Je vole, je vole comme dirait Sardou…

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02042018

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Je vole, je vole comme dirait Sardou…




Un texte d’Amarante m’a fait revenir « un peu » en arrière. Du côté de Saumur.  Et je me suis dit qu’un peu d’humour nous ferait peut-être du bien…
D’avance, je demande aux quelques aviateurs qui fréquentent ce site d’être indulgents.
C’était à Saumur en 1964. Les sous-lieutenants, futurs chefs de peloton, avaient la possibilité de suivre des cours d’initiation au pilotage. Voici les souvenirs de l’un d’entre eux.
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Maîtriser un engin qui roule pour décoller puis le faire évoluer sous les nuages avant de le faire atterrir s’appelle : piloter.
Virtuoses des déplacements sur roues ou sur chenilles, nous, les anciens marcheurs à pied, avons découvert les hélices.
Nous n’étions pas dans la marine, elles étaient à l’avant.
Un détachement de l’Aviation Légère de l’Armée de Terre (A.L.A.T.) nous fournissait les avions (des Piper) et les moniteurs.
J’ai découvert qu’un avion n’était pas fait pour rouler au sol et qu’un moniteur parle aussi bien qu’un maître de manège.
Tour de l’avion avant de monter, lecture de la check-list, manœuvre des volets, essais moteur, le cérémonial s’est lentement incrusté dans un coin du cerveau.
L’accent du moniteur aussi.
Cet homme placé à l’arrière était inquiétant. Ses remarques permanentes finissaient par nous persuader que nous étions incapables de piloter une machine volante.




Tout d’ailleurs dans cet appareil  posait problème.
L’horizon n’était jamais horizontal, les ailes battaient à des hauteurs différentes et le manche balayait toujours du mauvais côté. La vitesse était bien entendu insuffisante pour conserver la bonne altitude sans parler d’une bille de flipper qui ne restait jamais en place.
Bref, nous subissions des cures d’amaigrissement directement proportionnelles aux minutes de vol.
Un jour, alors que j’avais été particulièrement nul à en croire mon instructeur, j’ai rangé l’avion sur son parking avec une chemise bien trempée. Le silence était revenu et j’avais commencé à me libérer de mon harnais.
Dans mon dos j’ai soudain entendu la voix de mon bourreau.
- Vous partez tout seul. Faites le tour de l’aérodrome à l’altitude habituelle et redescendez !
C’était mon « lâcher », mon premier vol en solo ! Le « Go » du largeur !
Vérifications avant le départ, régime maxi, manche vers l’avant, léger relevé et me voilà en l’air. Je n’étais pas seul. « Il » était derrière moi. Je l’entendais me parler de la ligne d’horizon, du régime moteur, de la bille…
C’est ainsi qu’après beaucoup de séances de transpirations j’ai fini par obtenir mon 1er degré (licence élémentaire).
Pour l’étape suivante, je me suis inscrit dans le club civil situé à côté et j’ai découvert un avion plus « convivial» qui s’appelait Emeraude. Emeraude, un joli nom.



Et délicat avec çà.

Rien à voir avec le Piper, il avait même des sortes d’« aérofreins » ! Pas de problème pour se poser si on était un peu « long ».
En route pour le 2ème degré (pilote privé) avec un moniteur civil ferme, mais rassurant. Quel changement !
Tout allait bien, sauf mon compte en banque naturellement…
Pour compléter mes heures de vol afin d’arriver aux 40 heures nécessaires à l’obtention du brevet, j’ai demandé et obtenu d’en faire sur un Piper de l’ALAT. J’avais un peu perdu l’habitude de piloter cet appareil mais comme je le connaissais bien c’est en toute confiance que je suis monté à bord. Mon ancien instructeur de l’ALAT m’a regardé partir avec un œil bienveillant.

Check-list, moteurs etc. pas de problème tout m’est revenu rapidement. Décollage impeccable et me voila en l’air.
Bon, avant d’aller faire un tour le long de la Loire je me suis dit qu’un atterrissage de principe serait peut être une bonne chose.
Descente, approche, ralentissement, limite de décrochage, arrondi et « trois points »…
Et, patatras !
Un coup sur la roulette de queue, un coup sur les roues avant et rebelote et… manche vers l’avant, moteur à fond,  léger relevé et décollage en catastrophe!
Qu’à cela ne tienne, j’ai recommencé.
J’ai même recommencé plusieurs fois. Toujours le même résultat ! Toujours ces rebonds avec parfois une tendance à partir « en crabe ».
Bref, je ne suis pas allé voir les bords de Loire. J’ai passé mon heure de vol à essayer d’atterrir !
Incroyable mais je n’y arrivais pas ! Impossible de comprendre ce qui se passait.
Au sol, tout le monde était persuadé que je m’amusais à faire des décollages en catastrophe. Bien entendu, pas de radio pour crier au secours ! J’aurais bien aimé entendre quelqu’un derrière moi avec un accent du sud me « remonter les bretelles » mais j’étais seul !
Après une dizaine de tentatives (au moins), chemise trempée, le « pale rider » blême s’est décidé à faire atterrir la bête coûte que coûte. Tant pis, elle finirait bien par s’arrêter !
C’est donc en  faisant une succession de rebonds acrobatiques que j’ai réussi à terminer en bout de piste, sans casser l’avion… Une sorte de miracle.
En ramenant mon Piper sur le parking, j’ai retrouvé mon fameux instructeur. Il a d’abord fait le tour de l’avion pour vérifier son état. Et, j’ai eu droit à une « explication » imagée et particulièrement sonore sur la technique d’atterrissage « trois points » dans un cirque Pinder…
Il faut croire qu’il était particulièrement « convainquant » car j’ai compris mon erreur. En pilotant l’Emeraude j’avais oublié comment atterrissait un Piper !

Pour finir mon histoire en beauté, je vous signale qu’en l’air on peut aussi se perdre. Mais, quand vous ne savez plus très bien où vous êtes, pas de panique. Il suffit de descendre assez bas pour lire les panneaux qui donnent les noms des villages…

Finalement, en parachute tout est beaucoup plus simple même si on peut avoir des difficultés à l’atterrissage ! De plus, c’est le pilote qui allume la lumière rouge pour indiquer qu’on est arrivé.

Avant un largage, je n’ai jamais entendu dire qu’un Noratlas était descendu pour lire les panneaux indicateurs…
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LANG
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Je vole, je vole comme dirait Sardou… :: Commentaires

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Message le Lun 2 Avr 2018 - 23:14 par LOUSTIC

Bonjour, belle anecdote que celle-ci, On peut dire sans problème LANG que vous avez eu une vie bien remplie. C'est un plaisir de vous lire.

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