Un stage à l’ETAP en 1965.

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30042018

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Un stage à l’ETAP en 1965.




Avec le rappel du crash de juillet 1971, j’avais évoqué mon camarade Rémy instructeur de la section de l’EMIA. J’ai choisi d’en dire un peu plus mais dans la rubrique « anecdotes » qui me parait plus adaptée…
Les souvenirs, rien de tel pour faire revivre quelqu'un.
Voila quelques lignes pour remonter dans le temps, sans prendre les choses trop au sérieux…


Avec Rémy nous n’étions pas faits pour nous rencontrer. Il était de l’EMIA, biffin, et avait choisi le 2ème REP, régiment dans lequel il avait déjà servi en Algérie. J’étais cavalier, issu de l’ESM et le 13 avait accepté de me recevoir alors qu’il venait à peine de naître dans sa nouvelle version.
Mais l’ETAP en décida autrement avec ce stage obligatoire pour chaque officier affecté dans un régiment TAP. Nous sommes arrivés ensemble à Pau en ce début septembre 1965.

Notre « brigade » était commandée par le capitaine Ribeton. Son accent faisait de lui un basque, sa « pêche » communicative le transformait en « basque bondissant » ! Et, curieusement, il nous est arrivé de bondir dans la piscine située à côté du mess. Il s’agissait de conclure joyeusement une réunion comme il aimait à les organiser…
Pour les puristes, je précise que les sauts se faisaient de manière règlementaire : le go était donné sur les tremplins !
Cela dit, nous avons quand même sautés à partir de machines volantes. De jour, de nuit, parfois dans les arbres, avec ou sans marquage au sol. Wright, Ogeu, Buzy, Buziet, Y, L, I, V, T, mais là je n’apprends rien à personne.

C’est le capitaine Meudec qui a servi « d’entremetteur » entre Rémy et moi.  Chargé du cours « explosifs », il n’avait pas son pareil pour se glisser tel un chat entre nos pains de TNT pour vérifier l’allumage de la mèche lente. Bien entendu nos charges explosaient à une distance de nos têtes disons « convenable » mais j’ai gardé l’impression que ce n’était pas une distance règlementaire... Ah, quelle époque !
Avec lui, j’ai appris aussi qu’une pince ne servait à rien car un détonateur ça se sertit avec les dents…
En prévision d’un exercice, il nous avait fait travailler sur la manière de faire sauter un pont métallique. Placer des charges sur un pont en étudiant sa photo ne passionnait pas les foules. Avec Rémy, nous avions quand même manifesté un certain intérêt. Au moment d’organiser le commando en vue de la manœuvre le capitaine Meudec nous désigna comme les deux responsables de la mise en place des charges. Etait-ce l’attention dont nous avions fait preuve ? Toujours est-il que nous voila bombardés experts pour la mise en place.
Cette désignation nous a rapproché mais nous avons conservé nos distances. Nos caractères étaient différents. Il était flamboyant comme son régiment et j’étais discret comme le mien.

Le stagiaire désigné comme responsable du commando eut la possibilité d’organiser son affaire comme il l’entendait. Il trouva judicieux de répartir les charges TNT à porter dans deux groupes que nous aurions à diriger pour la mise en place sur les différentes parties du pont.
En tant « qu’experts » nous n’avions pas de charges mais devions simplement porter les repas de tout le commando pour deux jours. Cela devait nous laisser toute liberté de mouvement pendant la phase d’installation des explosifs.
Un ravitaillement par air était prévu en cours de manœuvre pour nous fournir les rations jusqu’à la fin de l’exercice. Rémy hérita de la lampe torche pour lancer les signaux à l’avion. En somme, responsables explosifs, nous étions devenus les pourvoyeurs en nourriture du commando !
A nous deux, nous avions de quoi manger pour un bon bout de temps et en plus nous avions la lampe torche. Nous ne connaissions pas le code pour le largage du ravitaillement. Seul le chef et son adjoint le connaissait. De même qu’ils étaient les seuls à connaitre le lieu exact prévu pour le largage.
Dernières consignes avant embarquement, ordres de mouvements, répartitions des missions. Je ne me rappelle plus de tout mais nous avions noté que le point de rendez-vous final était du côté de Urt. Un « passeur » devait nous faire traverser l’Adour clandestinement mais là aussi seul le chef connaissait l’endroit exact.
Ces détails, et tout le monde sait que le diable se cache dans les détails, ces détails auront de l’importance…

Note importante : Arrivé à ce stade de mon histoire, je voudrais préciser qu’elle n’a pas pour but d’expliquer une action commando dans le cadre d’un stage chef de section. Je laisse ce soin aux spécialistes.
Les non-spécialistes pourront retenir qu’il y a des choses à ne pas faire.
Je ferai également remarquer que cet exercice était surtout destiné à nous faire « prendre l’air ». Et comme en plus, j’ai tendance à y mettre un peu d’humour…
Comme tout le monde semble avoir compris, même ceux du fond, je continue…


Pour nous différencier du plastron, on nous a demandé de ressortir nos tenues camouflées qui avaient été interdites depuis une certaine époque. Avant de partir Rémy m’a passé une veste pour remplacer la mienne qui avait piètre allure. Cette veste remontait à son séjour au 2ème REP en Algérie.
Et nous voila parti pour un saut de nuit. Début de manœuvre en milieu hostile, l’ennemi étant principalement constitué par le 1er RHP.
Des saucissons secs pèsent moins lourds que des pains de plastic, l’arrivée au sol fut presque agréable.
Marche d’approche, reconnaissance, mise en place des charges, Rémy d’un côté, moi de l’autre et, arrivée surprise du Capitaine Meudec ! Il a contrôlé le dispositif et pour finaliser l’opération nous a demandé à tous les deux d’aller faire exploser un pain réel dans le tunnel à proximité du pont.
Ce que nous avons fait.
Mais, l’explosion n’a pas eu lieu !
Temps d’attente réglementaire quand même et Remy avec Meudec sont partis refaire l’opération. La charge s’est décidée à exploser et le tunnel n’a pas bougé. Le pont est resté en place pendant que nous dégagions les lieux et un train de marchandise est passé. Opération chronométrée !

Nous voila partis pour remonter vers le nord.
Bien entendu, les hussards du 1er avaient quadrillé la zone et ce qui devait arriver arriva. Notre déplacement avait-il été effectué dans les règles ? Ces cavaliers en jeep avaient-ils été particulièrement futés ?
Nous avons été accrochés. La fuite s’imposait. Avec Rémy nous avions marché de concert. Nous étions en train de traverser un jardin pour nous échapper lorsqu’une malencontreuse barrière nous a ralenti. Cartouches à blanc d’un côté, cartouches à blanc de l’autre, nos échanges n’ont arrêté personne. Et des mains se sont abattues sur nous. Prisonniers ? Rémy ne l’entendait pas de cette oreille !
Pas question de se laisser faire et voila qu’une bagarre à coups de PM se profilait à l’horizon. Vu le rapport de forces, nous n’avions aucune chance, sauf à passer au tribunal pour coups et blessures réciproques !
Je lui ai tiré la manche et il a accepté la défaite.

L’accueil fut sympathique. Les cavaliers savent recevoir.
Le chef de peloton du 1er nous a reçu et nous a proposé un café en attendant de nous laisser repartir après un temps de neutralisation. Rémy, qui n’avait toujours pas digéré l’affront d’être « prisonnier », refusa !
Le lieutenant Gobillard m’a regardé interloqué. Entre cavaliers nous nous sommes faits un clin d’oeil… Comme il était d’une promotion avant la mienne, nous avons eu quelques sujets de conversation qui n’ont pas intéressé Rémy. En « bon prisonnier », il est resté silencieux. Nom, matricule…
J’ai accepté le café. J’étais devenu un « collaborateur » !

Au milieu de la nuit nous sommes repartis.
Premier objectif passer à travers les lignes ennemies pour rejoindre ce fameux mamelon où devait avoir lieu le ravitaillement par air.
La nuit permet de se déplacer avec discrétion et à deux nous avons bien progressé. Pour aller plus vite, nous prenions le risque de traverser des villages et tout se passait bien. Soudain en rentrant dans un hameau plongé dans le noir, j’ai entendu un drôle de bruit. Avec précaution nous avons parcouru quelques mètres. Le bruit était toujours aussi fort. Dans la pénombre nous avons distingué une jeep et son chauffeur tête en arrière. Ce brave homme dormait et ronflait !  Il était seul et devait vraisemblablement monter la garde. C’est sur la pointe des pieds que nous sommes passés à un mètre sans le réveiller… Le sommeil ça se respecte.
Quand le jour s’est levé nous avons cherché un abri. Un bon commando ne se déplace que la nuit. Une petite forêt avec de belles fougères nous a offert une bonne protection et nous avons essayé de dormir au milieu du bruit des cloches des brebis.  Avec Rémy nous avons commencé à vraiment sympathiser et il a reconnu que son refus du café n’avait pas été une prouesse. Pour la suite de la manœuvre nous avons échangé nos craintes mutuelles. Ou se trouvait exactement l’emplacement du ravitaillement par air car il nous permettait de rejoindre le commando. Sans contact avec les autres comment savoir où aller ?

La nuit venue nous voila partis à la recherche de ce mamelon censé être le lieu de largage. Nous avons sillonné la zone dans tous les sens sans rencontrer quelqu’un ! Dans le ciel par contre, il y avait du monde. Des Nords tournaient à moyenne altitude et revenaient sans cesse au-dessus de nous. Pas de doute nous étions bien à l’endroit prévu mais pas forcément à l’endroit exact.
La lampe ! Mais oui, nous avions la fameuse lampe torche. Mais quel était le code ?
Au hasard nous avons envoyé des signaux chaque fois qu’un avion passait. Rien n’est arrivé !
Par la suite nous avons appris que les équipages avaient été totalement inondés d’appels lumineux. En effet, nos amis les hussards étaient aussi des parachutistes et disposaient donc de lampes torches. Il parait que des colis ont atterris chez des paysans…

Que faire maintenant ?
Après concertation, nous avons décidé que nous prendrions la direction d’Urt et de son Adour en espérant rencontrer le commando. Une aiguille dans une botte de foin… Nous sommes partis pour une fin de manœuvre perso…
Avant la fin de la nuit, nous avons cherché un coin pour rester discret pendant la journée. Quelques buissons au bord d’un ruisseau et nous voila installé à vingt mètres l’un de l’autre.
Une heure de tranquillité et un orage a éclaté. La pluie s’est mise de la partie. Une pluie sans concession dont on ne voyait pas la fin. Au petit jour j’étais encore sec.
En passant par Dieuze avant le stage, j’avais hérité d’un équipement bien adapté. Tapis de sol, duvet avec isolation et poncho.  Un matériel super. Avec le béret sur la figure, enfoncé dans le duvet et bien bordé par le poncho et le tapis de sol on pouvait même apprécier le martèlement des gouttes de pluie…
Ce n’était pas le cas de Rémy. Il avait perçu l’équipement classique avec sac de couchage en tissu et la toile de tente de l’ETAP. Il était trempé et bien entendu n’avait pas dormi.
Nous avons pris le risque de nous déplacer. La chance était avec nous, pas d’ennemi dans les parages et une petite bâtisse à l’allure de grange nous a offert l’hospitalité. Nous avons fait un petit feu à l’intérieur avec le bois sec qui s’y trouvait pour limiter la fumée. Et pendant que je l’alimentais en faisant le guet, Rémy s’est glissé dans mon sac de couchage pendant que ses affaires étaient suspendues au-dessus du feu.
Partager un sac de couchage ça crée des liens…
Perdus pour perdus nous avons aussi décidé de prélever de quoi manger. Nous n’avons pas exagéré. Retrouver les autres était quand même notre espoir. Et sans lampe torche, ils n’avaient certainement pas été ravitaillés. Un faim de loup…

L’espoir de les retrouver ne fut pas concrétisé.
Nous avons remonté la campagne du pays basque et vraisemblablement quitté la zone de manœuvre sans nous en rendre compte.
Une grange avec son foin nous a servi de palace et son propriétaire nous a réveillé en catastrophe l’après midi… Avec un prélèvement d’une ou plusieurs rondelles de saucisson sec de temps en temps, nous avons fait du tourisme forcé…
Pour finir, nous sommes arrivé à Urt et manifestement nous étions retombés dans la zone de manœuvre. Le bruit des jeeps nous a surpris alors que nous observions l’Adour. Aucun abri à proximité sauf une résidence secondaire dont le portail était à moitié ouvert. La maison était vide et pas loin d’être abandonnée. Sans mal et sans… effraction nous y avons passé une journée à réfléchir à notre traversée de l’Adour. Le plafond du salon était percé par la pluie et le plâtre recouvrait le piano. Cette maison paraissait avoir été abandonnée brutalement par ses propriétaires depuis plusieurs années. Nous avons dormi dans le cellier…

Rémy envisageait sérieusement de traverser l’Adour en passant sous le tablier du pont. Cela me paraissait bien risqué surtout de nuit. Et puis après que faire ? Il fallait quand même retrouver les autres. On allait tout de même pas prendre le train pour Pau !
Nous avons convenu qu’il serait judicieux de commencer par remonter la rive du fleuve dans un sens puis dans l’autre. Après tout, nous avions retenu qu’il était question d’un passeur pour nous faire traverser.
Et la chance fut enfin avec nous. Nous sommes tombés  sur une barque occupée par deux civils. C’était le point de passage. Nous étions les derniers, le reste du commando était de l’autre côté.
Les retrouvailles se firent dans un café. Tout le monde dévorait des sandwichs ! Le patron du bistrot était aux anges, il avait du mal à fournir.
Bien entendu, nous avons fait semblant d’avoir faim.

Ces quelques jours passés ensemble nous avaient rapprochés. Rémy m’a laissé sa veste à laquelle il tenait.
Après ce stage nous nous sommes perdus de vue.

La dernière fois où je l’ai rencontré fut un évènement pour quelques automobilistes de Dieuze. Nous nous sommes croisés en voiture et en pleine circulation nous nous sommes arrêtés.
Des accolades au milieu des klaxons !
Il venait rendre visite à un ami qui était également au 13ème RDP et qui était assis à côté de moi. Les automobilistes médusés, mais de bonne humeur, ont  vu apparaitre sa fiancée qu’il nous a présenté…

Rémy était mon camarade…

Salut Rémy, tu sais, j’ai toujours ta veste…
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Message le Lun 30 Avr 2018 - 22:46 par athos

bonsoir LANG - Une histoire vécue et ma foi fort bien écrite. Evidemment émouvante aussi quand on connait ce qui est arrivé à "Rémy"

J'ai moi même vécu ce genre de choses, mais en Alsace, avec un grand exercice divisionnaire ou il s'agissait de "prendre" des installations civiles sensibles. Centrale EDF par exemple.
J'ai mois aussi était fait prisonnier, mais mes geôliers n'en voulait qu'à mon poignard, en guise de souvenir, de trophée ? Il a fallu l’intervention d'un officier pour ramener le calme.
J'en ai profité pour glisser furtivement à celui qui semblait le meneur " Si tu en veux un, "engage toi chez les paras"
Nous avions aussi confisqué un véhicule de gendarmerie et subtilisé une jeep qui s'était malencontreusement arrêtée près de la lisière du bois ou nous étions.
Quelle époque, Nous avions aussi fait quelques dégâts non prévus qu'il a fallu expliquer au chef de corps une fois revenu au quartier. L'exercice étant un succès nous ne fûmes pas trop inquiétés.

Cela fait du bien de vous lire LANG, et cela donne envie d'écrire, mais là il faut bien l'avouer, ce talent n'est pas donné à tout le monde. En tout cas merci de ces partages.

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Message le Lun 30 Avr 2018 - 23:12 par LANG

Merci athos pour le compliment.
Mais je ne fais que raconter quelques histoires qui me viennent souvent du fond du coeur.
Et partager avec ceux qui vous comprennent c'est l'essentiel.
Je constate que sur ce site nous sommes nombreux à éprouver ce genre de besoin même quand nous reprenons des textes écrits par d'autres.
Alors, continuons à nous comprendre !

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Message le Mar 1 Mai 2018 - 10:11 par otosan

Merci Lang pour cette histoire vécue , elle me remémore des manœuvres ou le " cadre " semblait perdu avec sa carte , malgré quelques détours nous arrivions toujours à bon port . confiance était le maitre mot .
effectivement une pince n'est pas nécéssaire pour sertir un détonateur , il faut avoir 20 ans et toutes ces dents .
( attendre que le cadre ne regarde pas , même s'il vous la montré avant et mordre sur le bord )

encore merci Lang

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Message le Mar 1 Mai 2018 - 10:52 par NORATLAS

Merci LANG pour cette anecdote si bien racontée, vous méritez bien le rang d' EXPERT  *****

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