LES CAMPS PARACHUTISTES

commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  guépard le Ven 28 Oct 2011 - 19:14

ci-dessous le lien pour accéder au site internet d'Hélie Denoix de Saint Marc.

http://www.heliedesaintmarc.com/Index.htm

'' Ce site a pour ambition de porter à la connaissance des internautes mon témoignage sur la Résistance, sur la Déportation, sur les guerres d'Indochine et d'Algérie telles que je les ai connues ; cette "part de vérité" que je revendique
à travers mes livres sur ces tragédies; les réflexions qu'il en découle sur le sens à donner à une aventure humaine pour un acteur, pour un témoin, placé aux avant-postes de l'histoire récente de notre pays.
L'idée en revient à Olivier Le Fur.
Avec mon accord, il a crée puis mis en ligne le site.
Il en assure également l'administration.

Il s'agit donc avant tout d'une source d'information.
avatar
guépard

Messages : 270
Points : 2898
Date d'inscription : 26/10/2011
Age : 57

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Invité le Dim 30 Oct 2011 - 18:37

SLED , un seigneur de guerre et cette video tres tres emouvante , bien a toi /MB

CLIQUEZ ICI SUITE
avatar
Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Lothy le Dim 6 Nov 2011 - 11:15

Dans son édition du 4 Novembre, Marianne 2 publie l'article suivant....


Le commandant Hélie de Saint-Marc va être, selon nos informations, élevé à la dignité de Grand-Croix de la Légion d'Honneur, la plus haute distinction que la République peut conférer.

Hélie de Saint-Marc, 89 ans, est une personnalité bien connue et très respectée pour son humanisme, bien au-delà du monde militaire : résistant, déporté, officier de la Légion étrangère, il participe au putsch des généraux, en 1961. Arrêté, il reste cinq ans en prison, avant d'être grâcié. Il est l'auteur de nombreux livres, dont ses Mémoires, "les Champs de braise", ont connu un grand succès.
Il incarne, mieux que quiconque, le destin tragique de toute une génération de militaires, que retrace le récent Prix Goncourt.

On ne peut que se réjouir de voir ce Grand Soldat, écrivain hors pair, honoré comme il le mérite. Souhaitons que cet honneur lui soit rendu rapidement.


Dernière édition par Lothy le Jeu 8 Mar 2012 - 2:08, édité 1 fois

_________________
Lothy
"A tous les Prétoriens que des Césars firent massacrer pour ne pas payer de solde ou pour sauver leur propre vie" - Jean Lartéguy.
avatar
Lothy
Fondateur / Administrateur

Messages : 4796
Points : 9570
Date d'inscription : 28/10/2011
Age : 70

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  AMARANTE le Dim 6 Nov 2011 - 13:48

Un texte que j'apprécie particulièrement qui est en fait la préface de son livre " les champs de braises "


Une force que je ne maîtrise pas m'a poussé a revenir sur les lieux essentiels de mon existence.

La nostalgie était absente de ces pèlerinages dont je suis sorti meurtri. il en est ainsi chaque fois que l'on rencontre les choses mortes.
Il faut accepter ces désillusions inévitables. Elles sont le prix de la mémoire.

Cependant l'aventure que j'ai vécue fut si violente que j'ai ressenti la nécessité de secouer une dernière fois notre histoire , pour en faire tomber quelques indices ou un signe inconnu qui m'en donneraient le sens.

La mémoire n'est pas seulement un devoir, c'est aussi une quête.

Hélie de Saint Marc , " les champs de braises "

_________________
croire et oser

AMARANTE

Messages : 806
Points : 6169
Date d'inscription : 26/10/2011
Age : 60

http://www.campidron.fr

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Mac Breheny le Dim 6 Nov 2011 - 18:30

Hello everybody,

Merci pour toutes ces infos et surtout pour l'adresse du site que j'avais perdu !
Une texte qu j'aime bcq et qui mériterait d'être plus connu chez nos jeunes :

« QUE DIRE A UN JEUNE DE 20 ANS »

Quand on a connu tout et le contraire de tout,
quand on a beaucoup vécu et qu’on est au soir de sa vie,
on est tenté de ne rien lui dire,
sachant qu’à chaque génération suffit sa peine,
sachant aussi que la recherche, le doute, les remises en cause
font partie de la noblesse de l’existence.

Pourtant, je ne veux pas me dérober,
et à ce jeune interlocuteur, je répondrai ceci,
en me souvenant de ce qu’écrivait un auteur contemporain :

«Il ne faut pas s’installer dans sa vérité
et vouloir l’asséner comme une certitude,
mais savoir l’offrir en tremblant comme un mystère».

A mon jeune interlocuteur,
je dirai donc que nous vivons une période difficile
où les bases de ce qu’on appelait la Morale
et qu’on appelle aujourd’hui l’Ethique,
sont remises constamment en cause,
en particulier dans les domaines du don de la vie,
de la manipulation de la vie,
de l’interruption de la vie.

Dans ces domaines,
de terribles questions nous attendent dans les décennies à venir.
Oui, nous vivons une période difficile
où l’individualisme systématique,
le profit à n’importe quel prix,
le matérialisme,
l’emportent sur les forces de l’esprit.

Oui, nous vivons une période difficile
où il est toujours question de droit et jamais de devoir
et où la responsabilité qui est l’once de tout destin,
tend à être occultée.

Mais je dirai à mon jeune interlocuteur que malgré tout cela,
il faut croire à la grandeur de l’aventure humaine.
Il faut savoir,
jusqu’au dernier jour,
jusqu’à la dernière heure,
rouler son propre rocher.
La vie est un combat
le métier d’homme est un rude métier.
Ceux qui vivent sont ceux qui se battent.

Il faut savoir
que rien n’est sûr,
que rien n’est facile,
que rien n’est donné,
que rien n’est gratuit.

Tout se conquiert, tout se mérite.
Si rien n’est sacrifié, rien n’est obtenu.

Je dirai à mon jeune interlocuteur
que pour ma très modeste part,
je crois que la vie est un don de Dieu
et qu’il faut savoir découvrir au-delà de ce qui apparaît
comme l’absurdité du monde,
une signification à notre existence.

Je lui dirai
qu’il faut savoir trouver à travers les difficultés et les épreuves,
cette générosité,
cette noblesse,
cette miraculeuse et mystérieuse beauté éparse à travers le monde,
qu’il faut savoir découvrir ces étoiles,
qui nous guident où nous sommes plongés
au plus profond de la nuit
et le tremblement sacré des choses invisibles.

Je lui dirai
que tout homme est une exception,
qu’il a sa propre dignité
et qu’il faut savoir respecter cette dignité.

Je lui dirai
qu’envers et contre tous
il faut croire à son pays et en son avenir.

Enfin, je lui dirai
que de toutes les vertus,
la plus importante, parce qu’elle est la motrice de toutes les autres
et qu’elle est nécessaire à l’exercice des autres,
de toutes les vertus,
la plus importante me paraît être le courage, les courages,
et surtout celui dont on ne parle pas
et qui consiste à être fidèle à ses rêves de jeunesse.

Et pratiquer ce courage, ces courages,
c’est peut-être cela «L’Honneur de Vivre»

Hélie de Saint Marc

Cdlt

Mac
avatar
Mac Breheny
TEAM
TEAM

Messages : 451
Points : 2813
Date d'inscription : 03/11/2011
Age : 51

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  guépard le Sam 12 Nov 2011 - 20:30

Il se leva pour vivre, avec honneur et fidélité. Il le paya très cher. Il nous transmet les leçons d’une vie intense.

Marcher à la rencontre d’une légende vivante est une joie profonde, doublée d’une légère inquiétude. Je suis à Lyon, à deux pas du parc de la Tête d’Or. Hélie de Saint Marc, 88 ans, m’attend. Je le sais affaibli. Comment vais-je trouver le soldat, l’écrivain, cette autorité morale qui subjugue par une vie d’engagements et d’épreuves au service de la France ? Marqué par la souffrance dès l’âge de 21 ans, Saint Marc a raconté son destin incroyable dans deux maîtres ouvrages, les Champs de braise (1995) puis les Sentinelles du soir (1999) – « le meilleur de mes livres » –, du jeune résistant de 1941, capturé par la Gestapo puis dé­porté à Buchenwald, jus­qu’au com­mandant putschiste de 1961, condamné à dix ans de réclusion criminelle puis gracié en décembre 1966.

Les yeux disent tout. Hélie de Saint Marc me regarde avec malice et intérêt. Le regard d’azur a pâli mais livre, intacte, sa passion de transmettre et de comprendre. Il me tend son dernier livre, l’Aventure et l’Espérance (Les Arènes) : « J’approche du mystère et je me sens plus démuni qu’un enfant. »

Au soir de sa vie, « quand les ombres s’allongent et que j’essaie de comprendre », il se dit « dépositaire » : « Repiquer chaque matin le riz de nos souvenirs pour que d’autres en extraient quelques grammes d’humanité, pour les repiquer ailleurs. » L’aventure ? « Je n’ai pas passé ma vie en retrait. J’ai été plongé dans l’Histoire, pendant deux décennies, avec une intensité sans équivalent. » L’espérance ? « À mon âge, c’est peut-être la seule grâce qui reste, cette flamme fragile, si bouleversante que je veux confier à mes lecteurs. »

Je m’inquiète de ne pas le fatiguer davantage. Il sourit : « Combien de fois ma vie n’a-t-elle tenu qu’à un fil  ? » Je veux poursuivre, il m’arrête. Ce grand témoin de notre histoire veut savoir comment va le monde, nos armées. L’Afghanistan le préoccupe. Il pense à ses jeunes camarades : « Vous les avez vus sur le terrain, que pensent-ils ? Sont-ils assez bien entraînés, armés ? Le soldat a besoin de vérité et de cohérence. La guerre d’aujourd’hui est brouillée et incertaine. »

Plein de sollicitude, il m’écoute, précis dans ses questions, attentif à mes réponses : « Nos jeunes soldats ne se battent pas en Afghanistan pour défendre des biens mais pour remettre le pays à des gens qui veulent la liberté, comme en Indochine. Nos épreuves vietnamienne et algérienne préfigurent peut-être les conflits du XXIe siècle. Une nation perd sa liberté le jour où elle n’a plus en son sein des hommes prêts à se sacrifier pour la liberté. »

Les rêves de sa jeunesse – Gallieni, Lyautey, Charles de Foucauld – et ses camarades de combat l’accompagnent chaque jour. Il y a bien sûr ce jeune infirmier de Buchenwald qui le sauva de la mort en détournant des médicaments réservés aux kapos ou ce Letton au nom effacé de sa mémoire qui le maintint en vie à Langenstein en faisant son travail et en lui donnant sa ration de pain. Et tous les soldats qui servirent à ses côtés, à commencer par l’adjudant Bonnin, mort au combat, « achèvement parfait du sous-officier », l’une des “étoiles” de sa galaxie militaire, avec Eggerl, Chaumelle, Prudhomme, « les véritables puissants des mondes où j’ai vécu ».

« J’ai été comblé par l’existence », dit Saint Marc. Je lui parle pourtant des épreuves qui ont dessiné ses rides profondes et affûté son regard sur les hommes. Il ne retient que des leçons de vie. Pour ne pas désespérer ? « L’extrême douleur m’a appris la joie de vivre, sourit-il. L’étincelle jaillit des ténèbres et de l’espérance. » Ce qui l’intéresse est « la lueur passagère où se concentre l’essentiel de nos vies ». L’a-t-il aperçue ? « Les camps de concentration et la Légion étrangère m’ont appris l’humanisme. L’homme était nu. On ne le jugeait pas sur l’avoir et le paraître mais sur sa vérité profonde. »

Cet « essentiel d’une vie » fut pour lui le chemin de l’Espagne, avant son arrestation par la Gestapo, le 13 juillet 1943, puis Buchenwald, Langenstein et sa libération le 9 avril 1945, alors qu’il avait été laissé pour mort (il ne pesait plus que 42 kilos). Ce fut aussi cette Indochine de sang où il fit trois séjours, de 1948 à 1954, pour les moments les plus forts de sa vie : les combats à la tête de ses partisans, le poste de Talong à la frontière de Chine, où il abandonna une première fois des gens à qui il avait donné sa parole d’officier de ne jamais les quitter. Un souvenir le bouleverse encore : l’aube dans un village de montagne, une fille apportant un bol de thé : « J’ai connu un moment d’éternité. J’étais encore en vie après avoir tué… »

“Le temps perdu, les vies sacrifiées, la confiance trahie…”

Les drames de l’Algérie accomplirent son destin de combattant : la mort de son beau-frère, le lieutenant SAS Yves Schoen, pure figure de héros militaire, tué le 18 février 1959 ; le putsch du 21 avril 1961 ; son procès devant le tribunal aux armées : « Depuis mon âge d’homme, Monsieur le Président, j’ai connu pas mal d’épreuves : la Résistance, Buchenwald, trois séjours en Indochine, la guerre d’Algérie, Suez, et puis encore la guerre d’Algérie… »

La prison – la Santé, Clairvaux, Tulle – acheva ce parcours hors norme : « Mon passé fracassé et notre avenir qui gisait en morceaux sur le sol de notre cellule. » Combien de temps faut-il pour redevenir un homme “normal” après la prison ? « Jamais… »

Saint Marc lâche quelques regrets : « Le temps perdu, les vies sacrifiées, la confiance tra­hie. » Lui aussi connut le dé­sespoir absolu : « J’ai senti que la vérité n’est pas toujours dans la lu­mière. Dans chaque hom­me se trouvent des zones d’ombre. Il n’y a pas de grand hom­me qui n’ait été un pauvre homme. » Nous sommes de­vant le miroir d’une existence exceptionnelle en défis per­sonnels : « Le doute me brûle. Ai-je toujours été fidèle ? Ai-je toujours agi selon l’honneur ? » Pudique, le commandant s’arrête : « Il existe en chacun une dissonance, une fêlure. Il faut respecter les drames intérieurs. »

“Honneur et fidélité”. Ce combattant a toujours voulu rester fidèle à l’exigeante devise de la Légion étrangère. « Toujours servir en visant au plus haut et en s’estimant au plus juste », dit-il en évoquant « les vagues venues de sa jeunesse », « Retrouver la vérité de l’enfant que j’ai été. » Après la prison, de 1967 à 1988, ce père de quatre filles « vécut pour vivre », responsable des ressources humaines dans une entreprise métallurgique de la région lyonnaise : « J’ai dû refaire ma vie et j’ai vécu sans passion. » La politique le laissa in­différent, comme le profit : « C’est l’éthique qui est importante. Les raisons de vivre, pas les moyens de vivre. » S’il n’avait pas été marié, Saint Marc serait devenu moine au Barroux, ou mercenaire…

Chacune de ses défaites reste une douleur, intense, mais aussi une victoire, sur lui-même, ses bourreaux ou ses persécuteurs. Certains le comprirent sur-le-champ, comme le procureur Reliquet à son procès (juin 1961), qui refusa de suivre les réquisitions sévères, ou le général Ingold, démissionnaire de son poste de grand chancelier de l’ordre de la Libération.

D’autres mirent des années à le comprendre. En 1995 encore, il se trouva quelques gaullistes pour protester contre l’attribution du premier prix Erwan-Bergot de l’armée de terre à Saint Marc pour ses Champs de braise. Le pardon des hommes, la portée humaniste de sa vie ont apaisé les passions. Saint Marc en a tiré une leçon : « Les témoins sont le sel d’un pays. De près, ils brûlent la peau car personne n’a envie de les entendre. »

L’une de ses plus belles récompenses fut sans doute sa conférence aux Écoles de Saint-Cyr-Coëtquidan, devant un millier d’élèves officiers subjugués. Le saint-cyrien de 1948, le commandant banni puis pardonné fut acclamé. Jamais le grand amphi Napoléon ne connut une telle écoute admirative.

Je quitte Hélie de Saint Marc. Le soleil illumine les grilles du parc de la Tête d’Or. Ma joie ressentie avant la rencontre est encore plus profonde. Une phrase du commandant m’accompagne : « Le souvenir n’est pas une tristesse mais une respiration intérieure. » Je crois lui avoir dit un adieu définitif mais ce grand soldat ne cessera jamais de se battre. Je le revois quelque temps après. Ce jour-là, il rit avec malice de son amusant sweat-shirt bleu ciel, si bien assorti à ses yeux : « Une idée de Manette, mon épouse… »

Je repartirai avec d’autres anecdotes, d’autres leçons de vie, comme une empreinte indélébile sur la mienne. Et aussi cette certitude absolue, dictée à Manette en dédicace sur son dernier livre, avec sa signature tremblée, “Hélie” : « Dans la suite des temps et la succession des hommes, il n’y a pas d’acte isolé. Tout se tient. Il faut croire à la force du passé, au poids des morts, au sang et à la mémoire des hommes. »

texte de Frédéric Pons
avatar
guépard

Messages : 270
Points : 2898
Date d'inscription : 26/10/2011
Age : 57

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Lothy le Dim 13 Nov 2011 - 1:39

Merci de mettre à l'honneur de Grand Soldat...

Merci Mac pour cette "lettre"... Elle est bouleversante, tellement vraie...

Voilà un texte qui mériterait d'être étudié par les enseignants tout d'abord, puis par les jeunes.

_________________
Lothy
"A tous les Prétoriens que des Césars firent massacrer pour ne pas payer de solde ou pour sauver leur propre vie" - Jean Lartéguy.
avatar
Lothy
Fondateur / Administrateur

Messages : 4796
Points : 9570
Date d'inscription : 28/10/2011
Age : 70

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  yuguy le Mar 29 Nov 2011 - 15:21

avatar
yuguy

Messages : 21
Points : 2082
Date d'inscription : 30/10/2011

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  AMARANTE le Mar 29 Nov 2011 - 19:58


Éloge au Commandant Hélie Denoix de Saint-Marc
par le Général CA Bruno DARY, Gouverneur Militaire de Paris
.
Mon ancien, mon commandant, et, si vous le permettez en ce jour exceptionnel, mon cher Hélie ! Nous vivons à la fois une journée exceptionnelle et un moment paradoxal : qui d’entre nous en effet n’a pas lu un seul de vos livres, sans avoir eu, la dernière page tournée, un goût amer dans la gorge ? La guerre est toujours une tragédie et vos livres nous rappellent que l’histoire est souvent une tragédie ; ils m’ont ramené un siècle plus tôt, quand le capitaine de Borelli, officier de Légion, alors au Tonkin, écrivait à ses hommes qui sont morts :
Quant à savoir, si tout s’est passé de la sorte, Si vous n’êtes pas restés pour rien là-bas,
Si vous n’êtes pas morts pour une chose morte, Ô, mes pauvres amis, ne le demandez pas !
Et pourtant, aujourd’hui, il n’est pas besoin d’interroger tous les présents, pour affirmer que tous sans exception sont très heureux de vivre ici ce moment exceptionnel ; ils sont heureux pour notre pays, incarné par sa République et son Président qui vient de vous décorer ; ils sont heureux pour la France, qui montre aujourd’hui qu’elle sait à la fois pardonner et reconnaître chacun selon ses mérites ; ils sont heureux pour vous, pour l’honneur qui vous échoit, pour le témoin que vous êtes, pour les mystères que vous avez soulevés, pour le courage que vous avez toujours montré ! Alors, permettez-moi d’être leur porte-parole et d’essayer d’exprimer tout haut ce que beaucoup ressentent intérieurement. Je parlerai au nom de ceux qui vous entourent et de ceux qui auraient aimé être là ; je parlerai au nom de tous ceux qui vous ont précédé, ceux qui sont partis, au hasard d’un clair matin, dans les camps de concentration, dans les brumes des calcaires tonkinoises, ou sous le soleil écrasant d’Afrique du Nord. Comme je ne peux les citer tous, j’évoquerai simplement le nom des trois derniers, qui nous ont quittés récemment, le commandant Roger Faulques, héros de la RC4, le major Otto Wilhelm, qui eut l’honneur de porter la main du Capitaine Danjou en 2006 à Camerone, et puis, le caporal Goran Franjkovic, dernier légionnaire à être tombé au combat, voici 15 jours en Afghanistan

Parmi ceux qui se réjouissent aujourd’hui avec vous, je veux citer en premier lieu, les légionnaires, vos légionnaires, ceux d’hier qui ont marqué toute votre vie et ceux d’aujourd’hui qui étaient sur les rangs et sous les armes durant la cérémonie. Vous avez dit et écrit que vous aviez vécu avec eux, les heures les plus fulgurantes de votre vie ! Eh bien, ils sont tous là, les petits, les sans-grade, les sans-nom, les oubliés de l’histoire ! Ceux dont les noms ne figureront jamais sur un monument aux morts ! Ceux qui montent à l’assaut sans hésitation, ceux qui se battent la peur au ventre, mais le courage dans le cœur, et ceux qui sont tombés sans un cri ! Ils ont bâti la gloire de la Légion et de notre armée avec leur peine, leur sueur et leur sang. Parmi eux, comment ne pas évoquer vos légionnaires du 1e REP, ceux des champs de braise et des brûlures de l’histoire, ceux qui, une nuit d’avril 1961, vous ont suivi d’un bloc parce que vous étiez leur chef ! Quand j’exerçai le commandement de la Légion étrangère, nous avons évoqué plusieurs fois ensemble cette aventure, votre sentiment et votre peine à l’égard de la Légion d’avoir entraîné des soldats étrangers dans une affaire française ; car la Légion, elle aussi, a payé le prix fort ! Avec les légionnaires, figurent aussi leurs chefs, vos camarades, vos frères d’armes, ceux de tous les combats, ceux du 2e BEP de Raffalli, du 1e REP de Jeanpierre, et puis, Hamacek, Caillaud et votre cher et fidèle ami, le Cdt Morin, camarade de lycée et compagnon de déportation. Ils ont partagé vos joies, vos peines, vos craintes, vos angoisses, vos désillusions et vos espérances.

Sont heureux aujourd’hui, les jeunes officiers, ceux de la 4e génération du feu, ceux qui ont longtemps monté la garde face au Pacte de Varsovie, puis, une fois la menace disparue, une fois la Guerre froide gagnée, sont repartis dans de nouvelles aventures, en opérations extérieures, imprégnés de vos écrits, de votre expérience, de vos interrogations, de vos encouragements et de vos messages d’espoir ; ils sont repartis dans des circonstances bien différentes, mais, comme vous, ils ont toujours cherché à servir de leur mieux, guidés par leur devoir et leur conscience!
Et puis, parmi ceux qui se réjouissent, il y a ceux qui, un jour dans leur vie, ont dit ‘‘non’’, fatigués des scènes d’horreur, des années d’occupation et des humiliations répétées. Contre toute logique, contre l’air du temps, contre l’attrait du confort et la sécurité du lendemain, ils ont dit non, et ils ont assumé leur décision en mettant leur peau au bout de leur choix ; dans ce long cortège, Antigone a montré le chemin, d’autres ont suivi et habitent encore ici, dans l’aile opposée des Invalides, celle d’Occident ; ce sont les Compagnons de la Libération, vos frères d’armes de la 2e Guerre Mondiale, venus de partout et de nulle part, et qui, comme vous ont dit non, quand ils ont vu la France envahie.
Se réjouit aujourd’hui avec vous la foule silencieuse de ceux qui ont connu la souffrance, dans leur corps, dans leur cœur ou leur âme ; il existe un lien mystérieux, invisible, profond, indélébile qui unit ceux qui ont souffert. La marque de la douleur vous confère cette qualité de savoir regarder la vie autrement, de relativiser les échecs, même importants, de rester conscients que tout bonheur est fragile, mais aussi de savoir apprécier les joies simples de la vie, le regard d’un enfant ou d’un petit-enfant, le sourire d’une femme, la fraternité d’armes des camarades, l’union des âmes des compagnons.
Vous rejoignent aujourd’hui dans l’honneur qui vous est rendu, ceux qui, comme vous, ont connu la prison, la prison qui prive de liberté, et surtout la prison qui humilie, isole, brise, rend fou, et détruit l’être dans le plus profond de son intimité ; comment ne pas évoquer ce mineur letton du camp de Langenstein, prisonnier anonyme et qui vous a sauvé la vie ? Entre eux aussi, il existe un lien mystérieux : je me souviens de ce jour de septembre 1995, lorsque je vous ai accueilli au 2eREP à Calvi, je vous ai présenté le piquet d’honneur, et au cours de la revue, alors que vous veniez de vous entretenir avec plusieurs légionnaires, vous avez demandé, avec beaucoup de respect et de pudeur, à l’un d’eux : « Mais, si ce n’est pas indiscret, vous n’auriez pas connu la prison? » Et, malgré son anonymat, il vous répondit que c’était bien le cas…
Et puis, parmi la cohorte immense, il y a ceux qui croyaient au ciel, et ceux qui n’y croyaient pas, tous ceux qui ont été ébranlés dans leur foi et leurs certitudes, pour avoir vu, connu et vécu l’horreur ; ceux qui ont douté qu’il pût exister un Dieu d’amour, pour avoir hanté les camps de la mort, qu’il pût exister un Dieu de fidélité, pour avoir dû abandonner un village tonkinois, qui avait cru à votre parole, ou qu’il pût exister un Dieu de miséricorde, pour avoir été victime de parjures. Et pourtant, au soir de votre vie, vous restez persuadé que rien n’est inutile et que tout est donné, que si le passé est tragique, l’avenir est plein d’espoir, que si l’oubli peut envahir notre mémoire, le pardon ne pourra jamais assaillir notre cœur ; c’est ce que vous avez appelé : ‘‘l’Aventure et l’Espérance’’
M’en voudrez-vous beaucoup si, parmi ceux qui se réjouissent en ce jour, je parle aussi des femmes ? Celles que l’on évoque souvent dans nos chants de légionnaires, Eugénie, Anne-Marie, Véronika ; celles dont les prénoms ont servi à baptiser les collines de Dien-Bien-Phu ; celles qui ont toujours tenu une place particulière dans votre vie de combattant et d’homme de lettres ; celles dont la beauté et le charme ne vous ont jamais laissé indifférent. Je me permettrais d’évoquer la première d’entre elles, Manette, qui comme elle s’y était engagée devant Dieu et les hommes, vous a suivi pour le meilleur, mais aussi pour le pire. Elle et vos quatre filles furent à la peine ; il est bien normal qu’aujourd’hui elles soient à la joie !
Enfin et au dessus de tout, ceux qui se réjouiront sans doute le plus, même si leur pudeur ne le leur permet pas, ce sont les hommes d’honneur ! Car l’étoile qui vous a guidé dans toute votre vie, restera celle de l’honneur, puisque vous lui avez tout sacrifié, votre carrière, votre famille, votre renommée, votre avenir et vos lendemains ! Et aujourd’hui, cet honneur vous est officiellement reconnu, car la France, dans sa profonde tradition imprégnée de culture chrétienne, a su pardonner et même plus que cela, elle a reconnu votre sens de l’honneur. Avant de conclure, vous me permettrez de citer ce général, qui, au cours d’un des procès qui suivit la tragédie algérienne, déclara : ‘‘ Choisissant la discipline, j’ai également choisi de partager avec la Nation française la honte d’un abandon ! Et pour ceux, qui, n’ayant pu supporter cette honte, se sont révoltés contre elle, l’Histoire dira peut-être que leur crime est moins grand que le nôtre !’’. Aujourd’hui, 50 ans plus tard, à travers l’honneur qui vous est fait, il semble que l’Histoire soit sur le point de rendre son verdict !
Mon ancien, vous arrivez aujourd’hui au sommet de votre carrière, militaire et littéraire ; mais comme vous le dîtes souvent, vous êtes aussi au soir de votre vie, à l’heure où l’on voit les ombres s’allonger. Tous ceux qui sont là sont heureux d’être auprès de vous sur ce sommet ; et ce sommet n’est pas qu’une allégorie ! Ce sommet est bien concret ; permettrez-moi de l’imaginer en Corse : toutes vos sentinelles du soir sont là, autour de vous, admirant le soleil couchant ; comme partout en Corse, le paysage est sublime, le spectacle intense ; la nuit s’est répandue dans la vallée, le soir monte, et l’on voit s’éclairer peu à peu les villages et leurs églises, les cloches des troupeaux tintent dans le lointain, et l’on admire le soleil qui disparaît lentement derrière l’horizon dans le calme et la paix du soir. Il va bientôt faire nuit et chacun de ceux qui sont là, qui vous estiment et qui vous aiment, ont envie de fredonner cette rengaine, désormais entrée dans l’histoire : ‘‘Non, rien de rien ! Non, je ne regrette rien !’’





_________________
croire et oser

AMARANTE

Messages : 806
Points : 6169
Date d'inscription : 26/10/2011
Age : 60

http://www.campidron.fr

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Lothy le Mar 29 Nov 2011 - 20:27

Il eut été dommage que nous n'ayons pas connaissance de ce texte magnifique..... Les mots sonnent fort, ils sonnent juste !...

Merci Général d'avoir exprimé bien haut, ce que nous sommes si nombreux à penser tout bas....

Merci BIDASSOA d'avoir mis de nous faire partager ce texte.


Dernière édition par Lothy le Mar 29 Nov 2011 - 22:52, édité 1 fois

_________________
Lothy
"A tous les Prétoriens que des Césars firent massacrer pour ne pas payer de solde ou pour sauver leur propre vie" - Jean Lartéguy.
avatar
Lothy
Fondateur / Administrateur

Messages : 4796
Points : 9570
Date d'inscription : 28/10/2011
Age : 70

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Charbonnier le Mar 29 Nov 2011 - 21:37

Merci à toi SLED pour ce lien très intéressant

_________________
«Contre la peur, un seul remède : le courage.»
[ Louis Pauwels ]  
avatar
Charbonnier
MODERATEUR
MODERATEUR

Messages : 1428
Points : 5678
Date d'inscription : 28/10/2011
Age : 66

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  yuguy le Mer 30 Nov 2011 - 8:26

En ces instants chargés de souvenirs qui nous ramènent à une époque dont le recul historique nous fait mesurer toute l'ampleur dramatique, je ne peux m'empêcher de repenser au 18eme R.C.P.auquel j'ai appartenu (dissous en avril 61)et à son chef de corps, le Colonel MASSELOT,décédé il y a quelques année, embastillé huit ans suite au putsch ; lui non plus n'a pas hésité un seul instant à prendre le risque de tout sacrifier pour l'honneur. Et avec lui, la totalité du régiment car il ne manquait pas un seul homme pour le suivre dans cette épopée comme d'ailleurs dans toutes les opérations dans lesquelles nous nous trouvions engagés.Comme il aurait, lui-aussi, mérité cet acte de réhabilitation!
avatar
yuguy

Messages : 21
Points : 2082
Date d'inscription : 30/10/2011

Revenir en haut Aller en bas

eux aussi

Message  aigle le Mer 30 Nov 2011 - 10:40

oui, au travers du commandant de Saint Marc on peut penser que l'état souverain reconnait certaines erreurs commises envers l'Armée en générale et les parachutistes en particulier lors de la guerre d'Algérie.
l'ombre de ceux qui ont tout perdu sauf l'Honneur en Algérie devait planer aux Invalides en ce 28 novembre 2011.

Le problème c'est que maintenant beaucoup de nos concitoyens ne savent pas ce qu'est l'Honneur et le devoir ! Alors l'Armée .............

avatar
aigle
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Invité le Mer 30 Nov 2011 - 11:45

Le problème c'est que maintenant beaucoup de nos concitoyens ne savent pas ce qu'est l'Honneur et le devoir ! Alors l'Armée .............

.


Helas Aigle , nos valeurs patriotiques sont bradées par certains de nos politiques irresponsables, bafouant nos acquis et l'honneur de nos soldats tombés au combat , et quand a ceux qui sont blesses et cassé a tout jamais, pas de reconnaissance !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! POUR CERTAINS ELLE ARRIVE BEAUCOUP TROP TARD MB
avatar
Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Mac Breheny le Jeu 1 Déc 2011 - 7:51

Hello everybody,

Un grand merci Bidassoa d'avoir mis en ligne le discours du Gal Dary.
Ce n'est que justice que ce grand soldat soit récompensé à hauteur des services rendus à la Nation.
Cdlt

Mac
avatar
Mac Breheny
TEAM
TEAM

Messages : 451
Points : 2813
Date d'inscription : 03/11/2011
Age : 51

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  MF46 le Sam 3 Déc 2011 - 10:24

Même si l'on peut craindre un brin d'électoralisme dans cette démarche, on ne peut que se réjouir de voir enfin le commandant de St-Marc honoré comme il le mérite....

Merci de nous avoir posté l'éloge funèbre, ce texte est très émouvant.

_________________

avatar
MF46
TEAM
TEAM

Messages : 429
Points : 2956
Date d'inscription : 19/11/2011

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Kaki92mobile le Dim 11 Déc 2011 - 16:39

Très bel article du Figaro trouvé à l'instant :
http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2011/11/05/01006-20111105ARTFIG00567-l-honneur-d-un-commandant.php

L'honneur d'un commandant
Par Etienne De Montety
Publié le 05/11/2011 à 12:18

L'ancien officier parachutiste doit être élevé à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur par Nicolas Sarkozy. Comment le proscrit de la guerre d'Algérie est-il devenu l'une des personnalités les plus respectées de la France de 2011 ?

A quoi pouvait bien penser le commandant de Saint Marc dans le fourgon cellulaire qui l'emmenait à la prison de la Santé, au lendemain du putsch d'Alger en avril 1961 ? A l'honneur, cette noble notion qu'il avait découverte dans Corneille lorsqu'il était lycéen à Bordeaux, et qui avait pris réalité en lui, année après année, tandis qu'il faisait son métier de soldat. Condamner à une mort certaine des hommes qui avaient choisi de servir la France, était-ce compatible avec l'honneur, c'est-à-dire avec l'idée qu'on se fait de sa condition d'homme ? Cette question, les circonstances ne lui avaient pas permis de se la poser en 1949 quand il avait reçu l'ordre d'évacuer son poste de Ta Lung, à la frontière chinoise. En revanche, il avait eu tout le temps de la tourner et de la retourner dans sa tête pendant son séjour en Algérie. Les victoires militaires remportées par son régiment, le 1er REP, lui avaient un moment évité de s'interroger. Mais le changement de politique du gouvernement français avait tout bouleversé.

Puisqu'il en était à Corneille, Hélie de Saint Marc songeait au dilemme où les circonstances l'avaient enfermé : soit consentir à l'abandon précipité de l'Algérie et de ceux de ses fils qui avaient choisi de combattre aux côtés de l'armée française, soit se rebiffer et prendre la terrible décision de conduire un régiment étranger à la désobéissance aux lois de la République. Il avait alors pris une option qu'il savait attentatoire à ce qu'un gouvernement était en droit d'attendre d'un soldat, l'obéissance. Mais l'honneur serait sauf.

Le 22 avril 1961, le commandant de Saint Marc avait marché sur Alger à la tête du 1er REP, soutenant l'entreprise de quatre généraux entrés en opposition avec la politique du général de Gaulle en Algérie. La veille, il avait rencontré en secret l'un d'eux, le général Challe, l'homme du plan de pacification qui avait pour fer de lance les parachutistes, l'officier républicain qui lui avait donné des assurances sur l'issue qu'il voulait donner à l'opération. C'est pour lui qu'il avait accepté cette entreprise. Le putsch s'était vite soldé par un échec, la dissolution de son régiment, et l'arrestation des conjurés. Pour Saint Marc, l'aventure était finie, croyait-il.

Ce jour d'avril 1961, dans ce fourgon, entre deux gendarmes, le commandant de Saint Marc ne songeait qu'à l'honneur. Sa génération avait appris que, parfois, celui-ci trouvait refuge dans la rébellion. Des officiers admirables lui avaient montré l'exemple : Leclerc, de Lattre, Massu et Charles de Gaulle, le « refuznik » de 40. C'est dans l'esprit de l'appel de Londres qu'Hélie de Saint Marc était devenu un réfractaire, un jour du printemps 1941.

Mais il n'imaginait pas, dans le tourment qui était le sien, et dans son infortune, qu'un demi-siècle plus tard, le président de la République française l'élèverait à la dignité de grand-croix de la Légion d'honneur. La Légion d'honneur, il l'avait reçue pour la première fois en Indochine, des mains du général de Lattre. Il allait en être déchu. «Les décorations, on m'en a décerné, on me les a retirées, on me les a redonnées. On m'en décerne de plus prestigieuses encore...», dit-il aujourd'hui en souriant. Bientôt - le 11 novembre ? - l'ancien déporté de Buchenwald, ex-officier de Légion étrangère sera élevé à ce grade de l'ordre de la Légion d'honneur - le plus haut auquel puisse prétendre un citoyen - par Nicolas Sarkozy. Qu'est-ce qui vaut à l'ancien reclus de Tulle pareille distinction ? Les temps auraient à ce point changé que les rebelles d'hier seraient aujourd'hui célébrés comme des modèles ? Cette consécration, Saint Marc la doit à son exceptionnelle personnalité. Depuis vingt-cinq ans, il s'est comme échappé de sa propre histoire pour devenir un symbole. Le symbole d'une France qui cherche à comprendre plutôt qu'à juger, à nuancer plutôt qu'à caricaturer. Ses livres ont tous été des succès de librairie. Leurs titres - Les Champs de braises, Les Sentinelles du soir, Notre histoire- sont devenus des mots de passe. A ses conférences se pressent des jeunes gens de tous horizons qui viennent recevoir de lui des leçons d'histoire et surtout de conduite que ni leur époque ni leurs professeurs ne leur prodiguent plus.
Acteur de nombreuses pages de l'histoire de France contemporaine

Avec les années, Hélie de Saint Marc est devenu -nolens volens- un témoin capital. Il aura 90 ans en février prochain. Il a été un acteur de nombreuses pages de l'histoire de France contemporaine, et des plus trépidantes. Il s'est engagé dans la résistance à 20 ans, en 1941, en rejoignant le réseau Jade-Amicol du colonel Arnould. D'abord passeur sur la ligne de démarcation, il a décidé de gagner la France libre. Arrêté a la frontière espagnole, il fut envoyé au camp de Buchenwald. Il a connu pendant deux ans l'enfer du camp satellite de Langenstein : sur les 1 000 déportés de son convoi, seuls 30 en sont revenus. Il a combattu ensuite en Indochine puis en Algérie, aux avant-postes de ces batailles où la France s'est déchirée.

La personnalité claire et généreuse d'Hélie de Saint Marc l'a conduit à ne pas être qu'un simple « héros » tiré des griffes du destin par quelque bonne fée. Il a accepté d'assumer une situation singulière devant l'Histoire. Il a été successivement acteur, victime, une nouvelle fois acteur, avant d'endosser la tunique d'infamie du proscrit. Ces rôles que lui fit jouer l'Histoire, il les explique avec douceur, sans assener de certitudes mais en assumant des contradictions apparentes qui ne sont à ses yeux que les aléas d'une existence. «Tout est lié, a-t-il coutume de dire. Il n'y a pas d'actes isolés.» Il n'est ni Leclerc, ni Remy, ni Bigeard ni Bastien-Thiry. Il tient une place à part dans la mythologie nationale. Il a connu le respect et la compassion de ses contemporains, leur incompréhension et leur dédain. Le seul récit de sa vie permet que soient mieux compris les récents épisodes des « actualités françaises ». Grâce à Hélie de Saint Marc, la tragédie de la déportation n'est pas le seul apanage des militants communistes. La guerre d'Indochine, lointaine et obscure, prend un autre visage, le sien, un visage aux grand yeux bleus étonnés et émus qui explique les raisons de la présence française sur cette terre d'Extrême-Orient, avoue le coup de foudre que ses soldats ont eu pour ce pays, ses lumières et ses habitants.

Hélie de Saint Marc incarne encore la complexité de la guerre d'Algérie. Simple guerre coloniale, cette intervention dans des départements français peuplés d'un million d'Européens depuis cent trente ans ? Formaient-ils vraiment une armée d'occupation, volontiers tortionnaire, ces hommes qui, pour certains, étaient rescapés de Buchenwald ou Mauthausen (Jeanpierre, Morin, et lui, Saint Marc) ? Quel sens ces officiers donnaient-ils à leur combat ? Quelle idée de l'homme et de la France les menait ? Celle de Lyautey, celle de Mollet ? Et enfin, qu'est-ce qui pousse un soldat à la révolte ? Quelque dessein brutal, quelque orgueil ? Ou une nécessité irrépressible, celle de faire parler la petite voix d'Antigone, de la conscience humaine qui dit : «Si omnes, ego non» ?

Aujourd'hui, Hélie de Saint Marc n'est pas un « ancien combattant ». Ceux qui lui rendent visite dans son appartement ensoleillé du cœur de Lyon, rempli de souvenirs, sont frappés. Le vieil homme est toujours avide de se faire expliquer un monde qui n'est plus le sien. Plutôt que ressasser tel fait de guerre, il préfère interroger inlassablement ses visiteurs : la crise boursière, l'immigration, la révolution numérique, il ne se résigne pas à ne pas comprendre : «si peu de choses dans les mains et tant à portée de la main», aime à répéter celui qui sait encore s'émerveiller devant la beauté du jour, la grâce d'une femme ou le regard d'un enfant.

Au fil des ans, Hélie de Saint Marc est devenu une « icône » de la réconciliation nationale. Depuis un demi-siècle, il échappe aux étiquettes. Lors de son procès, les observateurs avaient constaté qu'il n'avait rien de l'officier fanatique, ivre de Mao, Gramsci et Maurras. Ses lectures allaient plutôt du côté de Psichari et de Camus. Son tempérament le pousse à l'apaisement et à la réflexion. A ses visiteurs, il délivre un message de mesure et d'exigence. Aux jeunes gens qui le pressent de questions, il répond en les encourageant à s'engager pleinement dans leur époque,à «désirer le plus haut, mais en visant au plus juste»... Pas de mots d'ordre ou de provocations bravaches. La comédie contemporaine n'aura pas réussi à en faire un gourou ni un indigné professionnel. S'il parle et écrit, sans se départir d'un ton grave et émouvant, il pratique volontiers l'ironie pour se libérer des égards et prend ses distances avec les grandeurs d'établissement.

Il y a quelques années, l'écrivain François Nourissier était venu lui rendre visite dans sa maison de la Drôme. Entre le président de l'Académie Goncourt et l'officier déchu, peu de points communs. Une même génération toutefois, et un souvenir. En 1961, dans France Observateur, Nourissier avait pris courageusement la plume pour défendre Saint Marc au moment de son procès. Celui-ci se le rappelait, avec gratitude. Dans la douceur d'un soir, les deux hommes avaient devisé. La conversation était arrivée sur un sujet : l'honneur et les honneurs. Un mot, deux acceptions. Que sacrifie-t-on au premier pour obtenir les seconds ? Aucun des protagonistes ne donna de réponse à cette question complexe. Hélie de Saint Marc se contenta de sourire et, alors, s'alluma dans ses grands yeux délavés une lumière radieuse.

Etienne De Montety
avatar
Kaki92mobile
Membre AMI
Membre AMI

Messages : 297
Points : 2950
Date d'inscription : 10/11/2011
Age : 66

http://www.lumierebro.com/

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Lothy le Dim 11 Déc 2011 - 18:41

Le Commandant emploie souvent dans ses écrits cette expression 'Tout et le contraire de tout...."

Il semble que ce soit au final ce qui résume sa personnalité, son existence. Il a connu la douceur d'une vie bourgeoise et l'extrême dénuement, il a connu la prison et les honneurs.... Il fut guerrier autant qu'il est poète...

Il n'est personne d'autre que Hélie Denoix de Sait-Marc.

_________________
Lothy
"A tous les Prétoriens que des Césars firent massacrer pour ne pas payer de solde ou pour sauver leur propre vie" - Jean Lartéguy.
avatar
Lothy
Fondateur / Administrateur

Messages : 4796
Points : 9570
Date d'inscription : 28/10/2011
Age : 70

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Mac Breheny le Mar 13 Déc 2011 - 8:33

Hello everybody,

Un grd Monsieur et un grd soldat qui mérite amplement les honneurs que la République lui a récemment rendus.
Cdlt

Mac
avatar
Mac Breheny
TEAM
TEAM

Messages : 451
Points : 2813
Date d'inscription : 03/11/2011
Age : 51

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Lothy le Dim 8 Jan 2012 - 2:02

Je viens de trouver cette vidéo datant de 2006.... Les propos du Commandant sont d'une actualité surprenante !...


_________________
Lothy
"A tous les Prétoriens que des Césars firent massacrer pour ne pas payer de solde ou pour sauver leur propre vie" - Jean Lartéguy.
avatar
Lothy
Fondateur / Administrateur

Messages : 4796
Points : 9570
Date d'inscription : 28/10/2011
Age : 70

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Charbonnier le Ven 24 Fév 2012 - 0:27

Remise de la dignité de Grand Croix de la Légion d'Honneur au Commandant de SAINT MARC.

Une bien légitime reconnaissance car on lui aura tout fait à ce malheureux Soldat. Les 3/4 de sa vie se passeront au rythme de la souffrance, mais aussi de l'héroïsme !


Le Commandant Hélie DENOIX de SAINT MARC, patron par intérim du 1er REP, en avril 1961, face à un piquet de courageux Légionnaires ce merveilleux régiment.



_________________
«Contre la peur, un seul remède : le courage.»
[ Louis Pauwels ]  
avatar
Charbonnier
MODERATEUR
MODERATEUR

Messages : 1428
Points : 5678
Date d'inscription : 28/10/2011
Age : 66

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Lothy le Ven 24 Fév 2012 - 1:00

"Tout et le contraire de tout", comme il l'a écrit si souvent... Une vie brisée, mais une reconnaissance ô combien méritée, même si elle est un peu tardive....

_________________
Lothy
"A tous les Prétoriens que des Césars firent massacrer pour ne pas payer de solde ou pour sauver leur propre vie" - Jean Lartéguy.
avatar
Lothy
Fondateur / Administrateur

Messages : 4796
Points : 9570
Date d'inscription : 28/10/2011
Age : 70

Revenir en haut Aller en bas

Re: commandant Hélie DENOIX DE SAINT MARC

Message  Charbonnier le Mer 7 Mar 2012 - 23:16

Encore une photo de ce héros !



Commandant Hélie de Saint MARC
----
Responsable du 1er REP lors du Putsch en 1961

_________________
«Contre la peur, un seul remède : le courage.»
[ Louis Pauwels ]  
avatar
Charbonnier
MODERATEUR
MODERATEUR

Messages : 1428
Points : 5678
Date d'inscription : 28/10/2011
Age : 66

Revenir en haut Aller en bas

Déclaration d’Hélie Denoix de Saint Marc

Message  Charbonnier le Mar 19 Fév 2013 - 22:16

Déclaration d’Hélie Denoix de Saint Marc devant le haut tribunal militaire, le 5 juin 1961

A lire ICI

_________________
«Contre la peur, un seul remède : le courage.»
[ Louis Pauwels ]  
avatar
Charbonnier
MODERATEUR
MODERATEUR

Messages : 1428
Points : 5678
Date d'inscription : 28/10/2011
Age : 66

Revenir en haut Aller en bas

Oh surprise

Message  Roman V le Sam 2 Nov 2013 - 17:16

Sur le site de " La Voix de la Russie ", version en Français de la télévision Russe, un très bel hommage lui est rendu.

http://www.prorussia.tv/Journal-hebdomadaire-de-Voix-de-la-Russie-2-septembre-2013_v514.html
avatar
Roman V

Messages : 42
Points : 2021
Date d'inscription : 10/04/2012
Age : 69

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum