Les Dossiers de l' Histoire Le 13 Mai 1958

Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet

Aller en bas

07112017

Message 

Les Dossiers de l' Histoire Le 13 Mai 1958




L' Historia pour tous Mai 1960




AU SOMMAIRE :

 des textes et témoignages de :
 ( par ordre alphabétique )


 M. Baret, Igame d'Alger
 S. et M. Bromberger (les 13 complots du 13 mai, Fayard)
 Jacques Fauvet (La IVe République, Fayard)
 Général de Gaulle
 Robert Martel
 Jules Moch
 Guy Mollet
 Dominique Pado (le 13 mai, Ed. de Pari8)
 Pierre Pllimlin
 Général Salan
 Alain de Sérigny (le 13 mai, Plon).
 J.R. Tournoux (Secrets d'Etat, Plon)
 X ., (L'Agonie du Système)


Au vingt-septième jour d'une crise ministérielle, Alger explose,..
Des étudiants, des boutiquiers, quelques émissaires des partis métropolitains, des chefs locaux s'emparent du Palais du Gouvernement général...

La IV République ACCOMPLIT SON ULTIME PERIODE :     vingt-et-un jours.
Cette étrange Révolution a fait un bléssé et une morte ..... MARIANNE IV.

Un dossier déjà terriblement épais.
Un dossier parfois contradictoire.
Un dossier où il faut puiser les pièces avec infiniment de précautions.
La première de ces pièces est un télégramme.    « très secret »,
Il est cité par J.-R. Tournoux dans son extraordinaire ouvrage :   Secrets d'Etat (Plon).
Il fut adressé au gouvernement, dans la semaine qui précéda le 13 mai 1958 par :
M. Baret   Igame d'  Alger.

 Objet: Situation politique à Alger. Stop.

Vous rends compte opinion publique algéroise alertée depuis plusieurs semaines par incertitude sur orientation politique du Parlement, situe constitution ministère président Pflimlin dans perspectives défavorables au maintien souveraineté française en Algérie.   Stop.

Opinion algéroise hypersensible s'est émue des intentions Président désigné quant à d'éventuelles négociations ne retenant que ce terme et négligeant l'évocation d'une indispensable situation de force.   Stop.

Population rejette par ailleurs idée d'associer à ces négociations le Maroc et surtout la Tunisie considérée en état de fait de belligérance.   Stop.

Dans ce climat, observateurs notent une indiscutable effervescence susceptible se traduire dans les faits par des démonstrations de masse.   Stop.

Première manifestation annoncée pour mardi 15 heures à Alger et prolongée à 18 heures par des cérémonies à la mémoire des trois soldats assassinés par F.L.N. en Tunisie.  Stop.

Cérémonies identiques sont simultanément prévues dans toutes agglomérations du département.   Stop.

Mouvement conduit et animé par Comité vigilance qui groupe toutes associations anciens combattants et partis politiques nationaux ci-après :   U.F.F.,   centre national indépendants,   républicains sociaux,   radicaux socialistes.   Stop.

Ce Comité a lancé appel à population en publiant d'autre part texte des télégrammes adressés président de la République et président désigné.   Stop.

Evolution situation suivie avec grande attention fera l'objet nouvelle communication télégraphique en cours journée.   Fin.


Mais à l'heure où la IVe République va vivre la dernière de ses nuits paisibles,    personne ne croit au « clash »    (mot nouveau mis à la mode chez les gaullistes de Paris, mais toujours prononcé en évoquant des temps lointains).

Paris s'endort... René Pleven rêve encore de faire accepter sa « charte »,    de l'Algérie pour composer un ministère d'union que le Président Coty définit en ces termes :
« Un gouvernement d'Union Nationale, c'est un gouvernement d'impuissance, c'est une piqûre qui soulage l'opinion pendant quelques semaines » .

L'opinion métropolitaine est d'une totale passivité.
Le rédacteur anonyme de « L'Agonie du Système » (juillet 1958 - Revue « C'est-à-dire »)
trace un tableau très exact des préoccupations de l'heure :

« Ce mardi-là, les Parisiens, indifférents comme à l'accoutumée, jetèrent un coup d'œil sur leur journal.   Depuis longtemps la presse politique n'intéressait plus qu'une minorité...
Le nouveau rapprochement intervenu entre la princesse Margaret d'Angleterre et son éternel prétendant, le colonel Townsend, faisait fondre le cœur des vendeuses   de « Prisunic »,...
Seule, la persistante pénurie de pommes de terre donnait quelques inquiétudes aux mères de famille. »

C'était le 27 jour de la crise et, dans certains milieux nationaux, on commençait de trouver anormal, en pleine guerre d'Algérie, cette vacance prolongée du pouvoir.

Vers 17 heures, les organisations d'Anciens Combattants, grosses d'environ 15.000 personnes, tentèrent en vain de se regrouper devant le Palais-Bourbon où le républicain populaire Pierre Pflimlin sollicitait sans espoir l'investiture des députés...

Il est plus de 22 heures lorsque des chuchotements insolites courent sur tous les bancs.
Soudain, le communiste Waldeck-Rochet se dresse:
 « A Alger, le général Massu... »,   Henri Dorgères coupe :    « ... a sauvé la France. »

Le tumulte commence et, tandis que le président pressenti proteste de ses bonnes intentions algériennes, le centre (socialistes et radicaux) se prépare à voter l'investiture.

Que s'est-il passé en Algérie?
Bien des choses en somme... et d'abord la prise pacifique du Gouvernement Général que conte d'abord le directeur de L'Echo d'Alger, Alain de Sérigny, rentré le matin même dans la capitale de sa province.
Les boutiques sont closes, les tramways en grève... les cocardes tricolores fleurissent sur les chapeaux des passants.

ALAIN DE SÉRlGNY :

A 15 h. 35,  venant de la rue Hoche,  remontant le boulevard Victor-Hugo pour déboucher rue Michelet, des milliers de très jeunes gens mêlés à leurs professeurs suivent une banderole sur laquelle on lit:     « Algérie Française envers et contre tous. »
C'est le cortège des collèges et lycées.

De la rue Drouillet,   la rue Michelet offre la perspective d'un fleuve humain, coloré,   d'où émergent drapeaux et banderoles.
A partir de la place Foch, il est à peu près impossible d'avancer...

Il est maintenant 16 heures et les jardins en gradins du Monument aux Morts sont couverts de monde ainsi que les escaliers qui l'encadrent...

A 16 h. 10, des jeunes gens sortent du jardin entourant le monument, traversent la rue Berthezène et vont s'asseoir sur les escaliers du Forum. Peu à peu, ils s'agglomèrent et gagnent le deuxième palier de l'èscalier monumental.

Sur l'esplanade, devant l'entrée du Ministère de l'Algérie, quinze autocars et cinq jeeps de C.R.S. sont rassemblés...Un détachement de C.R.S. casqués et l'arme au pied prend alors position sur le haut des marches...

C'est maintenant une véritable mer humaine qui se rassemble sur le plateau des Glières, s'agrège avenue Pasteur, déborde sur la rue d'Isly. Il est à peu près impossible de chiffrer les Algérois qui manifestent.

 Peut-être plus de 100.000.

 100.000 :   le chiffre est confirmé par le général d'armée Raoul Salan, commandant supérieur interarmées et commandant de la 10. région militaire, dans ce rapport qui porte une date éloquente et bien précieuse pour les historiens:    14 mai 1958.

GÉNÉRAL SALAN :

La grève décidée par les organisations d'anciens combattants était absolument générale dès 13 heures, comme il avait été prévu.
A partir de 14 heures, des dizaines de milliers d'hommes et de femmes se dirigeaient à pied vers le square Laferrière.
Vers 17 heures,   100.000 personnes   environ étaient massées dans les jardins montant au Monument aux Morts, sur le square Laferrière et dans les rues avoisinantes.
La foule, qui comptait plusieurs milliers de Français de souche nord-africaine, était calme.
Elle obéissait ponctuellement aux instructions qui lui étaient données par les véhicules «haut-parleurs » des organisateurs.

ALAIN DE SÉRlGNY :

Encore une fois, un micro lance:
 « L'Algérie, est-ce que vous l'abandonnerez ? »
Un crit jaillit de 100.000 poitrines:
 « Non! nous la défendrons jusqu'au bout !..... »

Il est 17 h. 55. La confusion est indescriptible. La foule hurle :   « L'armée au Pouvoir. »
Au même instant, des effluves de gaz lacrymogènes parviennent jusqu'au bas de l'avenue et tout le monde de pleurer à chaudes larmes.

GÉNÉRAL SALAN :

A 18 heures, je me rendais au Monument aux Morts.
J'y étais accueilli par une vibrante   « Marseillaise » , chantée en chœur par la foule.
La cérémonie prévue pour commémorer le souvenir des trois prisonniers assassinés
en Tunisie par le FLN se déroula dans le plus grand ordre et dans une discipline absolue.
Vers 18 h. 30, la foule se disloquait sans incident.

ALAIN DE SÉRlGNY :

Les premiers incidents vont éclater vers 18h. 15,   au moment même où le général Salan et le cortège officiel descendent du Monument aux Morts pour rejoindre à pied l'Etat-Major de la région sous les acclamations de la foule.

Un cri soudain jaillit de la multitude,   bientôt repris par un haut-parleur:

 -  « Les C.R.S, nous ont provoqués sans aucune violence de notre part.
 -    Tous au Gouvernement Général,   Nous les rejoindrons là-haut. »

De ce premier accrochage qui paraissait, somme toute, bénin entre C.R.S. et manifestants allait découler une succession de grandes violences.
Que s'était-il passé exactement à l'origine ?...
 Il semble que de jeunes manifestants aient voulu « marcher » sur le Gouvernement Général.

Pour M. de Sérigny, Il s'agirait dont d'une sorte de manifestation spontanée.

Pourtant, cette   «colère algéroise»    qui a permis de forcer le symbolique G.G. vide de ministres, a été organisée. ....Comment ?    C'est là le secret du 13 mai, sur lequel il est possible maintenant de faire objectivement la lumière.
Ici doit se placer l'étonnant témoignage de Robert Martel qui, avec ses seuls amis,
« les a-gaullistes »,   Pierre Lagaillarde,   le docteur Lefebvre et    Joseph Orthiz auront déclenché la marche pacifique pour prévenir le putsch militaire préparé de longue main par   l'agent du ministre de la Défense Nationale Chaban-Delmas :   Léon Delbecque.

J.-R. Tournoux a livré, dans Secret d'Etat, le compte-rendu de :

ROBERT MARTEL :

J'allai à l'A.G. où se trouvaient Lagaillarde, Lefebvre, Orthiz, Kerdavid, lieutenant des U. T.B. (Unités Territoriale Blindées).
Nous primes la décision formelle d'attaquer le G.G. à 18 heures précises, après la venue du général Salan et de son état-major, si ce dernier ne proclamait pas l'état de siège.
On devait m'envoyer quatre chars : deux au bas du Monument aux Morte, deux en haut près du G,G.
A 14 heures, nous nous retrouvions à l'A.G. avec Crespin, Orthiz, mais pas Lefebvre.

Durand, sur mon ordre, apportait le drapeau de l'U.F.N.A. sur lequel était marqué
   « Honneur, Volonté, Patrie ».   J'avais toujours dit aux membres de l'U.F.N.A. :
« Le jour où vous verrez ce drapeau dans une manifestation,    ce sera le jour J,   car je ne pourrai peut être pas vous prévenir à l'avance. »

Dans le jardin de l'A.G., tous les chefs de groupe sans exception vinrent aux ordres.
Je leur ai dit :   « Suivez mon drapeau où qu'il aille et jusqu'au bout.»


Pendant ce temps, Lagaillarde, très en forme, escaladait le Monument aux Morts et haranguait la foule, lui faisant preter le serment d'aller jusqu'au bout.
A 17 h. 30, ne voyant pas venir les chars, sans nouvelles du général X..
je vis arriver Simian, équipe Delbecque, qui me demanda ce que j'allais faire :

« Nous attaquons le G.G. à 18 heures. Va prévenir le Comité de vigilance. »
J'ai su par la suite que Delbecque lui aurait répondu : « Laisse-les faire, ils en ressortiront. »

A 18 heures, le général Salan arrive dans une melée épouvantable, fait observer une minute de silence, dépose une gerbe et repart avec tout son état-major, très ému.

A ce moment, je regarde Lagaillarde, et ensemble nous allons vers les marches d'escaliers qui conduisent au G.G. et pendant qu'avec ses bras il rameutait la foule, j'agitais le drapeau de l'U.F.N.A. pour rassembler les groupes. Puis Lagaillarde donna l'ordre d'assaut et une mêlée innombrable s'ensuivit.

  C'était l'instant historique de la prise du G.G.

Une minute après son départ foudroyant vers le G.G., Lagaillarde apparut au balcon et les bras étendus, appelait la foule à pénétrer. Ce rush final entraina la foule dans une envolée frénétique...

Les dossiers mis à sac.. Les militaires très entourés.   Un de mes amis, face au général Salan, lui cria:
  « Prenez le pouvoir, nous voulons l'armée au pouvoir! ».

Puis je m'assis sur une table au premier étage et réfléchis : j'ordonnai à mes équipes d'occuper les lieux et de ne pas sortir. Ainsi nous paralyserons l'appareil administratif du pays, et l'Armée sera obligée de trouver la solution :

Et maintenant, qu'allons-nous faire?      Et les grands chefs ...

Tournoux, voyant mon embarras, me prit par le bras et me conduisit dans le bureau central où se trouvaient Lagaillarde et toute une équipe de civils et de militaires très agités. Le désordre qui régnait là est difficilement descriptible, tout le monde parlait et gesticulait, Massu était très entouré et même bousculé :   personne ne savait quoi faire.

 Massu :
 -   un nom vient ici de surgir.
 -   Un nom appelé à devenir brusquement célebre.
 -  Qui est Massu ?     D'où vient-il ?
 -  Trois étapes ont marqué la carrière de ce général parachutiste:
   -  Koufra         (où Leclerc fit prêter un serment devenu célebre)
   -  Strasbourg    (où l'offensive du même Leclerc eut une portée psychologique sur
  -                       les populations qui virent là un rappel de la première guerre mondiale)
   -   Suez           où Jacques Massu conduisit ses hommes avec une fougue raisonnée.
   -  Chargé de la sécurité du grand Alger,    le jeune général est parvenu à nettoyer la casbah,
   -                     jusque-là redoutable foyer de terrorisme.

Cette carrière, le physique « cyranesque » de cet officier général catholique, mais démocrate, ont suffi à le rendre populaire auprès des Algérois qui, tout à l'heure, au Monument aux Morts, ont crié :

« Vive Massu »   pour ne pas avoir à clamer   « A bas Salan!».

Après la cérémonie,   Massu est allé rejoindre son P.C. à Hydra mais, à la nouvelle de la prise du G.G., il est accouru...

Empruntant le tunnel-abri qui relie l'hôtel de la X. Région au Palais du Gouvernement,   il s'est précipité dans la place pour... chasser les émeutiers:   « Nettoyez-moi ce bordel! ».

Peine perdue... Nul n'obéit à une telle injonction.


GÉNÉRAL SALAN :

Il ne pouvait être question de faire tirer la troupe.
La foule,   composée en partie de femmes et d'enfants,   était extrêmement dense et grossissait de minute en minute.   Je m'efforçais,   en la haranguant moi-même,  de la calmer.   Tous mes efforts restèrent vains.    A ce moment,   de 15 à 20.000 personnes étaient rassemblées autour du ministère.
L'agitation allait sans cesse en s'amplifiant.


Dans son recit,   le general Salan insiste sur :
    « les consequences inéluctables de tout recours à la force ».
Ce souci d'eviter que ne coule le sang va le conduire, écrit-il, à accepter :
   «temporairement jusqu'à decision à intervenir du gouvernement, les responsabilités en
     Algerie, après avoir revu l'accord du president Gaillard ».

M. Jules Moch, dans un témoignage publié par Midi-Libre et repris par Paris-Presse
(28 Juin 1858), semble ne pas partager l'opinion du général Salan :



JULES MOCH :

Une seule compagnie républicaine de sécurité (C.R.S.) eût suffi à rétablir l'ordre le 13 mai au gouvernement général d'Alger, s'il ne lui avait été enjoint de se replier dans les sous-sols du bâtiment ( Une compagnie de C.R.S. compte environ 160 hommes.).
Les scènes d'émeute étaient motivées par l'inquiétude régnant dans cette ville après trois ans de guerre et d'assassinats, mais aussi par l'étrange passivité du commandement.


Mais rendons la parole à Robert Martel qui écrit cette phrase décisive :

ROBERT MARTEL :

Dans la nuit,   j'ai assisté à un dialogue entre   J. Laquière et   Delbecque,   ce dernier disant à l'autre : « Ça ne s'est quand même pas passé comme on l'avait prévu. »


Ici, il convient de s'arrêter.
Dans cette affaire compliquée, la clarté ne jaillit que par étapes.   Où en sommes-nous ?
L'émeute a pris possession du ministère de l'Algérie.   Elle a imposé un Comité de salut Public et a conduit le général Salan à se saisir des   « responsabilités en Algérie ».
Cette décision a été sanctionnée par le président du Conseil démissionnaire, M. Félix Gaillard, lequel s'est donc incliné devant l'émeute.
Cette émeute a été préparée     - nous le savons.     Mais par qui ?
Du témoignage de Robert Martel se dégage une évidence :
lui et ses amis ont « fait » cette journée.   Cependant, la journée ne s'est pas « passée comme on l'avait prévu ».     Qui donc avait prévu ?    Et qu'avait-on prévu ?

Entre en scène un personnage dont on va vite comprendre qu'il joue un rôle de premier plan :   Léon Delbecque.     Il trouve tout naturellement place dans :
   « Les 13 complots du 13 Mail   » (Fayard) :

S. ET M. BROMBERGER :

Léon Delbecque est un commando à lui tout seul. Taillé en athlète, beau garçon, le sourcil froid, le regard levé au loin, mais le clin d'œil canaille, il impose malgré sa jeunesse.
Il est plus qu'entreprenant : il est dévoré d'activité. Il a un sens extraordinaire de l'organisation politique. Il est un self-made man; issu d'une famille ouvrière du Nord, il a passé ses baccalauréats et il a participé, très jeune à la Résistance...
En 1946, il milite avec René Capitan dans l'Union Gaulliste de Lille, puis dans le RPF de 1947 à 1951. Il se présente deux fois aux éléctions.
Trop jeune pour être inscrit en tête de liste, il est deux fois blackboulé...
Le RPF dissous,   il devient secrétaire général de la Fédération du Nord des  Républicains Sociaux, qui en sont issus.


Que fait à Alger, le 13 mai 1958,     Léon Delbecque?
Il est tout simplement l'envoyé du ministre Chaban-Delmas   « pour préparer en Algérie les conditions qui imposeront Charles de Gaulle malgré l'opposition parlementaire» (Bromberger).
Déjà, bien des noms sont apparus, au long des pièces de ce dossier.
Pour la première fois s'imprime celui de   Charles de Gaulle.   Il est hors de conteste qu'il va dominer   - de très haut -   cette étrange révolution venue d'outre-mer, et dont il n'existe pas d'exemple dans notre histoire nationale.

Depuis l'échec du RPF,   le général de Gaulle s'est retiré à Colombey-les-Deux- Eglises.
Là, moderne Cincinnatus,   il rêve au passé et considère le présent.
Il rédige ses Mémoires.   Les deux premiers tomes ont révélé au monde que Charles de Gaulle était un grand écrivain français.
Songe-t-il au pouvoir ?   Non.   Du moins, il ne fera rien pour s'en emparer.
Un mois et demi avant le 13 mai,   il accordait une audience au Comité d'action nationale des Associations d'anciens combattants.
Le procès-verbal de cette entrevue est révélateur.

J.-R. TOURNOUX :

Le général n'a aucune intention précise.    Il se refuse catégoriquement à envisager son retour dans le cadre du régime actuel, quelles que soient les modalités de ce retour.    Il sait d'ailleurs que jamais le Parlement ne le rappellera avant la catastrophe finale...
Le général ne veut avoir à tenir compte ni de la « droite » qui ignore ce qu'est la nécessité de la générosité, ni de la « gauche » qui se refuse à la nécessité de la puissance...
Le général sait que de larges fractions de l'opinion publique lui reprochent de n'avoir pas fait depuis quatre ans de déclarations sur les grands problèmes qui affectent la Nation;    il se refuse à les faire parce qu'il considère que ses paroles, et les intentions qu'elles exprimeraient, seraient immédiatement déformées et utilisées à contre-sens par les différentes factions qui se disputent le pouvoir.
Par exemple,   s'il déclarait à propos de l'Algérie et de l'Afrique la nécessité de la générosité et du libéralisme,    une faction s'en emparerait pour pousser à la capitulation. S'il évoquait la nécessité de la présence française et de son maintien en Afrique, une autre faction en profiterait pour refuser toute solution politique des problèmes africains.
Il en serait de même en ce qui concerne l'Europe ou l'Alliance atlantique...


Ce document est sans doute l'un des plus importants de l'histoire du 13 mai.
Cependant, si le général ne songe point directement au pouvoir, d'autres y pensent pour lui. L'analyse que donne Jacques Fauvet apparait très exacte.

JACQUES FAUVET :

Le 13 mai, deux pouvoirs s'instaurent : le pouvoir légal à Paris et le pouvoir militaire à Alger.
Un troisième, le pouvoir moral, celui du général de Gaulle, est encore à Colombey.
De longue date, une poignée de gaullistes n'a vécu que dans l'espérance de son retour au pouvoir; ils étaient moins nombreux encore à n'avoir aucune part « aux jeux et aux délices » du système et au premier rang de ceux-là se trouvait M. Michel Debré, le seul qui, à chaque crise, se bornait à répéter avec l'obstination rituelle d'un fidèle, ou même d'un dévot :
    « Il n'y a pas d'autre homme que le général de Gaulle. »
Pour que le général revienne au pouvoir dans la légalité, il fallait deux conditions ; une grande peur qui forcerait la décision du Parlement et, compte tenu de sa composition, un ralliement difficile, celui de la S.F.I.O. M. Chaban-Delmas l'avait bien compris et non moins espéré depuis 1956 qui s'était mis en tête de rapprocher un jour le général de Gaulle et M. Guy Mollet.


C'est le même Chaban-Delmas qui a envoyé Léon Delbecque en Algérie.
Celui-ci y a découvert une notion d'importance,   la popularité de Jacques Soustelle.
Delbecque en tire très vite une conclusion : seul Soustelle peut conquérir l'Algérie au gaullisme. Delbecque sera donc   « l'homme de Soustelle ».
Ainsi parviendra-t-il à   « recréer de Gaulle ».    
Cependant qu'il prépare   - pour de Gaulle,   mais sans de Gaulle   - le jour « J » à Alger,  
Il a senti le besoin de rencontrer le général.   Il a voulu le persuader.

Voici la conclusion de cet étonnant dialogue :

 -   Si,   à la suite de circonstances très graves,   l'armée,   le peuple    vous appelaient,
        répondriez-vous   oui ?
     De Gaulle se tait l'espace d'un instant, lance sa tête en arrière et, altier, marque ses distances :
 -   Delbecque,   j'ai toujours eu l'habitude de prendre mes responsabilités.


Il n'en a pas fallu plus pour que le « Chtimi » monte l'opération d' Alger.
Ce mardi 13 mai,    à 9 heures du soir,   Delbecque et ses deux patrons :
     Soustelle et de Gaulle, ont perdu.

Le gagnant,   c'est Pierre Lagaillarde et peut-être, seule figure populaire de l'opposition non gaulliste au système :   Pierre Poujade.

L'émeute plus ou moins improvisée l'a emporté sur les plans longuement concertés.
Tout est-il perdu ?    Non,   car Delbecque ne désespère pas.   L'insurrection non gaulliste a triomphé;    le Comité de salut public n'est pas gaulliste;    le général Salan,   seul maitre de l'Algérie,   n'a jamais porté   « le perchoir »   ( la croix de Lorraine );
Il ne fera pas pencher la balance pour les gaullistes.
C'est alors que Léon Delbecque parvient au G.G.
Il se présente :

S. ET M. BROMBERGER :

 -   Léon Delbecque !   Je suis l'envoyé de Jacques Soustelle !

Le nom de Soustelle fait sensation. C'est le nom-clef pour les Algérois. Ils l'ont hurlé tout l'après-midi.
On fait place à Delbecque. On l'inscrit sur la liste du Comité qui s'enrichit en même temps de toute une série de membres du Comité de vigilance.
Delbecque s'impose avec beaucoup d'autorité. Il ne s'attarde d'ailleurs pas là et va presque ausitôt prendre contact avec les bureaux voisins.
L'acccueil d'ailleurs y est rude...

Le général Salan accueille le conspirateur avec le même qualificatif que, tout à l'heure, Ducournau !

 -   Vous n'êtes qu'un voyou !

Cependant, la conversation péniblement engagée entre le général et le leader gaulliste se poursuit.
Très adroitement Delbecque parle du général de Gaulle dont l'arrivée au pouvoir résoudra tous les problèmes...

Les deux hommes se séparent d'accord :

    le Comité de salut public se soumettra au commandement militaire.


Dernière édition par EAGLE le Mar 7 Nov 2017 - 8:51, édité 1 fois
avatar
EAGLE

Messages : 240
Points : 26586
Date d'inscription : 20/02/2012
Age : 48

Revenir en haut Aller en bas

- Sujets similaires
Partager cet article sur : diggdeliciousredditstumbleuponslashdotyahoogooglelive

Les Dossiers de l' Histoire Le 13 Mai 1958 :: Commentaires

avatar

Message le Mar 7 Nov 2017 - 8:48 par EAGLE

Au-delà du 13 Mai 1958


Le dossier de la journée même du 13 mai a produit les pièces relatives aux rôles respectifs de Pierre Lagaillarde et de Léon Delbecque. Il nous a révélé l'attitude du général de Gaulle.
Les lendemains du 13 mai nous font maintenant connaitre :
René Coty, Pierre Pflimlin, Jules Moch et Raoul Salan.

Tandis qu'en Alger, Delbecque s'interroge pour savoir s'il doit arrêter Salan et que le général parvient à se maintenir au-dessus des factions, une tâche énorme s'abat sur les épaules du président investi : Pierre Pflimlin.

Ami de M. René Coty (qui voit s'incarner en lui la grande tradition modérée dans la ligne Poincaré-Maginot), M. Pflimlin n'est pas impopulaire en France.
Il n'en est pas de même en Algérie.

En effet, si les déclarations de Pierre Pflimlin sont presque passées inaperçues en métropole, elles ont révolutionné l'Algérie. Colporté en Alger, un article de Pierre Pflimlin paru le 22 avril 1958 dans le Nouvel Alsacien lui a aliéné non plus les civils - « ceux qui sont le dos au mur » - mais encore les militaires.

Voici ce papier passé totalement inaperçu en métropole :

PIERRE PFLIMLIN :

« Nous refusons de nous laisser enfermer dans le dilemme raidissement ou abandon. Nous croyons qu'il existe une troisième politique, plus difficile à définir sans doute, plus difficile encore à pratiquer... Mais qui est cependant la seule capable de sauver les positions Françaises en Afrique du Nord.
Notre politique est d'engager des pourparlers avec les représentants de ceux qui se battent, pour déterminer les modalités du « cessez-le-feu » et les garanties qui entourent les élections que l'on pourra organiser dès le rétablissement du calme. »


Sur un tel programme, Pierre Pflimlln ne pouvait etre investi en période normale, mais la légitimité républicaine lui a, face au coup d'Alger, apporté une majorité.
Peut-il tenir?
Ce que veut Pierre Pflimlin. c'est dés l'abord calmer ses ministres,:
Pierre de Chevigné, Vincent Badie, Edouard Bonnefous, Maroselli.

J.-R. TOURNOUX :

- Coupons-leur les vivres, affamons-les, ils capituleront.
- Non, dit Pflimlin, je veux avant tout sauver l'unité nationale. Mais prenons des mesures conservatoires pour empêcher le mouvement de faire tache d'huile et interdire la circulation des agitateurs.


Jusqu'au bout, jusqu'à l'appel à de Gaulle et à sa démission. Pierre Pflinlin se montera semblable à lui-même : humain, généreux même et ce qui demeure un record pour un chef de gouvernement fantôme : jamais ridicule.


L'opinion

Désormais, une question se pose.
Pourquoi un chef de gouvernement, courageux, volontaire, entouré de techniciens de l'ordre : Jules Moch, Albert Gazier, d'hommes résolus tel Pierre de Chevigné ou André Mutter, est-il contraint d'accepter ce qui peut encore s'appeler une « émeute » avant de devenir une « révolution » ?

Pourquoi ? Parce que tous les complots gaullistes ou « a-gaullistes » destinés à renverser la IV. République servent désormais à immobiliser l'armée.

Pourquoi ? Parce qu'il existe une opinion. Les théoriciens politiques et les sociologues ne sont pas encore parvenus à codifier les lois inconnues qui font que, d'un corps en apparence inerte, monte malgré tout un étrange réseau d'ondes, un sentiment puissant quoique inexprimé : l'opinion.
Or, la IV République n'a pas pour elle l'opinion. Le régime - le « système » - n'est pas même détesté, il laisse indifférent.
Tel romancier populaire (Dominique Ponchardier, compagnon de la Libération, qui signe Dominique sa fameuse série des Gorilles, inscrira en exergue du Gorille en révolution , une loi de physique : « La nature a horreur du vide. »

Pourquoi ? Parce qu'une notion économique nouvelle : le crédit, paralyse une partie de la classe ouvrière. Les traites à payer en fin de mois rendent fatalement impopulaire la notion de grève politique.

Et maintenant, il nous faut revenir à Alger.

Un homme est à la barre : Raoul Salan.
- Il atteint à l'époque 58 ans.
- Brigadier en 44, il s'adonna tout entier à l'Indochine jusqu'à l'heure où, au reçu de sa cinquième étoile, il dèvient commandant de la 10 région militaire d'Alger puis, dès l'émeute, responsable des pouvoirs civils et militaires pour l'Algérie.
- En un bref proconsulat, Salan écrit l'histoire.
- Le 15 mai, à 10 h. 45, le générai est au balcon du G.G.

J.-R. TOURNOUX :

« Manches kaki retroussées, mosaïque éblouissante de rubans sur la poitrine, le commandant en chef s'avance, prononce une courte allocution :
- « Vive la France ! Vive l'Algérie Française ! ».

Il lève le bras, salue, se retourne à demi. La foule ondule, l'atmosphère est survoltée, le peuple électrisé. Sous le ciel bleu, c' est Marseille, Madrid et Naples réunies.
Ce sacré Delbecque est là, statue du commandeur bourrée de magnétisme.
- « Criez donc : Vive de Gaulle » , glisse-t-il.

Salan n'a plus ses nerfs d'acier.
Comme dans un état second, il pivote d'un quart de tour : « Vive de Gaulle ! »

S. ET M. BROMBERGER :

De Gaulle est prêt depuis le 12 , depuis la lettre dramatique du général Ely annonçant les événements prédits par Lacoste, annoncés même par le « Canard Enchainé »

Depuis le 13, il est impatient d'intervenir, mais il n'en voit pas la possibilité.
Le 15 mai, le cri de Salan le décide à passer à l'action.
Mais comment engager le dialogue ? Personne du système ne s'adresse à lui.
Il faut qu'il parle, mais de telle manière que sa déclaration ne puisse tomber dans l'indifférence.

Le communiqué déconcertant du 15 mai est d'une habileté magistrale :

« La désintégration de l'Etat entraine infailliblement l'éloignement des peuples àssociés,
le trouble de l'armée au combat, la dislocation nationale, la perte de l'indépendance.
« Depuis douze ans, la France, aux prises avec des problèmes trop rudes pour le régime
des partis, est engagée dans un processus désastreux.
« Naguère, le pays, dans ses profondeurs, m'a fait confiance pour le conduire jusqu'au salut.
« Aujourd'hui, devant les épreuves qui montent de nouveau vers lui, qu'il sache que je me tiens
prêt à assumer les pouvoirs de la République. »


Le communiqué s'arrête là,
comme si des pages manquaient.
Ces pages qui manquent vont déchainer des imprécations qui commenceront le dialogue :

- On n'est pas plus bête ! s'écrie M. Guy Mollet, plus maladroit !...

Les communistes sont décharnés. La dictature est aux portes... Ils rendent à de Gaulle le service de demander la convocation immédiate de l'Assemblée Nationale.

Le MRP tenant congrès à Saint-Malo, la séance est remise au lendemain.


Maintenant, du calme...

Patiemment, le général Salan informe Pierre Pflimlin, lui fait saisir dans son ampleur la complexité du drame algérien, fait surveiller les « a-gaullistes », comme les gaullistes et surtout poursuit dans une légalité qu'il est seul à incarner l'administration de l'Algérie.

Mais comment va se dérouler en métropole cette première semaine de la sécession provisoire ?

Le rédacteur de « L'Agonie du Système » l'explique :

Le jeudi 18 mai, le gouvernement considère que la victoire lui est acquise, investi malgré l'ultimatum d'Alger, il peut affecter de tenir en mains l'Algérie grâce au contact établi avec le commandant supérieur inter-armées, le Général Salan.

L'agitation syndicaliste commence.
Le 16 mai, malgré le refus des droites, Pierre Pflimlin, fort des voix communistes, obtient le vote de l'état d'urgence. Quatre petites ligues sont dissoutes.

Trente-cinq mille policiers cantonnent dans les rues de la capitale. Pourtant, il faut compter avec la troupe. En Allemagne, les forces françaises sont acquises au mouvement d'Alger; la flotte partage ces sentiments. Quant au général Ely, chef d'Etat-Major général et, partant, chef suprême de l'armée, sa préoccupation est unique : ne pas diviser l'armée.


Le général Ely, en effet, s'il adjure le général Salan (qui n'en a guère besoin) de demeurer dans la discipline, a signifié aux ministres qu'il ne leur donnerait pas un homme contre l'armée d'Afrique. !

S et M. BROMBBRGER :

Ce 18 mai, le général Ely envoie un officier porter une lettre à Colombey.
Il devait etre reçu cet après-midi par le général de Gaulle qui l'avait convoqué, à la suite de son appel au secours du 12 mai.

Il s'excuse... Démissionnaire, en confiit avec le pouvoir, il ne peut plus venir sans compromettre son interlocuteur. D'ailleurs, il entre à cet instant dans la clandestinité.

Son bras droit est le général de Beaufort, son ancien collaborateur à l'E.M.G.A. qui a pris dès longtemps une position très avancée contre « le gouvernement d'abandon » et qui vient le voir trois fois par jour, lui apportant ses informations...

Pour Beaufort, il s'agit de donner assez de réalité à l'opération militaire, de la rendre si imminente, si menaçante, que le Gouvernement et le Parlement soient obligés de capituler...

Sa manière de diffuser personnellement, auprès des plus hautes autorités du pays ou par des voies détournées, le calendrier, d'ailleurs réel, de « Résurrection », de faire savoir les adhésions au mouvement qui laissaient le gouvernement sans défenseurs, de suspendre continuellement les paras dans le ciel de Paris, devait aboutir à une victoire psychologique qui permit l'économie de l'opération militaire véritable.


Ainsi, peu à peu, le « regroupement se fait en Métropole ».
Au Parlement, le communiqué du général de Gaulle, critiqué ou défendu avec violence, a provoqué de la part de Guy Mollet - répondant au gaulliste Triboulet - une déclaration qui a fait sensation :

GUY MOLLET :

« Les propos que nous venons d'entendre méritent une très grande attention. Si, cet après-midi, une nouvelle déclaration pouvait venir confirmer que vous avez, Monsieur Triboulet, bien interprété la pensée du général de Gaulle, combien les esprits seraient apaisés dans le pays...
Nous sommes nombreux ici à garder au général de Gaulle une grande estime et une grande amiration, mais nous aimerions qu'il complétât un texte très insuffisant ! »


Immédiatement, la conviction s'est établie au Palais-Bourbon qu'un pont venait d'être lancé entre Guy Mollet et Colombey. De nouveau se posait l'angoissante question :
« Qu'allait faire de Gaulle ? »

Quittons Paris de nouveau pour Alger.
Là aussi, le communiqué du général de Gaulle a eu un retentissement profond... et comporte des résultats appréciables :

S et M. BROMBBRGER :

De Gaulle entrant en lice, la tendance gaulliste triomphe au Comité.
Celui-ci se gonfle un peu chaque jour : les sept membres du premier soir sont devenus vingt-quatre et sont en train de passer à quarante-six...

Cependant, une activité fébrilé se déployait dans tous les secteurs. On préparait activement les plans du débarquement et surtout leur publicité, car le faire-savoir, en l'affaire, était encore plus important que le savoir-faire.

M. Roger Frey, le très distingué secrétaire général des Républicains Sociaux, allait prêter au travail d'intoxication de la métropole son imagination littéraire.
Il venait d'arriver...

M. Frey allait prendre des fonctions qui mettraient à contribution son talent littéraire. Il rédigeait les messages secrets que commençait à émettre Radio-Alger et qui, écoutés dans la métropole (bien que les ondes ennemies fussent brouillées), rendaient aux Français l'atmosphère de l'occupation, quand on écoutait " Ici, Londres ".

- Ernestine est dans le chaudron... La poule va faire son œuf !...

En réalité, ces messages n'avaient aucune signification.
Ils participaient de " l'intoxication " entreprise par Alger pour donner à Paris le sentiment du danger.
C'était de la guerre des ondes en dentelles. Mais elle remuait la Métropole.


Le 17 mai, Jacques Soustelle, aprés une êvasion qui lui rallie tous les rieurs
- et les Français sont presque tous rieurs.

- a pu rejoindre Alger au milieu d'un enthousiasme indescriptible.

Désormais, Alger va aller de kermesse en retraite aux flambeaux ; Jacques Soustelle prônera l'intégration ; le général Cherrières pourra venir en Algérie sans provoquer le « clash » ; le général Massu, avec M. Sid-Cara, « administrer » le Comité de salut public.

Mais Alger, maintenant, lorgne du côté de Paris. C'est le jeu du chat et de la souris, car Paris lorgne du côté d'Alger.

Le 19 Mai, Jules Moch, au ministère de l'Intérieur, reçoit d'inquiétantes informations.
Le C.A.N.A.C. (Comité d'Action des Anciens Combattants), animé par l'ancien commando de France Sanguinetti, qui a laissé une jambe à l'ile d'Elbe, et par « une escouade de colonels de réserve qui en sortent délibérément », a décidé de répéter à Paris le coup d'Alger.
On prendra d'assaut le Palais-Bourbon. Mais n'est-ce pas trop tôt? La manifestation avorte assez lamentablement.

S et M. BROMBBRGER :

Cependant, ce 19 mai à 15 heures; le monde entier a les yeux braqués sur le Palais d'Orsay.
De Gaulle doit y apporter sa réponse aux questions que se pose l' Assemblée Nationale.
Se présente-t-il en dictateur ou en sauveur de la République ?

DOMINIQUE PADO :

De Gaulle, vêtu et cravaté de gris, arrive par une petite porte et presque brutalement s'assoit.
Les flashes crépitent, les projecteurs s'allument, les caméras ronronnent.
Mauriac dit à mi-voix à son fils : « Il a bien vieilli. »
Une journaliste américaine : « Il a grossi. »

Ebloui par la lumière crue que l'on répand sur lui en saccades, le géneral s'efforce visiblement de garder les yeux ouverts.

« Il y aura bientôt trois ans que j'ai eu le plaisir de vous voir... Ce qui se passe en ce moment en Algérie, par rapport à la métropole et dans la métropole, par rapport à l'Algérie, peut conduire à une crise nationale grave. Mais ce peut être aussi le début d'une sorte de résurrection. Voilà pourquoi le moment m'a semblé venu, où il pourrait m'être possible d'être utile, encore une fois, directement à la France. »

Les micros déversent sur la France entière et jusqu'en Amérique,

« Utile... parce que je suis un homme seul, un homme qui n'appartient à personne et qui appartient à tout le monde.
« Utile... comment ? Eh bien, si le peuple le veut, comme dans la précédente crise nationale, à la tête du gouvernement de la République Fançaise. »

Le préambule terminé, le général accepte qu'on lui pose des questions.
Il y en aura six et elles lui permettront des ripostes tranchantes.
La voix, tout à l'heure hésitante et mince, est revenue.
L'interviewé est plus à l'aise que le conférencier.

Robert Lacoste est son « ami », pour Guy Mollet il a beaucoup d'estime :
« Il a cela ne me gêne pas de le dire, il a été un combattant pour la France et pour la liberté, il a été un de mes compagnons, ce sont des choses que l'on n'oublie jamais. »

- Quelle serait votre attitude à l'égard des libertés publiques fondamentales?

« Ai-je jamais attenté aux libertés publiques fondamentales ? Je les ai rétablies, pourquoi voudriez-vous qu'à soixante-sept ans , je commence une carrière de dictateur ? J'ai cru utile au pays de dire ce que j'ai dit, maintenant je vais rentrer dans mon village et je m'y tiendrai à la disposition du pays.»


L'impression générale est favorable.
Désormais, les parlementaires vont aller à lui, par petits groupes, doucement, très doucement, tout d'abord. Un instant, la course sera stoppée par la petite aventure « mexicaine » de la Corse méditée par Pascal Arrighi et agréée par le générai Salan, afin de rappeler discrètement à Paris qu'il faut en finir.

JULES MOCH :

L'aventure corse était un avertissement. Il y avait des parachutistes dans quatre villes de notre Sud-Ouest qu'enfièvraient les exploits de leurs camarades d'Algérie et de Corse. Il y avait ailleurs des soldats de carrière, marocains et tunisiens, dont l'engagement avait survécu à l'accession de leurs pays à l'indépendance et qui eussent aveuglément suivi les ordres de leurs officiers. Il y avait aussi des recrues algériennes inutilisables en Afrique du Nord, et quelques unités de militaires de carrière dont il y avait lien de redouter les incartades.

D'où des ordres nouveaux aux préfets. Tous les aérodromes ne pouvant être gardés, il a fallu en fermer matériellement un très grand nombre, tant dans la région parisienne que dans le Sud-Ouest, en barrant leurs pistes avec des obstacles massifs et des réseaux de barbelés, tandis que ceux maintenus ouverts au trafic étaient gardés par des C.R.S. prélevés sur le dispositif général...

Telle était la situation - combien angoissante - en cette fin de mois.
Mais elle était plus redoutable encore.
Les officiers de France et beaucoup desoldats de carrière étaient de cœur avec les forces d'Algérie.
Les forces de police - j'ai eu la douleur et l'humiliation de le constater - n'étaient pas toutes moralement en état d'assurer une résistance suffisante. Inutile, ici encore, de donner des précisions dès maintenant.

Les travailleurs étaient profondément divisés. La grève de la C.G.T. avait échoué et tout mouvement risquait, en raison du rapport des forces, de tourner au profit du communisme. Enfin, chacun ressentait le tragique, l'odieux, d'une lutte fratricide dont, au surplus, l'issue n'était pas douteuse.

Les choses étant ce que j'ai dit, le dilemme se résumait ainsi :
ou de Gaulle ou une guerre civile n'aboutissant pas à la victoire du régime.


C'est avec infiniment d'honneur et de dignité que les gouvernants vont maintenant mettre la clef sous la porte.

Le parti communiste, dès le dimanche 25 mai, fait appel à la grève générale, solution qui, de tous temps, a paralysé les gouvernements que les grévistes étaient censés appuyer.

Pierre Pflimlin ne veut pas de ces armes : « Il n'appartient pas aux communistes, a-t-il dit dès le début de l'affaire, de sauver la République. »

L'opinion publique jusque-là atone souhaite en finir... et les députés aussi, lorsque des amis charitables viennent égrener à leurs oreiles un ou deux détails du plan « Résurrection » que, disent-ils, les activistes seraient prêts à réaliser :

J.-R. TOURNOUX :

« L'ordre d'opération du plan « Résurrection » débute par un curieux préambule qui fixe l'objectif: obtenir « la mise en place d'un gouvernement républicain de Salut public sous la présidence du général de Gaulle ».
Le général Miquel prendra le commandement de l'ensemble.
Les avions seront mis en place par le général de Rancourt, commandant le groupement mixte de transports aériens.
Le général Coche, inspecteur général du train, sera chargé du transport des troupes débarquées.
Effectif : deux régiments parachutistes du Sud-Ouest, deux régiments parachutistes d'Algérie sous les ordres de Massu, groupement blindé Gribius, bataillon de Joinville, bataillon d'infanterie de Courbevoie, compagnies lie C.R.S., gendarmeries, garde républicaine.
Mission du colonel Gribius : mettre les chars en position pour protéger l'atterrissage des avions.
A l'arrivée du général Salan, un défilé sera organisé sur les Champs-Elysées.
Le commandant en chef ira s'incliner sur la tombe du Soldat Inconnu.


Mais ce plan, le général de Gaulle n'en veut pas, pas plus que M. René Coty.
Jusqu'ici, le pouvoir légal - de Paris - et le pouvoir moral - de Colombey - n'ont eu aucun rapport direct.
La situation s'aggrave chaque jour. Va-t-on vers le coup de force, vers la guerre civile ?
Soudain, le général de Gaulle fait proposer à M. Pftimlin de le rencontrer.



Revenir en haut Aller en bas

avatar

Message le Mar 7 Nov 2017 - 8:50 par EAGLE

JULES MOCH :

Pflimlin rencontre seul de Gaulle dans la nuit du 26 au 27.
La conversation se prolonge pendant deux heures.
Pflimlin demande d'abord une prise de position sur l'affaire corse.
De Gaulle répond qu'il souhaite un communiqué plus général,     englobant l'avenir autant que le passé.
L'accord ne se fait pas.
Le général offre un deuxième entretien,   également secret,   avec les divers dirigeants des partis nationaux.     Pflimlin ne peut s'engager que pour lui-même.
L'entrevue se termine sans résultat tangible et   de Gaulle repart pour Colombey    où il arrive le 27,   vers 5 heures du matin.


Où en est la situation,. ce mardi 27 mai ?

S et M. BROMBBRGER :

Ce mardi 27 mai, la crise atteint à son paroxysme... A 10 heures du matin, le ministre de l'Intérieur, M. Jules Moch,    est saisi d'un rapport circonstancié :
   le débarquement en France est pour demain dans la nuit.


Le meme jour,   à 10 h. 15,   le général de Gaulle téléphone à son bureau de Paris.
Il dicte un communiqué.

GÉNÉRAL DE GAULLE :

J'ai entamé hier le processus régulier nécessaire à l'établissement d'un gouvernement républicain.
Dans ces conditions, toute action de quelque côté qu'elle vienne, qui met en cause l'ordre public, risque d'avoir de graves conséquences.
Tout en faisant la part de circonstances,   je ne saurais l'approuver.   J'attends des forces terrestres, navales et aérienlles présentes en Algérie,   qu'elles demeurent exemplaires sous les ordres de leurs chefs le général Salan, l'amiral Auboyneau, le général Jouhaud.

A ces chefs,   j'exprime ma confiance et mon intention de prendre incessamment contact avec eux.


Ce communiqué, diffusé immédiatement, va faire l'effet d'une bombe... atomique.

JULES MOCH :

Ceux au courant de la conversation noctune sont stupéfaits et inquiets.
Car ce texte ne traduit pas les faits :   il n'a pas été question, entre de Gaulle et Pflimlin, d'une passation de pouvoirs,   mais seulement du désaveu de la sédition corse et d'une éventuelle réunion secrète future.
Que signifie dès lors ce communiqué, qui ulcère Pflimlin, du fait qu'il contre-dit le récit par lui de l'entretien nocturne ?
Certains y voient une manœuvre pour forcer les événements; elle serait indigne de de Gaulle, dont la loyauté et le sens de l'honneur sont indiscutés.
Mon sentiment est alors qu'il a reçu, le matin de son retour à Colombey, des renseignements alarmants   - je viens moi-même d'en obtenir de sérieux qui me font redouter la soirée de ce même 27 mai -   et qu'il a voulu, par cette publication, rendre ces événements impossibles.
En lisant ce texte, j'éprouve donc un grand soulagement et le dis à mes amis.


Et, comme il l'a annoncé, le général de Gaulle a pris immédiatement contact avec Alger.
Nous devons à J.-R. Tournoux la publication du télégramme capital adressé le même jour à Alger, et que l'on ignorait jusqu'à présent :

GÉNÉRAL DE GAULLE :

« Veuillez m'envoyer dès que possible un mandataire militaire.   Stop.
Il s'agit pour moi d'être informe de votre situation et de celle des forces sous vos ordres.   stop.
Il s'agit pour vous de recevoir communication de ma manière de voir et de mes intentions dans la situation actuelle du pays.   stop.
Communiquez à l'amiral Auboyneau et au général Jouhaud le texte de ce message qui vaut pour eux comme pour vous.   Stop.
Mon Cabinet se tient en contact avec le général Lorillot.   Stop.
Soyez assuré de ma cordiale confiance.     - Signé :   Général de Gaulle. »


Dès lors, Alger et Paris sont pleinement d'accord : seul le recours à de Gaulle est possible.
La nouvelle est rendue officielle le 28 :     M. Pflimlin démissionne.
Mais comment assurer la passation des pouvoirs ?

JULES MOCH :

Je suggérai qu'une mission d'information fut confiée sur-le-champ à Vincent Auriol auprès de de Gaulle.   J'étais persuadé qu'un communiqué de l'Elysée accouplant les deux noms calmerait les esprits et qu'un contact direct clarifierait la situation.

En fait, Auriol se récusa.   Ce furent les présidents des deux Assemblées, le Troquer et Monnerville, qui furent chargés de cette mission dans la nuit du 28 au 29.


Cette entrevue n'avait jamais été racontée dans tous ses détails avant que J.R. Tournoux n'en publie l'extraordinaire compte rendu suivant :

J.-R. TOURNOUX :

Dans la soirée,   le général se trouve à Saint-Cloud.   Il attend.   Il n'aime pas cela.
A 23 heures,   M. Le Troquer arrive :
 « Je ne vous appelle pas Mon général,  mais Monsieur le Président. »
Mauvais début.   M. Le Troquer a affirmé maintes fois qu'à l'Hôtel de Ville de Paris, en Août 1944,   il souffla à de Gaulle, in extremis, un   « Vive la République »  qui avait été laissé pour compte à la fin de l'allocution.
M. Monnerville arrive à son tour.     Ah ! mémorable dialogue nocturne !
 ... André Le Troquer bat l'espace de son bras valide, ses propos atteignent le débit d'une mitraillette.

Très exigeant au départ et agoraphobe,   le général dit :   « Voici mes conditions. »
Il veut :    1° s'abstenir des visites traditionnelles aux présidents des Assemblées;
              2° se dispenser de la litanie des consultations avec les chefs de groupe ;
              3° ne pas assister au débat sur son investiture à l'Assemblée Nationale.

 « Inacceptable !   C'est inconstitutionnel !     clame André Le Troquer.
   Je vous connais bien depuis Alger !
   Vous avez l'âme d'un dictateur !
   Vous aimez trop le pouvoir personnel ! »

De Gaulle écoute,  méprisant :
 « J'ai restauré la République, Monsieur Le Troquer »

Le Troquer :
  « Vous la sabordez, maintenant !
 Il faut que vous vous présentiez devant l'Assemblée, en vertu de la Constitution.
 Jamais, jamais, je n'accepterai une autre procédure.
 Je trahirais ma charge ! »

De Gaulle pose encore deux conditions :
 -   disposer, pendant une période d'un an au minimum (il avait parlé précédemment de deux ans) de tous les pouvoirs, y compris les pouvoirs constituants ;
 -   jusqu'à la fin de cette période exceptionnelle, envoyer les députés aux champs.

   Maximum     maximorum !

Les répliques fusent,   rapides,   percutantes.   M. Le Troquer lance des ruades.
M. Gaston Monnerville se rend compte que s'il ne coupe pas le dialogue, il n'ouvrira jamais la bouche.

 « Ecoute,   dit-il à M. Le Troquer,   tu n'es pas ici pour exposer tes griefs personnels.   Ensuite, je voudrais bien aussi donner mon avis. »

Le président du Sénat s'adresse maintenant à de Gaulle :
 « Mon général,   permettez-moi de vous le dire :   vous devez vous présenter devant l'Assemblée.
 « Vous nous affirmez que vous n'entendez pas revenir au pouvoir autrement que dans les formes légales   - et je ne doute pas un seul instant de votre parole.     Eh bien ! les formes légales sont inscrites dans la Constitution...
 « D'autre part, vous ne pouvez nous demander de ne pas convoquer les Assemblées le deuxième mardi d'octobre.   Constitutionnellement, c'est impossible.   Moi-même, qui souhaite votre retour, je m'y opposerais ! »

De Gaulle : « Comment impossible ? »
G. Monnerville : « Reportez-vous au texte des institutions ! Nous sommes obligés de convoquer l'Assemblée le deuxième mardi d'octobre. Agir autrement serait commettre un acte de forfaiture. »
De Gaulle : « On ne m'a pas dit tout cela ! »
G. Monnerville : « On a eu tort. Comprenez que nous sommes là pour défendre la Constitution et l'Honneur. »

De Gaulle réfléchit.
Il semble très frappé par ces arguments et aussi par l'égale fermeté des deux présidents :
   l'une,   courtoise,   d'un homme qui facilite la tâche,
   l'autre,   abrupte,   d'un homme qui ne souhaite pas son retour.

De Gaulle : « Mais vous savez très bien que jamais les parlementaires ne parviendront à accoucher d'une Constitution. Vous l'avez constaté vous-mêmes. Nous n'aboutirons qu'à des solutions partielles et dérisoires! »

Le Troquer (à Monnerville) : « Tu vois !   C'est le viol de la Constitution !   La République en l'air !   Eh bien! Non ! »

G. Monnerville (à de Gaulle) : « Je serais infiniment triste si vous répondiez par la négative.
« Ce n'est pas à vous que l'on parle d'honneur, de patriotisme et de dévouement à la Nation.   Toute votre vie, c'est cela.   Je vous demande instamment de réfléchir.   Ne répondez pas ce soir.   Je suis un fils de l'outre-mer.   Personne d'autre que vous ne pourra aboutir aux grandes mutations nécessaires.   Pour toutes les populations de l'outre-mer, vous êtes l'homme de Brazzaville.
« Si vous ne réalisez pas ces réformes,   je n'ai pas d'illusions :   la sécession suivra avant peu d'années.   Vous seul, mon général, pouvez construire la grande Communauté. » .

Des larmes, oui,   des larmes,   perlent aux yeux du général qui lentement,   un peu las, laisse tomber ces mots :   « Je réfléchirai.   Le retour de de Gaulle est-il possible ?   N'est-il pas possible ?   Après tout, vous savez, la France nous enterrera tous.   Nous passons.   Elle seule est éternelle.   Si mon retour n'est pas possible,   je rentrerai dans mon village avec mon chagrin. »

Exit de Gaulle.


Tout est-il perdu ?   M. Le Troquer le voudrait bien.   Il nourrit des désirs secrets.   Il a appris que le président Coty, passant outre aux traditions, allait s'adresser par message au Parlement.   Il espère que René Coty sera mis en minorité et contraint à démissionner.
Dans ce cas, constitutionnellement,   M. le Troquer le remplacera.
A M.Naegelen, il confie :   « Voilà, Coty cède. Je m'installe à l'Elysée et je te charge de former le gouvernement ».

A quoi, M. Naegelen répond :   « Tu es fou !   Si tu vas à l'Elysée,   tu n'y resteras pas un quart d'heure ! »

Voici l'horaire des événements de ce 29 mai :
15 heures : Lecture rapide et monocorde par M. Le Troquer du message de Coty :
   « de me suis tourné vers le plus illustre des Français... »
15 h. 55 : La presse publie les lettres qu'ont échangées de Gaulle et Vincent Auriol.
19 h. 30 : De Gaulle arrive à l'Elysée.
21 h. 30 : De Gaulle accepte.

JULES MOCH :

Les 30 et 31 mai,   les négociations se poursuivirent,   tandis que, devant prévoir le pire de par mes fonctions,   j'ordonnais la fermeture d'une autre série d'aérodromes dans le Sud-Ouest,   des mesures de renforcement de la police,   la préparation, par les préfets, de postes de commandement hors de leurs préfectures et de liaisons par radio entre ces emplacements et l'Intérieur, etc...

Le 1er juin, enfin,   de Gaulle,   ayant négocié les deux jours précédents et désigné une première tranche de son gouvernement, fut investi à 105 voix de majorité.


C'en est fait.     La « Quatrième » a abdiqué.

A Alger,   on pavoise...   mais déjà certains s'inquiètent.
Quand le général de Gaulle y arrive,   il demande à Lucien Neuwirth :
 -   Alors, Neuwirth, vous êtes content?
 -   Oui, mon général, mais...
 -   Mais quoi?
 -   Vous êtes entouré par quelques beaux salauds,   mon général !

Alors la réponse claque :
 -   Neuwirth,   il faut savoir si vous avez confiance ou non.   Au-dessus de nos querelles,   sachez-le,   il y a la France.

J.-R. TOURNOUX :

Le général de Gaulle le sait-il aujourd'hui ?
La composition inattendue de son gouvernement provoqua de tels remous que son voyage fut précédé d'une conférence ultra secrète d'état-major, réunie sur l'initiative du général Miquel (chef métropolitain du plan « Résurrection »)...

Faut-il continuer la révolution ?     Aller au-delà de « l'instant de Gaulle » ?
La question se pose.     Mais brutalement, Salan se prononce :
 « Faisons confiance à de Gaulle. Et, surtout, veillons à l'unité de l'Armée.
 Mais restons vigilants ».


C'est donc sur un « suspense » que se referme la dernière page de ce dossier.

Un suspense qui trouvera son rebondissement - tragique - le 24 janvier 1960...




Algéroisement . . . . Vôtre

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous pouvez répondre aux sujets dans ce forum