bataille de Dunkerque

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05082017

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bataille de Dunkerque




Alors qu’est sorti le film de Christopher Nolan, retour sur un épisode qui marqua l'un des premiers tournants de la Seconde Guerre mondiale.

Opération Dynamo : que s'est-il passé en mai 1940 à Dunkerque ?

Une nasse. Un piège dans lequel se débattent 400 000 hommes, Britanniques et Français, coincés sur une étroite bande côtière, acculés contre la mer d’un côté et menacés, de l’autre, par les chars allemands menés par le général Guderian. La guerre éclair – le blitzkrieg – menée par la Wehrmacht a contraint les troupes alliées, françaises et britanniques, à se replier sur Dunkerque où ils vont se trouver condamnés à résister, périr ou être capturés. La bataille de Dunkerque débute le 26 mai 1940. Elle durera neuf jours pour prendre fin le 4 juin avec la prise de la ville par les Allemands à 10 heures du matin. Neuf journées que retrace le film de Christopher Nolan qui sort ce mercredi.

A propos de l’année 40, les mêmes mots reviennent toujours : débâcle, désastre. Pour Dunkerque, celui de miracle s’impose tant la catastrophe a été évité de peu. Au regard des historiens, comme Dominique Lormier, auteur d’un livre sur la bataille de Dunkerque (Ed. Tallandier), elle marque même un tournant de la Seconde Guerre mondiale. «Sans Dunkerque, il n’y aurait pas eu le 6 juin 44», a même déclaré le prince Charles d’Angleterre.

Double équation
La Couronne a envoyé sur le sol français 250 000 hommes, presque la quasi-totalité de son armée. Leur perte causerait un dommage irréparable. L’Angleterre s’en trouverait considérablement affaiblie au point de ne pouvoir poursuivre son effort de guerre et même d’être incapable de résister à une invasion des soldats du Reich. «Nombre de généraux allemands considèrent la bataille de Dunkerque comme un tournant de la guerre : si le corps expéditionnaire anglais avait été fait prisonnier, la Grande-Bretagne aurait été vaincue ; si cela était arrivé, l’Allemagne aurait pu concentrer toutes ses forces sur la Russie. Stalingrad n’aurait pas eu lieu», assure l’historien américain Walter Lord, auteur du Miracle de Dunkerque (Ed. Laffont).
Au sein des états-majors alliés, certains prônent la contre-offensive mais le 26 mai, le cabinet de guerre britannique en décide autrement.

L’évacuation de ces soldats s’affiche comme une nécessité absolue. «En de telles conditions, une seule issue vous reste : vous frayer un chemin vers l’ouest où toutes les plages et les ports situés à l’est de Gravelines seront utilisés pour l’embarquement. La marine vous fournira une flotte de navires et de petits bateaux, la Royal Air Force vous apportera un soutien total», écrit le War Office. Menée par l’amiral Gray, l’opération Dynamo démarre. Il installe son PC (poste de commandement) dans la cave du château de Douvres où était installé auparavant un groupe électrogène. D’où le nom de code de ce sauvetage d’une armée entière et qui se résume à une double équation. La première : trop d’hommes et pas assez de bateaux. La seconde parle de sacrifices. Qui assurera la couverture des hommes à embarquer en freinant l’offensive allemande ?

«Incroyable armada»
La «home fleet» rassemble alors une «incroyable armada» très hétéroclite. Tout ce qui navigue, flotte et ne prend pas l’eau, est mobilisé pour sauver les «Tommies». Trente-neuf «destroyers», des dragueurs de mines plus d’autres bâtiments de guerre font «machine avant toute»pour embarquer les soldats prisonniers de la poche de Dunkerque. Des navires de guerre au fort tirant d’eau qui les empêchent d’accéder au plus près des côtes de ce nord de la France aussi plane que le plat pays. Ils mouillent au large. Comment alors les faire embarquer pour cette opération de sauvetage jamais vue dans l’histoire ? Des ferries, des chalutiers, des canots de sauvetage, des remorqueurs et même des yachts privés – propriétés de lords – sont alors mobilisés ou offrent leurs services naturellement pour assurer le transport des troupes jusqu’à ces navires. Dans l’historiographie anglaise, ils restent comme les «little ships». Frêles embarcations qui assureront les rotations et le transbordement des troupes entre les navires de haute mer et les plages dunkerquoises. Au total, 848 navires dont 300 sont français, y compris les plus frêles esquifs, traversent le Channel pour se porter au secours des encerclés. Une trentaine de caboteurs néerlandais ayant échappé aux Allemands viennent prêter main-forte et sauveront 25 000 hommes.
Un retour au «home sweet home» effectué dans des conditions effroyables. Près de 800 avions de la Luftwaffe mitraillent les plages et bombardent les navires. Ils en couleront près de 250. La RAF (Royal Air Force britannique) mettra au tapis près de 156 avions allemands et se préparera ainsi à la bataille d’Angleterre contre les raids sur Londres des bombardiers et chasseurs Messerschmitt.
Au premier jour de Dynamo, seulement 7 600 hommes prennent pied sur le pont des navires. 17 900 au deuxième jour, 47 400 au troisième et 59 000 au quatrième. Au bout de neuf journées, 338 226 combattants seront évacués dont 123 095 Français. Ils continueront à combattre au sein des Forces françaises libres.

Les troupes alliées ont aussi bénéficié d’un incroyable répit. Pendant quelques jours, le général Von Rundstedt donne aux blindés de Guderian l’ordre de stopper leur marche, craignant qu’ils ne soient trop isolés. Les raisons de cet arrêt confirmé par Hitler restent encore sujets de discussions entre historiens. Certains défendent la thèse que, par ce geste de bonne volonté, Hitler aurait cherché à négocier une paix séparée avec les Anglais.
Résistance farouche
Pour empêcher la réduction finale de la poche de Dunkerque, près de 30 000 soldats français opposent une résistance farouche à l’avancée de 160 000 combattants allemands, au prix de très lourdes pertes. Des régiments entiers y laissent leurs drapeaux. «Par son héroïque sacrifice, l’armée française a bel et bien sauvé la Grande-Bretagne de la défaite. C’est également une défaite tactique et stratégique pour Hitler, qui ne put contraindre l’Angleterre à négocier une paix séparée», écrit Dominique Lormier.

35 000 soldats français seront faits prisonniers. Pendant les années de guerre, la propagande vichyste a entretenu le mythe d’une «perfide Albion» qui aurait refusé de prendre à son bord «les froggies», les abandonnant à leur sort. Une rancœur colportée par les prisonniers français de retour après de longues années de captivité en stalag («camp ordinaire») qui n’avaient pu embarquer à bord des navires anglais. «La résistance héroïque de l’armée française a sauvé l’armée britannique, permettant à l’Angleterre de poursuivre la guerre», écrira, plus tard, Winston Churchill. Un hommage très loin de cette image du roman de Robert Merle Week-end à Zuydcoote, porté à l’écran par Henri Verneuil en 1964 avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle principal, et qui montre deux soldats français traînant leurs guêtres sur les dunes des plages de la Manche en attendant d’être embarqués. Deux pauvres soldats de la «drôle de guerre».

Le 4 juin 1940, à 3 h 20, le Shikari embarque à son bord les derniers soldats encore coincés sur les plages. Sept heures plus tard, Dunkerque tombe.
L’armée de sa majesté laissera à Dunkerque 70 000 tonnes de munitions, 150 000 tonnes de carburants, 85 000 véhicules, 2 500 canons et 380 000 tonnes d’approvisionnement. Des vestiges que les marées ne cessent de faire remonter à la surface. Plus tard, ce sont en partie ces soldats anglais évacués qui vaincront, sur le sable encore, du désert cette fois, en 1942 à El Alamein et à nouveau sur les plages de Normandie en 1944.

L’opération Dynamo aura été un succès. «Les guerres ne se gagnent pas en évacuant», constatera Winston Churchill devant la chambre des Communes.



Christophe Forcari

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bataille de Dunkerque :: Commentaires

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Message le Sam 26 Mai 2018 - 19:44 par LACITA

merci pour ce post, nous pensons a cette opération et a tous ceux qui y ont participé.

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Message le Dim 27 Mai 2018 - 16:28 par lucius

En fait très peu de rapatriés de Dunkerque rejoindront le général de Gaulle au grand désappointement de ce dernier. L'opération dynamo se termine avant l'appel du 18 juin. Entre temps une grande partie des 100 000 français ainsi arrivés en Grande-Bretagne sera ré-embarquée vers le continent pour créer le réduit breton imaginé un instant. J'ai le témoignage d'un camarade dont le père a pu être embarqué à Dunkerque et qui est mort lors d'un bombardement de la gare du Mans après, avoir été débarqué à Brest.

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Message le Dim 27 Mai 2018 - 16:31 par sergent PDL

merci lucius pour ces précisions

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Message le Dim 27 Mai 2018 - 19:27 par LANG

Oui, intéressante cette précision de lucius concernant l'évacuation de Dunkerque et le "Réduit Breton".
Elle m'a permis de découvrir cet épisode peu connu de juin 1940.
Tous les Français évacués ne sont pas restés en Angleterre !
L'opération "Dynamo" s'est déroulée entre le 26 mai et le 4 juin. Environ 120.000 Français sont arrivés en Angleterre.  Une très grande partie a été "rapatriée" via Brest, Cherbourg et d'autres ports normands. La plupart pour être faits prisonniers et partir pour l'Allemagne...
Je n'ai pas trouvé de chiffre précis et fiable pour le nombre de "rapatriés". De Gaulle écrit dans ses "Mémoires" qu'il pouvait compter sur 7000 hommes environ quand il a rejoint Londres...
C'est ce même de Gaulle qui avait été chargé par Paul Reynaud d'étudier la mise en place de ce "Réduit". Il s'était rendu à Rennes entre le 12 et le 15 juin.
Le 16 juin Paul Reynaud démissionnait et était remplacé par le Maréchal Pétain.
Le "Réduit Breton" n'a jamais vu le jour...

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Message le Dim 27 Mai 2018 - 19:39 par coupole


Bonjour à tous
un petit éclairage sur le sujet.

Promu en mai 1940 général de brigade à la tête de la 4e division blindée, Charles de Gaulle ne peut pourtant pas empêcher l'inexorable avancée de la Wehrmacht. C'est la débâcle partout. L'armée française est désorganisée. Les réfugiés déferlent sur les routes. Le gouvernement de Paul Reynaud fuit Paris déclarée ville ouverte le 10 juin, direction Tours puis Bordeaux.

Le 6 juin, de Gaulle a été nommé sous-secrétaire d'État à la Guerre et à la Défense nationale. Il prône l'idée d'un « réduit breton » où se retrancheraient les troupes évacuées de Dunkerque et celles de retour de la bataille de Narvik (Norvège). La ligne de défense s'établirait du Mont Saint-Michel à l'estuaire de la Vilaine, passant par Saint-Aubin-du-Cormier, Châteaubourg, Janzé, Bain-de-Bretagne, Redon...

Quimper serait la capitale administrative et politique. Le Quimpérois Gwenn-Aël Bolloré (un des 177 fusiliers marins du commando Kieffer qui débarquera en Normandie) raconte dans ses souvenirs de guerre : « On parlait à la radio du réduit breton et quelques velléités de ce genre durent prendre corps, puisque notre villa fut réquisitionnée pour loger une partie du gouvernement. En l'occurrence, nous allions héberger Paul Reynaud. »

De Gaulle est envoyé à Rennes les 12 et 15 juin, afin d'y rencontrer les responsables militaires de la zone Ouest. Les conciliabules se tiennent à l'état-major, rue de Corbin, dans l'hôtel de Boisgeffroi. Mais le projet est vite abandonné devant la déferlante allemande. Paul Reynaud démissionne le 16 juin et est remplacé par le maréchal Pétain.

Lors de sa seconde venue à Rennes, de Gaulle ne manque pas d'aller voir sa mère à Paimpont. Elle est hébergée chez son fils Xavier, frère aîné du général, mobilisé à Coëtquidan comme officier de réserve dans l'artillerie. C'est à Paimpont qu'ils ont vent de l'Appel du 18 juin, ainsi que le raconte Jean-Paul Ollivier dans son livre Le Général de Gaulle et la Bretagne : « L'abbé Thouail se précipite vers un groupe de gens devisant devant la boucherie et leur annonce, haletant : « A la TSF d'Angleterre, un général français a parlé. Il a dit qu'il fallait continuer le combat et que rien n'était perdu... C'est un nommé de Gaulle ! » [...] « Monsieur le curé, c'est mon fils que vous avez entendu. C'est lui, Charles de Gaulle ! »

Madame de Gaulle décède d'une angine de poitrine à 80 ans, le 16 juillet 1940. Sa dépouille sera exhumée du cimetière de Paimpont en 1949 afin d'être enterrée dans un caveau de famille à Sainte-Adresse, près du Havre.



Ouest-France

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