particulier de l’Indochine, très différent du reste du Viêt Nam, du Tonkin même : une région recouverte de forêt dense et d’herbes hautes, les fameuses « herbes à éléphants », un relief au dénivelé important, quelques rizières étagées à flan de montagne, entrecoupées par les vallées des nombreux affluents de la Rivière Noire et du Fleuve Rouge. En marge du pays thaï, Diên Biên Phu est à moins de 15 km du Laos, une plaine bordée de collines qui forment les contreforts de massifs montagneux s’étirant vers le Nord-Est jusqu’à la frontière chinoise, tour à tour perçue comme une « cuvette » ou un « stade » par les militaires et les journalistes. C’est aussi le plus grand bassin rizicole et de production d’opium du pays thaï. Si Diên Biên Phu est un lieu mythique pour les populations locales thaïes, car berceau légendaire de leur civilisation [2], il correspond aussi tout à fait à l’imaginaire qu’en ont les soldats, du moins ceux venus de la métropole et n’ayant de l’Asie que des connaissances scolaires. Ces souvenirs d’école sont mêlés, pour certains, à ceux de l’exposition coloniale de 1931, ou pour d’autres, à ceux racontés par des pères, oncles, grands-pères revenus d’Indochine avant 1939, puis, au fil de la guerre, à ceux racontés par des soldats rapatriés. Dans l’imaginaire collectif, l’Indochine est alors un espace de jungle et de rizières, à la fois attirant et effrayant parce que lointain et inconnu, un territoire empreint de mystères et de fantasmes, ce que semblent confirmer, à première vue, le pays thaï et la plaine de Diên Biên Phu.
De novembre 1953 jusqu’au 13 mars 1954, les soldats des différentes unités stationnées à Diên Biên Phu (8e Bataillon de parachutistes coloniaux ou 8e choc, le 1er Bataillon étranger de parachutistes, des unités de génie, de l’artillerie, etc.) vivent ainsi dans un espace en adéquation avec l’image qu’ils ont d’un pays calme et exotique aux populations accueillantes. Malgré les transformations apportées aux paysages par l’installation de la garnison, cette vue persiste grâce à la présence de villages thaïs qui continuent à vivre normalement dans cet environnement. Le contact avec ces populations se fait par le biais du troc, l’achat de quelques poulets, porcs, ou fruits qui améliorent l’ordinaire, mais les relations sont surtout établies par les médecins de bataillon qui « à tour de rôle tous les matins, […] procèdent aux vaccinations et aux soins médicaux élémentaires » [3]. C’est là l’un des rôles assignés au corps expéditionnaire, lorsque les soldats sont en poste fixe : les médecins doivent maintenir le bon état sanitaire de la garnison, mais aussi traiter les familles des supplétifs, veiller à la prophylaxie et à la vaccination des villages voisins, recevoir en consultation tous les civils qui le demandent [4].
Le médecin-lieutenant (méd.-lt) Verdaguer raconte dans une lettre à sa femme datée du 22 janvier 1954 :
« Je me suis fait attribuer l’assistance médicale d’un gros village bâti au pied de notre position [village de Ban Kheo, point d’appui Anne-Marie au nord-est de la piste d’aviation]. Tous ces paysans sont du tonnerre, empreints de civilisation chinoise ; il faut voir ces révérences, ces saluts à reculons, très "oncle vénéré" du pays du Sourire. Mon sergent me traduit un langage très imagé qui fleure bon le jasmin et la fleur de lotus » [5].

Cette façon de voir est sans doute celle de la majorité des soldats en garnison à Diên Biên Phu pendant ces mois d’attente, avant la bataille : on y retrouve tous les stéréotypes sur l’Asie entretenus par les Européens à cette époque. Et du fait que les populations locales confirment leur vision de l’Asie coloniale, leur imaginaire n’est pas déçu.
Cependant, deux questions restent posées à Diên Biên Phu, qui concernent les femmes et l’opium. Partie intégrante de cet imaginaire colonial tenace sur l’Asie, les récits d’aventures ou d’anciens combattants rapatriés les renforcent et les entretiennent. En Asie, on dit que les femmes sont belles, charmeuses et mystérieuses. En ville, certaines rendent le séjour des colons et des militaires plus doux. Il est également de notoriété publique que cette vie calme et tranquille peut l’être plus encore en fumant de l’opium. Voilà donc des stéréotypes connus sur l’Indochine correspondant à une certaine réalité. Mais qu’en est-il à Diên Biên Phu ? La présence de femmes y est attestée bien qu’elle ait été longtemps occultée. Un BMC (bordel mobile de campagne) composé de Vietnamiennes et d’Algériennes a été envoyé dans le camp retranché à la demande du médecin-commandant Grauwin [6], pour renforcer le moral des hommes de troupe, et en particulier des Légionnaires. Quant à l’opium, la question est plus délicate. Diên Biên Phu est la première région productrice d’Indochine. Dans ce lieu de garnison et de combats, que devient cette production d’opium et quel usage en est-il fait si la drogue reste sur place ? Les soldats restent silencieux sur le sujet.

Hormis ce dernier point dont la réponse reste en suspens, l’arrivée de toute une garnison et son installation à Diên Biên Phu n’ont pas bouleversé la vision des soldats sur l’Asie avant leur départ. Cette perception de quasi-normalité est renforcée par une image de tranquillité du pays thaï, lieu où il fait bon vivre, faisant presque de Diên Biên Phu un camp de villégiature. Dans une lettre à sa femme datée du 21 novembre [7], le lieutenant (Lt) Samalens du 6e BPC décrit le paysage verdoyant, le « meeting » organisé par les parachutistes qui à cette date continuent de sauter, et enfin le folklore des villages environnants qui deviennent, en quelque sorte, des marchés d’approvisionnement et des curiosités locales pour touristes en camp de vacances. Cette impression, assez paradoxale pour un lieu militaire dans un pays en guerre, est d’ailleurs renforcée par les visites de personnalités politiques et militaires du camp occidental qui se succèdent en janvier et février 1954.

Le méd.-lt Verdaguer signale avec ironie ces visites répétées dans une lettre du 7 janvier 1954 :
« Diên Biên Phu est devenu le centre touristique par excellence du Sud-Est asiatique. Nous avons tous les jours des généraux de toutes les nationalités, des journalistes et écrivains… […] Le dimanche, nombre de « guerriers » d’Hanoi viennent passer leur week-end avec les brillantes et valeureuses troupes de Diên Biên Phu […] » [8].

Tout cela ne fait pas oublier que les militaires sont dans une région en guerre et qu’ils devront engager une bataille décisive. La seule question reste : quand ?
L’Asie, adversaire dans la guerre

L’attaque Viêt Minh sur le camp retranché a lieu le 13 mars 1954 à 17 heures. À partir de cette date et jusqu’à la fin de la bataille, les 7 et 8 mai, les soldats voient leur représentation de l’Asie profondément bouleversée. L’Asie, et par extension les Asiatiques, figurés par les Bo Dois du Viêt Minh, deviennent des adversaires contre lesquels il faut se battre pour conserver l’Indochine et empêcher qu’elle ne devienne un État communiste. C’est cette réalité que les soldats ont en tête bien avant la bataille. Certaines unités de la garnison de Diên Biên Phu ont fait des opérations de reconnaissance dans les environs de la vallée entre décembre 1953 et février 1954, et elles ont été accrochées plusieurs fois par l’ennemi. La guerre dans la jungle est difficile, les soldats le savent ; ils n’ignorent pas également que sur ce terrain, l’ennemi a l’avantage car il connaît parfaitement la jungle et sait comment l’utiliser. Mais à cet instant encore, l’Asie est pour eux celle des images de l’école, celle des histoires racontées par des hommes de la famille ou des Anciens : c’est la nature mystérieuse habitée par des hommes plus ou moins insaisissables. Pourtant, après trois mois et demi d’attente, l’attaque générale sur le camp le 13 mars 1954 est une immersion complète et définitive dans la réalité de la guerre.
Tout d’abord, la vision du pays change, car la bataille et les conditions climatiques d’avril 1954 ont transformé les paysages. Les soldats comparent leur plaine à un « Verdun tropical ». Ils ne voient que boue, fracas des obus, difficulté des combats dans des tranchées. L’Asie connue et côtoyée depuis quelques mois, s’est éloignée. Il n’y a plus de jungle, d’herbes à éléphant, ou de villages thaï pittoresques. Il ne reste qu’un champ de bataille finalement semblable à ceux d’Occident. À cette vision désenchantée, s’ajoute une perception différente des Vietnamiens. Puisque certains se battent aux côtés des Français, tous ne sont pas des ennemis. L’ennemi, c’est le combattant Viêt Minh, communiste : les Bo Doïs sont décrits comme de courageux combattants Viêt Minh, insaisissables, remplis d’abnégation, ennemis certes, mais respectés pour leurs valeurs militaires. Pour les soldats français, ils ont le défaut d’être communistes, et pour certains, d’être aveuglés par cette idéologie qui les pousse au combat, manipulés par leurs chefs empreints d’une idéologie qu’ils jugent mauvaise. Leur vision de l’Asie devient alors négative : derrière les sourires, les saluts et révérences coutumières chez nombre de populations rencontrées en Indochine, les soldats décèlent désormais de la manipulation, de l’hypocrisie, un esprit fourbe et cruel tels que l’école de la République coloniale l’a enseigné également.

Pendant cette période, l’Indochine et par extension toute l’Asie – la Chine aide la guérilla Viêt Minh –, sont vues de façon très manichéenne : d’un côté, il y a les Asiatiques accueillants et aimables, respectueux et travailleurs qui se battent aux côtés des Français en Indochine et que les Français pensent devoir aider (mais peut-être aussi éduquer ? ; ce sont encore des colonisés) ; de l’autre, se trouvent les Asiatiques communistes, fanatiques, aveuglés par leur idéologie (Viêt Minh et « grands frères Chinois », en particulier) qui, eux, sont mauvais, hypocrites et cruels.
Et cette façon de voir se renforce lors de la troisième phase de cette bataille, phase qui commence avec la chute du camp retranché les 7 et 8 mai 1954.
L’Asie humiliante et tortionnaire

Le méd.-lt Verdaguer raconte dans un témoignage :
« On ne guérit pas facilement de l’humiliation née de la défaite puis de la captivité. Surtout que nous l’avons subie de la part d’hommes que tout le monde – nous compris – avait tendance à mépriser, ces indigènes […], on vivait encore à l’époque de l’empire colonial, cette grande tâche rose sur les planisphères de la communale. […] Si je pouvais rayer cette épreuve de mon passé, je le ferais sans hésiter » [9].
Passer du statut de combattant à celui de prisonnier de guerre est un changement brutal : une nouvelle vie, de nouvelles adaptations, une nouvelle vision de l’Asie s’imposent aux soldats. Sachant que les camps ne sont pas tous les mêmes, que les traitements (psychologiques surtout), et les conditions de vie diffèrent d’un camp à un autre, l’expérience vécue est quasiment unique, plus encore que dans la bataille, et dans tous les cas, la plus marquante. C’est elle qui a profondément transformé la vision de l’Asie. Les soldats présents à Diên Biên Phu les 7 et 8 mai 1954 sont faits prisonniers et 90% d’entre eux sont envoyés dans des camps qu’ils rejoignent après des marches à pied de trente à quarante jours, sur plusieurs centaines de kilomètres, dans ces montagnes et cette jungle auparavant si envoûtantes et mystérieuses. Sous la pluie, avec peu de nourriture, les blessés, les malades, les valides épuisés marchent.
Pour la majorité des combattants français prisonniers, à de rares exceptions près [10], le Viêt Minh n’est plus seulement un ennemi à combattre mais un geôlier communiste détestable pour les mauvais traitements qu’il inflige.
Dans les camps, les prisonniers connaissent une vie rythmée par les séances obligatoires de « rééducation » politique dispensées par le Viêt Minh, et vécues comme un « lavage de cerveau », prouvant, s’il en était encore besoin, la force de l’emprise de l’idéologie communiste chez les combattants du Viêt Minh. Les dures conditions de vie et les mauvais traitements subis pendant cette captivité finissent par rapidement dégoûter du communisme la plupart des prisonniers. Les plus valides doivent partir tous les jours en corvées (de bois, de riz, d’eau, etc.), les malades et blessés ne reçoivent pas de soins et les médecins de bataillon, prisonniers comme les autres, n’ont pas le droit de soigner leurs camarades agonisants. Beaucoup de soldats de Diên Biên Phu décèdent des suites de leurs blessures et de maladies, et la mort devient une compagne quotidienne (les chiffres, bien qu’un peu différents selon les sources, sont de fait très parlant : en trois ou quatre mois de captivité, il est admis que seuls 3 000 à 3 900 prisonniers ont été libérés sur environ 10 000 prisonniers partis de Diên Biên Phu). Il n’est plus question alors de vivre, mais de survivre, dans l’espoir de la libération. Et lorsque cette libération arrive enfin, fin août-début septembre 1954, les prisonniers libérés gardent une vision amère de leurs gardes Viêt Minh : les clichés appris à l’école, montrant l’Asiatique hypocrite derrière son sourire, reviennent avec force lorsqu’ils reçoivent un vêtement décent et propre et, pour la première fois depuis des mois, un véritable médicament et un vrai repas afin de leur donner meilleure mine et montrer ainsi « la clémence de l’Oncle Ho ».
À travers cette expérience, les images de l’Asie et de ses habitants, surtout celle de ses combattants communistes, sont profondément transformées chez ces soldats.

L’Indochine et au-delà, l’Asie, sont donc, nous l’avons vu, perçues de trois manières différentes par les soldats de Diên Biên Phu. C’est tout d’abord un lieu imaginé, fantasmé, rêvé parfois, qui devient réalité avec ses paysages de jungle et de rizières. Un lieu qui correspond en tout point aux images d’enfance véhiculées par les histoires venues des lointaines colonies françaises. Puis, lorsque la bataille est déclenchée, ce lieu devient ou redevient un territoire ennemi qu’il faut ramener ou conserver dans le droit chemin de l’Empire, puis de l’Union française. Le contexte international ambiant de lutte entre « monde libre » et monde communiste, et la chronologie des événements (la guerre de Corée s’est terminée en 1953) font que la guerre d’Indochine et la bataille de Diên Biên Phu expriment la cristallisation de la lutte anticommuniste en Asie. Les soldats de Diên Biên Phu le savent. L’ennemi, c’est le communiste du Viêt Minh, pas le Vietnamien. Cette vision est de fait renforcée par l’expérience de la captivité. Ce qui a été vécu par la majorité des prisonniers dans les camps Viêt Minh, confirme la nécessité de lutter contre le communisme. Ainsi cette vision d’un combat contre une idéologie jugée mauvaise s’est-elle transformée en une véritable haine envers le communiste et les communistes.

Toutefois ces considérations restent générales. Il y a bien sûr des témoignages discordants, et il arrive que les Anciens ne soient pas d’accord entre eux. Car les regards d’un homme sur un événement vécu, un peuple ou une idéologie relèvent de sa propre expérience : ceux des soldats français de Diên Biên Phu sont, de fait, multiples et parfois singuliers. Il ne nous est donc pas possible d’uniformiser les points de vue et les témoignages. De plus, ces témoignages donnés avec une certaine prise de recul, ont entraîné un regard distant sur l’expérience vécue, et ainsi probablement donné une vision finalement différente de ce que l’homme, le soldat, a pu penser et sentir sur le moment. Toutefois, des lignes dominantes se dégagent, et c’est ce dont nous avons tenté de rendre compte ici.

Les anciens combattants de Diên Biên Phu, et tous ceux passés par les camps de prisonniers, sont marqués par cette haine envers le communiste et les communistes. Si certains n’ont jamais voulu retourner au Viêt Nam, c’est parce qu’il est encore un État communiste dont ils ne veulent pas entendre parler. D’autres ont tout de même eu envie ou ressenti le besoin de revenir au Viêt Nam et à Diên Biên Phu. Ceux qui l’ont fait sont unanimes à dire leur amour de l’Indochine et de ses habitants : ils en ont gardé les images d’un pays calme et envoûtant, entouré de mystères, avec une population accueillante. Ceux-là sont atteints du « mal jaune ». Néanmoins, tous s’accordent à affirmer leur grand respect envers leurs adversaires pendant la bataille : respect pour celui qui a vécu avec eux le même événement, le même calvaire, à Diên Biên Phu.

[1] Cet article est en partie issu d’un mémoire de DEA « Les soldats de l’armée française à Diên Biên Phu », soutenu en 2003 sous la direction de Robert Frank à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et s’inscrit dans un cadre de recherches liées à un doctorat en cours, sous la direction d’Hugues Tertrais.

[2] Selon une légende thaï, Khoun Bouloum – père des sept fondateurs des royaumes de la péninsule indochinoise –, serait descendu du ciel pour régner sur Muong Thanh. Ainsi débute la légende fondatrice du royaume lao.

[3] Erwan Bergot, Les 170 jours de Diên Biên Phu, Paris, Presses de la Cité, 1979, p. 45.

[4] Énumération faite par le médecin-général Madelaine, lors de la conférence du 4 octobre 1997 consacrée à l’évolution de la médecine en Indochine.

[5] Roger Bruge, Les Hommes de Diên Biên Phu, Paris, Perrin, 1999, p. 91.

[6] Si les témoins en parlent aujourd’hui, c’est pour louer leur dévotion envers les blessés pendant la bataille, blessés dont elles étaient devenues des infirmières indispensables.

[7] Roger Bruge, Les Hommes…, op. cit., p. 48.

[8] Ibid., p. 100.

[9] Témoignage du méd.-lt Verdaguer envoyé à l’auteur, dans un courrier daté du 26 avril 2008.

[10] Quelques exemples contradictoires sont donnés dans l’ouvrage de Pierre Journoud et d’Hugues Tertrais, Paroles de Diên Biên Phu, les survivants témoignent, Paris, Éditions Taillandier, 2004. Cf. notamment le chapitre V, « L’adversaire », p. 239-296.
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BETEL
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Message le Sam 10 Déc 2011 - 18:25 par Invité

Voir aussi le bouleversant reportage "Face à la mort" (80 mn) réalisé par Marcela Feraru et publié en 2009 par l'ECPAD en partenariat avec l'ANAPI.

En vente sur le site de l'ECPAD : www.ecpad.fr

(je ne travaille pas à l'ECPAD) Smile

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Message le Mar 27 Nov 2012 - 22:49 par baltique

oui OK , c'est intéressant , même si on travail pas à l' ECPAD

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