Printemps 1918 le moral des Français à l'épreuve des offensives allemandes

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Printemps 1918 le moral des Français à l'épreuve des offensives allemandes

Message par LUDO le Mar 20 Mar 2018 - 23:26


Les derniers feux de la bataille de Picardie à peine éteints, une nouvelle offensive allemande se déclenche dans les Flandres, dans la région d'Armentières, le 9 avril. Elle sera courte mais violente. Dès la première journée, l'assaut allemand bouscule les troupes portugaises. Deux jours plus tard, la crête de Messines est débordée et, une nouvelle fois, des renforts sont envoyés sur le front britannique. Foch, nommé commandant en chef des forces alliées, le 14, fait affluer ses réserves.

La bataille fait rage jusqu'au début mai sur les monts de Flandres, essentiellement le Mont Kemmel sur lequel s'abattent des bombardements d'une extrême violence. Encore une fois, l'avance de Ludendorff est bloquée. Dunkerque, un instant menacé, se trouve maintenant hors de portée.

Des Flandres au Chemin des Dames

Certes, l'effet immédiat de ces deux "coups de boutoir" est considérable : l'armée britannique est fortement touchée, 1 600 canons ont été pris et plus de 120 000 soldats ont été fait prisonniers.
Les Allemands ont avancé de près de 70 kilomètres en profondeur et sont à 80 kilomètres de Paris et à 60 de la mer. Mais le succès stratégique n'est pas au rendez-vous : Ludendorff n'a pu prendre Paris, ni même Amiens, et n'a pas réussi à couper en deux les armées alliées. Il conçoit alors un autre plan. Profitant des 80 divisions de réserve non encore engagées, il va porter son offensive contre l'armée française. Le 27 mai, un ouragan de feu s'abat sur les lignes françaises du Chemin des Dames.

L'attaque allemande se déclenche à l'aube. Au soir, elle atteint Fismes, ayant progressé de 20 kilomètres et pris la totalité de la célèbre position, pourtant réputée inexpugnable. Au Quartier Général français règne la consternation : les directives de Pétain prescrivant d'attendre les attaques sur la deuxième position n'ont pas été appliquées, la surprise a été totale jusqu'à quelques heures de l'offensive. Beaucoup, dont Foch lui-même, pensaient que Ludendorff tenterait d'anéantir l'armée britannique. Aussi, bon nombre de réserves avaient-elles été massées dans la partie nord du front entre les Flandres et la Picardie.

Des opérations locales avaient également été lancées dans ces secteurs, comme celle du 28 mai, à l'Ouest de Mondidier, où des troupes américaines, appuyées par des chars français, prennent le village de Cantigny.

Ce premier succès, assez modeste, sera bientôt complété par des offensives de plus grande ampleur, où s'illustreront les jeunes divisions américaines.

Dès le 29, les divisions allemandes ont atteint Fère-en-Tardenois et menacent Oulchy-le-Château, à près de 35 kilomètres de leur base de départ. Le 31, elles abordent Château-Thierry et la Marne, à moins de 80 kilomètres de la capitale. Une partie de la Montagne de Reims tombe le même jour. Le général qui commande devant Reims envisage même d'abandonner la ville. Pétain réclame aussitôt des divisions à opposer aux assaillants, mais Foch ne les lui cède qu'avec parcimonie, persuadé que les Allemands n'ont pas renoncé à une offensive de grande envergure en Artois ou en Flandres, contre le front anglais.

Le généralissime allié ne se trompe d'ailleurs nullement : Ludendorff veut empêcher les Français d'intervenir une nouvelle fois au secours des Britanniques, mais l'ampleur du succès est telle qu'il change son plan et décide de porter son effort en direction de Paris. Cependant, malgré la violence de l'offensive et la faiblesse des réserves alliées, la situation militaire n'est plus tout à fait identique à celle du mois de mars : Foch et Pétain veillent tout d'abord à ce que les deux flancs de la poche soient solidement tenus, au nord, à la lisière de la forêt de Villers-Cotterêts et à l'est, autour de Reims. Les premières divisions américaines peuvent être envoyées au feu et pendant tout le mois de juin, la brigade des marines se bat au Bois Belleau, près de Château-Thierry.

Par ailleurs, la puissance des industries de guerre alliées commence à se faire sentir : la dotation en artillerie devient ainsi suffisante pour organiser de véritables "barrages" qui gênent les assaillants. Les camions automobiles sont en n ombre suffisant pour assurer le transfert de milliers d'hommes et le tracé convexe du front avantage les Alliés qui utilisent au maximum le chemin de fer.

Le 19 juin, la bataille reprend. Les Allemands attaquent sur le Matz, un petit affluent de l'Oise. Deux jours plus tard, après une dizaine de kilomètres de progression, ils doivent s'arrêter. Mieux encore, le général Mangin organise une contre-attaque qui reprend un peu de terrain perdu.

Clemenceau contre les défaitistes : "Je fais la guerre"

C'est sur le front parlementaire que l'inquiétude est la plus vive. Les critiques contre Clemenceau fusent de toute part, essentiellement de la gauche. Elles sont parfois contradictoires, le "Tigre" étant à la fois accusé de négliger les affaires du gouvernement par ses fréquents voyages au front et de se comporter en dictateur.

Clemenceau sait que sa présence sur le front revêt une grande importance pour les combattants, pour les généraux, mais aussi pour les Alliés. Il est le principal artisan du commandement unique de mars-avril 1918, et un échec militaire du général Foch mettrait en péril son gouvernement et rejaillirait aussitôt sur celui de Lloyd George. De fait, les revers des 27-29 mai provoquent une véritable tempête au Parlement : le président du Sénat, Dubost, les socialistes, les républicains multiplient les interventions à la Chambre et au Sénat, accusant les chefs militaires et le gouvernement d'incapacité, d'impéritie et Clemenceau lui-même de dictature. Cette dernière accusation n'était pas nouvelle, le "Tigre" ayant déjà reçu de semblables épithètes lors de son précédent ministère, de 1906 à 1909.

Ces reproches n'étaient d'ailleurs pas dénués de fondement : accaparé par les fréquents séjours aux armées et les conférences interalliées, le président du Conseil ne s'embarrasse guère de scrupules avec les parlementaires. Il s'en remet très souvent à son jeune chef de cabinet, Georges Mandel, mais tient en main tous les pouvoirs, directement (il est à la fois président du Conseil et ministre de la Guerre) ou indirectement, à travers des hommes sur qui il sait pouvoir compter (Pichon aux Affaires étrangères, Leygues à la Marine, etc.).

Quelques jours plus tard, le 4 juin, il doit couvrir les chefs militaires, violemment attaqués à la Chambre. Monté à la tribune, le " Tigre " s'élève contre les "défaitistes" et réaffirme sa volonté : "Nous remporterons la victoire si les pouvoirs publics sont à la hauteur de leur tâche. Je me bats devant Paris, je me bats à Paris, je me bats derrière Paris." Cet énergique discours raffermit les volontés et les députés maintiennent leur confiance au gouvernement.

Il est temps car, dans la capitale, le moral des Parisiens est en baisse. Depuis mars, les offensives se sont succédé et celle de la fin mai a porté l'ennemi presque aussi loin que lors de l'invasion de 1914. La conséquence immédiate est une vague de départs vers la province, probablement plusieurs centaines de milliers de personnes entre mars et juin 1918. De façon moins épidermique et plus profonde, le conflit qui s'éternise commence à lasser les volontés, d'autant que rien n'indique qu'il puisse prendre fin dans l'année. Certes, chacun souhaite ardemment la paix, mais la grande majorité n'est pas prête à l'accepter à tout prix. D'ailleurs, aux dires des observateurs, la population reste calme, même face aux bombardements aériens de janvier 1918 et au tir des pièces à longue portée à partir du mois de mars.

La situation générale est identique en province, malgré d'importantes grèves à caractère nettement révolutionnaire dans la Loire : dans les usines d'armement de Roanne, Saint-Étienne, Saint-Chamond ou Rives-de-Gier, plus de 50 000 ouvriers cessent le travail entre le 18 et le 28 mai, réclamant l'arrêt des hostilités et des négociations de paix. Mais ce mouvement, parfois violent, n'est pas suivi et suscite plutôt de la réprobation. (1)

La population semble donc garder confiance. De nombreux facteurs expliquent cette attitude, notamment l'arrivée des troupes américaines (2) et le fait que le ravitaillement de la population soit assez bien organisé (3). En étant moins rigoureuse et plus intelligente, en informant régulièrement les Parisiens de l'avance allemande en mars et en mai, même avec un certain retard, la censure évite la propagation de fausses nouvelles alarmantes. Pour la majorité des Français, les sacrifices consentis pendant les quatre années de guerre ne peuvent conduire qu'à une paix sinon victorieuse, du moins avantageuse.



Nota
(1) Cf J. J. Becker : Les Français dans la Grande Guerre, Paris, Robert-Laffont, 1980
(2) Les arrivées se font de plus en plus massives en 1918 : 83 000 soldats en mars, 117 000 en avril, 244 000 en mai, 276 000 en juin, en juillet l'armée des États-Unis est forte d'un million d'hommes
(3) Le gouvernement y prêtait une attention soutenue, les problèmes de ravitaillement entraînant rapidement une dégradation du moral

Source : MINDEF

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Re: Printemps 1918 le moral des Français à l'épreuve des offensives allemandes

Message par BriseLance13 le Mar 1 Mai 2018 - 16:00

Merci Ludo pour la présentation de ce document . Et si vous visitez le sujet ; C'était il y a 100 ans , au jour le jour,
vous verrez que le 35e R.A.C a été de ces combats; la Somme en avril, puis retour dans l'Aisne, au Chemin des
Dames, pour le 27 mai, où il payera un très lourd tribut.
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