LES CAMPS PARACHUTISTES

ALGERIE La guerre s'enracine pendant l'été 1955

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ALGERIE La guerre s'enracine pendant l'été 1955

Message par Invité le Lun 12 Déc 2011 - 15:39

Peu de parents pour les obsèques des victimes du 20 août. Parmi les morts des familles entières


La guerre s'enracine pendant l'été 1955

La guerre continue. Le 19 mai à Khenchela la tension reste extrême. Aux élections cantonales d’avril, les consignes d’abstention données par le FLN ont été suivies à 60% dans le Constantinois. Le soulèvement qui éclate autour de Philippeville et Constantine le 20 août 1955, est marqué par des atrocités qui touchent la population européenne. A Philippeville à 10h 15, les autorités sont avisées d’un mouvement imminent. L’armée intercepte deux camions remplis de bombes et de récipients d’essence. De la périphérie, par le faubourg de l’Espérance puis par la rue Clemenceau, l’artère principale de la ville, débouchent les émeutiers. Des civils sont massacrés, le champ d’aviation attaqué. Au bout de 40 minutes, des unités de parachutistes et de police interviennent et dégagent le quartier européen sur le point d’être investi. Il faut 5 heures d’assaut pour déloger à la grenade et à la mitraillette, des hommes retranchés tirent sur les Européens et Musulmans. A Constantine, huit bombes sont lancées quasi simultanément. La première éclate à 11h 45, dans un café restaurant, touchant 14 personnes. Le neveu de Fehrat Abbas est abattu dans sa pharmacie. A l’hôpital de Constantine, des femmes, des garçonnets, des fillettes de quelques années, les doigts sectionnés, la gorge à moitié tranchée gémissent dans l’attente de soins. A la mine de pyrites d’El-Halia, aux environs de Philippeville, les ouvriers européens, leurs femmes et leurs enfants, furent littéralement mis en pièces dans un déchaînement incroyable de sauvagerie.

Les conséquences des massacres du Constantinois sont incalculables et vont rendres irréversible le processus de guerre.

Les Européens horrifiés, se dressent désormais en bloc contre les musulmans. L'action du F.L.N. devient pour eux synonyme de massacres, et attendent des autorités une action énergique de répression. De leur côté, les musulmans, indignés par la répression aveugle dont ils ont fait l'objet, passent dorénavant massivement dans le camp du F.L.N., même les plus modérés, comme Ferhat Abbas, pris entre le rejet des Européens et l'intimidation du F.L.N. qui les menace directement, sont contraints de choisir leur camp. Le F.L.N. veut ainsi accroître son emprise à toute l'Algérie et étendre la guerre au pays entier.

Venu sur place, Soustelle, bousculé, conspué, est bouleversé, fait passer au second plan ses objectifs de réformes considérant que sa tâche prioritaire est dès à présent de rétablir l'ordre. Il ne veut plus entendre parler de négociations avec le FLN. Vincent Mansour Monteil le quitte. Rentré à Alger, Soustelle n’écoute plus que les tenants du retour à l’ordre à n’importe quel prix.

La guerre passe ainsi au premier plan.
Dans l’Aurès, les rebelles s’étaient implantés et exerçaient une répression brutale sur la population, n’hésitant pas à massacrer leurs coreligionnaires favorables à la cause française, anciens combattants en particulier. Les bandes regroupaient 500 à 600 rebelles, servis par 1500 valets, ravitailleurs, agents de renseignements ou de liaison.


En Kabylie, 200 fanatiques se livraient surtout à l’attaque des isolés et quelques groupes récemment formés attaquaient les postes militaires. Ils recrutaient sous la menace et payaient des tueurs professionnels bien connus de la police et que fournissait la pègre d’Alger.


Une section rebelle, dans le col du Djurdjura. Après la mort du chef rebelle des Ouacifs,
Amirouche prend le commandement et rassemble les hommes en désarroi.


Les Djounoud (combattants) d'Amirouche à l'heure de la prière dans les fôrets de l'Akfadou.


Les femmes, jeunes filles et enfants furent enrôlés par le F.L.N.

Début 1956, le nouveau chef de gouvernement, Guy Mollet, tenta de s’engager dans une voie nouvelle. Après avoir affirmé que l’Algérie était et resterait indissolublement liée à la France, il envisageait de donner une solution au conflit par des réformes, dont une évolution vers un nouveau statut. Librement discuté avec les représentants élus du peuple algérien. A cela existait un préalable : "la pacification pour éliminer l’insurrection, le cessez-le-feu, élections, négociations". La France accepte de négocier le sort de l'Algérie, mais avec des interlocuteurs désignés par des élections libres, or celle-ci ne sont possible qu'une fois instauré le cessez-le-feu, c'est à dire le F.L.N. vaincu. Comme en Indochine en 1946, la recherche d'un "interlocuteur valable" conduit à donner la priorité à l'action militaire, puis l’assurance que les représentants élus des Algériens ne réclameraient pas l’indépendance. La clef de ce processus étant l’écrasement de l’armée de libération, les considérations militaires, prenaient une importance nouvelle. Dans cette optique, Guy Mollet décide de remplacer le gouverneur général Jacques Soustelle, maintenant gagné à une solution militaire, par un ministre résidant en Algérie, poste qu'il confie à un libéral, le Général Catroux.

La nomination de Catroux est prise comme une véritable provocation par les français d’Algérie ; Une campagne de presse se déchaîne contre les « bradeurs d’empire », un comité de défense de l’Algérie française prend les choses en mains. On y trouve, Robert Martel, Pierre Lagaillarde, Joseph Ortiz.

Le 6 février, Guy Mollet se rend lui-même à Alger pour installer le ministre résident. Accueilli par des manifestations hostiles des colons qui veulent à présent conserver Soustelle, conspué il est pris à partie par la foule algéroise, déconcerté par une démonstration à laquelle il ne s’attendait pas, il cède dans l’heure et substitue au général Catroux un camarade du parti socialiste, Robert Lacoste, et définit une politique algérienne qui tient compte des angoisses des Européens, affolés par l'idée d'un abandon de la métropole.



Mendès-France et Guy Mollet, au lendemain de leur victoire électorale de 1956. La réalisation du programme du
front républicain rencontre déjà de grosses difficultés dues à une opposition irréductible et violente en Algérie

En mars 1956, l'Assemblée Nationale (communistes compris) vote massivement au gouvernement des pouvoirs spéciaux pour mettre en oeuvre cette politique. Guy Mollet présente un train de mesures appelées « les pouvoirs spéciaux », le gouvernement disposera en Algérie des pouvoirs les plus étendus pour prendre toute mesure exceptionnelle commandée par les circonstances en vue du rétablissement de l’ordre, et la protection des personnes et des biens et de la sauvegarde du territoire.

L’appréciation du champ d’application des décrets étant confiée au ministre résidant en Algérie, Robert Lacoste, et aux forces du maintien de l’ordre, la lecture de la loi va très vite sortir du domaine juridique pour n’être plus qu’une couverture de l’action que celle-ci soit policière ou militaire.

Les dernières velléités de négociations disparaissent lorsque le gouvernement couvre, en octobre 1956, une initiative de l'armée qui détourne l'avion de plusieurs dirigeants du F.L.N. (dont Ben Bella) avec lesquels la France était en contact depuis l'été, et procède à leur arrestation.

Un seul ministre, le socialiste Alain Savary, responsable des affaires tunisiennes et marocaines, donne alors sa démission (Mendès-France, maintenant partisan d'une négociation en Algérie, a quitté le gouvernement en mai 1956), mais plusieurs membres du ministère manifestent leur malaise.

Les décrets du 12 avril 1956

Les décrets du 12 avril 1956, signés de Guy Mollet et de Bourgès-Maunoury, servent de cadre à une véritable mobilisation qui ne s’avoue pas. Le décret 56-374, portant rappel de disponibles et de certains officiers et sous-officiers de réserve. L’effort militaire exceptionnel qui conduisit à engager en Algérie la plus grande partie de l’armée ( plus de 400 000 hommes), le rôle de plus en plus considérable attribué à ses chefs, eurent pour résultat d’introduire dans le jeu un partenaire nouveau. L’armée avait été appelée pour vaincre, l’affaire algérienne devint son affaire. La négociation avant la victoire complète serait un désaveu, une atteinte à son honneur. C’est bien ainsi que l’entendaient les français d’Algérie.

Résolu à remporter un succès militaires décisif, le gouvernement s'engage dans une lutte à outrance en Algérie. Le maintien sous les drapeaux d’appelés à la veille d’être libérés, l’envoi de rappelés qui rentrés chez eux, ayant retrouvés la vie civile sont de nouveau mobilisés pour une durée indéterminée. Alors commence entre la métropole et l’Algérie au départ des ports de Marseille et de Port-Vendres, un ballet incessant de navires récupérés pour la cause. Ainsi à quai à Port-Vendres le bateau El Mansour , un ancien moutonnier désarmé en 1953 pour insécurité, allait pourtant durant des mois assurer la rotation des hommes sur Oran.


Les renforts arrivent, les promeneurs se rassemblent en agitant mouchoir et chapeau,
et crient bonjour en chantant des airs de bienvenue.



26 000 appelés arrivent en renfort en Algérie par pleins bateaux. Ils y découvrent des quais éclaboussés

de soleil où ils débarquent avec armes et bagages. Les rappelés sont accueillis avec des grandes manifestations d'affection de la part des pieds-noirs pleins d'espoir.


Bientôt, ces appelés connaîtront Les Aurès, la Kabylie, le Constantinois...


Les opérations deviendront pour eux la principale de leurs activités.


Les battages dans une ferme arabe. On bat encore sur l'aire, où les chevaux tourent en rond, les yeux bandés, à cause du vertige.

si le fermier est un "ami" de la France, un matin, on le retrouvera égorgé. Ses chevaux plus utiles, auront été volés

Une mitrailleuse fouille un paysage de pierraille et de broussailles.
C'est une des scènes classiques de cette guerre.

Sur place Robert Lacoste, inamovible ministre résident jusqu'en 1958, laisse en fait l'armée conduire à sa guise le conflit et transforme l'Algérie en une véritable province militaire. Les frontières avec le Maroc et la Tunisie par où transitent les hommes et les armes à destination du F.L.N. sont hermétiquement fermées par des lignes de barbelés dont les garnisons font la chasse aux commandos qui tentent de s'infiltrer.

A l'intérieur du territoire algérien, l'armée française procède au quadrillage du pays, tout en pratiquant également une activité d'assistance sociale (alphabétisation, soin médicaux...) ainsi qu'une action psychologique afin de tenter de gagner les populations à une solution française du conflit et d'isoler le F.L.N.

Les deux années qui suivent l’instauration du régime des pouvoirs spéciaux furent les plus difficiles de la guerre. L’armée française n’est pas adaptée à la guérilla, les engins blindés s’enlisent en grande Kabylie et ne peuvent servir d’appui feu. L’armée française doit calquer son combat sur celui de l’adversaire.
La victoire tardant à venir, l’opinion métropolitaine se lasse d’un effort trop lourd et trop prolongé, enfermant les gouvernements successifs dans deux tendances antagonistes et sans issue.

Le gouvernement Guy Mollet et les moribonds qui achèveront, bientôt, la IVe République, font l’objet de critiques.

Le 18 mai 1956. 21 soldats du 9e régiment d’infanterie coloniale tombent dans une embuscade près de Palestro. Les hommes sont des rappelés de la région parisienne arrivés à Alger deux semaines plus tôt. Il est 11h 30 du matin et les « fells » tirent à trente mètres. Le sous-lieutenant Hervé tombe un des premiers avec le radio. Il y aura deux rescapés que les fellagahs feront prisonniers : Jean David Nillet et Pierre Dumas. Nillet sera tué cinq jours plus tard au moment où le 1er REP et le 20e BCP donnent l’assaut aux grottes de Tifrène et libèrent en le blessant Pierre Dumas. Les deux prisonniers ont été correctement traités et protégés, notamment par le lieutenant de l’A.L.N. Les blessés et les morts sont dépouillés de leurs armes et équipements par les villageois des environs.


Les gorges de Palestro où Ouamrane réussira une embuscade meurtrière contre les éléments du 9e R.I.C.

L'organisation de l'armée de libération

Dès le début de l’insurrection, l’Algérie est partagée en six zones qui deviendront les wilayas, cadres territoriaux et politiques au sein desquels agit l’Armée de Libération Nationale ‘ALN). La valeur combative de ALN, dépend cependant beaucoup des conditions du terrain sur lequel se déroule la lutte. Les plaines d’Oranie sont peu favorables alors que les Aurès, la Kabylie ou l’Ouarsenis se prêtent particulièrement bien à la guérilla. Dans chaque wilaya est nommé un chef. Dans la wilaya 1, qui comprend les régions de Batna, Khenchela, Biskra, Tébessa et Souk-Ahras. Le premier colonel de cette wilaya est Mustapha Ben Boulaïd, « le renard des Aurès », pris par les français puis évadé, mourra finalement en essayant d’émettre à partir d’un poste de radio récupéré mais piégé par le 11e choc. On compte parmi ses successeurs : chérif Mahmoud, un lieutenant déserteur de l’armée française. Au moment de l’indépendance, c’est Si Tahar Sbiri qui en prendra le commandement.

Recouvrant le nord constantinois, la wilaya II coiffe les régions de Constantine, Philippeville et Bône. Commandée initialement par Mourad Didouche, elle perd celui-ci dès janvier 1955. Son successeur Youssef Zighout, disparaît à son tour en septembre 1956. Lakhdar Ben
tobbal et Ali Kafi lui successèderont. En mai 1955 Ben Tobbal n’hésitera pas à occuper, pendant plusieurs heurs, la ville d’el-Milia et se risquera même à attaquer le PC. Du colonel Ducournau. En août, c’est sur le territoire de cette wilaya qu’auront lieu les massacres de Philippeville et d’El-Halie.

La wilaya III comme la grande Kabylie, est à beaucoup d’égards la plus puissante et la mieux organisée. Confiée initialement à Belkacem Krim, qu’assiste alors Ouamrane, la wilaya Kabyle est commandée ensuite par Mohammed Saïd, un ancien combattant de la L.V.F. qui est lui-même remplacé par Amirouche. Tête et mère de toutes les wilayas, la wilaya III dispose d’un encadrement politique solide. Belkacem Krim, puis Amirouche, seront de redoutables adversaires pour les généraux français, chargés de pacifier la Kabylie.

La wilaya V, qui comme l’Oranie, est d’abord le domaine de Larbi Ben M’midi, puis de Boussouf, à qui succédera le futur colonel Boumediene. Bénéficiant de bases arrières au Maroc, la wilaya d’Oranie sera toujours correctement équipée, mais l’activité militaire demeure généralement faible dans cette zone.

Parent pauvre, la wilaya VI s’étend sur les territoires du Sud, de Boussaâda à Laghouat. C’est dans cette région, traditionnellement fidèle au M.N.A. de Messali Hadj, qu’échouera le général Bellounis, après avoir été chassé de Kabylie par Amirouche et Sadek.


Messali Hadj, le vieux leader du nationalisme, que le FLN contestera au point de le condamner à mort en 1955

Les combattants de l’A.L.N. se doivent être impitoyables, car il n’y a pas pour eux d’autre issue que la victoire ou la mort. Ils mènent une guerre révolutionnaire contre un ennemi très puissant qui dispose de moyens considérables pour réaliser bouclages et ratissages. Quand une Katiba est localisée, ses jours sont le plus souvent comptés. Traqués le jour par l’aviation, elles doivent se déplacer régulièrement et rapidement de nuit, pour se rendre d’un point à un autre, imposant ainsi une vie difficilement supportable aux combattants. Aussi la discipline est-elle très rigoureuse. La perte d’une arme, voire d’une culasse de fusil, peut signifier la mort du coupable – les tribunaux militaires de l’A.LN. ne connaissent que cette unique sentence ? Purges et épurations ont été nombreuses et ont parfois contribué à détruire le moral de valeureux combattants, favorisant ainsi le ralliement à la France de certaines unités rebelles. Malgré cela l’A.L.N. ne manquera jamais de volontaires.


Les photos des unités de l'A.L.N. sont rares-pour des raisons évidentes de sécurité.


Abane Ramdane, est l'homme fort de la rébellion., Et sans doute le plus intelligent. Comprenant l'intérêt politique qu'il y aurait

à rallier Ferhat Abbas et va convaincre les maquisards de l'opportunité d'un tel recrutement.


Les rebelles trouveront asile en Tunisie et au Maroc. Ils pourront sans danger poursuivre leur entraînement militaire.


Ben Bella au Caire

Pendant que l'insurection se développait en Algérie, il organisait de l'extérieur le soutien logistique des opérations.

Au printemps de 1956, les dirigeants de l’insurrection algérienne estiment qu’ils doivent faire le point, redresser certaines erreurs et structurer leur mouvement. C’est le congrès de la Soummam, qui est généralement considéré comme l’événement fondateur de ce qui va peu à peu devenir l’Etat algérien.

En créant la zone autonome d’Alger du F.L.N., le congrès de la Soummam a décidé de porter la guerre en milieu urbain. Les premières bombes explosent dès le 30 septembre au Milk Bar de la rue d’Isly et à la cafétéria de la rue Michelet. Il y a des morts et des dizaines de blessés. On apprendra, par la suite, que les charges ont été transportées par des femmes. Parmi elles, une Européenne Danielle Minne. Les attentats s’enchaîneront, en frappant Alger dans différents points très fréquentés par la population. Le 27 décembre, Amédée Froger qui est président de l’association des maires d’Alger est assassiné. Pour réussir à maîtriser cette explosion de violence et mettre un terme au terrorisme urbain, Robert Lacost décide de confier le pouvoir au général Massu, chef de la 10e division parachutiste, la responsabilité de la sécurité.


Pour maîtriser l'explosion de la violence à Alger, le pouvoir est confier au général Massu.

C’est au cours de l’été 1957 que l’A.L.N. atteindra l’apogée de sa puissance. Elle compte alors 40 000 combattants, auxquels on peut ajouter 60 000 moussebilines qui sont leurs précieux auxiliaires. Les coups portés par l’armée française sont pourtant de plus en plus durs et les espoirs des principaux colonels sont généralement déçus. Belkacem krim, Ouamane, Boussouf, Ben Tobbal se réunissent alors, au début de 1958, pour tirer les leçons des échecs subis.


Zorah Drif, compagne et agent de liaison de Yacef Saadi.

La Bataille d'Alger

Cest en janvier 1957 que débute la "bataille d'Alger" qui va durer 9 mois et au cours de laquelle, à la vague d'attentats du F.L.N. répondent la multiplication des fouilles, des contrôles, des arrestations et pour obtenir des renseignements, l'appel aux indicateurs et même l'utilisation de la torture. Militairement l'efficacité est certaine : l'organisation du F.L.N. à Alger est démantelée et, dans le pays, sa force militaire est très amoindrie. Mais, politiquement l'armée ne peut empêcher la poursuite du terrorisme ni les harcèlements de la guérilla, l'action psychologique est un échec, car les regroupements de population destinés à priver le F.L.N. de ses appuis, la multiplication des contrôles, l'intimidation et la torture provoquent l'hostilité des musulmans. D'autrepart, la terreur que fait régner le F.L.N. contre ceux qui collaboreraient avec les Français, précipite les ralliements volontaires ou forcés.

Au début de janvier 1957, le général Massu dispose de cinq régiments de parachutistes et d’un régiment de Zouaves le 9e, de diverses forces de police et des unités territoriales constituées de civiles Pierds-Noirs placés sous le commandement du colonel Thomazo

Les unités sous les directives de Massu, vont donc pratiquer des interrogatoires de masse. Suffisamment poussés pour reconstituer progressivement l’organigramme de l’adversaire, découvrir ses caches, remonter le fil de ses réseaux. Dans un tel contexte, la torture apparaît comme le recours inévitable. « Mieux vaut faire souffrir passagèrement un bandit que de le laisser massacrer des innocents », tel était l’objectif que se fixait l’autorié.


Le colonel Bigeard jouera un rôle éminent dans la bataille d'Alger.

L’emploi de la torture, en Algérie, a suscité remous et polémiques. Les pratiques sadiques amplement commentées ça et là, n’ont cependant pas été un phénomène généralisé. Elles furent presque toujours le fait d’individualités, voire d’organismes répressifs ou de renseignements agissant dans le cadre des ordres donnés, et couverts par les plus hautes autorités. On n’a jamais autant pratiqué et parlé de la torture que pendant la période où se sont appliqués les « pouvoirs spéciaux », de Guy Mollet et de Robert Lacoste, comme si les décrets avaient tout autorisé et créé un climat pervers.

Massu organise le quadrillage dans le grand Alger. Les paras arrêtent massivement sur renseignements les sympathisants de la rébellion. Par recoupements, ils parviennent à identifier les principaux chefs et démantèlent certains de leurs réseaux. Mais le F.L.N. ne se laisse pas impressionner, Yacef Saadi multiplie les attentats. Plusieurs terroristes sont condamnés à mort – dont le communiste Yveton – sont guillotinés. Ben M’Hidi est arrêté le 23 février. En deux mois la situation est renversée et ce sont maintenant les hommes vêtus de la tenue léopard, qui terrorisent les terroristes.

En juin 1957, l’action terroriste connaît une nouvelle extension, des bombes explosent boulevard Bugeaud faisant un carnage dans la foule massée à un arrêt de bus. Un attentat perpétré au dancing du casino de la corniche suscite la fureur de la population européenne.


Devant la recrudescence des attentats, Lacoste confie de nouveau les pleins pouvoirs à Massu et au colonel Godard. La répression s’accentue et permet de découvrir les soutiens européens des terroristes. Fin août deux des meilleurs agents du F.L.N. sont abattus dans la casbah. Le 23 septembre Yacef Saadi et Zorah Drif sont arrêtés des grandes quantités d’explosifs, sautent avec tout l’immeuble alors que les paras de Bigeard sont sur le point de mettre la main sur le stock. Fin novembre un convoi rebelle, en route pour la Tunisie est intercepté avec plusieurs des poseurs de bombes les plus recherchés.

La bataille d’Alger se termine sur une victoire incontestable des Français. Soigneusement quadrillée selon les méthodes du colonel Trinquier, la ville va connaître quelques années de répit.

Les paras ont gagné, en huit mois, une immense popularité auprès des Européens. Dotée des pleins pouvoirs, l’armée à appris à mépriser un pouvoir politique qu’elle n’hésitera pas à renverser l’année suivante, en se rangeant aux côtés des émeutiers du 13 mai 1958.

Le F.L.N. trouve refuge au Maroc et surtout en Tunisie. Exaspérés, les militaires se trouvent condamnés à l'escalade : en février 1958, en vertu du"droit de suite" l'aviation française bombarde le village tunisien de Sakhiet Sidi Youssef qui servait de base au F.L.N., faisant 69 morts dont 21 enfants, provoquant une vague d'indignation dans le monde.

Les conséquences de l'aggravation de la guerre d'Algérie sont considérables dans tous les domaines et compromettent à la fois la tentative du Front Républicain et les chances de survie de la IVe République.

La guerre d'Algérie détériore la position internationale de la france. En octobre 1956, le gouvernement prend la décision de frapper l'Egypte qu'il tient pour la " base arrière" du F.L.N. (en effet la délégation extérieure, qui réunit surtout des personnalités politiques, est réfugiée au Caire. D'accord avec les Britaniques et les Israéliens, une opération est montée contre le canal de Suez. L'opération est un succès militaire et un fiasco diplomatique. Suez est prise, de même que Port-Saïde et le régime du colonel Nasser semble, durant quelques heures, au bord de l'efondrement. Mais la France et la Grande-Bretagne sont mises en accusation à l'O.N.U. et, sous la pression Conjointe des Etats-Unis et de l'U.R.S.S. sont contraintes d'évacuer précipitamment la zone du canal.

Cette agression fait sombrer la timide ouverture neutraliste tentée par le gouvernement français. Suspect aux yeux du tiers monde, il fait figure d'accusé devant l'organisation internationale et les représentants français en sont réduits à quitter l'assemblée générale lorsque celle-ci discute de la question algérienne, en invoquant le fait qu'il s'agit d'une affaire spécifiquement française. Anglais et Américains ne le soutiennent pas. Après le bombardement de Sakhiet, ces deux Etats proposent leurs "bons offices" à la France et à la Tunisie, et cette démarche apparaît comme le début d'une internationalisation du problème algérien.

La guerre provoque en France une profonde crise morale. Le conflit suscite un très vif malaise au sein de la jeunesse, du monde étudiant, des Eglises, des intellectuels, des syndicats qui admettent mal de voir le pays engagé dans un conflit contre les aspirations nationales d'un peuple, et l'armée utiliser pour parvenir à ses fins des armes comme la torture. Dans ces milieux, la paix est réclamée avec ardeur, et, parfois, certains petits groupes, très minoritaires ,n'hésitent pas à prendre le parti du F.L.N. et à l'aider dans son combat. Une autre partie de l'opinion est hostile à toute négociation, soit par attachement au maintien de la souveraineté française, soit par hostilité au F.L.N. dont les méthodes de guerre ne sont pas moins cruelles que celles imputées à l'armées française.

Désormais, la vie politique est paralysée. La préoccupation principale est de trouver une issue politique à la crise algérienne par la négociation. Mais ils n'osent faires connaître ouvertement cet objectif, car ils manquent d'autorité pour imposer leurs vues au parlement, aux colons d'Algérie, ainsi qu'à l'armée.

La guerre d'Algérie débouche ainsi sur une crise du régime et sur un véritable éclatement des forces politiques.

* L'heure est, semble-il, propice aux adversaires du régime.

La paralysie des institutions, le désarroi des partis et de l'opinion laissent le champs libre à des forces qui entendent mettre à profit l'impasse algérienne pour se hisser au pouvoir.

* La première est l'extrême droite discréditée depuis 1945, renaît à la faveur de la guerre d'Algérie. Elle se prononce pour un pouvoir autoritaire qui ferait taire par la force les partisans de la négociation, et conduirait une guerre à outrance.

* En métropole, ce courant n'est représenté que par de petits groupes fascisants à l'audience très réduite.

* En Algérie, les tendances d'extrême droite ont toujours connu un très grand succès dans la population européenne. La crainte de voir la République abandonner par faiblesse les départements algériens au F.L.N. renforce encore leur poids.

La tendance "Algérie française" dans la population, donne à des hommes des rêves d' insurrection. Le docteur Martel, l' avocat La gaillarde, le cafetier Ôtez ont un rôle de leaders improvisés. Autour d' eux, la masse des "pieds-noirs" et surtout la jeunesse adhérant à un activisme d' allure très romantique. Ils envisagent un putsch soutenu par l'armée qui, à partir d'Alger, instaurerait en métropole un pouvoir fort décidé à tout subordonner au maintien de l'Algérie française.

* Dans l'armée, un certain nombre d'officiers, surtout des capitaines et des colonels, cousidèrent que seul un pouvoir fort est susceptible de conduire à la victoire. Traumatisés par la défaite d'Indochine qu'ils ont vécue comme un cauchemar.

*Très différent est le rôle du gaulisme qui constitue la seconde force pouvant prétendre à la succession de la IVe République. Depuis l'echec et la dissolution du R.P.F. le général de Gaulle s'est retiré de la vie politique, mais il en suit attentivement les développements. Il reste décidé à se présenter comme un recours. Dans cette perspective, il soigne son personnage historique aux yeux de l'opinion publique. la parution de ses mémoires de guerre connaît un succès considérable et contribue à rappeler son souvenir aux Français. La paralysie qui frappe le régime, l'impasse dans laquelle la France se trouve engagée en Algérie, font que son nom est de plus en plus souvent prononcé comme celui de l'homme capable de résoudre une situation qui paraît, pour les autres insoluble. A la différence de l'extrême droite, les gaulistes ne songent pas à un coup de force dirigé par eux contre le régime, mais à utiliser au profit du général de Gaulle la situation que pourrait créer un mouvement subversif déclenché par l'armée ou les activistes. C'est pourquoi ils suivent avec une extrême attention l'agitation de l'extrême droite en France et en Algérie. Léon Delbecque, Chaban-Delmas, se tiennent soigeusement au courant des divers complots qui s'ourdissent contre la IVe République. Jacques Soustelle, l'ancien gouverneur général, désormais fort populaire à Alger, est prêt à mettre son prestige dans la balance pour qu'un éventuel mouvement insurrectionnel débouche sur le retour au pouvoir du général de Gaulle.

Les crises ministérielles s’allongent et les hommes providentiels se mettent aux abonnés absents. Il en découle une durée inhabituelle des interrègnes et une réduction dramatique du nombre des hommes susceptibles de nouer les ficelles plutôt que les alliances. Deux gouvernements ont précédé celui de Pierre Pflimlin qui va chuter devant de Gaulle. Ceux de Maurice Bourgès-Maunoury et de Félix Gaillard tous deux radicaux. Après trois semaines de crise – c’est-à-dire d’hésitation entre René Pléven 35 jours de tour de piste se sont écoulés.


Alger le 13 mai 1958

Pierre Pflimlin boucle son gouvernement, le débat d’investiture est fixé au 13 mai : Le 11 mai Alain de Sérigny, le très influent directeur de l’Echo d’Alger a signé un vibrant et surtout pressant appel au Général de Gaulle. Le lundi 12 se passe dans un bruissement de rumeurs qui font état de complot, de menées séditieuses.

Le 13 mai 1958 à la suite de l'invertiture du dirigeant M.R.P. Pierre Pflimlin désigné comme président du Conseil et qui fait connaître son choix en faveur d'une solution négociée en Algérie, une manifestation à Alger débouche sur l'instauration d'un pouvoir insurrectionnel.

Depuis 13 heures, la ville est paralysée par le mot d’ordre de grève générale, dans un silence lourd de menace. Dans le début de l’après midi la foule est dans la rue. Au plateau des Glières et au Forum, que domine l’imposant building blanc du gouvernement général, il est 18h 30 quand les émeutiers assaillent le bâtiment. Un camion serre de bélier sur les grilles. La brèche ouverte, les manifestants se ruent dans les étages. A 20h 45 depuis le balcon du G.G., Massu annonce à la foule : Moi général Massu, je viens de former un comité de salut public […] pour qu’en France soit formé un gouvernement de salut public, présidé par le général de Gaulle. Quant à Pierre Pflimlin, il arrache son investiture à 2h 45, le 14 mai au matin. Peu après le général Salan, investi des pouvoirs civils du maintien de l’ordre par Paris, fait diffuser un appel au calme. L'émeute du 13 mai révèle l'extrême faiblesse du régime. A Paris, le gouvernement Pflimlin, qui a été massivement investi par l'assemblée Nationale, est désemparée et profondément divisé. Le gouvernement paraît totalement dépourvu de moyens d'action. L'armée n'est pas sûre, le chef d'état-major général, le général Ely, démissionne lorsque le gouvernement veut prendre des sanctions contre les généraux d'Alger. Le ministre de l'Intérieur ne peut compter sur la police, noyauté par l'extrême droite et qui manifeste ouvertement sa sympathie à la cause de l'Algérie française et au retour au pouvoir du général de Gaulle.

Dans cette impasse politique, une série de discours du général de Gaulle va faire évoluer la situation vers la chute du régime et son propre retour au pouvoir. Vers 18 heures, ce même jour, l’A.F.P. diffuse un message signé du général de Gaulle. « Naguère le pays, dans ses profondeurs, m’a fait confiance pour le conduire tout entier jusqu’à son salut. Aujourd’hui devant les épreuves qui montent de nouveau vers lui, qu’il sache que je me tiens prêt à assurer les pouvoirs de la République".

Cette déclaration qui répond à l'appel lancé à Alger par le général Salan est interprétée comme une manifestation de solidarité avec les émeutiers d'Alger et inquiète les Républicains. Le 19 mai le général de Gaulle redresse cette image défavorable et affirme son attachement aux liberté publiques et en rappelent son rôle durant la guerre, le rétablissement de la démocratie, rassurant ainsi ceux qui redoutaient de voir en lui l'homme des généraux d'Alger.


Le général Raoul Salan, en grand uniforme, lors de la célébration de l'anniversaire du 8 mai 1945, 5 jours avant les événements.

L'appel au général de Gaulle

La faillite de la IVe République est patente et sur tous les fronts. Sur le chemin d’un pouvoir qu’ils ne savent plus à qui donner, ils rencontrent le général de Gaulle. L’ermite de Colombey commence par ne pas y croire, mais la situation peu à peu nécessite qu’il intervienne. Il s’agit pour lui et ceux qui l’attendent, d’éviter une crise nationale extrêmement grave. Lorsqu’il accepte la demande du président Coty, de former le nouveau gouvernement, le processus de création de la Ve République est en marche.

Le 29 mai Le général accepte de se présenter devant l’assemblée, il en demandera les pleins pouvoirs pour six mois et les pouvoirs constituants.

A l'Elysée, le général de Gaulle est reçu par le Président de la République René Coty.

Le 1er juin l'Assemblée Nationale vote l'investiture du gouvernement de Gaulle qui comprend les chefs des principaux partis politiques, des socialistes à la droite. Le lendemain, le général de Gaulle reçoit les pleins pouvoirs et le 3 juin le droit de réviser la constitution.

Le gouvernement constitué par le général de Gaulle a tous les caractères d'un gouvernement d'union nationale. Toutes les grandes familles politiques (socialistes, radicaux et radicalisants de l'U.D.S.R, M.R.P., indépendants Républicains-sociaux) y sont représentées par un nombre identique de ministres.

Le référendum constitutionnel a lieu le 28 septembre 1958. Tous les grands partis politiques, sauf le parti communiste préconisant une réponse positive. Une écrasante majorité de votants 80% approuve la constitution qui fonde la Ve République où le général de Gaulle l'emporte à près de 80%.

Peu après le chef du nouvel Etat en gestation, commence à remettre l’armée « dans son devoir ». Des directives sont adressées au général Salan, précisant que les militaires sont inéligibles et, surtout, qu’ils doivent se retirer des comités de salut public. C’est le début d’une mise au pas qui va durer plus de deux années et connaître un certain nombre de tragédies.

Tandis que les nouvelles institutions de la France se mettent en place, l’armée en Algérie, vient physiquement à bout de la rébellion. A la fin de la guerre conduite par Challe, l’A.L.N. de l’intérieur n’existe pratiquement plus, à l’exception des poches qu’elle tient encore dans les Aurès… La guerre s’est reportée aux frontières et notamment du côté marocain.

Les Algérois découvriront, mais un peu tard, que l’objectif du général est de faire la paix.

Au moment même des événements, dans l’euphorie des créations de comités de salut public, le recours au général de Gaulle est porté par un immense enthousiasme. Comment faire en quelques mois ce qui a été impossible en 130 années ?


Finalement, ce n'est pas à Alger mais à Mostaganem que le général de Gaulle, le 6 juin 1958, criera : "vive l'Algérie française!"


Le général de Gaulle n'hésite pas, pour comprendre, à venir se faire expliquer la situation sur le terrain.


Au soir du 4 juin 1958, le général de Gaulle prononce un discours au balcon du gouvernement général à ses côtés :


le général Salan, Pierre Guillaumat, Jacques Soustelle et les représentants des anciens combattants.

Dès le 4 juin 1958, le nouveau président du conseil arrive en Algérie. Sa première visite est pour Alger qui l’a ramené au pouvoir. Au balcon du gouvernement Général, escorté des généraux et des fidèles, il lance son désormais inoubliable : je vous ai compris. Puis les étapes de Constantine, Oran, Bône et Mostaganem, où il s’écrie vive l’Algérie française. (C’est la seule fois – un lapsus ?). Il reviendra de nombreuses fois en Algérie mais, à chaque voyage désormais, on guettera la « petite phrase », symptôme de l’évolution de son plan.

Début juin croyant la partie gagnée, le comité de salut public, transmet une motion réclamant la suppression des partis politiques et l’abrogation de la loi-cadre. Le général fait savoir qu’il juge l’envoi de ce texte fâcheux et intempestif.

De 1958 à 1962 la guerre d'Algérie est le principal problème politique que doit affronter la Ve République. Rappelé au pouvoir par l'armée et les Européens d'Algérie qui attendent de lui qu'il maintienne la souveraineté française, le général de Gaulle ne semble pas avoir d'avis arrêté sur la solution à apporter au conflit.

Par une opposition toujours croissante au conflit les français prouvent au général de Gaulle que la Nation est lasse d'une guerre qui semble sans issue? Progressivement, le général se convainc que la poursuite de la guerre use sans profit les forces nationales et épuise le pays, le détournant des grands projets dans lesquels il souhaite l'engager.

En septembre 1958, après son retour au pouvoir, le général de Gaulle propose au F.L.N., la "paix des braves". C'est à dire une reddition honorable. Cette offre, peu attrayante pour ses interlocuteurs, étant restée sans réponse, le président de la République Franchit en septembre 1959 une étape décisive en reconnaissant le droit de l'Algérie à l'autodétermination. Sous la pression des circonstances, il est conduit à définir progressivement le contenu de cette autodétermination et, de discours en conférences de presse, ne cesse de se rapprocher des conception du F.L.N.. Ainsi évoquant en 1960 "l'Algérie Algérienne", puis la "République Algérienne", pour aboutir en 1961 à l'idée d'un "Etat algérien souverain".

Le quatrième voyage du général est marqué, le 3 octobre par un discours prononcé à Constantine où il est venu parler de l’avenir de l’Algérie : Algériennes, Algériens, je suis venu ici pour vous l’annoncer. C’est la transformation profonde de ce pays, si courageux, si vivant, si difficile et souffrant, qu’il faut réaliser… Le général veut donner à ce pays des structures agricoles et industrielles modernes. Il veut que soient scolarisés les deux tiers puis la totalité des filles et des garçons.

Ce qui marquera le plus la communauté européenne sera, le 16 septembre 1959, la proclamation par de Gaulle du droit des Algériens à l’autodétermination.

A la fin du mois de décembre 1958, le général Salan quitte Alger. Il est remplacé par deux hommes nouveaux le délégué général Paul Delouvrier et le général Maurice Challe nouveau commandant en chef.

En prenant son commandement Challe trouve une situation contrastée : Depuis deux ans l’armée a remportée sur la rébellion, des succès incontestables. Le territoire urbain a été vaincu, le F.L.N. a perdu la bataille d’Alger. Les barrages installés sur les frontières tunisienne et marocaine, apparaissent de plus en plus hermétiques. Mais la guerre n’est pas gagnée pour autant. Les opérations reprennent à partir de l’Oranie et se déplacent vers l’est, elles se développent ainsi des régions les moins affectées par la rébellion vers celles qui sont les plus dures, l’Aurès, la Kabylie et le Constantinois.

Paul Delouvrier de son côté, pour écarter définitivement des aspiration indépendantistes, engage un effort économique, social et éducatif considérable.

En novembre 1958, le autorités du F.L.N. déjoueront un complot des colonels, en Tunisie, le G.P.R.A. étant accusé d’une trop grande mollesse à l’égard de Bourguiba, lequel est soucieux de limiter la liberté d’action de l’A.L.N. sur son territoire.

De février à avril, en Oranie, les unités rebelles voient la destruction de la moitié de leur potentiel. Deux mille cinq cents fellaghas de la Wilaya V sont mis hors de combat, tués ou prisonniers. L’effet est très sensible sur les populations les ralliements se multiplient.

D’avril à juin, c’est le tour de l’Algérois. Le terrain se révèle plus difficile, notamment dan l’Ouarsenis, mais plus de deux mille rebelles de la Wilaya IV sont mis à leur tour hors de combat et de nombreuses armes sont récupérées.

La redoutable Kabylie, demeurée depuis plus de quatre ans l’un des principaux foyers de la rébellion, débute le 21 juillet, l’opération Jumelles se poursuit jusqu’en décembre, avec la quasi-destruction de la célèbre Wilaya III. Challe conduit directement les opérations. Près de 40 000 hommes sont engagés dans ces sanctuaires de la rébellion que sont la vallée de la Soummam, le massif de l’Akfadou ou les monts du djurdjura. Pendant des semaines, chaque meschta, chaque grotte, sont méthodiquement fouillées. Les embuscades montées par les commandos de chasse se multiplient. Les points d’eau et villages sont constamment sous surveillance, ce qui contribue à isoler les combattants rebelles de la population. Le bilan est spectaculaire : près de 5 000 fellaghas sont éliminés. Puis Challe frappe dans le Nord Constantinois, où il met en oeuvre les opérations pierres précieuses – Rubis, en petite Kabylie, Turquoise dans la région de Djedjelli – émeraude dans le secteur de Guelma – Topaze enfin dans l’Egough. Partout, des centaines de fellaghas sont mis hors de combat. Traquées les dernières bandes sont coupées de la population ; dont le contrôle passe progressivement aux forces françaises. A l’évidence, la force militaire de la rébellion est désormais réduite à sa plus simple expression. Fin décembre Challe Prévoit de poursuivre l’action au cours du printemps et de l’été de 1960, en complétant le nettoyage de l’Algérois et du Constantinois et en s’attaquant au bastion des Aurès. Il ne pourra mettre en œuvre ce programme. A Paris, ou on lui reproche sa mollesse au cours de la semaine des barricades de janvier 1960, et il est rappelé au mois d’avril.

Retour d'opération pour les hommes, la sécurité impose de "respecter les distances" entre chaque homme de l'unité.


Aït Hamouda, dit Amirouche, a, sur un coup de bluff, pris le commandement du maquis de la zone de Michelet en remplacement d’Amar Aït Cheikh, abattu lors d’un accrochage. Mis devant le fait accompli, Belkacem krim, commandant la Wilaya III, n’apprécie guère cette façon de s’autoproclamer ; il le convoque à son P.C. Sûr de son fait, Amirouche se présente avec un rapport écrit qui impressionne Krim. Amirouche est donc officiellement mandaté. Sa discipline stricte, féroce même, l’a fait accepter. Il donne l’exemple. Plus tard, intoxiqué par une manœuvre du capitaine Léger, chef du groupement de renseignement, Amirouche, qui commande ensuite la Wilaya III, se croit trahi. Il déclenche une véritable campagne d’épuration. Elle visera d’abord les cas douteux : les intellectuels – d’autant plus qu’ils viennent de la ville – les supplétifs déserteurs, les permissionnaires et les tièdes. Terreur et suspicion s’étendent ainsi. Plusieurs milliers d’Algérois loyaux envers le F.L.N. où innocents vont disparaître en quelques mois, victimes de tortures ignobles et d’exécutions massives. A la terreur succèdera la haine, et les colonels y perdront leur prestige.

Le 6 mars 1959, Amirouche quitte les forêts de l’Akfadou à destination de Tunis où il doit exposer ses problèmes et réclamer des renforts. L’itinéraire choisi le mène vers le sud, au-delà de Bou-Saada où il doit retrouver Si Haouès, commandant la wilaya VI. Ils feront route ensemble, escortés par deux Katibas. Mais les excès de précautions imposés par Si Haouès leur fait perdre du temps et indisposent Amirouche, habitué à couvrir en fonction du terrain entre 50 et 70 km par jour. Cependant, il a confiance en son homologue, combattant courageux et tacticien avisé.

De l’autre côté, le colonel Ducasse patron du 6e régiment de parachutistes d’infanterie de marine, rayonne dans l’oued-Naïl. Ayant mal supporté les pertes que lui a infligé Amirouche le 6 janvier 1959 ’21 tués, dont le légendaire Graziani, et 32 blessés), Ducasse n’aura de cesse de le défalquer. La mort de Graziani lui est d’autant plus cruelle que celui-ci, en le soutenant, alors qu’ils étaient prisonniers des Viêts, lui avait permis d’en sortir.

D’après des renseignements recoupés, Amirouche risque de se trouver sur sa route. Le trajet jusqu’au barrage est long et difficile, et la ligne Morice, ultime obstacle, n’est pas le moindre.

Le 25 mars une bande importante est accrochée dans le djebel Zemba, à l’ouest de Bou-saada. A la fin des combats, 150 rebelles grisent sur le terrain. L’interrogatoire d’un prisonnier révèle que ces hommes, sacrifiés pour créer une diversion, ont permis à leurs deux chefs et à quelques dizaines de djounouds, de filer plus au sud.

Des reconnaissances à vue de piper, des contrôles de populations, confirment leur passage. Le 27 mars, un petit groupe est signalé dans le djebel Tsanneur, à 60 km au sud-est de Bou-Saada. Le 28 au matin toutes les troupes de bouclage giclent des G.M.C. et prennent position sur les points désignés. Une heure plus tard, un accrochage a lieu sur les crêtes. Atteint par des coups de feu tirés à bout portant, un voltigeur de pointe s’effondre. La riposte est violente, mais rétablit l’équilibre. Devant une levée de rochers et une grotte, un groupe s’engage dans l’entrée d’où s’échappe de la fumée, soudain, deux silhouettes apparaissent devant le sergent Melchers. Tir instinctif de sa mat-49, elles s’effondrent. Au moment de ramasser leurs armes, il n’a que le temps de faire un écart et d’entrevoir un fell, brandissant un colt 45. Le coup de feu de l’adversaire s’est perdu avec l’écho. Peu après, Melchers s’approche du cadavre… qui porte une fine moustache. Il ignore qu’il vient d’abattre le colonel Si Haouès. Pendant ce temps, ses camarades ont réduit les autres rebelles et fait des prisonniers. L’un d’eux âgé de 16 ans seulement parle : Amirouche est là, en tenue de léopard avec casquette Bigeard. Durasse annonce la nouvelle à ses compagnies avec les consignes impératives de vigilance. Cette fois-ci en bas de la cote 1250, une dizaine de fells, découragés, tentent de se défiler dans un lit d’oued à sec. Le sergent Nagy, estimant ses chances, entraîne son groupe pour les intercepter. Quand ils déboulent devant eux, les fuyards n’ont eu le temps de réagir. Plusieurs rafales les cueillent à courte distance. Des corps gisent sur la rocaille. Le premier tombé à l’écart, est mort. En tenue camouflée, mais sans casquette, le colonel Amirouche venait d’être abattu.

Au cours de cette guerre, le marché des armes est florissant et les trafiques affluent de toute part. L’Egypte, sera le principal fournisseur d’armes à la rébellion. Mais c’est la taxation générale de tous les Algériens qui ramènera le plus de fonds. Le cartier indigène de la Casbah, environ 70 000 personnes, doit verser 150 millions de franc par semaine. Les Algériens travaillant en Europe et surtout en France, n’échapperont pas à l’impôt. Tout réfractaire ou retardataires est puni, torturé, exécuté en cas de récidive. Les millions récoltés sont véhiculés par des sympathisants français « Les porteurs de valises », parmi lesquels on trouve des artistes, des comédiens, des médecins et des prêtres…

Hors de cette ambiguïté, une petite fraction d’opposants a la guerre s’est mué en quelques années, en groupe de soutien actif au F.L.N. Pour ces activistes, le combat des Algériens semble si juste qu’ils ont même estimé de leur devoir d’aider les rebelles à combattre la France et son armée.


Jean-Paul Sartre, qui prendra la tête des signataires de manifestes contre la guerre en Algérie.
et qui ne cachera à aucun moment ses sympathies pour le F.L.N.
Ces activités tombent les unes après les autres dans les mailles du filet tendu par la police. Le procès le célèbre dit du « réseau Jeanson » aura lieu à partir du 5 septembre 1960.

Le 14 octobre 1956, un ex-tracteur canadien, le Saint Briavels, rebaptisé Athos est arraisonné à 80 milles nautiques allant vers les côtes marocaines. A bord les marins français découvrent le butin : 75 mortiers,40 mitrailleuses, 75 fusils-mitrailleurs, 1300 fusils 242 pistolets-mitrailleurs, 2000 obus de mortier. C’est une mauvaise affaire pour le F.L.N. L’argent qui devait assurer le paiement, sera saisi par un commando français dans la région de Nemours.

Malgré les nombreux arraisonnements tout au long de ces années de guerre, la rébellion a toujours trouvait les moyens de se faire ravitailler en armes, bien que les derniers temps l’approvisionnement devenait de plus en plus difficile.

Des pourparlés, plusieurs fois rompus, s'ouvrent avec le F.L.N. dès 1960. ils aboutissent finalement en 1962 aux accords d'Evian qui reconnaissent l'indépendance de l'Algérie.

Cette évolution vers l'indépendance qui jalonne les prises de position du général de Gaulle provoque une vive tension entre le pouvoir d'une part, l'armée et les européens d'Algérie de l'autre. Considérant que c'est par leur action et en s'engageant tacitement à maintenir l'Algérie française que le général de gaulle doit son retour au pouvoir, ces derniers ont le sentiment d'avoir été trompés.

En janvier 1960, les activités d'Alger déclanchent la "semaine des barricades" que l'armée laisse se développer. Le cafetier Ortiz dans le centre d'Alger, l'avocat Lagaillarde aux facultés créent des réduits retranchés. l’effervescence est dans les esprits. La Gaillarde et Ortiz ont décidé de sauter le pas et rameutent leurs hommes. Le dimanche 24 au matin ; Lagailarde et une poignée de ses amis occupent plusieurs bâtiments des facultés d’Alger. Ortiz incite son rival et transforme le PC des unités territoriale en quartier général. S’étant placés dans l’illégalité, ils vont désormais se laisser porter par le désordre qu’ils ont provoqué car la foule est grondante et n’obéie plus. Il suffit d'un discours du général de Gaulle pour que le mouvement privé de perspectives politiques et qui n'a pas réussi à entraîner l'armée, s'effoudre de lui- même.

Le 29 janvier 1960, de Gaulle parle à la télévision, le rappel à l’ordre est brutal, il rétablira l’ordre public, sans tarder, et sans atermoiements ? Lagaillarde accepte de se rendre, il est écroué quelques heures après. Oriz se cache dans une ferme, puis s’enfuit en Espagne.

Pendant ce temps le général de Gaulle fait appel au pays qui le légitime. Durant toute l’année 1960, il parcourt l’Algérie et rencontre les officiers des pitons et des djebels dans leurs mess de campagne. En France, des révolutionnaires qui n’acceptent pas l’inaction, choisissent de porter les valises du F.L.N. Toute l’ambiguïté de la guerre d’Algérie se révèle. Le dernier voyage du général, se déroulera en décembre 1960, dans des conditions difficiles ; Le général a parlé de la république Algérienne a venir qui aura son gouvernement ses institutions et ses lois… Le 9 décembre le général est a Aïnt temouchent. Conspué par la foule européenne, il serre les mains des musulmans, qui l’acclament à la sortie de l’Hôtel de Ville. Même accueil à Tlemcen où des échauffourées opposent Musulmans et Européens. Le voyage a été mouvementé et les troubles qui l’ont accompagné, notamment à Alger, ont fait 123 morts et 600 blessés.


Le voyage du général de Gaulle en Algérie en janvier 1960

Le rôle de l’armée est essentiel, a dit le général, elle n’appartient pas à un clan. Elle n’a pas d’intérêts sur ce sol, sinon celui de l’honneur de la France. Ce n’est pas à l’armée de faire de la politique. Son honneur et son devoir, c’est simplement de servir…

Quelques mois plus tard, ce message a été entendu, malgré les déchirements que cela impliquait


Le nom du ministre résidant Lacoste restera attaché à la guerre d'Algérie. Le général de Gaulle lui rendra

hommage. Sur le plan politique comme sur le plan militaires, Lacoste tenta, de toutes ses forces, de rétablir

en Algérie la paix et la liberté pour tous.








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ALGERIE LA GUERRE S'ENRACINE PENDANT L'ETE 1955

Message par SALVAN le Lun 12 Déc 2011 - 18:19

J'ai personnellement vécu le début de ce récit qui relate parfaitement les évenements de l'époque. Ayant rejoint le 1er RCP le 2 Novembre 1954 à Souh Haras, puis Kenchela. Le Régiment revient sur Philippeville le 18 Aout 55 sur ses bases arrières au camp PEHAU. Le 20 Aout à midi le directeur de la mine arriva tout affolé pour nous prévenir du drame qui se déroulait à la mine d'EL HALIA. Ma compagnie étant en état d'alerte, nous recûmes les ordres de partir aussitôt sur le lieu du drame. A notre arrivée nous avons vu immédiatement un spectacle horrible que j'éviterai de raconter sur le site. Enfants et adultes entre 75 et 80 victimes. Nous avions 20 ans. Bien sûr les FELLS étaient tous partis. Dans les heures qui ont suivis une grande opération fut mise sur pied. J'arréte là mon propos. Par contre je tiens à rappeler pour les gens qui ont la mémoire courte que le Ministre de l'Intérieur était le sinistre François MITTERRAND, nous faisions du maintien de l'ordre et l'ensemble de l'Armée dépendait de son ministère. Ce monsieur qui au cours d'un discours déclara l'Algèrie c'est la France. Il se permit de démettre de ses fonctions le général GILLES vers le 15Novembre 54 (tout a fait au début de la rebéllion) responsable de l'ensemble des unités PARAS dans le Constantinois, parce qu'il avait eu le malheur de gifler le sous prêfet de BATNA qui lui donnait des ordres qui ne correspondaient pas à la situation du moment. Il fut rapatrié sanitaire. Enfin il fit mettre notre régiment à la suite des évenements de Philippeville aux arrêts. Je n'ai jamais su si cet individu était de droite ou de gauche, je pense que c'était un opportunisme. N'oublions pas aussi qu'il fut Ministre de la Justice. Qu'il s'opposa à Mendés France président du conseil et que celui-ci du démissionner début 55. Puis il tourna sa veste. Si HOLLANDE prend le même chemin que son mentor attendons-nous à des jours difficiles s'il devient le président de la République. Pauvre FRANCE. Ma génération avec les socialistes a connue que des conflits la guerre de 40/45, l'Indo, l'Algérie, le Golf,et en dernier avec JOSPIN l'Aghanistan. C'est une race qu'il faut ne plus revoir à la tête de notre Nation.

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Re: ALGERIE La guerre s'enracine pendant l'été 1955

Message par Invité le Lun 12 Déc 2011 - 19:35

MERCI A TOI FIDELE AMI DE TON TEMOIGNAGE VECU /mb
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