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23 SEPTEMBRE 1940 , opération MENACE

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23092017

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23 SEPTEMBRE 1940 , opération MENACE





par Jacques Bauche.


Une brume lumineuse couvrait le littoral, ce lundi 23 septembre 1940, devant Dakar.

Sur le Westerland et le Penland qui croisaient au large, protégés par une escadre britannique, les Français Libres du corps de débarquement attendaient, l’arme au pied, que le passage leur soit ménagé vers la capitale du Sénégal.

Trois petits navires des Forces Navales Françaises Libres, l’aviso colonial Savorgnan de Brazza (capitaine de corvette Roux), et les avisos dragueurs Commandant Duboc (lieutenant de vaisseau Bourgine) et Commandant Dominé (lieutenant de vaisseau Jacquelin de la Porte des Vaux), avaient pour mission de s’approcher des passes et de mener à bien la mise à l’eau de deux vedettes de parlementaires où prendraient place le capitaine de frégate Thierry d’Argenlieu, le chef de bataillon Gotscho, les capitaines Bécourt-Foch et Perrin, l’enseigne de vaisseau Schlumberger et le sous-lieutenant Porges.

Les bâtiments F.N.F.L. devaient également se tenir prêts à débarquer les fusiliers marins du capitaine de corvette Detroyat, devant contrôler l’arsenal et le port, ainsi qu’un détachement du train du capitaine Parazols, chargé de réunir le plus grand nombre possible de camions pour aider au débarquement des troupes et du matériel de la France Libre.
Les émissaires devaient contacter le contre-amiral Landriau, commandant la marine de Darlan à Dakar. Le commandant Thierry d’Argenlieu était, en outre, porteur d’une lettre personnelle du général de Gaulle au gouverneur général Boisson, gouverneur général de l’A.O.F. pour le compte de Vichy. Ces démarches avaient pour but de convaincre les autorités locales de la bonne cause de la France Libre et de l’opportunité de ce débarquement afin d’organiser la colonie pour la lutte commune en vue de la libération de la France.

Durant ce même temps, une mission terrestre, conduite par le commandant Hettier de Boislambert agissait psychologiquement sur place, et des aviateurs du groupe mixte de combat n° 1 des F.A.F.L., commandé par le lieutenant-colonel de Marmier, devaient poser leurs appareils sur l’aérodrome de Ouakam et tenter de fraterniser avec le personnel de cette base militaire. Parmi ces aviateurs français libres se trouvaient Fred Scamaroni, Soufflet, Gaillet, Pecunia, Joire, etc.
Pendant que ces opérations se déroulaient, à bord du Westerland qui arborait sa marque depuis le départ de liverpool, le général de Gaulle ne cessait de réitérer ses appels à la radio pour expliquer à la population sénégalaise noire et blanche les buts de la France Libre dirigés vers la libération de la métropole.
Il avait été convenu que les Britanniques, dans cette première phase, se contenteraient de montrer leurs cuirassés et de faire jeter sur la ville des tracts français libres par des avions désarmés.

Trois éventualités avaient été envisagées: Happy (Heureuse), si les défenseurs de Dakar accueillaient favorablement les émissaires du général de Gaulle; Sticky (Vaseuse), si une certaine résistance se manifestait; Nasty (Nauséabonde), si la garnison de la ville répliquait avec ses forces et s’il fallait employer les grands moyens.
Malheureusement pour la France, ce fut tout de suite Nasty !
Le commandant Thierry d’Argenlieu et sa suite, reçus à coups de mitrailleuses, malgré le pavillon blanc des parlementaires qui les protégeait, durent faire demi-tour avec des blessés.

Le commandant Hettier de Boislambert était pris en chasse et finalement arrêté. Le lieutenant Scamaroni et ses compagnons furent capturés. Les avions anglais pris pour cible, et bientôt les canons des forts côtiers et ceux des navires de Vichy ouvrirent le feu sur les bâtiments des F.N.F.L. et de la Royal Navy. Il s’en suivit une mêlée générale aéronavale qui dura toute la matinée et qui fut coûteuse chez les vichystes, comme chez les Anglais. Jusque-là, par chance, la vie des Français Libres avait été épargnée.
Le drame de la situation, c’est que, dans les deux camps, les adversaires étaient d’excellents Français, convaincus chacun de servir leur pays. Beaucoup étaient d’anciens combattants ayant déjà fait la preuve de leur patriotisme. Tous étaient prêts à donner leur vie pour la cause qu’ils défendaient et qui leur apparaissait comme la seule juste. Il en sera de même, hélas! au Gabon, en Syrie, à Madagascar et en Afrique du Nord au moment du débarquement des Alliés!
Refusant de croire qu’aucune étincelle de bon sens ne jaillirait chez les vichystes, le commandement allié tenta, dans l’après-midi, une opération du dernier espoir, mal préparée du reste, en faisant débarquer les fusiliers marins sur la plage de Rufisque, une quinzaine de kilomètres plus au sud. Pour atteindre ce lieu, il fallait se faufiler dans la brume à travers les croiseurs de Darlan qui avaient réussi à prendre la mer.
Le sable blond, le village, les palmeraies, puis le petit wharf émergèrent enfin du coton environnant, et les avisos à croix de Lorraine manœuvrèrent de front pour aborder la plage. L’on voyait bien quelques chéchias rouges s’agiter derrière des buttes, mais l’on ne pensait pas qu’elles appartenaient à des tirailleurs hostiles.
Le débarquement des « Saccos » débutait lorsque la terre ouvrit le feu; l’obus d’un canon de Vichy vint tout de suite exploser sur la passerelle du Commandant Duboc faisant trois tués parmi l’équipage de ce navire; par miracle, l’auteur de cet article ne fut pas touché. Immédiatement informé par radio, le général de Gaulle prit la décision de renoncer à cette tentative.
Les fusiliers marins reçurent l’ordre de réembarquer sur les avisos qui battirent en arrière pour se noyer dans la brume.
Le chef de la France Libre souhaitait un débarquement pacifique, tout en montrant sa force, mais ne voulait pas du Sénégal au prix d’une lutte fratricide. Il n’est pas du tout certain, du reste, que les faibles troupes françaises libres de l’époque eussent été capables de le lui donner.
Bref, ce furent les Anglais qui prirent l’opération à leur charge dès ce moment, et qui l’abandonnèrent à leur tour deux jours plus tard, Churchill ayant grand besoin de toutes ses forces navales dans les eaux britanniques. On devait renoncer, pour un long moment, à l’espoir d’utiliser l’Afrique Occidentale Française dans l’effort de guerre.
Il ne restait plus aux Français Libres qu’à immerger, avec le cérémonial d’usage, les trois premiers marins qui avaient donné leur vie pour la libération de la France. Trois marins de France qui avaient refusé d’admettre l’armistice du 22 juin.
Quelques mois plus tard, le général de Gaulle attribuait, à titre posthume, la croix de la Libération à l’aspirant de marine Robert Crémel, au quartier-maître armurier Louis Broudin et au quartier-maître de manœuvre Baptiste Dupuis. De son côté, le maréchal Pétain décernait la Légion d’honneur à l’aspirant d’artillerie Coustenoble, commandant la pièce qui les avait tués.
La conclusion de ce triste épisode, c’est qu’il fallut attendre jusqu’au 20 novembre 1942 pour voir l’A.O.F rejoindre enfin, avec ses bases, ses troupes, ses armes et ses ressources, la bonne cause du camp allié. Mais sans cet apport, durant ce laps de temps, et avec l’aide d’autres colonies mieux éclairées, la France Libre fit son chemin vers le but qu’elle s’était fixé.





Extrait de la Revue de la France Libre, n° 212, août-septembre-octobre 1975.

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23 SEPTEMBRE 1940 , opération MENACE :: Commentaires

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Message le Sam 23 Sep 2017 - 9:37 par Grammont

– Que venez-vous faire?
– La guerre, si possible, mon général

par Claude Hettier de Boislambert,Grand chancelier de l’ordre de la Libération.



« N’aurait-il eu que trois chars, n’en aurait-il eu qu’un, le devoir du capitaine X… était de se porter en avant, comme il en avait reçu l’ordre. Il est relevé de son commandement. »

Telle est la première note de la main du général de Gaulle que j’ai eue en mains.

Nous sommes devant la Somme, au cours de la grande offensive du 20 mai.

Le but de l’action menée sous le commandement du général de Gaulle par la 4e division cuirassée française, le 3e cuirassiers ou plutôt ses restes, le 22e régiment d’infanterie coloniale, le 4e bataillon de chasseurs à pied, et enfin la brigade blindée de la 1re division cuirassée britannique, dont je suis officier de liaison, est de remonter en direction de Saint-Pol pour permettre aux forces alliées, coupées en Belgique, de chercher un dégagement vers le sud et de rejoindre nos lignes.

Au centre du dispositif, les chars B et Somua de la 4e D.C. ont fait du bon travail. Cependant, un des escadrons de chars «B» n’est parti que longtemps après l’heure «H». Le général de Gaulle en a fait demander la raison. La note que je viens de voir est sa réponse.

Sur mon carnet de guerre, je retrouve encore aujourd’hui, gribouillées, mes impressions du moment.

C’est au cours d’une réunion de commandement à Oisemont que j’ai vu pour la première fois le général de Gaulle.

Il vient de recevoir ses étoiles et le commandement de la division cuirassée, qui est lancée au combat avant même d’avoir pu être complétée.

À Oisemont, il est arrivé avec quelques minutes de retard et j’ai noté :

«Très grand, assez lourd, droit, sur sa figure et dans son attitude : autorité et énergie ; il est vêtu d’un cuir noir sur lequel il porte encore ses galons de colonel.

« La conférence commence de suite. Je suis à gauche du général afin de pouvoir prendre note des ordres et en traduire l’essentiel aux officiers généraux britanniques.

«Très clairement, sans discussion, le général de Gaulle expose le projet du commandement puis passe à ses ordres personnels.

Avec une netteté remarquable, chacun reçoit missions et objectifs. Pour la première fois depuis longtemps, alors que je viens d’être en contact avec de très nombreux états-majors et de très nombreux officiers supérieurs et généraux, j’ai l’impression d’être commandé par quelqu’un qui sait ce qu’il veut. »

Sans doute, est-ce ce moment et ceux qui ont suivi qui m’ont déterminé, après la retraite des forces britanniques arrivées en Angleterre avec les tout derniers éléments qui avaient combattu en Bretagne, à rechercher le général de Gaulle dès le moment où j’ai su sa présence à Londres.

Il n’était pas facile au 18 juin 1940 de trouver le général de Gaulle dans Londres.

Je reprends mon carnet de notes : «À la mission française de liaison, je demande à voir le général Lelong (1) et suis reçu par le capitaine de C. Ce dernier ajoute mon nom à celui des membres du détachement que j’ai amené à une liste. Comme ordres : néant.

« Je demande à nouveau à voir le général Lelong. Après une longue attente, c’est son chef d’état-major qui me reçoit.

C’est un homme très peu aimable, qui écoute mon histoire sans attention et finalement me dit que la seule chose à faire pour nous est de rejoindre un camp anglais où des ordres ultérieurs seront donnés.

« Je le quitte, bien décidé à n’en rien faire.

«Ce n’est pas pour me faire interner que je suis venu en Angleterre.

« Des officiers que je rencontre m’assurent que la meilleure chose est de rejoindre l’armée canadienne si, comme cela semble probable, la France doit signer l’Armistice.

« Il est certain que l’on pourra obtenir des commissions d’officiers canadiens pour la durée de la guerre.

«L’idée ne me séduit pas : c’est comme officier français que je suis décidé à servir.

«Personne n’a l’air d’avoir l’adresse du général de Gaulle. En tout cas, personne n’a l’air de vouloir la donner. Il a dû déjà y avoir des incidents.

«L’atmosphère à la mission française est irrespirable. On sent le « je m’en fichisme » le plus absolu. Tout, pourvu que la guerre cesse ! » (Je cesse ici de citer mes notes car dans la juste fureur du moment, elles prennent un caractère violent.)

À l’ambassade de France, j’obtiens tout de même l’adresse du général de Gaulle. Il paraît qu’on lui a enjoint de rejoindre la France et qu’il a refusé. Il faut que je le voie.

C’est près de Hyde Park, tout à côté du Dorchester, une maison à appartements. Je sonne ! Une grande fille brune (2) vient m’ouvrir la porte. Elle a si bien l’air français que c’est dans notre langue que je demande à voir le général. Aussitôt de derrière la porte, je reconnais la voix « Boislambert, entrez ! » Il n’y a qu’un officier auprès du général de Gaulle. Un grand lieutenant de cavalerie au profil accusé (3).

Lui, dans un fauteuil, tourne le dos ; il regarde le parc : « Alors, Boislambert, vous voilà en Angleterre, que venez-vous faire ? », « La guerre, si possible, Mon Général. » « Avez-vous lu l’appel que je viens de faire ? »

J’explique au général de Gaulle ce qui m’amène, pourquoi et comment je suis là ; la présence du détachement que j’ai amené de France à Warminster et mon désir de trouver pour ceux qui m’ont suivi « la solution la meilleure et honorable ».

Et c’est là que toute l’aventure dans le cadre de la France Libre a commencé. Aventure qui devait m’amener, compagnon de Leclerc, à porter le Cameroun dans la guerre aux côtés des Alliés qui devait me conduire dans Dakar au moment de l’opération alliée de septembre 1940, plus tard dans les geôles de l’État français et au bagne de Saint-Étienne puis, après mon évasion, dans les rangs de ceux qui se battaient à l’intérieur, avant de rejoindre le général de Gaulle à nouveau et d’assister près de lui à la conférence d’Anfa, avant de recevoir le commandement des missions militaires de liaison administrative auprès des forces alliées, puis, après la fin des combats, la mission de gouverneur délégué général de Rhénanie et de Palatinat.

1- Il s’agit du général de division Albert Lelong (1880-1954), attaché militaire à Londres, à ne pas confondre avec le général de Brigade Pierre Lelong (1891-1947), commandant de la 1re brigade française libre, au sein des Forces françaises libres, en Libye et en Tunisie.
2- Il s’agissait d’Elisabeth de Miribel.
3- Le lieutenant Geoffroy de Courcel.





Extrait de la Revue de la France Libre, n° 156 bis, juin 1965

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