Mon arrivée chez les paras s’est faite un peu par hasard ...........

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01012018

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Mon arrivée chez les paras s’est faite un peu par hasard ...........




Un témoignage intéressant, envoyé par LANG .

Mon arrivée chez les paras s’est faite un peu par hasard. J’y suis « tombé dedans » à l’occasion de ma préparation au concours d’entrée à Saint Cyr.
Voici un extrait d’un texte de souvenirs qui raconte cette expérience avec un peu d’humour .
Il n’y a là rien de bien original sinon que cette histoire remonte à plus de cinquante ans…

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1961-1962 Corniche de Strasbourg.

………J’aimais bien les avions. Je connaissais presque tous les modèles de chasseurs américains et français, mais sauter en marche ne me paraissait pas nécessaire sauf en cas d’urgence.
Bien sûr, j’avais admiré les parachutistes allemands largués sur des blockhaus en 1940 ou sur l’île de Crète et vibré en voyant les corolles s’ouvrir au-dessus de Diên Biên Phu, mais je préférais les chars comme moyen de locomotion.
Cette tranquille assurance fut insidieusement battue en brèche par mes deux camarades qui avaient déjà effectué leur préparation militaire parachutiste. J’avais droit à leurs tirs croisés. L’objectif étant de me faire rejoindre leur confrérie.
Assénés jour après jour, leurs arguments ne me laissaient pas insensible.
A vrai dire, il y avait aussi l’image donnée par ces officiers et sous-officiers parachutistes en Indochine et en Algérie. Réchappés des camps vietminh, lancés dans un conflit où la victoire était possible, certains étaient allés au bout de leurs idées parce qu’ils en avaient assez de perdre les guerres, et ils s’étaient retrouvés en cellule ou exilés à l’étranger. D’autres étaient restés dans le rang, portaient encore un béret rouge ou vert (sauf en été), mais de taille réglementaire, et n’avaient plus de tenue camouflée. Soldats d’élite, ils pouvaient se permettre de commander leurs hommes sans galons. Ils étaient différents de l’image que je m’étais faite de l’officier et ils m’impressionnaient.
J’avais lu « Les Centurions » et j’aimais cette arrivée progressive de cadres parachutistes dans une unité à la dérive. Lartéguy écrivait bien, et j’avais apprécié la manière dont il faisait vivre ses personnages. Derrière leurs réactions et leurs paroles, on sentait cette recherche de l’absolu qui ne m’était pas étrangère. Ce n’était qu’un roman et l’auteur n’était ni Malraux ni Camus, mais il m’avait marqué.
La sortie des« Prétoriens » me donna l’occasion de le rencontrer dans une librairie de Strasbourg.
J’ai fait le mur pour la première fois avec mon livre sous le bras pour le faire dédicacer.
Assis derrière une table, Lartéguy m’a regardé d’un œil interrogateur en voyant mon insigne avec le shako et le plumet rouge et blanc.
- Alors, vous préparez Saint-Cyr ?
- Oui
Ce n’est pas évident par les temps qui courent ! » m’a­t-il dit en rédigeant son texte.
Je pensais qu’il avait écrit : « Bon courage ! » Il avait mis simplement : « En cordial hommage ».
Le putsch avait eu lieu sept mois auparavant et l’armée était en pleine recomposition. Il le savait mieux que personne. Pour ma part, je n’avais pas encore conscience des ravages que cette restructuration impliquait.
La question qui me préoccupait était de savoir si oui ou non j’allais m’inscrire à ce stage parachutiste.
Après tout pourquoi pas ? me suis-je dit un jour.
Il s’agissait simplement de vérifier si j’en étais capable et donc cohérent avec ma décision de vouloir faire l’armée. Les deux compères à l’origine de ma démarche étaient ravis.
J’allais enfin devenir un homme !
Je me suis inscrit en remplissant les formulaires prévus, et j’ai été déclaré apte après une visite médicale. La formation ayant lieu à Strasbourg en dehors des jours scolaires, j’ai renoncé à quelques congés afin de suivre l’entraînement au sol dans une vieille caserne à moitié désaffectée. L’encadrement était composé de sous-officiers parachutistes en permission ou en convalescence, tous volontaires pour jouer le rôle d’instructeur. Nos treillis étaient de vieilles tenues camouflées anglaises en mauvais état dont le bas des vestes se rabattait entre les jambes. On nous avait aussi attribué des bérets, ils étaient bleus puisque nous n’avions pas encore sauté. L’adjudant-chef des commandos de l’air qui dirigeait l’ensemble avait commencé par nous demander d’arranger cet accoutrement pour le rendre un peu plus esthétique.
Aiguilles et fil ont fait leur apparition comme par miracle.
Nous sommes devenus des petites mains douées pour réparer les accrocs ou ajuster des pantalons trop larges. Chaussés de rangers dont les lacets avaient un circuit très particulier, vêtus d’un treillis polychrome bien ajusté et gratifiés d’un ceinturon américain, nous étions prêts pour les séances d’entraînement..
Mes collègues aux tenues bariolées venaient de tous les horizons: quelques étudiants, des blousons-noirs et des anonymes que je n’arrivais pas à caractériser.
Le comportement de nos instructeurs et les efforts physiques demandés ont progressivement transformé les relations de notre groupe. Peu importaient nos origines, nous étions devenus différents des autres. La perspective de se retrouver au bout d’un parachute et la peur qui l’accompagnait avaient tissé un lien qui supprimait les barrières sociales et intellectuelles.
Une période d’entraînement intensif d’une semaine précéda le grand jour. Une caserne délabrée de Nancy nous a ouvert ses portes. Confort rustique, repas médiocres et altercations avec des appelés qui « n’aimaient » pas les parachutistes ont composé notre activité en plus des répétitions autour d’une carcasse de camion censée représenter un avion. Sauts en position ou en charrette, roulés-boulés dans toutes les directions se sont succédés dans la bonne humeur.
Le dernier jour, nous avons été rejoints par ceux qui avaient déjà sauté plusieurs fois et j’ai retrouvé mes deux compères de Corniche.
Le réveil eut lieu à deux heures du matin et nous prîmes la route pour l’aérodrome.
Les conducteurs des camions avaient dormi avec nous et nous avions été frappés par leur comportement. Ce n’étaient pas des appelés, et tous portaient l’insigne parachutiste. Ils nous évitaient et parlaient peu. Nous avons appris un peu plus tard qu’il s’agissait d’anciens légionnaires, mutés dans l’arme du train parce qu’ils avaient conduit les camions du 1er REP au moment du putsch...
Nous sommes arrivés sur la piste alors qu’il faisait encore nuit.
En attendant les avions, nous avons été très occupés : composition des sticks perception des parachutes, équipement, « déséquipement» et footings se sont succédés dans le froid.
Le jour s’est finalement levé. Nous étions fin prêts.
Les Nord-atlas ont pris leur temps avant d’arriver et nous avons été régulièrement rappelés devant nos faisceaux de parachutes pour de fausses alertes afin que la pression soit maintenue.
Un bruit lointain nous a fait comprendre que le prochain rassemblement serait le bon et que le pipi de la peur serait le dernier.
Ils, ont arrivés, hélices hurlantes, en dégageant une odeur de fumée de kérosène pour s’arrêter en bout de piste. Moteurs poussés à fond, ailerons battant la mesure, les avions semblaient trépigner d’impatience et nous interpeller :
- Dépêchez vous, montez, ne perdons pas de temps ! » tandis que les moniteurs s’affairaient autour de nous pour le contrôle avant l’embarquement.
Visage blême, courroie du casque serrée à fond, les uns derrière les autres, nous sommes montés avec difficulté. Les courroies du parachute dorsal plus ou moins bien réglées nous serraient entre les jambes et nous avons avancé comme des canards. Le largueur nous a accueilli à la porte d’entrée pour nous aider à gravir l’escalier et nous pousser vers l’avant. Un autre moniteur nous a pris en charge et fait asseoir par terre les uns devant les autres. La carlingue vibrait et le bruit était tel que nous avons eu du mal à comprendre les ordres hurlés à pleine voix.
Le décollage nous resserra un peu plus et je fis connaissance avec le parachute de mon voisin de devant qui était assis entre mes jambes. Arrachés du sol, nous avons tenté de nous rassurer en serrant le tissu rugueux du ventral. Chacun s’est retrouvé seul au milieu des autres, essayant de se persuader que ce bruit, cette odeur et cette masse recouverte de casques n’étaient qu’un rêve.
Pendant la période d’accalmie qui suivit, notre instructeur au sol se leva et nous fit chanter.
Avoir devant nous celui qui nous avait appris à atterrir jambes serrées était un réconfort fantastique. Cet homme était notre sauveur, notre dieu. Avec lui, tout était possible, et nous avons chanté.
Les paroles étaient ridicules. Demander à une fille de « percer un tonneau pour nous servir à boire », alors que nous n’étions pas à la fête, avait de quoi surprendre. Prétendre que l’on est « calme et triomphant quand l’avion roule sur la piste» est tout simp1ement absurde mais nous l’avons fait.
Etre dans le ton ou pas, peu importait, il s’agissait d’expulser cette peur qui nous tordait les boyaux et parfois mouillait le pantalon. Le groupe s’est reconstitué à travers ce chœur qui hurlait, couplet après couplet, en s’efforçant de sourire.
Mais, même les belles chansons ont une fin. Une lumière rouge s’est allumée à hauteur de la porte que nous devions emprunter dans l’autre sens. Les cris des moniteurs ont fusé : Debout accrochez ! »
Cet ordre a annoncé le début de la fin.
Tant bien que mal, nous nous sommes levés en nous aidant les uns les autres. Sans réfléchir, comme à l’entraînement, nous avons exécuté quelques gestes simples : dégager la sangle du dorsal et retrouver le précieux crochet pour le rendre prisonnier du câble suspendu au-dessus de nos têtes.
Mais nous n’étions pas dans une carcasse de camion.
C’est avec fébrilité que nous avons libéré ce cordon ombilical qui bientôt allait être rompu et manœuvré le ressort du mousqueton pour le verrouiller sur le filin en acier. Passé cet instant d’agitation éphémère, il ne restait plus qu’à attendre en tenant la boucle de la sangle avec la main gauche à hauteur du visage. Nous devions sauter par la porte de gauche.
Un largueur est passé pour vérifier l’accrochage sur le câble et la position de la sangle d’ouverture du parachute, qui ne devait pas passer sous le harnais si on ne voulait pas rester accroché à l’avion. La mienne était rouge, je l’avais bien regardée.
J’avais aussi jeté un coup d’œil rapide par les hublots car notre temps était compté. Le sol paraissait bien loin avec ses champs aux contours irréguliers. Mais nous n’étions pas là pour faire du tourisme, et le retour sur l’herbe verte ne faisait pas encore partie de nos préoccupations.
Comme tout le monde, mon regard s’est concentré sur le dos qui était devant moi et ma main gauche a serré la sangle rouge. Je n’ai pensé à rien.
J e n’ai pas vu la lumière verte s’allumer.
Le déclenchement brutal de la sirène a entrainé un frémissement de toute la colonne et un mouvement vers le fond de l’avion, là où se trouvait la fameuse porte.
Poussé par derrière, je me suis appuyé sur mon voisin de devant et notre chenille s’est mise à avancer par saccades. Tout allait très vite malgré cette progression chaotique.
Soudain, le casque qui était devant moi a disparu et le temps s’est arrêté…
Un homme, tête nue, se tenait un peu en retrait, et la porte, à droite, semblait encombrée par une masse prête à bondir.
- Go!
La porte s’est dégagée complètement, et j’étais seul devant le largueur qui m’a crié:
- En position !
Se débarrasser de la sangle rouge en la projetant vers le fond, quart de tour à droite, mains sur les bords de la porte pouces à l’extérieur, j’avais bien appris mes leçons.
Les yeux ouverts fixés sur l’horizon sans rien voir.
- Go !
Et une tape vigoureuse sur l’épaule ont suffi.
J’étais dehors.
Happé par le souffle de l’avion, bras et jambes serrés, j’ai laissé faire les choses. Un choc derrière la nuque m’a plaqué le casque sur les yeux, et j’ai eu la curieuse sensation pendant quelques secondes de remonter comme attiré par une main géante. Puis, tout s’est arrêté. J’étais suspendu dans un monde silencieux, baigné de brume et de lumière jaune, sans fond et sans relief.
En redressant mon casque, j’ai vu passer une corolle qui a glissé lentement vers le bas. Persuadé que l’homme volant était un de nos moniteurs, j’ai laissé éclater ma joie en poussant de grands cris.
- C’est fantastique chef!
Mais le chef a continué sa dérive et je n’ai pas entendu sa réponse.
En le suivant du regard, j’ai aperçu le sol sous mes pieds.
Il était vert et parsemé de taches. Au fur et à mesure de la descente, il se rapprochait, et mon parachute s’est mis à tourner lentement. Les taches sont devenues des véhicules et des parachutes blancs ou kakis étalés par terre. Des points se déplaçaient, et certains étaient rouges comme les bérets.
Il était temps de se rappeler la conduite à tenir : repérer le sens du vent, serrer les jambes en les repliant légèrement, se tenir prêt à tirer sur les suspentes du côté opposé, sans oublier de serrer les coudes vers l’intérieur.
Avec un parachute qui tourne, il faut savoir s’adapter et faire au mieux. Les derniers mètres ont été franchis à peu près dans les règles de l’art, rangers en avant.
Le sol est arrivé et je l’ai salué avec différentes parties de mon individu en commençant par les pieds. Une odeur d’herbe mouillée, rien de cassé, je pouvais me réveiller. Mon casque, une fois de plus, avait joué au couvercle qui se rabat Je ne lui en voulais pas. J‘avais sauté !
Nous avons recommencé l’après-midi et les jours suivants, avec toujours la même peur au ventre.
Après le dernier saut, Jean-Marc m’a prêté son béret rouge pour la photo. Pierre, le grand escogriffe aux yeux ronds, m’a donné l’accolade. J’étais des leurs.
Quelque chose avait changé dans ma vie, et je n’étais plus le même en rentrant au lycée. . .


En 1963, j’ai fait connaissance avec la tour de départ de la BETAP à Pau.
Un para club civil m’a fait découvrir le saut à ouverture commandée.
Affecté au 13ème RDP, j’ai eu la chance d’effectuer le stage moniteur en 1966.
Pendant cette première partie de mon parcours, j’ai croisé quelques « Dieux qui n’étaient pas morts en Algérie »…

Lartéguy aurait été étonné…
mais pas surpris, car j’ai quitté l’armée en 1973.~~~~~~~~~~~~~~~

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Message le Mar 2 Jan 2018 - 1:40 par Braun Michel

bravo pour cette évocation fort bien écrite. Cela doit rappeler énormément de choses à beaucoup d'entre-nous.
merci de ce partage.

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Message le Mar 2 Jan 2018 - 18:09 par MARLIN Denis

Récit poignant que nous avons tous vécu.Bravo

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Message le Sam 19 Mai 2018 - 23:56 par EAGLE

Oui et encore fallait-il l'écrire.

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Message le Dim 20 Mai 2018 - 20:54 par LANG

C'était  quand même bien quand on avait vingt ans...
Aérodrome de Nancy 1962, il y a longtemps.
Par discrétion, je ne dirai pas qui sont ces "petits jeunes" sur la photo...

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