Mon premier saut... au 13.

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12022018

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Mon premier saut... au 13.




Mon premier saut… au 13ème RDP. (Il y a très longtemps).
Jeunes sous-lieutenants nous avions été affectés à Dieuze avant d’avoir effectué le stage officier à Pau. Nous étions quatre : deux fantassins et deux cavaliers. C’était une erreur administrative car ce stage était obligatoire avant d’arriver dans une unité TAP. On nous a quand même gardés.
Le départ pour Pau n’était prévu que dans une quinzaine de jours. Pour nous occuper, on nous a fait participer à un exercice de survie dans les Vosges pendant une dizaine de jours !
Nous avons été répartis dans les différentes équipes.
Au programme : saut en parachute par équipes en fin d’après midi, marche de nuit  avec itinéraire appris par cœur, bivouac à construire, nourriture à chercher et survie sur place avant de repartir pour une marche avec transport de blessé et récupération par hélicoptère. Pour pimenter l’affaire, le séjour se faisait sans cigarettes ! Les équipes étaient chapeautées par des sous-officiers spécialistes en survie dont quelques-uns venaient du 11ème choc.
C’était une mise dans le bain originale et dure-dure sans cigarettes.
Au passage, nous avons découvert un matériel (sacs de couchage, sacs, poncho etc.) d’une haute qualité. Dans les TAP, tout le monde n’avait pas la chance d’en bénéficier.
Préparation des équipements, présentation des sacs, perception d’une seule ration survie, vérification de l’absence de cigarettes et nous voila en route pour l’aérodrome militaire de Metz.
Ciel bas et couvert, pluie ; j’imaginais mal un saut dans ces conditions. En cas d’annulation un transport par camion était prévu. Horrible perspective !
Arrivés sur place, perception des parachutes, équipement avec armes et bagages. J’ai fait comme on m’avait appris avec en particulier le fusil à crosse repliable placé dans la housse du parachute. Mes collègues sous-lieutenants avaient fait pareil. Une arme est quelque chose de précieux alors quand on saute on la protège…
Confiant, j’attendais l’inspection par un moniteur.
Il est arrivé, souple et rigolard dans ma direction. C’était un adjudant-chef. Inutile de préciser qu’il avait fait la guerre d’Algérie et même des séjours en Indochine. Il s’est planté devant moi, mains sur les hanches et le ciel m’est tombé sur la tête.
- C’est comme ça que vous faites la guerre !  Inimaginable, incroyable mais qu’est ce qu’on vous a appris à l’école !
Et me voila dégrafé de mon ventral, avec un fusil sorti de sa housse qu’il brandissait en poussant des cris de forcené.
- Mon lieutenant, il faut avoir la possibilité de tirer dès l’arrivée au sol ! Vous croyez qu’ils vont vous laisser le temps de sortir votre arme du sac !
Et de me remettre le fusil sur le ventre, de replacer le ventral et de bloquer la crosse et le canon en envoyant promener la housse de transport du parachute. J’étais devenu un combattant !
Un combattant abasourdi et blême.
En me retournant, je vis que tout le monde souriait. Cet adjudant-chef n’en était pas à sa première démonstration. C’était son coup préféré et tous les nouveaux arrivants, gradés ou pas, y avaient droit.
Un clin d’œil de mon tortionnaire m’a fait comprendre qu’il avait été heureux de m’apprendre quelque chose en faisant ma connaissance !
Bien entendu, il recommença le même « cérémonial » avec mes collègues sous-lieutenants ! (*)
Il faisait partie de ces sous-officiers à l’ancienne qui, mine de rien et avec une pédagogie originale, formaient les jeunes officiers. Ce régiment avait la chance d’en avoir beaucoup. C’étaient des seigneurs. J’ai eu la chance d’en connaitre quelques-uns.
Bref, devenu guerrier des airs, nous voila tous dans le Nord Atlas. Direction les Vosges. Nuages bas, pluie, coups de vent, le trajet commençait mal. On ne voyait pas grand-chose par les hublots et d’après ma « petite » expérience des sauts tout ça devait se terminer par un retour à Metz et un départ avec les camions.
J’en étais toujours à me lamenter sur la perspective d’une mise en place par la route lorsque les ordres fusèrent pour mon équipe.
Debout accrochez !
Nous devions sauter sur la première zone.
Pas possible ! Par le hublot on ne voyait que des nuages !
Près de la porte qui s’est ouverte la lumière rouge s’est allumée. Je n’y croyais toujours pas mais le moniteur est passé très rapidement pour la vérification et nous nous sommes serrés vers l’avant. Encore quelques secondes et la petite chenille s’est mise en route. A la sortie, j’ai senti la pluie qui me frappait et l’ouverture du parachute m’a donné la confirmation qu’il pleuvait.
On nous avait largués entre deux nuages. Ces gens-là sautaient par tous les temps !
En regardant vers le bas, je me suis rendu compte que le sol était bigrement près. Sous la pluie et en dessous de 400 mètres, sans oublier le vent !
Un saut pas comme les autres !
Pas le temps de rêver, le sol est arrivé très rapidement et les jambes serrées j’ai fini par rejoindre l’herbe mouillée. Le terrain était en limite d’une forêt, nous avions eu de la chance de ne pas atterrir dans les arbres…
Parachutes et casques ont été regroupés dans un coin pour être récupérés par du personnel au sol. Le temps d’enlever nos galons et nous voila partis sous la pluie…
Bienvenu à bord…

(*) Remarque : le stage officier à Pau nous aurait évité cette mésaventure bien sympathique ! Notre « tortionnaire » était l’Adjudant-chef Messager. Le dimanche, quand il assurait la permanence, il était le chef de corps du régiment…
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LANG

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Mon premier saut... au 13. :: Commentaires

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Message le Lun 12 Fév 2018 - 18:52 par snop.

Bravo et Merci d'avoir pris le temps de nous faire partager ce premier saut.
Le récit en est fort intéressant. C'est un beau témoignage.

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Message le Mar 13 Fév 2018 - 10:58 par Arcimboldo_56

Bonjour Lang,

beau récit, on s'y croirait, c'est du vécu !

L'aviateur que je suis voudrait connaitre l'unité du Noratlas qui vous a fait sauter et son n°.

A ton carnet de sauts Smile

Bon mardi

Arcim

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Message le Mar 13 Fév 2018 - 17:50 par LANG

Merci Arcim pour cette question très précise mais j’ai passé un mauvais mardi !
En effet, je ne retrouvais plus mon carnet de services aériens !
Déménagements, Alzheimer ?
Heureusement, Saint Michel est venu me donner un coup de main.
Dans le dédale des inscriptions, j’ai noté que ce saut avait été inscrit au 1/09/65 :
Capitaine Menetray Nord 146.
Ma mémoire le situait plutôt en aout mais ce doit être exact puisque le premier saut suivant est daté du 14/09/65 Lt Masniaud Nord 163 à L’ETAP.
Au passage, voila des nouvelles (de 2016) de l’adjudant chef Messager :
https://www.ladepeche.fr/article/2016/07/26/2390809-jean-messagera-ete-distingue.html

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Message le Mar 13 Fév 2018 - 20:26 par Arcimboldo_56

Bonsoir ami Lang,

après un peu de recherche dans "ma" bible, le Noratlas de Xavier Capy puisque je me dois de le citer,

le Noratlas n° 146 FRAWE à la date de son saut appartenait à l'ET 1/62 Vercors de la base aérienne de Reims

et

le Noratlas n° 163 FRABQ à l'autre date appartenait à l'ET 2/63 Bigorre de la base aérienne de Pau.

Bonne soirée et bons sauts cette nuit dans tes rêves Very Happy

Arcim

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Message le Mar 13 Fév 2018 - 21:46 par LANG

Bonsoir Arcim,
Merci pour ces précisions et… pour les rêves ! Votre bible est une mine d’or.
Nous aurions presque eu la possibilité d’être assis l’un à côté de l’autre...si nous pouvions remonter l’espace-temps !

Cette photo remonte à l’époque où j’étais « officier TAP » au 2/13. C’était après un décollage de Kauberen. Il m’est arrivé assez souvent d’être assis à cette place avant de rejoindre la zone de saut et entrer en contact avec l’équipe au sol. J’avais le temps de voir ce qui se passait dans le cockpit.
J’ai toujours été fasciné par les équipages des Nords.
Votre décontraction, votre calme étaient admirables. Pourquoi ? Parce que sous les sièges, là devant moi se trouvaient vos parachutes. Je me suis toujours demandé comment vous pouviez faire pour les récupérer, les enfiler et sauter avec en cas de problème. Quand je posais la question on me répondait souvent par un sourire.
Un équipage va jusqu’au bout avec son avion m’avait dit un commandant de bord.
Depuis un jour de juillet 1971, j’en suis malheureusement persuadé. Un Nord 2501 s’est écrasé à Wright. Il n’y eut aucun survivant. Parmi les disparus, j’avais un camarade, le Lieutenant Remy (ancien du 2ème REP) qui encadrait des élèves de l’EMIA.
En sautant de ces avions "en marche" nous n’avions pas toujours conscience qu’il y avait un équipage qui veillait sur nous…

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