1944, la libération de la Lorraine

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25112017

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1944, la libération de la Lorraine




Depuis leur succès, difficilement acquis, en Normandie, les forces alliées semblent opérer une marche triomphale, à laquelle la Wehrmacht ne paraît plus être en mesure de s'opposer.



L'objectif allié est triple puisqu’il s’agit à la foi de poursuivre l’ennemi vers la Bretagne, de libérer les ports de la Manche et de progresser vers le Vosges. Après avoir franchi la Seine, la route de Paris est ouverte.
Le 25 août, Paris est libérée. Au lendemain, les forces américaines parviennent aux portes de la Lorraine.
En cette fin du mois d'août 1944, le haut-commandement américain est convaincu que la 3e armée peut atteindre le Rhin en seulement trois jours. Finalement, la campagne de Lorraine va durer deux mois et demi.

La 3e armée est commandée par le général George Patton.
Ce cavalier, bon stratège et habile tacticien, s'est récemment illustré dans la percée d'Avranches. Connaissant bien cette région de Lorraine puisqu'il fut chargé en septembre 1918 de conduire l'offensive américaine sur Saint-Mihiel, il dispose d'une force supérieure à celle qu'alignent les Allemands.

Bien entraînée, la 3e armée possède un armement moderne, notamment une artillerie lourde totalement mécanisée. Le 20e corps US est chargé de prendre Metz tandis que le 12e corps se voit assigner la libération de Nancy.
En face, les forces allemandes du général Blaskowitz, sont constituées de troupe de valeur inégale, en particulier dans l'infanterie. Son élément le plus solide reste la 5e Panzer Division du général von Manteuffel dont les qualités de tacticien lui ont attiré la bienveillance d'Hitler. Au début de septembre, le haut commandement de la Wehrmacht (OKW) doit contenir la poussée alliée pour permettre la retraite de  leurs forces venues du Sud de la France.


Au cours  de ces opérations libératrices, les populations civiles du département, intégré depuis 1940 à la zone interdite, payent un lourd tribut.
Les contraintes de l'Occupation se renforcent devant l'avance des Alliés. La pénurie est générale et le rationnement de plus en plus sévère. Par ailleurs, les accrochages avec la Résistance rendent l'ennemi en retraite nerveux et agressif, prompt à exercer des représailles tant sur les résistants que sur les civils, soupçonnés d'aider les maquis.
En juin 1944, le département avait été divisé en huit secteurs, aux limites assez floues ; deux ont à leur tête des chefs issus de l'Organisation de Résistance de l'Armée (ORA), et les six autres venus de l'Armée Secrète (AS). Leurs effectifs sont fluctuants et prennent de l'importance au fur et à mesure des semaines. En septembre 1944, on recense 8000 maquisards.
Les 1er et 2 septembre, les villages de Mamey et Martincourt sont pillés et incendiés par les soldats allemands. Au cours de ces journées, 15 civils sont tués. Le 6 septembre, 400 parachutistes allemands répandent la terreur à Villey-le-Sec. Le lendemain, le bourg de Saint-Rémy-aux-Bois est totalement détruit par l'artillerie et brûlé.

En raison des obstacles naturels et du manque de renseignements sur les forces ennemies, Patton décide de ne pas engager directement ses forces comme il l'a fait à Commercy. Au lieu de cela, il vise l'encerclement de Nancy.

À cet effet, la 80e division d'infanterie du général Horace McBride est chargée de fixer trois points pour traverser la Moselle : à Pont-à-Mousson avec le 317e régiment d'infanterie où les Allemands se sont retranchés dans le quartier Saint-Martin, à Toul avec le 319e et enfin à Marbache avec le 318e. Le 4e régiment blindé doit progresser plus au nord de Pont-à-Mousson pour atteindre Nancy depuis l'Est. Mais sans reconnaissance et sans préparation préliminaire d'artillerie, cette première tentative du 7 septembre est un échec. Après d'apparents succès, l'ennemi contre-attaque et rejette les troupes américaines sur leurs positions de départ.
A Toul, les défenseurs allemands reculent pas à pas pour atteindre une ligne défensive. Grâce au renfort progressif de ses forces, Patton planifie une seconde tentative pour franchir la Moselle. Moins précipitée que la précédente initiative, elle se traduit par un vaste mouvement offensif qui répond à trois objectifs : briser la résistance allemande, franchir d'un bond la Moselle et occuper les collines, et enfin atteindre Château-Salins (centre ferroviaire important dans la région).

Bien qu'appuyée par la Résistance, et l'US Air Force, la progression alliée est lente et particulièrement meurtrière. Le 10 septembre, les bombardiers américains détruisent un pont à Custines pour empêcher les renforts ennemis d'atteindre le secteur de Nancy. En dépit d'accrochages sérieux comme celui de Gondreville, les Américains se rapprochent de Nancy. Le 13 septembre, les combats d'une extrême violence opposant artillerie et blindés se déroulent dans le secteur de Sainte-Geneviève et Loisy.
Le même jour, la 35e division d'infanterie américaine du général Baade progresse vers le sud et des éléments de la 4e division blindée parviennent  à franchir la Moselle et canal de l'Est entre Crévéchamps et Bayon.

Pour Patton, la prise de Nancy représente un enjeu stratégique primordial, de façon à contourner au sud les forces ennemies stationnées sur le front Metz-Thionville et à forcer le passage entre la 1re et la 9e armées allemande, en direction de la Sarre. Menacés d'encerclement, les Allemands évacuent Nancy alors que demeure un contingent de 2000 hommes aguerris pour tenir l'agglomération et ses abords.

Au matin du 14 septembre, le commandement FFI déclenche l'action insurrectionnelle depuis son quartier général de la laiterie Saint-Hubert. Partout, des proclamations sont affichées dans les rues. Le 15, les FFI prennent possession des services publics. A cet instant, trois colonnes américaines guidées par des FFI, progressent jusqu'à la place Stanislas où la foule afflue et congratule ces soldats venus d'outre-Atlantique. Les FFI s'emploient à chasser les derniers Allemands des quartiers du canal et la Meurthe, puis, le 16, libèrent Saint Max et Malzéville.

Le 25 septembre, la capitale des ducs de Lorraine, dont la croix à deux branches est devenue le symbole de la France Libre, réserve un accueil enthousiaste au général de Gaulle. Malgré une pluie incessante, la foule se presse devant l'homme du 18 juin et les 2000 maquisards qui défilent. Depuis le balcon de l'hôtel de ville, avec à ses côtés Maurice Schumann, le chroniqueur de la radio de Londres, le chef du gouvernement affirme sa volonté de conduire la France à la victoire, dans l'ordre républicain rétabli.

Au lendemain de la perte de Nancy, Hitler et haut commandement de la Wehrmacht (OKW) veulent déployer une offensive de grande ampleur. Mais en raison de l'insuffisance des renforts reçus, Blaskowitz suggère une opération plus limitée. Finalement, les Allemands s'accrochent au terrain difficile du Grand Couronné pour freiner l'avance américaine sur Château-Salins. Jusqu'au 19-20 septembre, la résistance est acharnée ; c'est ainsi qu'Agincourt change de mains à quatre reprises en deux jours.

Après de rudes affrontements, les deux armées ont besoin de se renforcer. Depuis le début du mois, la 3e armée américaine a perdu en Lorraine près de 300 chars, et les Allemands près de 500 chars. La résistance inattendue de la Wehrmacht a porté des coups terribles aux Américains. C'est alors que pour des raisons stratégiques et logistiques, le haut commandement allié suspend sa progression sur l'ensemble du front occidental. C'est la "pause d'octobre" que les Allemands mettent à profit pour organiser la défense de la frontière, de la Moselle aux Vosges, faisant peser sur les populations de nouvelles menaces. Tous les hommes sont requis tandis que se multiplient les arrestations et les exactions.

À la fin d'octobre, l'offensive reprend. Le 31, c'est la 2e DB qui entre dans Baccarat. Le 20 novembre, les Américains défilent à Metz. Le département est désormais libre. Mais en Lorraine, il faut panser ses plaies et oublier quatre ans d'occupation et les violents combats pour la libération. On recense ainsi entre 250 et 300 résistants tués auxquels s'ajoutent plus de 1200 victimes civiles. Par ailleurs, des milliers de personnes ont été déplacées ou sinistrées. Le mauvais état des voies de communication freine le retour à une vie économique normale. Aussi, un rationnement strict est maintenu et le marché noir sévit toujours.

Peu à peu, des comités locaux de libération se mettent en place. Tous s'emploient à rassurer les populations, tout en veillant à garantir l'ordre public et le ravitaillement. À Nancy, la délégation spéciale est conduite par l'architecte Jean Prouvé.
Cependant, la reprise de la vie administrative et matérielle s’avère difficile. Le 24 novembre, Gabriel Hocquard, maire de Metz jusqu’en 1940, revient dans la ville libérée pour y reprendre ses fonctions.
Le préfet Rebourset, nommé à la tête du département de Moselle le 5 septembre, rejoint Metz le 21 ; il ne peut s’installer dans une préfecture qui a subi des dégâts importants. Il en est de même au palais du gouverneur, pour le général Dody venu de Verdun le même jour.

En liaison avec les Américains, toutes les autorités auront fort à faire, dans une ville isolée et manquant de tout : ravitaillement, transport, charbon, électricité, gaz et eau... Mais enfin libérés, les Lorrains peuvent désormais s’atteler à la reconstruction.



Ministère de la Défense

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