Une deuxième pour la route ?

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12052018

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Une deuxième pour la route ?




D'accord, ce n'est pas une histoire de parachutistes. Mais, j'avais promis une deuxième anecdote entre deux wifi à Amarante.
Alors, si vous le voulez bien, histoire de ne pas terminer ce forum sur une note trop triste...
Et comme "la maison brûle", je vais vous raconter une histoire de pompiers...


Une histoire avec un pompier chez les cavaliers.

Ce devait être en 1970 lors d’une manœuvre d’hiver en février.
Nous, « les rouges », devions descendre le long du Massif Central pour envahir un pays « bleu ». Avec nos EBR, nous avions pénétré assez loin dans le pays « ennemi ». Bien entendu, nous étions ralentis par des forces « hostiles » du genre  « infanterist » de Brive ou «  cavaliere » de Périgueux.
Et la population avait été mise dans le coup.
Les régiments locaux avaient accordé des permissions exceptionnelles en demandant à chacun de prêcher la » bonne parole » dans sa famille et chez les voisins. Les « rouges » qui portaient des brassards de la même couleur devaient être considérés comme de véritables ennemis indésirables. Pas question de donner des renseignements ou de les héberger !
Et la propagande avait été bien faite.
Bref, en tant qu’ennemi « rouge », même vainqueur, nous avions beaucoup de mal. La neige n’arrangeait pas nos affaires et chaque bivouac pour la nuit était un nouveau problème. Sauf un soir, où un ancien maquisard communiste nous avait trouvé une ferme appartenant à sa tante.
- Vous êtes quand même Français ! nous avait-il dit.
Ambiance, ambiance…
Notre escadron avait été « affublé » d’un arbitre qui était un lieutenant des pompiers de Paris. A chaque occasion, nous avions droit à de longs discours sur la lutte contre le feu. C’est d’une oreille distraite que nous écoutions. Seul nous intéressait son diagnostic en cas de rencontre avec « l’ennemi ». Il était rigoureux dans ses décisions et cela renforçait un peu notre agacement lors de ses « démonstrations » incendie.
Un soir, nous avons eu la chance de nous installer à côté d’un château dont le propriétaire admirait nos blindés. Un véritable « collaborateur » !
Nous avons été reçus dans sa propriété et ses granges avaient été mises à notre disposition. Quel changement !
Enfin une nuit de repos dans des conditions normales (pour des cavaliers !). Et quel luxe ! Un repas dans la grande salle à manger et le premier étage de la conciergerie mis à la disposition des cadres pour la nuit. Une salle chauffée grâce à une cheminée : le paradis !
A la sortie du repas, le châtelain désirait voir un EBR de près.
En tant que lieutenant en premier, je lui ai proposé de m’accompagner jusqu’à l’échelon qui procédait à des réparations. Il est monté dans la tourelle d’un blindé et c’était un plaisir de voir cet homme découvrir cette alcôve parfumée à l’huile hydraulique.
L’EBR est un engin sympa mais pour ceux qui connaissent…
Mon adjoint, le Maréchal des Logis chef Daniau qui procédait au dépannage me fit comprendre qu’il serait intéressant de faire un essai sur route.
Daniau était un dépanneur hors pair, un magicien !
Ma première rencontre avec lui s’était faite au bord d’une route. Il sortait de la tourelle d’un blindé en panne. Je l’ai vu sauter le fossé et s’approcher de la haie de noisetiers. Il a coupé une branche et a commencé à la tailler. Je ne comprenais rien. Il est redescendu dans la tourelle, en est ressorti quelques minutes plus tard. Il a demandé au pilote de remettre en route. L’engin est reparti.
Il venait de boucher un tuyau du circuit hydraulique avec son morceau de noisetier...
Au clin d’œil qu’il m’avait fait, j’avais compris qu’il était temps de remercier Monsieur le Comte pour son accueil.
Et nous voilà partis, de nuit, sur une route de campagne de la Creuse.
J’étais le pilote, mon adjoint assis à l’extérieur près de moi et notre châtelain dans la tourelle, cheveux au vent, poussait des cris de joie.
Il n’y avait pas de gendarmes sur l’itinéraire… et (pour rassurer tout le monde) nous roulions très lentement !
Vers deux heures du matin, nous sommes rentrés et après avoir dégusté une bière glacée chacun a rejoint ses pénates.
Je me suis glissé dans mon sac de couchage au premier étage de la conciergerie.
Quelques petites heures de sommeil à déguster.
Cinq minutes s’étaient écoulées et j’ai entendu quelqu’un se déplacer dans la pièce.
C’était notre pompier de Paris.
Il passait de part et d’autre de la cheminée. Je me suis levé à contrecœur pour lui demander ce qu’il avait. Un malaise peut-être ?
Non, cet homme se posait des questions sur la cheminée.
Un feu de cheminée dans une cheminée éteinte !
Encore une obsession pensais-je.
Mais il a insisté. Tellement insisté qu’il a réveillé tout le monde. Il n’y eut pas d’émeute car le militaire est un être discipliné.
Et notre homme décida de descendre au rez-de-chaussée pour vérifier quelque chose.
Sous la cheminée, il contempla le plafond et s’exclama :
- Les poutres sont en feu. Il faut casser le plafond pour vérifier.
J’avais du mal à partager son point de vue. Tout paraissait normal. Mais il insista.
Bon, un petit coup dans le plâtre et cet homme sera satisfait.
Il fut satisfait. J’étais sidéré !
Là, sous mes yeux, je voyais des poutres rouge vif !
Incroyable ! Une cheminée éteinte, pratiquement pas de fumée et pourtant ce bois incandescent !
Nous avons appelé les « vrais » pompiers qui ont éteint ce feu qui risquait de se propager à tout le bâtiment.
Le châtelain n’a pas déposé plainte, il aimait trop nos EBR...
Quant au pompier de Paris, lorsque nous nous sommes quittés en fin de manoeuvre, je lui ai tapé sur l’épaule en le regardant au fond des yeux. C’était ma manière de m’excuser pour tout le mauvais esprit que j’avais fait.

Depuis, je me méfie toujours des cheminées qui sont à l’étage et j’ai un profond respect pour les pompiers de Paris…
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LANG
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Une deuxième pour la route ? :: Commentaires

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Message le Sam 12 Mai 2018 - 21:54 par otosan

merci LANG , très beau récit , il me remet en mémoire une manœuvre ou nous étions en " pays ennemi " avec la gendarmerie à notre recherche ( il ne nous ont jamais trouvé ) mais ou les habitants nous proposaient le gite pour la nuit .

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Message le Mar 15 Mai 2018 - 0:39 par BriseLance13

Grand merci ami Lang pour ce souvenir, et surtout de participer..... par les temps qui courent.

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