LES CAMPS PARACHUTISTES

Daniel Cordier, 97 ans, a basculé dans la Résistance, à Pau

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06122017

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Daniel Cordier, 97 ans, a basculé dans la Résistance, à Pau




Daniel Cordier, 97 ans, a basculé dans la Résistance, à Pau, dès la demande d’armistice de Pétain, en 1940.
Il a retrouvé jeudi la ville de son enfance, jamais revue depuis son épopée. Il est l’invité du salon littéraire Les Idées mènent le monde, qui débute ce vendredi


Photographie @ ERIC FEFERBERG / POOL / AFP

LES IDÉES MÈNENT LE MONDE Le salon littéraire démarre ce vendredi et dure jusqu’à dimanche. Le thème de cette 4e édition : Passion, passions. Ce vendredi, rencontre avec l’invité de marque du jour, Daniel Cordier

Eté 1940. Deux à trois mois après son arrivée sur le sol anglais, Daniel Cordier rencontre pour la première fois le général de Gaulle, à Delville Camp, un terrain prêté par l’armée canadienne ; il fait partie des quatre garçons de sa section choisis pour être présentés au chef de la France libre, en inspection.
De Gaulle, « très gentil » (sic), le fait asseoir, lui demande ce qu’il veut faire dans la vie, etc. Le futur secrétaire de Jean Moulin répond alors : « Je suis surtout venu pour une chose, mon général, je voudrais tuer du Boche. » Daniel Cordier restitue la réponse gaullienne dans une magnifique imitation : « Ne vous inquiétez pas, Cordier ! Vous aurez le temps d’en tuer beaucoup ! »

Lointains souvenirs palois
Au soir de sa vie et à la faveur des rencontres littéraires Les Idées mènent le monde, Daniel Cordier, l’un des tout derniers compagnons de la Libération encore en vie, redécouvre Pau, depuis mercredi soir, la ville de sa prime jeunesse, avec l’émerveillement d’un enfant.

Il avait 4 ans, raconte-t-il, quand sortant des Galeries Lafayettes, place Clemenceau, sa mère et sa grand-mère, clientes quotidiennes du grand magasin, s’aperçurent avec horreur qu’il avait « piqué » et caché dans ses poches des quantités de rubans à lettres, comme on en cousait à l’époque à l’intérieur des vêtements d’enfants.
Ce lointain souvenir le ravit. Comme celui des randonnées en montagne qu’il fit plus tard, alors que sa famille était installée à Bescat, le village au balcon de l’Ossau.
C’est à Bescat, le 17 juin 1940, que Daniel Cordier entend le discours de Pétain enjoignant à tout Français de cesser le combat : « Je me souviens de ma mère qui s’est effondrée sur l’épaule de mon beau-père. Moi, je suis monté dans ma chambre et me suis jeté sur mon lit pour pleurer. »

Un beau-père, Charles, grand mutilé de la guerre de 14 ; un père blessé, prisonnier jusqu’à la fin du conflit : « Penser que tout était fini, c’était terrible ! » Mais l’instant d’abattement passé, le jeune Daniel se convainc qu’il faut quitter la France pour aller en Angleterre ou en Afrique du Nord, « persuadé que les colonies n’accepteront pas de négocier avec les Allemands ».

Membre des Camelots du roi, le bouillant jeune homme avait précédemment fondé le Cercle Charles Maurras, à Bordeaux. Les Allemands ayant atteint cette ville, puis descendant dans les Landes, son industriel de beau-père, également gagné aux idées de l’Action française, l’encourage aussi à partir. Charles paiera le passage en bateau de Daniel et des seize tout jeunes passagers qui l’accompagnent.

« Je te maudis ! »
À la Noël 1939, Daniel Cordier était venu voir son père biologique pour obtenir l’autorisation de s’engager dans l’armée française : « Il a dit non – “tu sais, la guerre, ça finira très vite’’- et je me suis brouillé avec lui. » La scène se déroulait à Bordeaux, rue Terre-Nègre (aujourd’hui rue Ernest-Renan), dans la maison où il était né, le 10 août 1920 ; elle est restée gravée dans sa vaste mémoire : « Mon père, heureusement resté en pyjama, a essayé de me poursuivre alors que je tournais brusquement les talons.
Du haut des escaliers, il m’a dit “je te maudis !’’ J’ai claqué la porte et suis parti presque en courant. »

Comment le nonagénaire voit-il l’hommage qui lui sera rendu ce matin dans le péristyle de la mairie de Pau d’où il est parti, le 21 juin 1940, avec seize camarades, pour prendre le bateau à Bayonne et rejoindre, à Londres, les maigres troupes de La France libre ?
« Je suis très, très honoré que ce petit événement, qui a consisté dans le recrutement de jeunes gens pour aller se battre, soit encore présent dans la mairie de Pau. »

Aux côtés de Jean Moulin
Que Jean Moulin, haut fonctionnaire, homme de gauche, qui avait l’âge de son père (43 ans), ait choisi pour responsable de son secrétariat un jeune homme de 22 ans s’affichant d’extrême droite renvoie aux mystères de l’âme humaine. « J’étais destiné à Georges Bidault (1) », précise M. Cordier avant d’évoquer sa première rencontre avec le futur martyr de la Résistance, dans un petit bouchon lyonnais. Suite au parachutage du jeune homme dans la France occupée, le 26 juillet 1942 : « La première chose qu’il m’a demandée, connaissant mes idées, c’était pourquoi j’étais parti alors que le Maréchal Pétain avait demandé la paix ? J’étais stupéfait que quelqu’un puisse me dire des horreurs pareilles. »

S’embarquer pour Londres fut le lot d’une petite minorité. Au tout début, témoigne Daniel Cordier, les effectifs se situaient entre 200 et 300 hommes.
« C’étaient presque tous des collégiens et j’étais parmi les plus âgés ! » Une folie ? L’acte d’illuminés ? « Non, c’est la seule chose dont je suis sûr que, dans ma vie, je la referais. Et ça, je le dis toujours, toujours, et aujourd’hui j’ai quand même 97 ans… »

(1) Homme politique démocrate chrétien, futur président du gouvernement provisoire (1946).

Hommage à la mairie, ce vendredi matin
Daniel Cordier, compagnon de la Libération, ancien secrétaire de Jean Moulin, sera présent ce vendredi matin, à 11 heures, dans le péristyle de la mairie de Pau, à la cérémonie où sera dévoilée une plaque lui rendant hommage. Précédée du discours d’ouverture, la rencontre avec Daniel Cordier aura lieu à 17 h 30, à l’auditorium Alfred-de-Vigny .


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