Les grandes dames de Diên Biên Phu

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13042018

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Les grandes dames de Diên Biên Phu




Il y a celles dont on ne parlait jamais, dont on parlera si peu, les petites p*** des BMC (Bordel Militaire de Campagne)…

La bataille de Diên Biên Phu, du 13 mars au 7 mai 1954, a fait, côté français, 16 000 morts, blessés et prisonniers, et marqué la fin de la guerre d’Indochine et le retrait de la puissance coloniale française.

Dans la « cuvette », au côté des blessés et des agonisants, se trouvait Geneviève de Galard, infirmière-chef du camp retranché qui resta jusqu’au bout pour s’occuper des blessés et des agonisants, tandis que le colonel de Castries était retranché dans son QG souterrain et ne prit pas la peine de rendre visite aux blessés.

Geneviève de Galard était-elle seule ? L’hommage rendu aux combattants depuis lors, a pudiquement passé sous silence celles qui l’aidèrent : les pensionnaires des BMC (bordels militaires de campagne) installés par une armée soucieuse du moral des troupes.

Françaises, Maghrébines ou Annamites. Ces très grandes dames furent, aux dires des survivants, admirables de courage, bravant le feu et la mitraille pour venir au secours des soldats.
Prisonnières du Vietminh, les unes, d’origine vietnamienne, ont été exécutées. Les autres ont été victimes des mauvais traitements de leurs geôliers.

Aujourd’hui encore, aux yeux de certains, elles ne sont pas présentables. La morale est sauve !

Lors de la chute du camp retranché, la plupart ont été capturées. Les Algériennes ont été libérées, tout au moins celles qui ont survécu au siège puis à la longue marche et à la détention. Les Vietnamiennes ont disparu, toutes et pour toujours.

Un journaliste, Alain Sanders (journal PRESENT), rencontrant des années plus tard le docteur Grauwin (médecin chef du camp), lui demande s'il a connu le sort des prostituées du BMC de la Légion, les Vietnamiennes donc, dont plus personne n'a plus entendu parler.

- Docteur Grauwin : « Ces filles étaient des soldats. De vrais soldats Elles se sont conduites de façon remarquable. Tous mes blessés, tous mes amputés, mes opérés du ventre étaient à l'abri dans des trous souterrains. Et il fallait qu'ils pissent, qu'ils fassent leurs besoins, qu'ils fassent un peu de toilette. Ce sont ces femmes, ces prostituées transformées en « anges de la miséricorde » qui m'ont aidé à les aider, qui ont permit à nos blessés de supporter leurs misères. Elles les ont fait manger, boire, espérer contre toute espérance ».

De la suite, de leur agonie, il n'y a plus de témoins directs, simplement le récit que Grauwin a recueilli plus tard, parce qu'un commissaire politique, dans un camp, a parlé de ces femmes à un prisonnier :

- Pourquoi un commando de femmes contre nous ?

- Il n'y avait pas de tel commando !

- Si, elles nous ont tiré dessus !

Ainsi donc, les filles des BMC, infirmières au plus fort de la tragédie, auraient- elles aussi pris les armes lorsqu'elles n'ont plus eu d'espérance à offrir !...

Grauwin sait qu'elles ont été rossées, tabassées, affamées… Elles n'ont cessé de crier à leurs bourreaux qu'elles étaient françaises jusqu’à l’ instant où elles ont reçu, l'une après l'autre, une balle dans la nuque.

Les femmes vietnamiennes présentes dans la vallée :

Sur les centres de résistance « Béatrice » et « Gabrielle », avaient été installés des BMC3.
- Celui de « Béatrice », tenu par un bataillon de la 13e DBLE (Demi Brigade de Légion Etrangère) était constitué d’une quinzaine de prostituées vietnamiennes.

– Celui de « Gabrielle », tenu par un bataillon de tirailleurs algériens, par autant de jeunes femmes nord-africaines.

Lorsque « Béatrice » a été attaquée, le chef de bataillon Pégot, qui commandait cette position, a aussitôt ordonné aux femmes de rejoindre le centre du camp, pour les soustraire aux combats. Lorsqu’elles parvinrent au réduit central, le colonel de Castries leur ordonna de prendre le prochain avion qui décollerait et de rentrer à Hanoï. Elles refusèrent toutes et réclamèrent de demeurer au service des soldats français, comme aides-soignantes, lavandières, cuisinières ou porteuses de colis.

Elles restèrent donc et, jusqu’à la fin de la bataille, déployèrent des trésors de dévouement, auprès notamment des blessés. Vers la fin, elles se transformèrent en infirmières de fortune.

Avec dévouement, elles ont tenu des mains d'agonisants, elles ont rafraichit des fronts d'hommes gémissants, elles ont lavé des blesses qui chiaient sur eux, elles ont recueilli des confidences de types qui appelaient leurs mères, elles ont changé des pansements puants.

Les Asiatiques, et même les autres, auraient pu déserter et se « refaire une vie » en face en expliquant que ces fumiers de Français les avaient arnaquées.

Quel soldat de DBP aurait tiré sur une nana courant les mains en l'air vers les lignes Viets ? Aucun !... Mais elles ne l'ont pas fait !

A la chute du camp retranché, elles furent capturées par les soldats vietminh et envoyées en camp de détention où nul n’entendit plus jamais parler d’elles. Il en fut de même pour les prostituées nord-africaines.



Contrôleur général des armées Philippe de Maleissye.



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Message le Ven 13 Avr 2018 - 23:52 par ROVER

Saint-cyrien, ancien officier de la Légion étrangère, contrôleur général des armées, Philippe de Maleissye est un spécialiste de Diên Biên Phu, à laquelle il a consacré un «roman-vécu», mêlant le document et la fiction, La Vallée perdue (Indo Éditions). Il analyse le legs mémoriel de cet épisode mal aimé de l'histoire française.

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Message le Sam 14 Avr 2018 - 17:16 par LANG

"Aujourd’hui encore, aux yeux de certains, elles ne sont pas présentables. La morale est sauve !"
Que ne fait-on pas au nom d'une "certaine" morale...
Merci d'avoir rappelé le rôle de ces femmes dont personne ne veut parler.

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Message le Lun 16 Avr 2018 - 9:52 par BriseLance13

Je savais cet épisode, mais pas avec autant de détails. Merci de l'avoir posté ici.
Il est vrai que, dans son livre, Geneviève de Galard est beaucoup plus pudique sur le sort et les conditions
des blessés, alors que le docteur Grauwin, lui, est plus "précis" sur les cas de certains de ses blessés.
Ces gens ont enduré quelque chose qu'il nous est difficile de comprendre à fond.
On ne peut qu'être admiratif et se demander si nous aurions été capable de faire de même.

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