Origines des sociétés militaires privées

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05042018

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Origines des sociétés militaires privées




Des mercenaires ont de tout temps étaient incorporés aux troupes nationales.



Il n’était pas anormal de se battre pour de l’argent, et non pour un idéal patriotique. L’image des « mercenaires » en tant qu’individus, engagés dans le conflit, de nationalités autres que celles des forces en présence et rétribués par l’une des parties, est connoté négativement à cause des nombreuses exactions qui ont eu lieu dans des zones sensibles du globe.

Avec ces dernières décennies s’est développé un nouveau type de mercenariat : le mercenariat d’entreprise. Des sociétés privées nationales ou multinationales se sont spécialisées dans les services de défense. Elles ont de nombreuses appellations, ce qui dénote le caractère flou qui les entoure. Tantôt décrites comme des « sociétés internationales de sécurité» (Private International Security Companies) ou plus simplement des « sociétés de sécurité » (Private Security Firms), nous adopterons une autre appellation commune : les « sociétés militaires privées » (Private Military Compagnies – PMC).
Le secteur de la sécurité militaire est aujourd’hui estimé à 100 milliards de dollars par an.
Des avantages économiques…

Tout d’abord, d’un point de vue économique, la mise en commun des moyens permet de pallier aux réductions des budgets. Les solutions militaires privées sont ainsi plus souples et moins coûteuses à mettre en œuvre. Ces SMP sont en effet payés seulement en fonction des besoins.
De plus, l’augmentation du coût des armements dits « intelligents » devrait, à terme, empêcher certains pays d’entretenir une armée moderne. La réduction des budgets s’est également accompagnée d’une diminution des effectifs des forces armées : les forces militaires des Etats-Unis, de la Russie, de la Grande-Bretagne et de la France ont ainsi diminué de trois quarts. En 1991, au moment de la première guerre du Golfe, l’armée de terre américaine comptait 780 000 hommes, contre seulement 480 000 aujourd’hui.

Mais aussi d’ordre sociétal et militaire
Les SMP présentent également des avantages d’ordre sociétal. Leur emploi est peut-être un moyen pour résoudre le refus des sociétés de voir exposer les vies de leurs soldats. Le fondateur de Sandline International confirme cette perception : « Si les personnels de nos compagnies militaires privées sont tués, cela n'a pas le même impact émotif que si ce sont des soldats des forces nationales ».
Sur le plan militaire, ces forces armées privées, constamment en contact avec le terrain, immédiatement mobilisables sans les habituelles lourdeurs administratives, auraient une efficacité comparable aux armées nationales. Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU, avouait après le génocide du Rwanda : « Si j'avais disposé d'une brigade avec sa puissance de feu et ses hommes, bien équipés et bien entraînés, j'aurais pu sauver des centaines de milliers de vies humaines ».(1)

Le mercenariat et les Etats-Unis, une longue histoire…
Durant la guerre révolutionnaire américaine, grâce à l’article I-section 8, le Congrès continental avait le pouvoir d’émettre des « Letters of Marque and Reprisals » (Lettres de reconnaissance et de représailles). En possession de telles lettres, des « privés » avaient le droit d’armer des flottes privées destinées à attaquer les lignes de commerce maritime britannique. Ces sociétés ainsi armées avaient le droit de pirater des navires ennemis et d’en garder le butin, si les opérations ont été exécutées conformément à ces lettres. Plusieurs analystes voient dans cet article de la constitution américaine les bases mêmes des lois régissant les activités des SMP. De nos jours, les SMP ont toujours besoin d’une telle autorisation de la part du gouvernement. Elles doivent obtenir une licence du Department Office du Defense Trade Controls.

En 1996, en Bosnie, une personne sur 10 autour du champ de bataille était un civil sous contrat employé alors que cette proportion n’était que d’une personne sur 50 en 1991, lors de la première guerre du Golfe. Ce sont ce type d’entreprises qui ont été les premières dans le Golfe pour débarquer les équipements et les armes de l’armée américaine en amont de son déploiement. Ainsi près de 40 entreprises travailleraient en permanence sur le terrain pour le Pentagone, mais le nombre de SMP utilisées par l’armée américaine n’est pas public. L’utilisation discrète de ces entreprises permet d’échapper au contrôle des membres du Congrès, des médias et de l’opinion publique.
Par exemple, le Congrès avait limité à 20 000 soldats le nombre des troupes autorisées à être envoyées en Bosnie. Cette restriction avait pu être contournée grâce à l’emploi de 2000 privés. Cette méthode de contournement permet également de maintenir une présence « militaire » américaine dans de nombreux pays dits « sensibles ».

En tout état de cause, les SMP sont le plus souvent des entreprises de droit privé, majoritairement anglo-saxonnes, obéissant à la logique économique du secteur privé, prestataires de services liés à des activités de défense et de sécurité (conseils, formation, soutien logistique, fourniture de personnel de surveillance, et déminage).
(1) Thomas K. Adams, The New Mercenaries and the Privatization of Conflict, Parameters, 1999.
Source: InfoGuerre (11/06/2003)

Mercenariat, SMP et législation internationale
Après le dossier sur le MPRI, et le Panorama des principales sociétés militaires privées (SMP), Infoguerre.com revient sur les Sociétés militaires privées (SMP) pour en décoder l’existence et leur cadre légal à travers les textes de législation en vigueur.

Il existe deux instruments internationaux en vigueur :
- L’article 47 du Protocole additionnel de 1977 aux Conventions de Genève de 1949
- La Convention de L’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) sur l’Elimination du Mercenariat en Afrique de 1977.
En 1989, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une Convention internationale (contre le recrutement, l’utilisation, le financement et l’instruction des mercenaires). Mais cette dernière n’est toujours pas appliquée car un nombre insuffisant de pays l’a ratifié (ratifié par 19 Etats, alors qu’il en faut 22 pour entrer en vigueur).

L’article 47
Selon l’article 47 du Protocole additionnel de 1977 aux Conventions de Genève de 1949, un individu est considéré comme « mercenaire » lorsqu’il correspond à ces critères :
a. Etre spécialement recruté dans le pays ou à l’étranger pour combattre dans un conflit armé,
b. Prendre ou tenter de prendre une part directe aux hostilités, en vue d'obtenir un avantage personnel ou une rémunération nettement supérieure à celle des combattants réguliers,
c. Ne pas être ressortissant ou membre des forces armées d'un Etat impliqué dans le conflit,
d. Ne pas avoir été envoyé en mission officielle par un autre Etat.

Pourtant la législation internationale dans ce domaine est peu efficace, à cause de l’inexistence de législation internationale sur les sociétés ou les agences de sécurité. La définition de l’article 47 porte en effet sur l’utilisation de mercenaires en tant qu’individus, et non en tant que sociétés de sécurité. Cette définition des mercenaires est trop restrictive pour correspondre au personnel des Sociétés militaires privées (SMP).
La distinction entre des «employés» des SMP et des «mercenaires» réside dans le fait que les premiers font partie d’entités officielles et légales, qui encadrent leurs activités. Ces «employés » sont redevables à des supérieurs, eux-mêmes liés à leurs clients par des contrats formels.

L’alinéa a de l'article 47 précise également que l’embauche doit être effectuée en vue d’un « conflit particulier ». Or, puisque les SMP recrutent leurs employés pour de longues périodes, ces derniers ne rentrent pas dans cette définition. Les SMP mettent enfin l’accent sur le fait que leurs employés sont des instructeurs, des conseillers ou même des stratèges qui ne participent pas «directement» aux conflits, ce qui les exclue de la définition b. Enfin, les employés peuvent encore se faire octroyer la citoyenneté d’une des parties en guerre pour éviter la définition c.

Cette faille est révélatrice du besoin d’actualiser la loi pour prendre en compte l’évolution du phénomène. L’article 47 ne cherche ni à réglementer ni à interdire les activités des mercenaires, mais à préciser leur statut légal par rapport à la catégorie des combattants. Cette distinction revient à une condamnation de leur participation à des conflits, car elle les prive des droits reconnus aux blessés et aux prisonniers de guerre.

La Convention de l’OUA
La Convention de l’OUA a été adoptée en 1977 à la réunion de Libreville, et est entrée application en 1985. Elle procure aux pays d’Afrique une meilleure protection légale contre les activités de mercenariat.
Pourtant, sa définition des mercenaires ne diffère que très peu de celle proposée par l’article 47, et n’inclue pas la totalité des formes possibles des activités des mercenaires.

Des chiens de guerre aux entreprises de guerre
La France s'est dotée d'une loi pour réprimer les méfaits des « soldats de fortune ». Mais elle ne tient pas compte de l'évolution de l'activité.
«De la poudre aux yeux destinée à calmer de nombreux chefs d'État africains. » Tel est le commentaire qu'inspire à Philippe Chapleau, journaliste à Ouest-France et spécialiste de la question, la loi sur le mercenariat votée à l'unanimité par l'Assemblée nationale française, le 3 avril dernier. À la suite de la controverse née de l'engagement de mercenaires français dans le conflit ivoirien, le gouvernement de Jacques Chirac a ressorti des cartons le projet déposé le 4 avril 2002 par Alain Richard, le ministre de la Défense de Lionel Jospin. Le Sénat l'a adopté le 6 février dernier. Ne manquait plus que l'approbation des députés.

Désormais « est passible de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende » toute personne qui a été « spécialement recrutée pour combattre dans un conflit armé » en échange d'une forte rémunération, sans être ressortissante ou membre des forces armées de l'un des pays engagés dans ledit conflit. Le texte s'inspire clairement du statut du « soldat de fortune » tel qu'il est défini par l'article 47 du premier protocole additionnel aux Conventions de Genève, l'un des principaux instruments du droit international en la matière (voir encadré). Une définition qui remonte donc à l'époque des décolonisations. Or, en vingt-cinq ans, l'activité a considérablement évolué.

Depuis deux ans environ, de puissantes multinationales de la sécurité militaire et privée ont racheté la multitude de microsociétés spécialisées dans un mercenariat plus ou moins avoué qui pullulaient au début des années quatre-vingt-dix. Structurées et performantes, ces entreprises ont établi des liens avec de nombreux systèmes de défense nationale. Des compagnies comme la danoise Falk, la britannique Sandline ou l'américaine Military Professional Ressources Inc. (MPRI) sont en train de s'implanter sur le « marché » français. Sous contrat avec le département d'État américain, MPRI a créé le Centre africain des études stratégiques, qui enseigne à une quinzaine de démocraties la manière de gérer leurs armées. Les nouveaux mercenaires ainsi employés arborent davantage la chemise blanche des techniciens surdiplômés que la tenue kaki des « chiens de guerre » des années soixante. On est loin des Bob Denard et autres « affreux » aux méthodes anarchiques.

Pourtant, le projet de loi français ne s'attache à réprimer que le mercenariat « traditionnel ». Certes, le texte prévoit « sept ans d'emprisonnement assortis de 100 000 euros d'amende » pour toutes les personnes qui auront organisé « le recrutement, l'emploi, la rémunération, l'équipement ou l'instruction militaire » d'un mercenaire. Mais cette bonne intention affichée ne pèse pas lourd face à de « véritables entreprises de guerre », comme les qualifie Michèle Alliot-Marie, la ministre française de la Défense. Même Marc Joulaud, rapporteur du projet de loi devant l'Assemblée nationale, convient que le texte ne règle que le problème du mercenariat « de papa ». Et de préciser que « tout le monde souhaite qu'il reste limité à cet aspect ».

La France n'entend certainement pas se priver d'un outil de politique étrangère essentiel, et qui va encore prendre de l'importance dans les années à venir. Les participants au débat parlementaire n'étaient d'ailleurs pas dupes. Guy Teissier, le président de la commission de la Défense nationale, a souligné que « les services de renseignements préfèrent parfois recourir à des personnels spécialement rémunérés plutôt qu'à leurs propres éléments pour accomplir certaines missions ». On comprend mieux la suppression du terme « officiel » dans la définition du type de mission effectuée par le mercenaire. Ne seront pas poursuivis ceux qui pourront se prévaloir d'une protection de l'État lors de « chantiers » à l'étranger, qu'ils soient publics ou non. En revanche seront réprimés les « électrons libres » qui, comme l'indique le rapport du projet de loi, participeront à « un conflit, un coup d'État ou une insurrection à titre personnel, [...] en s'affranchissant de toute allégeance ». Autrement dit, le gouvernement français reconnaît le mercenariat comme un droit et compte toujours y recourir, tant que les « chiens de guerre » ne gênent pas sa politique étrangère.

Sonnant comme une résurgence de la « Françafrique », l'attitude française n'a pour l'instant été dénoncée que par Pierre Osho, le ministre de la Défense du Bénin. Lors d'une séance du Conseil de sécurité, le 18 mars dernier, ce dernier a fermement indiqué « qu'il ne suffisait pas d'invoquer la liberté individuelle des personnes concernées [par le mercenariat] pour se dérober de sa responsabilité au plan étatique ». Les Béninois, il est vrai, parlent en connaissance de cause. Le 16 janvier 1977, Bob Denard et son équipe de soldats perdus ont raté leur tentative de coup d'État qui visait à éliminer physiquement le président de l'ex-Dahomey, Mathieu Kérékou. Traduit devant la justice en 1993 pour répondre de cette intervention armée, Denard a été disculpé par des hommes ayant appartenu aux services secrets français. Le « corsaire de la République », comme il se définit lui-même, n'aurait été que le sous-traitant des services secrets français. Verdict : une peine de prison avec sursis.
Source: L'Intelligent (18/04/2003)

Un millier de mercenaires recrutés en Côte d'Ivoire
Un millier de mercenaires, essentiellement sud-africains, ont été embauchés récemment pour "travailler" en Côte d'Ivoire, a appris mercredi l'AFP de sources concordantes à Abidjan.

Selon ces sources, l'embauche de ces mercenaires a été conclue via une société anglo-saxonne spécialisée dans le gardiennage et la sécurité, et découverte par des services de renseignements britanniques. Le secrétaire au Foreign Office Jack Straw a adressé à ce sujet une mise en garde à une société britannique, Northbridge Services Group.

Dans une déclaration écrite envoyée aux députés de la Chambre des Communes mardi, M. Straw se dit "très préoccupé par des informations selon lesquelles Northbridge Services Group, une société britannique, recrutait des mercenaires de Grande-Bretagne, d'Afrique du Sud et de France, et d'autres anciens militaires pour des unités militaires en Côte d'Ivoire".
"Nous avons dit clairement à Northbridge Services Group que le gouvernement britannique déplorerait toute intervention de la sorte", a-t-il ajouté dans sa déclaration aux députés. L'arrivée éventuelle de ces mercenaires, dont on ignore avec précision le ou les commanditaires, a suscité une très vive préoccupation de la communauté diplomatique à Abidjan, au moment où le processus de "réconciliation nationale" entre dans la phase délicate de la formation d'un gouvernement regroupant l'actuel pouvoir, des partis d'opposition et des représentants de la rébellion.

Ainsi, le Comité de suivi des accords inter-ivoiriens de Marcoussis a évoqué l'affaire directement avec le président Laurent Gbagbo. "Nous travaillons activement sur ce dossier", confiait mercredi à l'AFP un responsable du Comité. L'un des points de ces accords, signés le 24 janvier dernier en région parisienne par tous les partis politiques et mouvements rebelles ivoiriens, stipule que le "gouvernement de réconciliation nationale" qui sera mis en place "s'assurera qu'aucun mercenaire ne séjourne plus sur le territoire national".
Selon des sources diplomatiques, un "ambassadeur occidental" a abordé cette nouvelle affaire de mercenaires avec M. Gbagbo et, d'après un journal d'opposition, ce dernier a déclaré ne pas être au courant. Certains pays occidentaux ont déjà entrepris des démarches diplomatiques auprès des autorités sud-africaines ainsi qu'auprès du Ghana car, selon ces sources, des mercenaires pourraient transiter via l'aéroport d'Accra pour rallier la Côte d'Ivoire par petits groupes.
Depuis le début de la crise politico-militaire en Côte d'Ivoire en septembre, l'ombre des "chiens de guerre" a plané sur le conflit, et les deux camps en présence se sont mutuellement accusés d'avoir recours à des mercenaires. Le 31 octobre, la présidence ivoirienne avait nié la présence de mercenaires sud-africains aux côtés des forces loyalistes, qualifiant ces informations d'"allégations fantaisistes".

Il est pourtant avéré que des mercenaires, dont un certain "Carlos" de nationalité sud-africaine, ont bien piloté des hélicoptères MI-24 de fabrication soviétique, acquis par Abidjan après l'insurrection du 19 septembre, pour des opérations militaires contre la rébellion.
Le 3 janvier, à la suite d'un entretien avec le chef de la diplomatie française Dominique de Villepin, qui avait explicitement demandé le départ des mercenaires, le président Gbagbo avait admis leur présence en annonçant devant la presse qu'ils auraient quitté la Côte d'Ivoire dès le lendemain. Le gouvernement a de son côté accusé les rebelles d'avoir recours à des "mercenaires libériens", notamment dans l'ouest du pays, où deux mouvements rebelles contre le régime d'Abidjan sont apparus fin novembre 2002.

Deux jours à peine après le début du soulèvement militaire, un conseiller de la présidence, Toussaint Alain évoquait déjà des "mercenaires étrangers", soutenus par "un Etat voyou dans la sous-région", sans autre précision. Le 28 mars, le Conseil de sécurité de l'ONU a "condamné le recrutement des mercenaires", soulignant que les Etats voisins de la Côte d'Ivoire devaient "s'efforcer d'empêcher la participation de mercenaires" au conflit.

Source: L'Intelligent (02/04/2003)

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Origines des sociétés militaires privées :: Commentaires

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Message le Jeu 5 Avr 2018 - 9:30 par LOUSTIC

Modernes mercenaires de la sécurité
Le 6 février 2003, le Sénat français adoptait, en première lecture, un projet de loi réprimant l'activité de mercenaire, déposé au début de l'année 2002 par le gouvernement précédent. Dans ce registre, aux « chiens de guerre » des décennies passées se sont substituées des entreprises privées de sécurité agissant sans aucun contrôle et souvent pour le Pentagone - de la Bosnie à la Colombie, du Burundi au Koweït.

« Quand nous avions besoin de soldats aguerris pour séparer les combattants des réfugiés,j'avais envisagé la possibilité d'engager une firme privée. Mais le monde n'est peut-être pas prêt à privatiser la paix », avait déclaré, après le génocide au Rwanda, M. Kofi Annan, alors secrétaire général adjoint de l'Organisation des Nations unies (ONU), chargé des opérations de paix. Si ces activités militaires privées rencontrent de la méfiance en France, elles recueillent plus de compréhension dans le monde anglo-saxon, où certains envisagent de « créer des forces de mercenaires volontaires organisés par des entreprises privées, pour mener des guerres sur une base contractuelle pour le compte des Nations unies».

La réapparition de mercenaires dans certaines crises africaines, comme récemment en Côte d'Ivoire, rappelle que le problème n'est pas aussi simple. Pour la première fois, une autorité politique - la Chambre des Communes de Londres - a publié un rapport sur la question, le 12 février 2002, et s'interroge sur l'activité réelle des ces « compagnies militaires privées » autrement qu'en termes manichéens. Elle tente de poser les bases d'une réflexion politique pour cadrer le débat sur le mercenariat.

Depuis une quinzaine d'années, une partie de la planète est sujette à une profonde « somalisation » : l'éclatement et la dissolution des structures de pouvoir de certains Etats minés par la corruption conduisent à la renaissance d'identités précoloniales et à l'effondrement de l'économie légale. Des « groupes armés non étatiques » - plus de 400, répartis dans près de 90 pays - sont devenus les véritables acteurs de ces crises de basse intensité.

Ceux d'origine politique sont les plus traditionnels : leur objectif déclaré reste la prise du pouvoir, mais - privés des ressources de Washington ou de Moscou par la fin de la guerre froide - ils ont décliné toute une gamme de moyens pour trouver les ressources nécessaires à leur survie. Tel fut le cas du Sentier lumineux péruvien. Dans le contexte très particulier de la Colombie, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ont recours aux enlèvements et à un impôt sur la coca, ou sur la première étape de la transformation de celle-ci en cocaïne (pâte base) pour se financer : mais l'argent du narcotrafic finance tout autant les paramilitaires (lire Les paramilitaires au coeur du terrorisme d'Etat colombien et Dangereuse escalade), a pénétré l'armée et les secteurs économiques « respectables » ainsi que la classe politique.

Dans le cas algérien, l'Armée islamique du salut (AIS), bras armé du Front islamique du salut (FIS) qui affichait des objectifs politiques, a disparu pour laisser la place aux Groupes islamistes armés (GIA) dont les activités criminelles (vol, pillage et massacres) sont devenues essentielles à leur survie et même à leur identité. D'autres n'ont pour ambition que de protéger l'espace traditionnel de leurs clans ou de leurs ethnies, sans objectif national affirmé, comme les technicals somaliens ou les factions tchadiennes.
Certains groupes armés non étatiques sont d'essence exclusivement criminelle, même s'ils disposent d'une base sociale, comme la Shan United Army du Myanmar, ou plus récemment certaines confréries de pirates de mer de Chine du Sud, ou des mafias ethniques de Russie qui n'ont pour objet que la pérennité de leurs activités délictueuses.

Un phénomène planétaire
A côté de ce détournement de la violence politique, qui change beaucoup l'image du traditionnel guérillero, le développement de milices privées est un processus de « centre-américanisation ». Des intérêts privés ou des agents des forces de sécurité se transforment pour lutter contre les guérillas ou certaines formes de délinquance irréductibles. Les milices d'extrême droite colombiennes, salvadoriennes ou brésiliennes peuvent être des excroissances des forces de sécurité (comme les « escadrons de la mort ») ou des groupes au service d'intérêts privés de grands propriétaires fonciers (massacres de paysans, de syndicalistes, racket) ou même - en sous-main - de l'Etat.

Dans le cas des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), disposant d'environ 10 000 combattants, principales responsables des assassinats de paysans et de syndicalistes, la milice tire ses ressources essentielles du trafic de cocaïne : son leader Carlos Castaño est sous le coup d'une (très récente) demande d'extradition des Etats-Unis.
Ces groupes peuvent être aussi des citoyens en armes assurant des missions de sécurité, comme les milices, groupes de patriotes, et autres gardes communales algériennes, qui compteraient jusqu'à 140 000 personnes. Dans ce cas, l'Armée nationale populaire algérienne (ANP), trop peu sûre de l'appui de la population pour lutter contre les groupes islamiques armés, aurait choisi de « privatiser » la sécurité en s'appuyant sur les anciens moudjahidins. On constate, avec les chefs de guerre afghans, combien les frontières de classification sont floues entre guérillas politiques, ethniques, criminelles, et milices claniques.
L'aide financière ou militaire internationale avait pour effet d'encourager l'unité de ces groupes, qu'ils soient rebelles ou étatiques, en assurant une certaine stabilité politique et des revenus réguliers. Mais la perte de ces soutiens a renversé la tendance et exacerbé le caractère fragmentaire, volatil et imprévisible de ces « groupes armés non étatiques ». La radicalisation de certains d'entre eux est le signe tangible de leur adaptation aux conditions nouvelles pour accaparer les ressources. Ainsi aux nouvelles économies de guerres fondées sur la prédation et la criminalisation, correspond une forme d'organisation politique très dispersée et souvent autonome - d'une violence extrême.

Longtemps cantonné à des zones spécifiques ou à des sanctuaires, le phénomène est désormais présent sur l'ensemble de la planète. La fin de l'ordre de la guerre froide a levé les contraintes matérielles qui entravaient son développement. Il a permis notamment la circulation de quantité d'armes de guerre venant des anciens pays socialistes et du marché libre américain, mais aussi l'accès aux économies des pays occidentaux pour financer les activités criminelles (drogue, diamants). Le caractère transnational de ces activités constitue la plus efficace des protections face à des Etats peu à même d'agir au-delà de leurs frontières.

Cette explosion de la violence privée a entraîné la multiplication des petits foyers de crise qui ne suscitent plus obligatoirement l'intérêt des grandes puissances, peu désireuses d'y engager des forces, a fortiori sous mandat onusien. Les Etats locaux affaiblis, quelle que soit leur légitimité, sont dépourvus de moyens militaires suffisants, et ont parfois recours aux sociétés de sécurité internationales. Certains imposent aux investisseurs ou acteurs étrangers d'assurer eux-mêmes la protection de leurs installations, comme c'est le cas pour les pétroliers en Angola, au Congo ou en Algérie : formation, sécurisation de sites, mais aussi mercenariat actif. L'Afrique est le continent de prédilection de telles activités.


Autre conséquence : les risques criminels se multiplient pour les acteurs privés (entreprises, organisations non gouvernementales) ou publics (organisations onusiennes) de dimension internationale, qui n'ont désormais plus d'interlocuteurs étatiques crédibles dans les zones de crise. Le développement de sociétés de sécurité à vocation internationale constitue la réponse privée à cette nouvelle situation, au point que « la plus grande partie du fardeau consistant à défendre la société contre la menace de conflits de basse intensité sera transférée au secteur de la sécurité privée en pleine expansion». Si le rapport entre les gardes privés de sécurité et les forces de police officielles s'établit à trois pour un dans les pays développés, il irait jusqu'à dix pour un, voire plus, dans certains pays en crise.

La stratégie de financement de l'Armée de libération nationale (ELN) colombienne s'est développée dans la zone pétrolifère de Santander. L'oléoduc Limon-Coveñas a été dynamité plus de quatre cents fois en huit ans, soit une fois par semaine, et les secuestrados (cadres étrangers enlevés) ne sont rendus que contre forte rançon. La compagnie nationale, qui refuse sur ordre du gouvernement de payer le tarif de la « protection » de la guérilla, a été victime d'un nombre impressionnant d'attentats au point de se retrouver économiquement menacée.

Le rapport d'enquête sur la fourniture d'armes à la Sierra Leone, rendu par Sir Thomas Klegg et Robin Ibbs devant la Chambre des communes le 27 juillet 1998 à Londres, dressait la liste des activités proposées : conseil, formation, soutien logistique, déminage, fourniture de personnel de surveillance, les sociétés allant jusqu'au mercenariat. Mais il reconnaissait la difficulté de différencier clairement les types de sociétés sur cette base.
Le désengagement des grandes puissances, conjugué à la relative incapacité de l'ONU à mobiliser des forces, a facilité la reprise des activités de mercenariat à l'occasion de certains conflits africains, en raison de la demande d'Etats faibles et parfois dictatoriaux, dans les années 1990. Les premières sociétés qui ont attiré l'attention étaient d'origine sud-africaine (Executive Outcomes), israéliennes (Levdan), britanniques (Sandline) ou américaines (MPRI), et sont intervenues dans des crises à fort enjeu économique (le pétrole en Angola, le diamant en Sierra Leone). Les commanditaires pouvaient être des gouvernements locaux, des entreprises (minières ou énergétiques surtout) ou des institutions internationales (Banque mondiale, ONU). Les analystes y ont vu, avec raison, la résurgence d'un néo-mercenariat.

Executive Outcomes (EO), cas le plus symbolique, a été créée en 1989 par d'anciens militaires d'origine sud-africaine : son premier contrat, en 1992, avec des sociétés pétrolières, consistait à dégager et sécuriser certaines zones tenues par l'Unita. Son succès lui valut deux contrats de 80 millions de dollars avec le gouvernement angolais : Luanda avait fait remarquer que les différentes actions de l'ONU (forces d'interposition et observateurs), beaucoup plus onéreuses, étaient restées sans effet. A son apogée, EO était présente dans plus de trente pays essentiellement africains, avec près de 500 employés en Angola et en Sierra Leone. La compagnie a été officiellement dissoute en 1998.

Mais le phénomène ne se limite pas au mercenariat. Les activités des sociétés de sécurité internationales répondent à un besoin plus large ; elles vont de l'analyse de « risque-pays » pour des investisseurs au conseil à des gouvernements en matière d'organisation militaire ou d'achat d'équipements et même d'entraînement des forces (y compris au combat), en passant par le soutien logistique aux opérations humanitaires ou aux forces des Nations unies. L'audit de la sécurité de sites pour des entreprises - de l'encadrement au déminage - fait également partie des services proposés.
L'essentiel du chiffre d'affaires de ces sociétés ne se fait d'ailleurs pas outre-mer mais dans les pays du Nord, où les armées occidentales professionnalisées privatisent de plus en plus d'activités : gardiennage, entretien, maintenance, formation, coopération. Le secteur élargi de l'industrie de sécurité privée représenterait un chiffre d'affaires d'une cinquantaine de milliards de dollars (toutes catégories confondues) ; plus de 2 millions de personnes y travaillent, Etats-Unis compris, dont 800 000 personnes en Europe. Rien qu'en France, selon l'ex-officier de gendarmerie Paul Barril (lui-même reconverti dans la sécurité privée), ce secteur représenterait 1,5 milliard d'euros et 90 000 emplois - soit un effectif comparable à la gendarmerie. Il y aurait environ 300 000 entreprises de sécurité et d'assistance militaire de toute taille dans le monde. Plus d'une centaine de compagnies de dimension internationale travaillent sous contrat en Afrique et dans des pays comme la Colombie ou l'Indonésie.

L'idéologie libérale des institutions financières internationales ou des Etats anglo-saxons pousse à des formules de recours au privé, notamment dans le domaine de la formation militaire ou de l'appui logistique. Elle mène à des privatisations inattendues, comme celle des douanes au Mozambique, en Angola, ou en Bulgarie avec la société britannique Crown Agency. Présentée comme une arme de lutte contre la corruption de l'administration locale, cette technique ne semble pas donner des résultats significatifs et, de plus, rappelle étrangement les méthodes de la pénétration coloniale du XIXe siècle.
Le calcul coût-efficacité incite aussi parfois à ce genre de solution privée. Le contrat passé par le régime du capitaine Strasser avec Executive Outcomes en 1995, en Sierra Leone, d'un montant de 35 millions de dollars pour vingt et un mois d'opérations - qui avait abouti à un processus de négociations avec le mouvement rebelle du Front révolutionnaire uni (RUF) - fut moins onéreux que les 247 millions de dollars dépensés pour le déploiement durant huit mois d'observateurs de l'ONU, finalement inefficace.

La professionnalisation des armées et la baisse générale des effectifs dans les pays développés avec la fin de la guerre froide, qui auront conduit à la démobilisation de près de cinq millions d'hommes entre 1985 et 1996 sans toujours s'accompagner de mesures économiques et sociales, a fourni une vaste main-d'oeuvre à ces sociétés de sécurité privées. Les nationalités de ces personnels sont significatives : Afrique du Sud, Israël, Royaume-Uni, Etats-Unis, France, Bulgarie, Ukraine, Russie...
Le débat sur l'activité de ces sociétés est fortement influencé par deux a priori. D'une part, les premières activités se sont déroulées sur des théâtres africains, menées par des sociétés d'origine sud-africaine et israélienne, ce qui a immédiatement rappelé le temps des compagnies privées de la colonisation, et surtout ravivé les souvenirs de mercenariat des années 1960 et 1970. Quand certaines de ces sociétés interviennent aujourd'hui en Tchétchénie ou en Somalie, ce préjugé tombe.

D'autre part, les premiers commanditaires ont souvent été des régimes politiques (prédateurs et incompétents) ou des entreprises minières ou énergétiques. La suspicion sur les intentions réelles du contrat prévalait. Quand ces sociétés agissent pour le compte d'ONG humanitaires (évaluation des risques, formation des personnels à la sécurité, sécurisation de sites, et aussi déminage et conseils pour des populations déplacées ou libération d'otages...), la question doit être examinée sous un autre angle. On a alors le sentiment que les interrogations sur la légitimité de cette activité sont plus éthiques que pratiques.

Un débat approfondi sur l'interdiction du mercenariat suppose une clarification de ces grandes questions, sauf à rendre les textes internationaux actuels ou futurs peu applicables. Ainsi, au-delà des « mercenaires », les « volontaires » sont exclus du premier protocole additionnel de 1997 à la Convention de Genève sur le mercenariat ou des conventions de l'OUA (3 juillet 1977) « si leurs motivations sont idéalistes » : c'est la difficulté juridique que rencontrent les Américains avec les prisonniers de Guantanamo.
Certaines sociétés, comme Sandline en Papouasie-Nouvelle-Guinée, contournent les textes en imposant par contrat un grade dans l'armée locale pour leurs salariés.

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Message le Jeu 5 Avr 2018 - 9:37 par LOUSTIC

Insuffisance du dispositif juridique
Leur responsabilité, voire leur légitimité, suppose la transparence de leurs structures capitalistiques, afin de ne pas retrouver certaines pratiques critiquables, comme par exemple les liens unissant Executive Outcomes et sa branche minière Branch Heritage Group. Mais quelques sociétés ont installé leurs sièges sociaux dans des places off shore. La responsabilité pénale des hommes dans leurs actions de terrain passe par la responsabilité de la personne morale. Dans ce sens, la structuration en sociétés « officielles » offre a priori, sous certaines conditions, une garantie meilleure que les actions quasi individuelles des années 1960 et 1970.

Le respect de la souveraineté de l'Etat dans lequel se déroulent ces activités doit rester l'objectif final de l'intervention. La négociation et le paiement de la rançon de personnes kidnappées se font discrètement, par le truchement de sociétés privées de sécurité mandatées par les compagnies d'assurance, le plus souvent londoniennes, sans intervention aucune des Etats, surtout si ceux-ci ont une politique officielle de non-négociation avec les preneurs d'otages. Ainsi, dans une certaine mesure, la privatisation de la sécurité contribue-t-elle à entretenir l'activité de prise d'otages.

La nature du contrat, ses modalités et sa durée demeurent essentielles. La privatisation de certaines ressources du pays, parfois liée à certains de ces contrats, par exemple sous forme de rémunérations en nature, constitue un pis-aller qui doit être encadré. En outre, la question des rapports de ces sociétés avec les Etats démocratiques où elles sont nées est un champ de réflexion important. La délivrance de licences d'accréditation (comme cela se pratique aux Etats-Unis) ou l'élaboration d'un code éthique interne à la profession représentent deux modalités de réglementation de l'activité, qui pourraient garantir aux Etats du Sud, commanditaires, le sérieux des entreprises. La compatibilité de leur action avec les objectifs de politique extérieure des grandes démocraties reste également à définir.

L'insuffisance du dispositif juridique interdisant le mercenariat est donc grave, mais toute approche en la matière resterait imparfaite si elle ne prenait pas en compte le problème de l'encadrement des activités privées de sociétés internationales de sécurité.
Source: Le Monde Diplomatique (Avril 2003)

Enquêtes sur la présence de mercenaires en Afrique
Des enquêtes sont en cours sur l'implication éventuelle de mercenaires sud-africains dans plusieurs conflits africains, en particulier au Burundi, a indiqué la semaine dernière le ministre de la Justice.

“Certaines sociétés rendent des services à certaines parties à un conflit : diverses formes d'assistance viennent soit de citoyens sud-africains, soit de résidents permanents en Afrique du Sud”, a déclaré M. Maduna. “Il y a un bon nombre de cas où nous examinons si ces gens enfreignent nos lois. Si c'est le cas, des poursuites vont être engagées”, a-t-il ajouté, en refusant de donner des détails.

Le ministère de la Justice a de son côté évoqué des informations de presse sur “quelques mercenaires partis au Burundi faire un travail, et le ministre de la Défense a indiqué qu'il allait vérifier cela”. Cette enquête porte sur le Burundi, mais d'autres pays africains doivent être examinés.
Fin 2002, des informations venant de Côte d'Ivoire, corroborées par des analystes sud-africains, ont fait état de la présence en Côte d'Ivoire de plusieurs dizaines de mercenaires, dont des Sud-Africains, pour le compte du gouvernement Gbagbo. L'Afrique du Sud, dans les années 1990, a été un important fournisseur de mercenaires, ex-militaires pour la plupart, qui ont servi dans des conflits comme en Angola ou en Sierra Leone, pour le compte de gouvernements, rébellions, ou d'intérêts économiques privés (pétrole, diamants). Mais le pays a adopté en 1998 une législation sévère interdisant toute activité mercenaire ou para-mercenaire (entraînement, recrutement) aux Sud-Africains ou aux résidents en Afrique du Sud. Des firmes comme Executive Outcomes ont fermé, selon certains analystes probablement pour rouvrir à l'étranger.
Source: Clicanoo (24/02/2003)


Qu'est-ce qu'un mercenaire ?
Les conventions de Genève (1) fournissent les bases d'une définition du mercenariat, reprises par la future loi française. Peut-être considérée comme «mercenaire» toute personne qui répond à l'ensemble de ces critères : «Etre spécialement recruté pour combattre dans un conflit armé», «prendre ou tenter de prendre une part directe aux hostilités», «en vue d'obtenir un avantage personnel ou une rémunération nettement supérieure» à celle des combattants réguliers, ne pas être «ressortissant» ou «membre des forces armées d'un Etat partie au conflit» et «ne pas avoir été envoyé en mission officielle par un autre Etat».
(1) Protocole I du 8 juin 1997 additionnel aux conventions de Genève du 12 août 1949.
Source: Libération (19/02/2003)


L'armée américaine fait de plus en plus appel au secteur privé
En Bosnie, en 1996, une personne sur dix autour du champ de bataille était un civil sous contrat, employé par une société fournisseur du Pentagone. Flexibles et discrets, ces groupes privés sont devenus un élément-clef du dispositif des Etats-Unis. Le Congrès s'inquiète de l'absence de contrôle.
On les trouve parfois dans les classements des 500 premières entreprises américaines. Leurs domaines d'activité sont rarement décrits avec précision – il s'agit à la fois de services et de technologie. Le Pentagone ne peut plus faire la guerre sans elles.
Ces entreprises discrètes sont les nouveaux mercenaires des Etats-Unis. Certaines entraînent les troupes dans le désert koweïtien, d'autres gardent nuit et jour le président afghan Hamid Karzaï, entretiennent et protègent des ambassades, des bâtiments sensibles et des bases à l'étranger, expérimentent et utilisent des systèmes d'armes sophistiqués ou parfois recueillent des renseignements. Elles ont été les premières à débarquer des stocks d'équipements, d'armes et de munitions dans le Golfe pour préparer le déploiement en cours de l'armée américaine. Elles sont sur tous les fronts en Bosnie, en Macédoine, en Colombie...

Durant la guerre du Golfe, en 1991, 1 personne sur 50 autour du champ de bataille était un civil sous contrat. En Bosnie, en 1996, cette proportion était passée à 1 pour 10. Près de 40 entreprises travaillent ainsi en permanence sur le terrain pour le Pentagone. Kellog Brown & Root, par exemple, a assuré pour 2,2 milliards de dollars (2,03 milliards d'euros) la logistique des troupes américaines dans les Balkans. Il s'agit d'une filiale d'Halliburton, dont le PDG était, de 1995 à 2000, un certain Dick Cheney, aujourd'hui vice-président des Etats-Unis.

MPRI (Military Professionals Resources Inc.) est célèbre pour "avoir plus de généraux (à la retraite) au mètre carré" que le Pentagone lui-même. MPRI compte 900 salariés, pour la plupart des anciens militaires. Ils ont obtenu au cours des dernières années plus de 200 contrats différents pour la formation d'unités américaines. Ils ont aussi rédigé bon nombre de manuels militaires. "Nous pouvons avoir dans les 24 heures, à la frontière serbe, une vingtaine de personnes qualifiées. L'armée ne peut pas le faire", explique un porte-parole de la société. MPRI a entraîné des milliers de soldats dans les Balkans (Croatie, Bosnie) et de nombreux pays africains.

D'autres entreprises tentent d'être moins voyantes, telles DynCorp, Wackenhut, Vinnell (une filiale de TRW), Logicon (du groupe Northrop Grumman), SAIC... Le nombre de "privés" utilisés par l'armée américaine n'est pas public, ni le budget que cela représente. Même les sociétés cotées en Bourse évitent de distinguer leurs activités civiles et "militaires". Mais le "marché" est estimé à 100 milliards de dollars par an.

Moins cher, plus discret
"Les contractants sont devenus tout simplement indispensables, explique John Hamre, ancien secrétaire adjoint à la défense de l'administration Clinton. Et ils ne fournissent pas seulement la soupe dans les cuisines." Ces entreprises permettent au Pentagone de gérer la baisse continue de ses effectifs. Il y a douze ans, au moment de la guerre du Golfe, l'armée de terre comptait 780 000 hommes. Elle en a à peine 480 000 aujourd'hui. Le recours au privé contribue aussi à réduire les coûts. Les contractants sont seulement payés en fonction des besoins. Enfin, utiliser discrètement des entreprises permet d'échapper au contrôle des parlementaires, des médias et de l'opinion publique.

Le Congrès avait fixé à 20 000 hommes la limite des troupes autorisées à être envoyées en Bosnie. Pour contourner cette interdiction, le Pentagone a fait appel à 2 000 privés. Il devient aussi plus aisé de maintenir une présence américaine dans des pays sensibles comme le Nigeria, l'Arabie saoudite, Taïwan, l'Ukraine, la Macédoine. "Si vous envoyez des soldats, quelqu'un le saura ; s'il s'agit d'une entreprise privée, quasiment personne", explique Deborah Avant, professeur de l'université George-Washington (Washington DC).

Au moins cinq employés de DynCorp sont morts au cours des dernières années en Amérique latine, sans faire trop de bruit. Ils ne portaient pas d'uniforme. DynCorp s'est vu confier depuis deux décennies le "plan Colombie", qui consiste à pulvériser par avion des défoliants au-dessus des champs de coca ; ces appareils se sont fait tirer dessus plus d'une centaine de fois sans faire les gros titres des journaux.

L'histoire de DynCorp, rachetée le 13 décembre 2002 pour 1 milliard de dollars par CSC (Computer Sciences Corp.), est exemplaire. L'entreprise a vu le jour en 1946 sous le nom de California Eastern Airways. Elle embauchait alors des pilotes démobilisés pour transporter du fret aérien. Son activité s'est développée en Asie pendant les guerres de Corée et du Vietnam. Puis DynCorp a envoyé ses avions et ses pilotes en Amérique latine. La baisse des budgets de la défense au début des années 1990 l'a poussée à s'orienter avec succès vers la technologie à vocation militaire et de sécurité. Elle emploie aujourd'hui 23 000 personnes et réalise un chiffre d'affaires de 2,3 milliards de dollars – dont 98 % de contrats publics –, la moitié dans la sécurité et l'autre dans les technologies de l'information.

Police et prostitution
DynCorp a remporté une part substantielle du budget de 379 millions de dollars de modernisation du système informatique du FBI, dont les enquêtes parlementaires après les attentats du 11 septembre 2001 avaient prouvé l'obsolescence. Elle a installé cet été 20 000 ordinateurs dans les bureaux de la police fédérale dans tous les Etats-Unis. La société met en place un réseau baptisé "Trilogy". Elle travaille aussi, entre autres, pour le centre de commandement des opérations sous-marines et aériennes de la marine américaine, a installé le système de communications d'urgence des ambassades américaines et posé ses appareils de détection le long de la frontière mexicaine.

En Bosnie, des salariés de DynCorp formaient la police et dirigeaient aussi un réseau de prostitution. Quand le scandale a éclaté, ils ont été seulement licenciés. Ils ne dépendent pas de la justice militaire. Ils n'ont pas à répondre de leurs actes à une autorité judiciaire et politique. Ils travaillent pour une entreprise dont la motivation est de faire du profit.

Dans un rapport publié en 2002, le Government Accounting Office (GAO), l'organisme d'enquête du Congrès, épingle l'armée, qui n'est souvent pas très regardante sur le coût des services assurés par les contractants. "Etre responsable et rendre des comptes est essentiel quand vous transportez des armes ou pilotez des hélicoptères pour servir la politique étrangère des Etats-Unis", affirme le sénateur démocrate Patrick Leahy. "Les contribuables américains paient déjà près de 400 milliards de dollars par an pour financer la plus importante machine de guerre de la planète. Faut-il payer une seconde fois pour privatiser nos opérations ?,s'interroge le représentant démocrate Janice Schakovsky. A moins que nous le fassions pour cacher des choses embarrassantes."
Source: Le Monde (11/02/2003)

Projet de loi relatif à la répression de l'activité de mercenaires
La commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat a approuvé, assorti de deux amendements, le projet de loi relatif à la répression de l’activité de mercenaires qui viendra en discussion devant la Haute assemblée jeudi 6 février.

Le rapporteur, M. Michel PELCHAT (UMP, Essonne), a souligné l’actualité de ce texte qui avait été déposé en toute fin de législature par le gouvernement précédent. Il a notamment estimé que le recours au mercenariat contribuait à entretenir l’instabilité et les conflits dans plusieurs régions du monde.
Il s’est félicité que ce projet de loi permette de compléter notre code pénal afin de combler un vide juridique et de poursuivre efficacement les faits de mercenariat commis par des ressortissants français ou des personnes résidant habituellement sur notre territoire.

Aux yeux du rapporteur, le principal mérite du texte est de s’appuyer sur une définition précise des faits incriminés, reprenant les critères les plus largement admis par le droit international, et notamment le protocole I additionnel aux conventions de Genève.
M. Michel PELCHAT, rapporteur, a également mentionné la possibilité, grâce à ce texte, de mettre en cause la responsabilité pénale de personnes morales qui seraient impliquées dans des actions de mercenariat.

La commission sénatoriale des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées a adopté deux amendements de précision, notamment pour permettre la bonne application du texte au cas de mercenaires agissant auprès de forces non-gouvernementales.
Source: Sénat (05/02/2003)


Le fiasco des mercenaires français en Côte-d'Ivoire
la guerre est une chose dangereuse, même pour les mercenaires. En Côte-d'Ivoire, les «chiens de guerre» français, embauchés par le régime de Laurent Gbagbo, en ont fait l'expérience. Dans sa dernière livraison, la lettre confidentielle TTU raconte les mésaventures d'un «groupe de 37 mercenaires» qui étaient chargés de «l'encadrement d'une compagnie de 105 hommes sous commandement direct de la présidence». Selon une source interrogée par Libération, leur échec militaire contre les rebelles a sérieusement «déçu» Laurent Gbagbo. Le président ivoirien ne s'est donc pas fait longtemps prié pour accéder à la requête de Paris de mettre fin aux activités de mercenaires.

Escouade
En octobre, Gbagbo avait dû faire appel à des mercenaires pour pallier l'extrême faiblesse de son armée. Dominique Malacrino, un ancien de chez Bob Denard, a pris la tête de cette escouade, sous le pseudonyme de «commandant Marquez», alors qu'il n'est qu'un ancien caporal-chef de la Légion étrangère. Ses hommes devaient former une colonne mobile avec des Ivoiriens pour mener des raids chez les rebelles. «Marquez aurait été complètement dépassé par l'ampleur des opérations sur le terrain», écrit TTU.

Selon nos informations, un grave accrochage a eu lieu, en décembre, face à des miliciens libériens dans l'ouest du pays. Les mercenaires ont été attaqués à l'arme lourde, alors qu'ils progressaient à bord de véhicules. Plusieurs d'entre eux ont été blessés, dont deux grièvement. L'un des mercenaires a perdu la vue et un autre a été criblé par des éclats d'obus. Ils n'ont eu la vie sauve que grâce à l'intervention de mercenaires sud-africains équipés de mortiers. Comme l'indique TTU, «les mercenaires de Gbagbo ne s'attendaient pas à être impliqués dans une situation aussi violente». Pour 6 500 euros par mois, le jeu n'en valait pas la chandelle ! Ni pour les chiens de guerre, ni pour le président Gbagbo. Du coup, «devant les résultats décevants des Français, ceux-ci ont été affectés à de simples missions de protection». Et le régime ivoirien a fait d'une pierre deux coups : satisfaire Paris tout en se débarrassant d'employés incompétents. Des discussions seraient déjà en cours pour leur remplacement par des équipes sud-africaines.

D'autres mercenaires (ukrainiens, biélorusses et bulgares) pourraient toujours être présents dans le pays, pour piloter et entretenir les trois hélicoptères de combat Mi-24. Selon une source militaire française, ces appareils sont actuellement «sous contrôle» à Abidjan.

Relève
En Côte-d'Ivoire, les militaires français s'installent pour durer. Le général Emmanuel Beth, patron de l'opération Licorne, devrait être bientôt relevé par un autre général, Bruno Dary. «Même si on compte sur l'arrivée des contingents africains, on va rester un moment», reconnaît-on à l'état-major des armées.
Source: Liberation (17/01/2003)





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Message le Jeu 5 Avr 2018 - 10:17 par LOUSTIC

Les soldats «perdus» de Laurent Gbagbo
«Pourquoi ne parle-t-on que de nous quand les mercenaires libériens à l'Ouest commettent des atrocités ?» Un mercenaire de Gbagbo Yamoussoukro envoyé spécial.
Le président ivoirien, Laurent Gbagbo, a promis à Dominique de Villepin, vendredi à Abidjan, le départ immédiat des mercenaires de Côte-d'Ivoire. Hier matin, ils semblaient sur le point de quitter leur QG de l'hôtel Président, le palace monumental et désert de Yamoussoukro. «La fin de notre mission ? Pour l'instant, on ne nous a rien dit», confiait pourtant, l'avant-veille, un russophone accoudé au bar. «Les Ivoiriens ne savent pas piloter les hélicoptères dont ils disposent», notait ce pilote slave.

Combien sont-ils à devoir faire leurs bagages ? Certains parlent de 200 mercenaires présents ces dernières semaines sur le territoire ivoirien, notamment dans l'Ouest, où les combats se poursuivent entre loyalistes et rebelles du Mpigo (Mouvement populaire du Grand-Ouest). Mais nul ne connaît leur nombre exact. Yamoussoukro, la capitale administrative de la Côte-d'Ivoire, constituait la base arrière des hélicoptères avec lesquels les mercenaires, recrutés par le régime de Gbagbo bombardaient, au nez et à la barbe de l'armée française, censée veiller au respect du cessez-le-feu, les positions ennemies jusqu'à la visite de Villepin.

Hélicos
«Nous avons identifié une vingtaine de visages, affirme un officier français basé sur l'aéroport de la ville. Toujours les mêmes : que des Blancs. Les hélicos atterrissaient ici pour faire le plein de carburant et repartaient aussitôt.» Leurs équipages portaient des salopettes orange ou vertes, indique un autre militaire. Les opérations héliportées avaient été suspendues à la demande de la France, après le massacre d'une douzaine de civils par un hélico piloté par des mercenaires.

On pouvait croiser ces derniers jours, à Yamoussoukro, les pilotes et techniciens chargés de la maintenance des appareils, la quarantaine bien tassée pour la plupart, parfois bedonnants: pas vraiment l'allure de chiens de guerre. En civil, ils montaient tous les matins dans un minibus banalisé, sans plaque d'immatriculation, venant les chercher au pied de l'hôtel. Après une journée de «boulot», vers 19 heures, le même véhicule les redéposait au Président. De temps à autre, un nouveau visage faisait son apparition : un barbouze à la barbe hirsute de retour du front de l'Ouest, venant prendre du repos et du bon temps. Chose vue à la réception : un Sud-Africain, la kalachnikov en bandoulière, qui demande tranquillement sa clé au personnel intimidé.

Après avoir revêtu une tenue décontractée, ils étaient prêts pour la soirée. Dîner sur la terrasse de l'hôtel, à deux pas de la grande piscine. Les russophones (Russes, Ukrainiens et Biélorusses) à une table ; les Slaves (Bulgares, Slovaques, Yougoslaves) à une autre et, un peu à l'écart, les Sud-Africains et une poignée de Français, faisant profil bas depuis que leur présence avait été révélée par la presse. Après le poulet braisé arrosé de bière ou de vin rouge français, certains achevaient la soirée en boîte de nuit, au bras des filles.

Bavure
Le lendemain matin, direction le palais présidentiel de feu Houphouët-Boigny, à Yamoussoukro. Là, à l'abri de hauts murs blancs, sont stationnés les hélicoptères de fabrication soviétique : deux Mi-17 de transport de troupes et trois Mi-24, des aéronefs d'attaque. «Pour des raisons de sécurité, les hélicoptères ne dorment jamais sur le tarmac de Yamoussoukro, mais à la présidence», affirme un officier supérieur français. Officiellement, le président Gbagbo dit n'avoir jamais été informé de la présence de mercenaires sur le territoire ivoirien, sinon du côté des rebelles. Quant au porte-parole de l'armée, le lieutenant-colonel Jules Yao-Yao, il préfère parler d'«instructeurs chargés de former l'armée ivoirienne au combat héliporté». Un militaire français précise pourtant n'avoir vu aucun soldat ivoirien participer aux opérations.

Ce sont les deux Mi-24 qui ont mené, le 31 décembre, le raid sur le petit village de Menakro qui a tué douze civils, dont plusieurs femmes. Une bavure, nous a assuré un pilote qui tient à garder l'anonymat : «Les rebelles du MPCI avaient attaqué les soldats gouvernementaux dans cette zone. L'armée ivoirienne devait réagir. Mais comment distinguer les civils, souvent armés, des rebelles ? D'autant que les rebelles nous ont visés avec des missiles Sam-7.» Et d'ajouter : «Pourquoi ne parle-t-on que de nous quand les mercenaires libériens présents à l'Ouest commettent des atrocités ? Certains de mes collègues ont vu des choses pas belles là-bas, des corps horriblement mutilés.»

Echanges
L'armée française, déployée le long de la ligne de cessez-le-feu, affirmait ne rien pouvoir faire pour empêcher le survol des hélicoptères pavoisés aux couleurs ivoiriennes. «Nous n'avons pas de mandat pour les intercepter», déclarait le colonel Thuet, qui commande l'opération Licorne dans le secteur centre. «Nous sommes ici légalement», soulignait, en écho, un mercenaire qui a déjà officié en Angola, en Sierra Leone ou au Liberia. En revanche, les soldats français suivaient à la trace les allées et venues des hélicoptères, de Yamoussoukro à San Pedro, en passant par Daloa. Officiellement, les uns et les autres s'ignoraient. «Je n'ai rien à dire à des gens qui tirent les civils comme des lapins, assène ainsi un haut gradé français. Nous ne faisons pas le même métier.» Un mercenaire affirme de son côté que des échanges informels existaient bel et bien, «mais les officiers supérieurs français voient cela d'un mauvais oeil».
Source: Libération (07/01/2003)

Des mercenaires de tous horizons
Pour l'armée française, c'est un casse-tête de plus dont elle se serait bien passée. Depuis qu'il a acheté des hélicoptères de combat et de transport de troupes ¬ des Mi-24 et des Mi-8 de fabrication russe ¬, le gouvernement ivoirien s'est donné la possibilité d'intervenir derrière les lignes adverses sans avoir à se heurter physiquement au dispositif français au sol. Complications supplémentaires : les hélicoptères sont pilotés par des mercenaires sud-africains et servis par des mécaniciens ukrainiens et biélorusses, bien qu'il ne soit pas exclu que des militaires ivoiriens participent à certaines missions.
Hétéroclite
Il n'y a pas qu'à bord des hélicoptères que les «chiens de guerre» louent leurs services en Côte-d'Ivoire : on les a vus en action lors de la bataille de Man ou sur les fronts de Daloa et de Vavoua. A vrai dire, l'armée ivoirienne est si incompétente qu'ils sont les seuls à véritablement combattre. Ils forment un mélange hétéroclite de compétences et de nationalités... Les Sud-Africains sont les plus nombreux, blancs comme noirs. On les a déjà vus en Afrique de l'Ouest, en Sierra Leone plus précisément, où ils avaient combattu aux côtés du gouvernement d'Ahmed Tejjan Kabbah contre le Front révolutionnaire uni (RUF). On trouve aussi des Israéliens, plutôt dans le renseignement et la protection rapprochée du président Gbagbo.
Des anciens de la «garde présidentielle comorienne» de Bob Denard sont aussi sur la brèche : Jean-Claude Sanchez et Dominique Malacrino, alias «commandant Marquez». Des rumeurs insistantes ont circulé en octobre sur la présence d'un contingent angolais, mais depuis plus personne n'en parle.

«Bandes armées»
Interrogé par Libération au sujet des mercenaires, Toussaint Alain, représentant du président Gbagbo en Europe, estime que «la Côte-d'Ivoire est un pays indépendant et souverain qui a le droit de faire appel à toutes les compétences pour reprendre le contrôle de son territoire». Pour lui, le véritable problème est «la prolifération des armes légères» qui favorise la circulation de «bandes armées» d'un pays à l'autre.

Du côté des rebelles, qui, contrairement à Laurent Gbagbo, ne disposent pas des ressources d'un Etat, les «supplétifs» viennent de la Sierra Leone et du Liberia voisins, ravagés par une décennie de guerre civile.
Parmi les trois mouvements rebelles, le Mpigo, ancré dans l'extrême Ouest et recrutant chez les Yacoubas, présents en Côte-d'Ivoire et au Liberia, semble le plus infiltré par des éléments étrangers. Or le Nimba, la région libérienne frontalière de la Côte-d'Ivoire, est réputé pour être le «réservoir militaire» de Charles Taylor, l'ex-chef de guerre devenu président du Liberia en 1996. De là à estimer qu'il joue la carte de la déstabilisation, il y a un pas que franchit Toussaint Alain, représentant du gouvernement ivoirien, qui accuse des mercenaires libériens de mener un «carnaval sanguinaire» dans le Sud-Ouest et demande à la communauté internationale de «dénoncer avec fermeté toutes ces ingérences et agressions extérieures».
Source: Libération (03/02/2003)


Le retour des «affreux»
Sud-Africains, Français ou Bulgares: les mercenaires se bousculent dans le bourbier ivoirien. Avec un bonheur inégal .

Revoilà les «affreux». Malmenée dans le grand casino des guerres africaines, la tribu disparate des mercenaires blancs rêvait de se refaire à la roulette ivoirienne. C'est mal parti. Son irruption au côté des forces loyales au président Laurent Gbagbo aura hâté, début décembre, une éphémère reconquête de Man, ville de l'Ouest retombée depuis aux mains des rebelles. Mais guère plus.

On les vit dans le passé sauver la mise au régime angolais, puis au président élu de la Sierra Leone
Après l'avoir mollement nié, Abidjan reconnaît l'engagement de «chiens de guerre», élevés comme il se doit au rang de «conseillers militaires» chargés de la protection rapprochée du chef de l'Etat, et tenus à l'écart des champs de bataille. Qui croit encore à ces fadaises? On recense bien sûr parmi eux des gardes du corps ou des consultants, expédiés notamment par le cabinet de l'ancien chef d'état-major israélien Amnon Lipkin-Shahak. Pour le reste, il s'agit d'instructeurs enseignant le maniement d'armes fraîchement acquises et inconnues de la troupe, et de pilotes d'hélicoptère, bulgares pour la plupart, placés aux commandes de trois Mi-24 Hind et de 2 Mi-18 de facture soviétique.

Mais on croise aussi, aux abords des lignes de front, des 4 x 4 chargés de soldats de fortune. Dès octobre, un institut respecté de Pretoria annonçait l'arrivée en Côte d'Ivoire, et en deux «livraisons», d'environ 200 Sud-Africains. Normal. La patrie de Nelson Mandela a toujours été un vivier du mercenariat. Naguère gardes-chiourme de l'apartheid au sein de la police ou de l'armée, les vétérans de la société «de sécurité et de conseil militaire» Executive Outcomes, officiellement dissoute en 1999, resurgissent sous divers faux nez.
On les vit dans le passé sauver la mise au régime angolais, aux prises avec la rébellion de l'Unita, puis au président élu de la Sierra Leone, défié par la guérilla du Front révolutionnaire uni. Quitte à se faire payer en concessions diamantifères. Enregistré aux Bahamas, doté de bureaux à Londres et à Washington, dirigé par l'ancien lieutenant de la Garde écossaise Tim Spicer, Sandline International dément aussi, sans convaincre davantage, toute incursion dans le bourbier ivoirien.

Le pays de Bob Denard n'est pas en reste. Ses ex-disciples Dominique Malacrino, 49 ans - alias «Commandant Marquez» - et Jean-Claude Sanchez emmènent le contingent tricolore. Marquez a des références. Il fut, comme maître Bob, acquitté en 1999 par la justice française, lors du procès pour l'assassinat du président comorien Ahmed Abdallah, commis dix ans plus tôt. Son nom apparaîtra encore lors de la piteuse équipée d'une douzaine de chasseurs de primes, recrutés par Didier Ratsiraka, président sortant de Madagascar, mauvais perdant chassé par les urnes, puis par la rue: leur Falcon 900, intercepté à l'escale de Dar es-Salaam (Tanzanie) à la demande du Quai d'Orsay, n'atteindra jamais la Grande Ile... Voilà désormais le récidiviste Malacrino-Marquez embringué dans une campagne ouest-africaine à haut risque.

Comme le révèle La Lettre du continent, bulletin confidentiel très informé, deux de ses gars ont été blessés, dont l'un grièvement aux yeux, en manipulant un lance-roquettes RPG-7, à l'heure de la contre-offensive sur Man. L'internationale du coup de main aurait-elle choisi en bloc le camp de Gbagbo? Non, bien sûr. Les mutins du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) ont reçu l'appui de maquisards désœuvrés venus du Liberia et de la Sierra Leone.
Moins efficaces qu'ils ne le prétendent, les «affreux» voient leur ciel s'obscurcir. L'Afrique du Sud bannit depuis 1998 le recrutement, l'entraînement et le financement de mercenaires sur son territoire. Et interdit à ses citoyens de s'enrôler à l'étranger. Sur ce terrain-là, Paris tâtonne encore. A leur arrivée à Lyon, les douze «héros» de la virée malgache avortée ont été remis en liberté après un bref contrôle d'identité. Argument invoqué: «Au regard du droit français, ils n'ont commis aucune infraction.» Dans un entretien récent accordé à La Croix, le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, préconise un «renforcement de la législation». Resté lettre morte, un projet de loi soumis au Conseil des ministres en avril 2002, au crépuscule de l'ère Jospin, menaçait les contrevenants de cinq ans de prison et de 75 000 euros d'amende. A la niche, les chiens de guerre?
Source: L'Express (26/12/2002)

L'enfer ivoirien, paradis des mercenaires
Le groom de l'hôtel Président ajuste sa veste rouge avant d'ouvrir les portières. Les gardes du corps noirs ont déjà sauté des pick-up, kalachnikov à la main. Les chauffeurs restent au volant, prêts à repartir. Les passagers blancs en uniforme kaki sortent enfin des véhicules. Ce sont les mercenaires qui rentrent du boulot. Ils ont été engagés par le gouvernement ivoirien pour reconquérir les territoires aux mains des rebelles.

Au bar de l'hôtel, la trentaine de «chiens de guerre» n'a pas pris le temps de se changer, après une longue journée de «travail». Les pilotes sont vêtus de leurs combinaisons, auréolées de taches de transpiration. Les soldats sont en tenue de combat, revolver à la ceinture, les mitrailleuses posées en équilibre le long du bar. Bière glacée pour tout le monde, le résumé des «exploits» de la journée peut commencer. Les conversations se déroulent dans un anglais aux accents ukrainien, sud-africain ou français. Le héros du jour est un Sud-Africain.
Il a posé son hélicoptère MI24 en catastrophe en plein centre de Daloa, la base arrière des forces loyalistes sur le front de Vavoua, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire. «Je n'avais presque plus de carburant et il faisait quasiment nuit, raconte le grand gaillard moustachu. J'avais du mal à me repérer. Puis j'ai vu le minaret. Je me suis posé devant la grande mosquée à Daloa. Les gens étaient terrorisés. Ils ont détalé comme des lapins.» Eclats de rire. On lève les bières pour trinquer. Le groupe de musique enchaîne sur un air africain. Des nuées de jeunes «filles de joie» se sont déployées dans les canapés, préparant leur embuscade.
«JJ», le pilote français, reste plus discret sur son palmarès. C'est un «pro». L'Afrique et ses conflits «pourris», il connaît bien. A son actif : le Zaïre, le Liberia, la Sierra Leone... Miraculé à plusieurs reprises, il force même le respect des militaires français de l'aéroport de Yamoussoukro, qui se demandent encore comment il a réussi à faire atterrir son Cessna de reconnaissance. Touché par une rafale de mitrailleuse de gros calibre au-dessus de Vavoua, il a posé son appareil sur un seul train d'atterrissage. Il s'en est tiré sans une égratignure.

A l'heure du dîner, les mercenaires font la queue devant l'ascenseur, pour monter au restaurant panoramique du 14e étage. Les tables ont vue sur la basilique de Yamoussoukro - construite par feu Félix Houphouët-Boigny -, symbole de cette capitale artificielle émergée de la savane par la volonté du père de l'indépendance ivoirienne. Ce vendredi soir, le Kotou Club, la boîte de nuit de l'hôtel, ouvre pour deux jours. Pour les soldats de fortune, c'est le repos du guerrier. Le tube de la soirée est un hommage à leur employeur, le président Laurent Gbagbo : «Président il ne faut pas quitter. J'avais ton portrait dans mon bureau et je dormais avec toi.»

Dix jours plus tard, l'ambiance est moins festive. Entre-temps la guerre a éclaté dans l'ouest, où deux nouveaux mouvements rebelles ont pris les armes. Deux mercenaires français appartenant au groupe du commandant Marquez, ancien compagnon d'arme de Bob Denard, ont été grièvement blessés à Man. Ils ont été évacués de justesse dans un hôpital d'Abidjan.
Les hommes du commandant Marquez sont au nombre de quatorze, explique «JJ», le pilote français qui ne fait pas partie de leur groupe. La plupart d'entre eux sont des anciens de la garde présidentielle des Comores, à la grande époque de Bob Denard, recyclés dans des sociétés de sécurité. «Ils ont promis beaucoup de choses au président, mais ils ne brillent pas franchement par leur efficacité, assure «JJ».
Ce sont des gardes du corps qui n'ont pas de véritable expérience du combat. A Vavoua, c'est eux qui ont mené l'offensive à la tête d'une colonne de soldats loyalistes. Ils ont pris une sacrée déculottée. Lorsqu'ils sont tombés dans l'embuscade tendue par les rebelles, ils se sont taillés en courant, laissant les Sud-Africains en première ligne. Ce sont des charlots. Ils s'étaient déjà fait épingler à Dar es Salam avant même d'atterrir à Madagascar pour sauver le président Ratsiraka.»

Depuis leur arrivée, les mercenaires blancs n'ont pas changé la donne militaire. Même s'ils ont permis aux forces loyalistes d'engranger quelques victoires dans l'ouest du pays, autour de Man. «L'état-major nous donne des munitions périmées, se justifie «JJ». Parfois on refuse de transporter les roquettes qui dégoulinent de TNT : trop dangereux. Et puis les groupes de soldats ivoiriens que nous avons formés au combat et qui sont encadrés par des mercenaires lors des offensives contre les rebelles se sauvent en courant dès que ça chauffe un peu trop.»

Un collègue sud-africain se mêle de la conversation. Il dresse un constat plus alarmant. «Le problème c'est l'état-major, affirme-t-il. L'armée ivoirienne n'a jamais fait la guerre. Elle n'y connaît rien. Il n'y a pas de centre de commandement. Il n'y a ni coordination ni stratégie d'ensemble. Seule une grosse entreprise de mercenariat telle que Sandline, qui offre un état-major clés en main, peut redresser la situation dans ce pays. En l'état actuel des choses, si les rebelles attaquaient sur tous les fronts simultanément, les forces loyalistes seraient incapables de les contenir en dépit de notre aide.»

A défaut de faire appel à une grosse entreprise de mercenariat, le gouvernement vient de contracter un groupe d'une dizaine de pilotes et mécaniciens biélorusses. La colère gronde chez les chiens de guerre déjà présents. «Ces types ne parlent pas un mot d'anglais, ni de français, se fâche l'un d'entre eux. Impossible de coordonner les actions au sol et l'appui aérien. Ils risquent de nous tirer dessus. Ça fait partie des risques du métier. Mais on n'est pas là pour mourir bêtement.»
Pourquoi sont-ils là ? «La Côte d'Ivoire peut-être un nouveau départ pour les mercenaires, veut croire un mercenaire sud-africain. Pour une fois on ne peut pas nous accuser de faire un coup tordu. Ici nous nous battons pour sauver un président démocratiquement élu. La Côte d'Ivoire était le modèle économique de l'Afrique francophone. Nous voulons la remettre sur les rails. Le défi est énorme pour nous.» «On se bat pour les générations futures, ajoute «JJ». C'est pas pour l'argent. Moi je gagne 8 000 euros par mois ici, moins qu'un pilote de ligne. Le problème c'est qu'Air France ne veut pas de moi.»
Les «dommages collatéraux», tous ces civils tués dans les attaques d'hélicoptères sur des villages, les cases brûlées... «C'est le prix à payer pour sauver la démocratie, se défend «JJ». Le danger aujourd'hui, c'est de voir la Côte d'Ivoire se transformer en Liberia ou en Sierra Leone. Nous sommes là pour empêcher ça.»
«JJ» est piqué au vif par l'attitude des soldats français de l'opération Licorne. «Les militaires français font comme si on n'existait pas, s'indigne «JJ». On se bat pour défendre la même cause. Et pourtant je sais que demain ils peuvent me tirer dessus. C'est le boulot.» Ancien militaire de carrière, il se retrouve confronté, pour la première fois de son parcours de mercenaire, aux soldats français sur le terrain. L'amertume le gagne parfois : l'impression d'être tombé du mauvais côté de la barrière, le manque de reconnaissance... A l'aéroport de Yamoussoukro, les légionnaires français observent le manège des mercenaires d'un oeil critique. «Nous, on se bat pour un idéal, pour notre drapeau, pour les intérêts de notre nation, tranche un officier français. Ces types-là ne croient plus en rien. Ils ont mal tourné.»

La descente aux enfers de la Côte d'Ivoire, les chiens de guerre la vivent comme une «chance». On peut les accuser de prolonger artificiellement la durée de vie d'un régime qui s'enfonce dans les dérives. Eux peuvent se targuer de travailler pour un Etat légitime. Les mercenaires jouent gros en Côte d'Ivoire. Ils ont un rêve fou : devenir des sous-traitants de l'ONU pour les opérations de maintien de la paix.

«Nous avons le savoir-faire, nous sommes des professionnels, s'enthousiasme un vieux routier sud-africain. C'est toujours un casse-tête lorsqu'on veut mettre sur pied une force de l'ONU. Pourquoi ne pas contracter des entreprises privées et envoyer des observateurs pour surveiller nos activités ?» Alors que la France songe à présenter un texte de loi pour interdire les activités de mercenariat, et que la Côte d'Ivoire plonge doucement dans la guerre civile, leur mirage est encore loin de devenir réalité.
Source: Le Figaro (16/12/2002)

La Cote d’Ivoire aux mains des mercenaires ?
De très violents combats font actuellement rage sur la ligne de front à l’Ouest du pays entre les forces rebelles et les troupes loyalistes du président Gbagbo. Ces groupes armés, encadrés par des mercenaires français (loyalistes), ou par des mercenaires sud-africains (rebelles), se sont livrés à des accrochages meurtriers ces derniers jours.
Selon un mercenaire français engagé aux côtés des forces loyalistes, « certaines compagnies ont subi de très lourdes pertes parmi leurs effectifs, et les derniers accrochages ont fait de nom euses victimes ».

Deux combattants européens, un Français et un Tchèque, seraient sur le point d’être rapatriés après avoir été grièvement blessé. Les mercenaires récemment engagés sur le théâtre, ne s’attendaient pas à être impliqués dans une situation aussi violente. Payés 5 000 euros par mois, pour assurer l’encadrement des troupes loyalistes, certains envisageraient désormais de rentrer, le jeu n’en valant plus la chandelle...

Toujours selon nos sources, les rebelles seraient en train de lancer une nouvelle campagne de recrutement de mercenaires Sud Africains. Face à ce processus de désagrégation, la France nie toute implication et pour la première fois, semble ne pas vouloir s’immiscer dans une affaire interne. La position du quai d’Orsay est claire : n’intervenir que pour protéger et sécuriser les ressortissants internationaux.
Des Etats qui refusent de s’impliquer, les Nations-Unies qui restent muettes et des sociétés de mercenaires de plus en plus présentes, tout semble indiquer que l’on glisse vers une privatisation de la guerre.

Les observateurs évoquent déjà une situation à la congolaise ou à la rhodésienne. En 1964, le Congo puis la Rhodésie avaient connu des guerres ou l’intervention des mercenaires blancs avait été massive et prédominante.
Aujourd’hui les sociétés privées de combattants telles que SANDLINE, EXECUTIVE OUTCOME ou le MPRI sont en train de prendre en main le destin de cette partie de l’Afrique longtemps considérée comme la zone d’influence française.
Qui les paie ?
Source: Infoguerre (12/12/2002)








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Message le Jeu 5 Avr 2018 - 11:47 par LANG

Articles intéressants sur la mise en place de la privatisation de ces "activités".
Les "artisans" comme Bob Denar font partie de la préhistoire mais ils n'ont pas totalement disparus.
On apprend avec des exemples concrets comment l'évolution s'est faite depuis les années 1990.
Les choses ont du changer depuis la publication de ces articles (2002 et 2003) mais le fond reste le même.
D’après Paul Barril le secteur en France de ces « sociétés privées » (gardiennage, entretien maintenance etc. au profit des armées) représentait 90 000 emplois soit un effectif comparable à la gendarmerie.  Et aujourd’hui ?

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Message le Jeu 5 Avr 2018 - 16:09 par LOUSTIC


Les États-Unis aident à former des militaires nigérians
Le 25 novembre, à l'occasion d'une interview accordée au « Washington File », la directrice pour l'Afrique du Bureau du ministère de la défense chargé des questions internationales de sécurité (ISA), Mme Theresa Whelan, qui s'est rendue au Nigeria du 16 au 20 novembre, s'est réjouie du désir de coopération manifesté par les responsables nigérians qui s'intéressent de près aux questions de sécurité touchant aussi bien les États-Unis que le Nigeria.

« Je pense que nos entretiens avec les responsables nigérians de la défense (notamment avec le ministre de la défense T.Y. Danjuma) ont été fructueux », a-t-elle dit, ajoutant que les chefs de file nigérians se sont déclarés en faveur de plusieurs partenariats militaires que le gouvernement des États-Unis souhaite mettre en œuvre en Afrique.

Le colonel Victor Nelson, ancien attaché militaire des États-Unis auprès du Nigeria aujourd'hui responsable pour l'Afrique occidentale à l'ISA, qui a accompagné Mme Whelan lors de son voyage au Nigeria, s'est déclaré du même avis et a précisé : « Ce fut une visite très réussie. Je dirais même que ce fut une visite historique si vous tenez compte de la participation financière au contrat de la firme MPRI. »

Cette firme, qui se spécialise dans les conseils en matière de sécurité, est dirigée en grande partie par d'anciens officiers militaires américains qui organisent des programmes d'appui à la sécurité pour le compte de gouvernements du monde entier. Au Nigeria, l'entreprise a remporté le marché pour aider les responsables nigérians de la défense à élaborer un plan d'action en matière de défense nationale à la suite du rétablissement de la démocratie en 1999, après la mort du général Sani Abacha. Le gouvernement des États-Unis et le gouvernement du Nigeria se partagent de façon égale le financement des contrats confiés au MPRI.

Pour Mme Whelam, la visite « a été très positive » (...), le président (Olusegun Obasanjo) s'étant engagé à payer les arriérés dus par le Nigeria en ce qui concerne les programmes du MPRI.
À la question de savoir si elle avait personnellement quelque chose à voir avec cette décision du Nigeria, Mme Wheelan a répondu par la négative, une affirmation que M. Nelson a qualifiée de « modeste ». « Je pense que la présence d'une haute responsable du ministère américain de la défense a fait voir aux Nigérians l'importance que nous accordons aux programmes du MPRI. En outre, sa présence lors de l'évaluation de mi-parcours du programme a été remarquée ; elle a encouragé les responsables militaires nigérians à accorder leur appui entier au programme et a décidé le gouvernement nigérian à débloquer les fonds devant couvrir le contrat MPRI.
Un autre élément « positif » de son voyage, a dit Mme Whelan, a été une visite au centre du « Joint Combined Arms Training System » (JCATS) à Abuja. Le MPRI gère cette installation qui a été officiellement inaugurée le 25 novembre.

Les JCATS sont des éléments indispensables du programme ACOTA (« African Contingency Operations Training and Assistance Program »), un partenariat entre le ministère américain de la défense et les militaires africains qui vise à renforcer leur capacité à établir la paix et l'ordre, car, a expliqué Mme Whelan, « ces centres de simulation sont d'excellents outils pour maintenir le niveau de qualification et de préparation militaires ».
M. Nelson a précisé que les JCATS reposaient sur l'utilisation de logiciels sophistiqués de simulation de guerre qui s'inspirent de conditions qui existent véritablement sur les champs de bataille. Ils servent à entraîner les officiers militaires à trouver des solutions aux problèmes liés aux combats. Le Nigeria et le Canada sont les deux seuls pays à avoir des logiciels JCATS.

M. Nelson, qui a organisé des programmes de formation similaires lorsqu'il était attaché à l'ambassade des États-Unis à Abuja, a expliqué : « C'est un moyen bon marché d'assurer la formation de cadres. Même des pays ayant peu de ressources peuvent avoir recours aux JCATS. Il s'agit en fait de rassembler des gens pendant une quinzaine de jours pour des exercices de guerre, ce que les militaires américains du XXIe siècles font déjà. »
Le programme ACOTA fait suite au programme ACRI (Initiative de réaction aux crises en Afrique) et couvre un plus vaste éventail de responsabilités liées à la sécurité, notamment l'entraînement au maniement des armes. Si les forces déployées dans le cadre de l'ACRI n'auraient jamais été mises dans une situation où leur sécurité aurait été menacée, celles qui le seront dans le cadre de l'ACOTA, étant donné qu'elles seront chargées d'instaurer le calme, devront être prêtes à faire face au danger.

Il est prévu que dans le cadre du programme ACOTA, des JCATS seraient mis à la disposition d'autres pays qui se joindront au partenariat. Des fonds sont réservés à une telle expansion et il est question notamment d'ouvrir un centre de simulation au Ghana et peut-être au Kenya.
À propos de la participation du Nigeria au programme ACOTA, M. Nelson a indiqué que le président Obasanjo avait récemment demandé l'aide des Américains pour former plusieurs bataillons de soldats devant faire respecter la paix à l'instar d'un programme qui, l'année dernière, a permis la formation de soldats en Sierra Leone dans le cadre de l'opération « Focus Relief » (OFR).

Contrairement aux programmes mis en œuvre dans le cadre de l'ACRI ou de l'OFR, la formation dans le cadre de l'ACOTA ne s'adresse pas aux simples soldats, mais aux officiers qui transmettront ensuite leur savoir aux soldats sous leurs ordres.
Mme Whelan a précisé que dans le cadre d'un programme de suivi de l'ACOTA, « nous nous livrerons à des exercices avec les soldats, ce qui leur permettra de maintenir le niveau de leur entraînement et nous permettra de vérifier l'efficacité de la formation qui leur aura été donnée ».
« En formant les cadres, nous pouvons nous limiter à un groupe restreint de militaires qui, à leur tour, formeront d'autres soldats », a fait remarquer Mme Whelan, une considération à ne pas négliger étant donné qu'un grand nombre des cadres traditionnels - les membres des forces spéciales des États-Unis - sont occupés à l'heure actuelle à lutter contre le terrorisme dans le monde entier.

« Nous n'avons pas des centaines de forces spéciales pouvant assurer l'entraînement. Elles sont toutes très occupées comme vous le savez (à lutter contre Al-Qaïda et le terrorisme international) ; il nous a donc fallu restreindre nos programmes et la stratégie consistant à 'former le cadre' répond à ces nouvelles circonstances. »
Source: Département d'Etat (02/12/2002)

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Message le Ven 6 Avr 2018 - 10:49 par LOUSTIC

Les mercenaires de Paul Barril font la loi à Bangui

« Arrivée : 17 novembre 2002. » Le policier de la police de l'air et des frontières de l'aéroport de Bangui tamponne le passeport de l'envoyé spécial du Figaro sur la page du visa délivré quelques jours plus tôt par l'ambassade de la République centrafricaine.
Le vol Paris-Bangui via N'Djamena déverse sa cargaison hebdomadaire de voyageurs. La présence sur le tarmac d'une automitrailleuse et de nom eux soldats rappelle que la capitale sort à peine d'une tentative de coup d'État raté. Plusieurs mercenaires blancs en civil observent les allées et venues. Mais c'est un policier centrafricain qui harponne le journaliste. « Suivez-nous », ordonne-t-il. L'attente commence dans un petit bureau surveillé par un soldat à béret rouge et à la mine se voulant patibulaire.

Un mercenaire de l'équipe de l'ex-gendarme de l'Élysée Paul Barril passe et repasse sans répondre aux questions. Il semble superviser les opérations. Puis arrive celui qu'on suppose être le chef présumé de la police de l'air. L'homme brandit une sorte d'arrêté de reconduite à la frontière. Une décision non motivée. « Nous sommes un État souverain », affirme le policier au bas de l'avion. Un pays en piteux état livré à des bandes armées, serait-on tenté de corriger.

Si les autorités centrafricaines renvoient les journalistes trop curieux, elle accueille en revanche à as ouverts des alliés bien encom ants. Affaibli par une série de six mutineries et tentatives de putsch en sept ans, le président Ange-Félix Patassé survit grâce au soutien d'armées étrangères et à la protection de soldats de fortune. Lassés d'être soumis à un chantage financier permanent, les Français ont fermé leurs bases militaires de Bangui et de Bouar en 1997.

Le retrait a pris valeur de symbole du désengagement de la France de son pré carré africain. Depuis mai 2001, les Libyens ont pris le relais avec 200 hommes déployés à Bangui la « coquette ». Les troupes du colonel Kadhafi assurent la sécurité personnelle du président Patassé. Elles ont sauvé le chef de l'État en reprenant, avec l'appui de plusieurs centaines de rebelles congolais du Mouvement de libération du Congo de Jean-Pierre Bemba, le contrôle de la capitale aux partisans du général centrafricain François Bozizé.

Les combats ont plongé la capitale dans l'anarchie. De nom eux témoignages font état d'exécutions sommaires de civils de nationalité tchadienne et centrafricaine considérés comme complices de Bozizé. La milice privée d'Ange Patassé, dirigée par Abdoulaye Miskine et les rebelles de Jean-Pierre Bemba, le seigneur de la guerre de la forêt congolaise voisine, ont multiplié les razzias. L'insécurité est telle que même les maisons de ministres du gouvernement Patassé ont été pillées. Des militaires centrafricains ont dressé des barrages autour de la ville pour empêcher la soldatesque congolaise de quitter Bangui avec leur butin.

Dispersés dans les environs de la capitale, les mutins pourraient repasser à l'attaque pour s'emparer d'un pays en pleine déliquescence. L'administration a accumulé deux années de retard dans le paiement des salaires de ses fonctionnaires. En ousse sévissent les « coupeurs de route », bandits de grand chemin, et les villageois démontent les lattes des ponts pour bloquer les rares automobilistes. Pris au piège, les véhicules basculent à moitié dans le vide. Leurs passagers sont priés de verser une dîme pour être dépannés par les habitants et voir le pont réparé. Dans ce contexte, les Occidentaux quittent un à un la Centrafrique. À l'exception des mercenaires.

Patron de la société Secrets, Paul Barril fait la pluie et le beau temps à Bangui. Il a la confiance d'un Patassé au comportement souvent ubuesque. Ainsi, dans sa dernière interview, le président centrafricain confiait son désir de construire un aqueduc reliant Bangui au Proche-Orient... Chargé de protéger l'ancien premier ministre de l'empereur Bokassa Ier, Paul Barril a été bombardé par décret responsable de la « lutte antiterroriste », et il déteste être assimilé à un simple mercenaire.
Son employeur n'a guère de difficultés pour rémunérer ses services : selon le dernier rapport des Nations unies, la Centrafrique est un pays de transit du trafic organisé autour du pillage des ressources du Congo. Doublé par la concurrence à Abidjan, d'où il a été expulsé en octo e, Paul Barril a veillé tour à tour sur la sécurité du chef d'État du Burundi, Cyprien Ntaryamvia, et du président rwandais Juvénal Habyarimana, tués ensemble en 1994 dans un attentat qui a déclenché le génocide des Tutsis au Rwanda.
En France, l'ex-gendarme n'a pas fini de rendre des comptes à la justice : il a été renvoyé devant le tribunal correctionnel pour l'affaire des écoutes téléphoniques de l'Élysée à l'époque de François Mitterrand.
Source: Le Figaro (19/11/2002)

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Message le Sam 7 Avr 2018 - 12:04 par LOUSTIC

Une cinquantaine de mercenaires pour instruire les loyalistes ivoiriens
Entre cinquante et soixante mercenaires étrangers, essentiellement des instructeurs et des pilotes d'hélicoptères, sont actuellement en Côte d'Ivoire pour aider l'armée régulière, confrontée depuis le 19 septem e à une rébellion militaire, a appris lundi l'AFP de sources concordantes. "Les mercenaires loués par le gouvernement sont des instructeurs chargés d'apprendre aux militaires ivoiriens le maniement de certaines armes reçues récemment dans le cadre de l'effort de guerre", a indiqué à l'AFP un proche du régime, sous couvert de l'anonymat.

"Il n'est pas prévu que ces mercenaires participent directement aux combats, mais ils doivent réorganiser les unités et s'occuper de certaines questions de sécurité", a-t-il ajouté.
Un analyste de sécurité d'un Institut de recherche réputé de Pretoria avait affirmé fin octo e qu'environ 40 mercenaires, dont des Sud-Africains, sont récemment arrivés en Côte d'Ivoire pour le compte du gouvernement de Laurent Gbagbo, et que 160 autres devaient les suivre bientôt.
La présidence ivoirienne a démenti ces informations, les qualifiant de "rumeurs".

Selon un haut responsable de l'armée ivoirienne, les Force armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) "n'accepteront jamais que le gouvernement utilise des mercenaires pour combattre dans cette guerre".
"Ce serait une humiliation pour nous. Les seuls étrangers que nous pouvons accepter sont les équipages d'hélicoptères de combats que nous venons d'acquérir", a-t-il précisé.
Ces équipages, selon des sources aéronautiques, sont essentiellement composés de Bulgares. Ils servent les trois hélicoptères MI-24 Hind (appelés MI-35 à l'export) de fa ication russe, récemment arrivés en Côte d'Ivoire, et deux hélicoptères de transports MI-8.
Les hélicoptères de combat ont été observés par des témoins effectuant des vols et tirs d'essai au large de Bassam, une station balnéaire située à une quarantaine de kilomètres à l'est d'Abidjan.

Selon des sources proches des services de renseignements, certains des mercenaires instructeurs sont employés par la firme Sandline International, enregistrée au Bahamas et disposant de bureaux à Londres et Washington. Sandline a déjà opéré en Sierra Leone (1998) et en Papouasie-Nouvelle Guinée (1997), selon le site internet de cette société "privée de services militaires".

Parmi ces hommes, certains sont de nationalité française, d'autres sud-africaine. Ils doivent enseigner aux Ivoiriens le maniement de certaines armes et véhicules de fa ication russe récemment fournis: mitrailleuses lourdes, transport de troupes blindés (BMP-1 et 2) armés de canons notamment.
Selon le site internet du Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire anche politique de la rébellion), les mercenaires français sont neuf et les plus connus sont d'anciens proches de Bob Denard, aujourd'hui âgé de 75 ans et connu pour ses actions aux Comores, au Biafra et au Congo dans les années 60 70 et 80.
Ces sources proches des services de renseignements indiquent que les mercenaires français seraient dirigés par Dominique Malacrino, 49 ans, alias "Commandant Marquez", également cité par le MPCI. Il a été acquitté par la justice française en mai 1999 dans l'affaire de l'assassinat du président des Comores Ahmed Abdallah, en novem e 1989.

Des mem es de son équipe sont soupçonnés d'avoir été impliqués dans des missions de mercenariat à azzaville et à Madagascar cette année, quand un Falcon 900 a été intercepté à Dar-es Salaam alors qu'il volait vers Antananarivo à la demande de l'ancien président malgache Didier Ratsiraka. Selon des témoins, les mercenaires sont logés, depuis leur arrivée fin octo e, dans deux grands hôtels de la capitale économique ivoirienne, Abidjan.
Source: Netscape Info (11/11/2002)

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