La science viendrait-t-elle au secours de la tactique ?

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31052018

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La science viendrait-t-elle au secours de la tactique ?




Pour un tir à 200 mètres ! Position du tireur couché ! En position…
Ce n’est peut-être plus aussi simple.
Des études sur le comportement tireur-cible peuvent changer la donne. Combien de mètres peut-on parcourir face à un tireur en attente, surpris, etc.
La science viendrait-t-elle au secours de la tactique ?
Après le foot, l’Armée ?
Devons-nous entrer dans l’ère de la « TACTIMETRIE » ?
Peut-être, si on lit l’article de Michel Goya.


La « Tactimétrie ».
Du combat rapproché et du sport collectif : aujourd’hui, l’approche scientifique
Un article de Michel Goya (https://lavoiedelepee.blogspot.com/) du 21 mai 2018, extraits


Le 13 novembre 1960, au Stade Silvo-Appiani de Padoue, l’Inter Milan subissait une défaite humiliante en septième journée de série A. C’était la troisième journée sans victoire pour le nouvel entraîneur Helenio Herrera.
Ereinté par la presse, Herrera remet tout à plat.
A partir des observations des matchs (il note alors tout de la qualité de l’herbe des terrains aux tics techniques de ses joueurs en passant par les trajectoires des ballons) et de l’étude des idées des autres jusqu'à loin dans le passé, il met en place un nouveau système : le « catenaccio » (verrou), avec une défense renforcée grâce au libero et une capacité de contre-attaque verticale ultra-rapide, système qui va lui permettre de s’imposer dans le championnat italien et même en Europe, en prenant simplement moins de but (0,9 en moyenne par match contre 1,7 marqués pendant huit ans) que les adversaires…



…………………

Le monde militaire sait aussi parfois faire des observations rigoureuses du réel et elles donnent souvent des résultats surprenants.
A la fin du XVIe siècle, Maurice de Nassau qui dispose lui aussi de ressources limitées face à la puissante Espagne fait analyser rationnellement le combat de l'époque.
Il en déduit une optimisation du comportement des hommes sur le champ de bataille, matérialisé par les fameuses planches où, trois siècles avant le taylorisme, les gestes des soldats sont découpés et minutés. S’il mécanise le comportement des hommes, il assouplit le fonctionnement des unités de combat et en obtient une « productivité tactique » très supérieure à ce qui fait alors.

Si Maurice de Nassau est un enfant de la Révolution des sciences (exactes) de son époque, Ardant du Picq, moins de trois siècles plus tard, accompagne la naissance des sciences humaines.
Il est le premier à s’intéresser scientifiquement (par le biais d’enquêtes et de sondages) au comportement des hommes sur le champ de bataille. Notons qu’il agit ainsi en amateur éclairé, de soldat qui va vers les sciences, et qu’il perdra la vie au cœur de son domaine d’étude.

Quelques dizaines d'années plus tard, à la fin des années 1930 puis dans les années de guerre, une analyse rigoureuse du combat d’infanterie « tel qu’il se pratique » aboutit à des observations étonnantes, en particulier celle qui montrait que tout, ou presque se passait à moins 400 mètres. Dans ces conditions, il n’était pas forcément utile de disposer de munitions capables de frapper avec précision jusqu'à 800 mètres. Avec des munitions moins puissantes que celles des fusils mais avec un peu plus que celles des pistolets mitrailleurs, il devenait possible de concevoir une arme capable de tirer au coup par coup ou en rafale sur la majorité de l’espace de combat d’un fantassin.
C’est ainsi qu’est né le fusil d’assaut, dont la variante AK-47 et ses dérivées ont eu une influence forte sur l’évolution du monde.
L’observation des combats aériens au Vietnam a mené à une révolution des méthodes d’entrainement des pilotes américains et un accroissement spectaculaire de leur efficacité.

L’observation des choses ne débouche pas forcément sur des changements profonds mais elle s'avère toujours utile ne serait-ce que pour confirmer que le système en vigueur fonctionne bien, en attendant, en combat comme en sport, les adaptions de l'adversaire. Cette observation peut être surtout, on l’a vu, la source d'innovations radicales ou même de rupture.
Dans ces conditions pourquoi ne le fait-on plus régulièrement voire de manière permanente ?
En premier lieu, parce que cela demande des ressources et des efforts, ces mêmes ressources que l’on supprime en premier lorsqu’on veut faire des économies à court terme et que l’on préserve lorsqu’on réfléchit à long terme.
En France, outre les initiatives de certains corps et unités élémentaires, le combat rapproché aux petits échelons est étudié par deux laboratoires principaux : les Commandement des opérations spéciales et la Direction des études et de la prospective (EDP) de l’infanterie, et particulièrement son Bureau études générales et doctrine.
Ils font un travail remarquable mais leurs moyens, notamment humains, sont limités, loin de la Close Combat Lethality Task Force mise en place en février 2018 par le Département de la défense américain avec des moyens conséquents. Surtout, il faut en comprendre la nécessité et avoir conscience limites des habitudes et des croyances, qui sont destinées là-encore à être périmées un jour. Le vrai professionnel cultive le doute.

Pourtant que d’économies, et avant tout en vies humaines, en observant, expérimentant, encourageant les exercices et les combats réels dans le détail.
Où se trouve la banque de données qui compile les retex détaillés de tous les combats d’infanterie depuis cinquante ans ?
Est-on capable d’expliquer en détail comment sont tombés les 600 soldats morts et les milliers de blessés  « pour la France » depuis la guerre d’Algérie et d’en tirer des enseignements ?
Existe-t-il un équivalent à la Society for American Baseball Research consacrée au combat, une Académie du combat rapprochée qui rassemblerait autour des institutions des experts bénévoles (ou réservistes) militaires ou civils venus d’horizons divers ?
Encourage-t-on les idées des chefs de groupe, de sections et de compagnie ?
Comment peut-on expérimenter au plus petits échelons ? Avec quels moyens ?
Existe-t-il des instruments de simulation efficaces du combat rapproché ?
J’ai vu dans un manuel de la Seconde Guerre mondiale et réalisé moi-même (ce qui m’a été utile un jour) des études sur le comportement tireur-cible (combien de mètres peut-on parcourir face à un tireur en attente, surpris, etc.) pourquoi cela n'existe-t-il pas au niveau national ?
Pratique-t-on des expérimentations bioénergétiques avec capteurs ?
Il est temps de travailler comme au XXIe siècle.
Michel Goya
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Message le Jeu 31 Mai 2018 - 18:44 par sergent PDL

oui, on est bien loin de ce qui a été appris par les anciens. Technologie du 21eme siècle sans doute, mais le prochain héro National sera-t-il un robot équipé ?

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Message le Jeu 31 Mai 2018 - 20:36 par tailliez

Figurez vous que j'ai lu quelque part qu'a l'horizon 2055, les porte avions U S seront équipés que de drones.
A mon avis, Il est tout à fait engageable de penser que les conflits dans un futur plus ou moins proche, se transforment de plus en plus en affrontements de matériels, dans lesquels les combattants seraient moins exposés…??? ( joker, car pour les guerres disons subversives, c'est une autre paire de manches).

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Message le Jeu 31 Mai 2018 - 21:13 par LANG

On peut effectivement se poser la question du robot équipé et peut-être... médaillé !
A l'allure où vont les choses, et le perfectionnement des drones, on va tout droit à des conflits à "l'américaine". (Opinion personnelle et orientée).
A l'époque de la guerre du Vietnam, j'avais entendu dire que les troupes au sol américaines avaient "du mal" à se faire ravitailler en bière fraîches. Avec des drones, vous imaginez, c'était la solution... Bon, ce devait être du mauvais esprit de notre part... Ou du moins de mon côté car j'avais des relations épistolaires avec un "très lointain" membre de la famille qui était dans l'aviation US. Il était persuadé qu'avec leurs moyens ils allaient remporter cette guerre... (Nous correspondions en 1961 je crois).
Navigateur dans le SAC (Strategic Air Command), il avait renoncé  à partir régulièrement vers l'URSS avec ses charges atomiques pour à chaque fois faire demi-tour et s'était porté volontaire pour le Vietnam.
Je n'ai plus eu de nouvelles par la suite. Je sais simplement qu'il s'est reconverti dans le conseil pour jeux vidéos.
Quand je vous disais qu'on allait vers les war games... !!!
Pour la guerre subversive, ils vont avoir du mal et je ne sais pas s'il existe des jeux vidéos...

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Message le Jeu 31 Mai 2018 - 21:58 par sergent PDL

des robots médaillés et gradés

nous, nous le verrons peut-être pas ! quoi que !

je me souviens de la tête des personnes, qui n'avaient pas vraiment d'accoutumances avec l'armée, lorsque un jour je leur racontais que je connaissais des chiens décorés pour leurs états de service ( et parfois gradés, enfin pas général ) .
Ils ne savaient pas très bien si c'était une plaisanterie.............


Alors des Robots équipés ! ! !




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